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Mars 2017  
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Maroc: en quête d’une nouvelle impulsion  
Stéphane Alby  
L’économie marocaine dispose de bases solides. Les déséquilibres sont contenus, les infrastructures de  
bonne qualité, et le système bancaire est sophistiqué et résilient. De plus, le royaume est en train de  
capitaliser sur son potentiel de hub manufacturier. Le secteur automobile est désormais la première source  
d’exportations et de nombreux projets sont en cours de développement. Cependant, la croissance modérée  
depuis 2013 rappelle que des obstacles structurels doivent encore être surmontés.  
Le Maroc est souvent présenté comme un pays à part  
au sein de la zone à laquelle il appartient. Grâce à un  
environnement sociopolitique relativement stable et à la  
Une croissance économique décevante  
2
017: un rebond fragile  
mise en œuvre de réformes ambitieuses, c’est en effet  
une des seules économies d’Afrique du Nord et du Selon les premières estimations du Haut-Commissariat  
Moyen-Orient à avoir amélioré son attractivité ces au Plan, le taux de croissance économique n’aurait  
dernières années, en particulier dans le secteur atteint que 1,1% en 2016, en net retrait par rapport aux  
industriel. De même, le royaume a su préserver sa 4,5% de l’année précédente. Si ces chiffres venaient à  
qualité d’emprunteur quand de nombreux pays ont subi être confirmés, il s’agirait de la plus faible progression  
des ajustements à la baisse de leur notation par les du PIB depuis le début des années 2000.  
agences de ratings. En tant qu’importateur net de  
pétrole, le Maroc ressort en effet comme l’un des grands  
bénéficiaires de la chute des cours du brut depuis la mi-  
Croissance économique  
2
014. Les risques qui pèsent sur la stabilité extérieure  
1
0
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
variation annuelle en %  
PIB hors agriculture  
sont désormais réduits et la soutenabilité des finances  
publiques n’est plus le principal sujet d’inquiétude.  
PIB  
PIB hors agriculture,  
moyenne longue période  
Dans ce contexte plutôt favorable, les autorités  
monétaires s’attèlent à la mise en place d’un taux de  
change plus flexible. Le processus sera progressif et  
devrait renforcer la capacité d’ajustement de l’économie  
marocaine aux chocs extérieurs. La libéralisation du  
régime de change est aussi cohérente avec la stratégie  
qui vise à positionner le pays comme un hub  
commercial et financier. En outre, les conditions  
préalables pour assurer la réussite de la réforme sont  
en place.  
05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e  
Graphique 1 Source : HCP  
La croissance économique est passée de 4,3 % sur la  
période 2007-2012 à 3,2 % sur les quatre dernières  
Cela étant, les performances modestes du secteur non années (2013-2016). Outre la contraction marquée de la  
agricole depuis 2013 inquiètent. Si des facteurs valeur ajoutée du secteur primaire (-10 %), la faible  
cycliques sont à l’œuvre (atonie de la demande performance économique de 2016 reflète les difficultés  
européenne, insécurité régionale), cela souligne des activités non agricoles (graphique 1). Depuis 2013,  
également la lenteur de la transformation de l’économie la croissance du PIB non agricole s’est plus ou moins  
marocaine, et ce malgré l'émergence d’activités stabilisée à 3 %, contre une moyenne de 4,6 % sur  
industrielles à forte valeur ajoutée.  
2006-2012. Pour l’instant, les perspectives tablent sur  
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des performances similaires, au moins en 2017, même et 2016, loin du rythme qui prévalait avant 2012 (+5%  
si un effet de base positif sur l’activité agricole (10-13% en moyenne entre 2008 et 2012). La confiance des  
du PIB nominal) devrait contribuer à porter la croissance ménages reste faible (graphique 3), en raison d’un taux  
économique à 3,8 %.  
de chômage qui stagne aux alentours de 10 %, alors  
même que le taux de participation de la population  
active ne cesse de diminuer pour atteindre 42 %  
seulement.  
Indicateurs d'activité touristique  
variation annuelle en %  
1
1
6
2
8
4
0
4
8
Entrées de voyageurs  
Nuitées touristiques  
Indice de confiance des ménages  
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8
0
8
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%
-
-
84  
Moyenne de long terme  
8
8
2
0
M11  
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 2 Source : Banque centrale  
-12  
78  
0
5
7
7
7
7
6
4
2
0
Plusieurs secteurs traditionnels font face à des  
difficultés. Avec un volume de prêts aux promoteurs  
immobiliers qui s’est contracté ces trois dernières  
années, le secteur du bâtiment continue de purger  
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Graphique 3 Source : HCP  
l’excès d’investissement de la première partie de la La politique monétaire devrait rester accommodante  
décennie 2000. Par ailleurs, le tourisme pâtit de la mais ses effets sur l’activité économique sont décevants.  
montée des tensions géopolitiques dans la région. A Le taux directeur de la banque centrale est  
l’exception de 2013, l’activité touristique est à la peine historiquement bas, tant en termes nominaux (2,25%,  
depuis 2011 même si les indicateurs se sont un peu après la baisse cumulée de 75 points de base depuis  
redressés en 2016 (graphique 2). S’ajoutent à cela les septembre 2014) qu’en termes réels (l’inflation sous-  
inquiétudes liées à un possible regain de volatilité en jacente est à 1,3% fin 2016). Malgré cela, la croissance  
Europe dans le sillage du vote en faveur du Brexit et du crédit bancaire au secteur privé (graphique 4) est  
d’un calendrier électoral chargé dans certains grands toujours anémique du fait de la faiblesse de la demande  
pays membres. L’Europe est le premier partenaire du des entreprises.  
Maroc. Elle concentre les deux tiers des exportations, la  
moitié de l’investissement direct étranger, et environ les  
Crédit au secteur privé  
trois quarts des touristes étrangers et des transferts  
financiers envoyés par la diaspora marocaine. Dans  
tous les cas, la conjoncture extérieure sera difficile.  
3
3
2
5
0
5
variation annuelle en %  
Sur le plan de la demande domestique, l’investissement  
a retrouvé de l’élan en 2016 (+3,9% après 1,5% en  
20  
15  
10  
5
2015 et deux années de contraction en 2013-2014) et  
l’amélioration régulière du taux d’utilisation des  
capacités permet de penser que cette tendance pourrait  
se poursuivre en 2017. En revanche, la consommation  
des ménages (60% du PIB) restera modérée. Celle-ci  
n’a progressé que de 2,5% par an en moyenne en 2015  
0
-5  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 4 Source : Banque centrale  
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Transformation structurelle: un bilan mitigé  
Investissement direct étranger  
6
5
4
3
2
1
0
en % du PIB  
Maroc  
Afrique du Nord, Moyen-Orient  
Au-delà des facteurs cycliques, les difficultés du  
secteur non agricole sont aussi le reflet de contraintes  
structurelles. Malgré un niveau d’investissement élevé  
au cours des dix dernières années (34 % du PIB),  
l’économie n’a pas connu de transformations  
sectorielles significatives. En particulier, la lenteur du  
processus d’industrialisation a freiné l’intégration de  
l’économie dans les chaînes de valeur mondiales. De  
la même façon, la productivité est restée faible  
comparée aux principaux concurrents du Maroc  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Graphique 6 Source : CNUCED  
(
graphique 5).  
Le développement de l’industrie automobile  
a
également été spectaculaire. Depuis le démarrage de  
l’usine Renault de Tanger en 2012, les ventes  
d’automobiles à l’étranger ont augmenté de plus de  
Productivité du travail  
2
0 % par an, dépassant depuis 2014 les exportations  
traditionnelles de phosphates et de textiles (graphique  
). Avec l’arrivée d’un constructeur français  
1
1
1
1
1
1
1
60 Base 2000 = 100  
Bulgarie  
50  
7
Maroc  
Pologne  
40  
supplémentaire, Peugeot-Citroën, et la décision de  
Renault de créer une nouvelle plateforme  
d’approvisionnement, les perspectives à long et moyen  
terme sont prometteuses. D’autres entreprises  
étrangères, notamment dans le secteur de  
l’aéronautique, ont également profité de la création par  
l’État de parcs technologiques et de zones de libre-  
échange pour s’installer au Maroc.  
30  
20  
10  
00  
Tunisie  
Turquie  
9
8
0
0
0
0 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 5  
Source : Conference Board  
Composition des exportations  
Autre  
Automobile  
Partant de ce constat, les autorités ont adopté une  
politique industrielle active basée sur le  
développement dinfrastructures et la formation de  
clusters via des incitations budgétaires et un coût du  
travail relativement bas. Cette stratégie a eu un  
certain succès comme en témoigne le niveau élevé  
des investissements directs étrangers (3 % du PIB  
depuis 2013, graphique 6), dont une part croissante  
s’est réorientée vers le secteur industriel (30 % de  
l’ensemble de l’IDE).  
Textile  
Agriculture et Agro-alimentaire  
Phosphates  
00%  
1
2
3,7  
22,7  
24,7  
26,0  
23,9  
21,1  
20,5  
8
6
4
2
0%  
0%  
0%  
0%  
1
2
2,3  
0,3  
13,3  
18,4  
13,6  
17,9  
20,3  
16,9  
2
2,4  
5,2  
24,4  
1
7,1  
17,3  
19,5  
1
15,8  
21,6  
1
7,9  
17,7  
26,2  
1
2
9,7  
4,0  
1
1
9,6  
9,3  
21,1  
20,3  
27,7  
20,1  
17,7  
0
%
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Graphique 7 Source : Office des changes  
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Le développement soutenu des banques marocaines en  
Afrique subsaharienne illustre aussi les efforts réalisés  
pour diversifier les partenaires commerciaux et  
dépendre moins de l’Europe.  
Des grands équilibres macroéconomiques  
robustes  
Finances publiques: dette élevée, risque limité  
La situation des finances publiques s’est nettement  
consolidée. Le budget, qui était encore à l’équilibre en  
Parts de marché mondiale des exportations  
2
008, a accusé un déficit de 6,8 % du PIB en 2012, avant  
%
2
000  
015  
de diminuer régulièrement pour s’établir à 3,9 % en 2016.  
L’amélioration vient en grande partie de la réforme de la  
caisse de compensation. Depuis 2015, les prix sur les  
carburants ne sont plus subventionnés par l’Etat. Ainsi le  
montant des subventions (gaz pour la cuisine, blé, sucre)  
ne représentaient plus que 1,2 % du PIB en 2016 contre  
Tunisie  
Maroc  
2
Egypte  
Bulgarie  
Roumanie  
Turquie  
Pologne  
6
,5 % en 2012 (graphique 9). Dans le même temps, des  
efforts ont été déployés pour contenir la progression des  
dépenses courantes, ce qui a permis à l’État de dégager  
quelques marges de manœuvre pour augmenter son  
budget d’investissement. De fait, les dépenses en capital  
sont passées de 5,4 % du PIB en 2013 à 6,5 % en 2016.  
0,0  
0,2  
0,4  
0,6  
0,8  
1,0  
1,2  
1,4  
Graphique 8  
Source : OMC  
Il reste néanmoins encore beaucoup à faire pour  
améliorer le potentiel de croissance de l’économie  
marocaine. L’industrie est en effet le seul secteur avec  
l’agriculture à avoir détruit des emplois depuis  
Dépenses du gouvernement  
40  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
en % du PIB  
Masse salariale  
2
009 (105 000). La part de marché des exportations  
Subventions  
Autres dépenses courantes Investissement  
est faible et, surtout, elle n’a pratiquement pas  
augmenté au cours des quinze dernières années  
(
graphique 8). La base d’exportation, bien qu’en cours  
de diversification, reste en effet dominée par les  
produits à faible valeur ajoutée (phosphates, textiles et  
produits agroalimentaires représentent plus de la  
moitié des exportations) et pâtit d’un manque de  
compétitivité extérieure. C’est particulièrement vrai  
pour le textile, dont les parts de marché en Europe ont  
été divisées par deux depuis le début des années  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e  
Graphique 9  
Sources : Minefi, BNP Paribas  
2
000. La faiblesse des indicateurs socioéconomiques  
est aussi une contrainte majeure. Le PIB par habitant Les perspectives budgétaires demeurent bien orientées.  
s’élève à seulement 3 078 dollars US en 2015soit deux Le déficit budgétaire devrait continuer de se résorber  
ou trois fois moins qu’en Bulgarie, en Roumanie ou en pour atteindre 3,5 % du PIB en 2017 et 3,1 % du PIB en  
Turquie. De ce fait, le marché intérieur marocain n'est 2018 (graphique 10). Mais, les contraintes resteront  
pas aussi profond, ce qui limite le potentiel de fortes. Les recettes budgétaires sont déjà élevées, à  
consommation et d'épargne. En outre, le niveau 27 % du PIB. L’assainissement budgétaire devrait par  
d’éducation est nettement en retrait par rapport aux conséquent continuer de reposer sur la réduction des  
pairs régionaux et une réglementation lourde pèse sur dépenses. Or, avec une masse salariale de la fonction  
la flexibilité du marché du travail.  
publique qui représente 10,3 % du PIB et environ 40 %  
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des dépenses, les marges de manœuvre sont réduites. Le profil de l’endettement du gouvernement est  
Les autorités pourraient ainsi être amenées soit à également favorable. Avec moins d'un quart du stock de  
réduire l’investissement public au détriment de l’activité la dette libellé en devises étrangères, la vulnérabilité  
économique, soit à emprunter plus alors que la dette du aux chocs de change est limitée. De plus, la part de la  
gouvernement central est déjà élevée, à 64,8 % du PIB dette extérieure détenue par des créanciers officiels  
en 2016 (+18 points de pourcentage par rapport à 2009), demeure significative (graphique 12), malgré le recours  
et ne devrait commencer à décliner qu’à partir 2018.  
accru de l’État aux marchés financiers internationaux.  
La maturité de la dette domestique continue de  
s’allonger, passant de 5,8 années en 2014 à 6,3 ans en  
2
015. Dans ce contexte, le risque de refinancement est  
Indicateurs des finances publiques  
limité et devrait le rester à condition que la confiance  
en % du PIB  
en % du PIB  
des investisseurs ne s’érode pas.  
Balance budgétaire  
2
70  
65  
60  
55  
50  
45  
40  
Dette du gouvernement  
0
2
4
6
8
Structure de la dette extérieure du Trésor  
par créanciers  
-
-
-
-
Marchés financiers internationaux  
Bilatéraux  
Multilatéraux  
100%  
1
3
5,0  
5,4  
12,6  
34,1  
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
24,0  
25,7  
23,7  
33,7  
20,2  
32,8  
33,2  
16,9  
-
10  
2
8,5  
18,6  
48,6  
0
5 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e17p18p  
Graphique 10  
Sources : Minefi, BNP Paribas  
5
3,3  
50,6  
49,9  
4
9,6  
47,5  
46,1  
Pour l’instant, les autorités bénéficient de conditions de  
financement favorables, internes (de loin la principale  
source de financement du déficit budgétaire) comme  
externes. Même si elle augmente, la charge d’intérêts  
demeure ainsi modérée, à moins de 3 % du PIB et 12 %  
des recettes de l’État (graphique 11).  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016T3  
Graphique 12  
Source : Minefi  
Les finances extérieures sont plus solides  
Sous l’effet de la chute des cours mondiaux du pétrole  
95 % des besoins énergétiques proviennent de  
(
Charges d'intérêt  
l’extérieur), le Maroc a vu ses déséquilibres extérieurs  
se résorber de façon significative. Le déficit de la  
balance des paiements courants a été ramené de 9,5 %  
du PIB en 2012 à 2,2 % en 2015 avant de s’élargir de  
nouveau en 2016 à 3,1%. Une combinaison de chocs a  
dégradé la balance commerciale l’an dernier (graphique  
16  
14  
12  
10  
8
6
4
2
0
En % des recettes gouvernementales  
En % du PIB  
4
3
2
1
0
1
3). Chute des exportations de phosphates, hausse  
marquée des achats de biens alimentaires pour  
compenser la mauvaise campagne agricole et  
progression soutenue des importations de biens  
d’équipement ont ainsi annihilé les gains liés aux bons  
résultats de la filière automobile et à l’allègement de la  
facture énergétique.  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e 17p  
Graphique 11  
Sources : Minefi, BNP Paribas  
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Balance commerciale  
Par ailleurs, les flux de capitaux sont robustes. À 2,5 %  
du PIB depuis 2013, les investissements directs  
étrangers nets jouent un rôle central dans la couverture  
des besoins de financement extérieur. De plus, en  
raison de ses fondamentaux macroéconomiques  
solides et grâce au renouvellement de la ligne de  
précaution et de liquidité du FMI, le pays devrait  
continuer de bénéficier d’un accès aux  
marchés financiers internationaux à des conditions  
favorables si nécessaire. La prime de risque exigée  
par les investisseurs sur les euro-obligations du  
royaume (graphique 15) est à la fois plus faible et  
moins volatile que pour la moyenne des pays  
émergents.  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
variation annuelle en % (12 mois glissants, en USD)  
Déficit commercial  
Exportations  
Importations  
-20  
-40  
0
6
07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 13 Source : Office des changes  
Dans un contexte de remontée des cours du brut,  
l’ampleur du déficit commercial (17% du PIB en 2016) a  
de quoi soulever quelques inquiétudes. Toutefois, les  
importations de pétrole, même en progression, seront  
inférieures d’environ 5% de PIB aux pics atteints en 2011  
et 2012. Ensuite, les transferts des Marocains résidant à  
l’étranger et les recettes touristiques représentent toujours  
près de 40% des recettes courantes du pays et 12,5% du  
PIB. Or, à ce stade, rien ne permet de penser qu’elles  
pourraient s’effondrer à court terme, même si les  
incertitudes en Europe et l’insécurité régionale demeurent  
des risques importants. Dans l’hypothèse d’un  
redressement progressif des cours des phosphates et  
compte tenu du rebond attendu de la production agricole,  
le déficit des comptes courants serait contenu entre 2,5 %  
et 3 % du PIB en 2017 et 2018 (graphique 14).  
Spreads sur les euro-obligations  
en points de base  
Maroc  
6
5
4
00  
00  
00  
Pays émergents  
300  
2
1
00  
00  
0
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : JP Morgan  
Graphique 15  
Au total, la consolidation de la liquidité extérieure  
devrait de poursuivre. Les réserves de change, qui  
avaient atteint un point de bas fin 2012 à 16,2 de  
milliards de dollars US, ont retrouvé un niveau plus  
confortable depuis. Elles s’élevaient à 25,1 milliards de  
dollars à fin 2016 et une nouvelle hausse de près de 5  
milliards est attendue en 2017/2018, assurant ainsi  
une couverture de sept mois d’importations de biens et  
Comptes externes  
en % du PIB  
Déficit des comptes courants  
Importations de produits pétroliers  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
services.  
De  
plus,  
l’exposition  
aux  
flux  
d’investissements de portefeuille est négligeable et  
l’endettement extérieur est modéré (47 % du PIB, dont  
3
1% du PIB pour les entreprises). En outre, plus de  
0
7
08 09 10 11 12 13 14 15 16e 17p 18p  
80 % de l'endettement extérieur est à échéance  
longue.  
Graphique 14 Sources : Banque centrale, BNP Paribas  
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23  
Taux de change effectif réel  
Vers une flexibilisation du régime de change  
1
20 2010=100  
Selon la banque centrale, le processus de  
flexibilisation du régime de change va débuter cette  
année. Une telle évolution répond à un double  
objectif : 1/ renforcer la capacité d’ajustement de  
l’économie aux chocs extérieurs ; 2/ accompagner la  
stratégie de positionnement du Maroc en tant que  
hub commercial et financier. En fait, depuis la  
décision prise en avril 2015 de réviser la pondération  
de l’euro et du dollar dans le panier auquel le dirham  
115  
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1
1
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05  
00  
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9
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8
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00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 16  
Source : Datastream  
(
MAD) est arrimé (60 % EUR et 40 % USD, contre  
0 % et 20 % respectivement auparavant), une telle  
8
réforme était largement anticipée. Mais le  
mouvement sera progressif afin de laisser  
suffisamment de temps à l’économie pour s'y  
préparer. Une première étape sera de tolérer  
davantage de volatilité du MAD via un élargissement  
de la fourchette.  
Secteur bancaire: faire face à la montée du  
risque de crédit  
Des indicateurs macro-prudentiels satisfaisants  
Dans un pays où le système de change très encadré  
a longtemps été perçu comme un pilier de la stabilité  
économique, une telle mesure soulève néanmoins  
des inquiétudes. Pour autant, la plupart des  
conditions sont réunies pour que la réforme se passe  
bien. Le taux de change effectif réel ne fait pas  
apparaître de signes de surévaluation marquée du  
MAD (graphique 16), l’inflation est maîtrisée, les  
fondamentaux macroéconomiques se sont renforcés  
au cours des deux ou trois dernières années, pour  
des raisons à la fois cycliques (baisse des cours du  
pétrole) et structurelles (réforme du système de  
subventions, montée en puissance des exportations  
automobiles), et l’endettement est soutenable. La  
ligne de précaution et de liquidité du FMI constitue  
également une sécurité. Avec des engagements vers  
les non-résidents qui représentent moins de 3 % du  
passif total, le système bancaire est aussi en bonne  
position pour faire face à une plus grande volatilité du  
MAD. Enfin, le risque d’une éventuelle fuite des  
capitaux, accompagnant la flexibilisation du taux de  
change, est faible. En effet, les contrôles de capitaux  
actuellement en vigueur seront maintenus, du moins  
dans un premier temps.  
Le système bancaire du Maroc est l’un des plus  
développés de la zone. Le montant total des actifs  
représente 120 % du PIB mais avec une forte  
concentration, les trois premières banques détenant  
6
5 % des avoirs du secteur. La présence significative  
d’établissements étrangers (environ 20 % des actifs du  
secteur) constitue une autre caractéristique. Cela peut  
être perçu comme un facteur de stabilité, les sociétés  
mères ayant démontré par le passé leur engagement à  
soutenir leurs filiales si nécessaire. En outre, la qualité  
de la réglementation est satisfaisante et a été renforcée  
ces dernières années par l'adoption d'une nouvelle  
législation bancaire en 2014. La banque centrale a  
également fait preuve de réactivité lorsque des tensions  
de liquidité ont émergé en 2012, que ce soit par une  
augmentation des facilités de refinancement, une  
extension des garanties éligibles pour les prises en  
pension ou une réduction du taux des réserves  
obligatoires à un plancher historique de 2 %.  
Le secteur bancaire est solidement capitalisé - le ratio  
de fonds propres s’élevait à 13,7 % mi-2016 - et le  
niveau de rentabilité reste satisfaisant, soutenu par des  
marges d'intérêt élevées (supérieures à 3 % depuis  
economic-research.bnpparibas.com  
Conjoncture  
Mars 2017  
24  
2007) et un développement rapide dans les pays consolidés. Or, l’essentiel de l’activité internationale est  
d’Afrique subsaharienne (cf. infra). À cela s’ajoute un situé en Afrique subsaharienne, c’est-à-dire dans des  
profil de financement conservateur, largement dominé économies beaucoup plus fragiles que le Maroc.  
par les dépôts domestiques (70 % du passif du secteur),  
et un niveau de liquidité satisfaisant et en amélioration.  
Le ratio prêts/dépôts n’a cessé de diminuer depuis la  
mi-2014 pour s’établir actuellement à 95 %, la  
dynamique s’expliquant à la fois par la faible croissance  
du crédit mais aussi par un environnement  
macroéconomique plus propice à la collecte de dépôts.  
La baisse marquée de la dépendance des banques au  
financement de la banque centrale (graphique 17)  
constitue une autre illustration de l’amélioration du profil  
de liquidité.  
Créances en souffrance  
7
6
5
4
0
0
0
0
En mds de MAD  
En % du total  
8
7
6
5
4
3
2
1
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30  
2
1
0
0
0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Financement de la Banque centrale  
au secteur bancaire  
Graphique 18  
Source : Banque centrale  
En mds de MAD  
En % du passif des banques  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Conclusion  
L’économie marocaine dispose de bases solides. Les  
déséquilibres sont contenus, les infrastructures de  
bonne qualité, et le système bancaire est sophistiqué et  
résilient. En outre, la feuille de route est claire. Les  
autorités souhaitent positionner le pays comme un hub  
entre l’Europe et l’Afrique, et le développement  
spectaculaire de la filière automobile ne peut que les  
encourager à poursuivre sur cette voie. Pour autant, il  
reste encore beaucoup à faire pour installer la  
croissance économique sur une trajectoire solide et plus  
dynamique. Par rapport à ses pairs régionaux, la base  
industrielle marocaine demeure encore étroite et dans  
l’ensemble insuffisamment compétitive. Le niveau  
relativement bas de l’éducation constitue également un  
frein pour une économie qui doit améliorer sa  
productivité. Néanmoins, les autorités ont aussi  
démontré leur capacité à entreprendre des réformes  
délicates (élimination des subventions énergétiques,  
etc.), suscitant l’espoir que les obstacles structurels  
pourront être levés.  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 17  
Source : Banque centrale  
Mais l’environnement opérationnel est difficile  
La qualité des actifs s’est détériorée. Le poids des  
créances douteuses dans le total des prêts bancaires  
est passé de 4,9 % à fin 2012 à 7,5 % à fin 2016 (graph  
1
8). Une inversion de cette dynamique est peu probable  
à court terme puisque la faible activité du secteur hors-  
agricole va continuer de peser sur la demande de  
crédits. À ce stade, les banques sont suffisamment  
solides pour absorber de nouvelles pertes. La politique  
d’expansion des trois principales banques du pays, tout  
en apportant d’importantes sources de revenus, a  
ouvert la voie à un canal externe de transmission des  
risques. À fin 2015, la contribution des filiales à  
l’étranger atteignait 22 % du total de leurs actifs  
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