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Février 2017  
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Mexique: l’arrimage aux Etats-Unis en question  
Sylvain Bellefontaine & Tarik Rharrab  
Pays d’Amérique latine en Amérique du nord, le Mexique occupe une place à part sur le continent. Il est en  
première ligne face au virage protectionniste et anti-immigration de la nouvelle administration américaine.  
Doté de fondamentaux macroéconomiques globalement solides, le Mexique souffre d’une croissance  
économique décevante et dont les perspectives se sont détériorées. Le défi imposé par Donald Trump  
contraint le Mexique à redéfinir son modèle économique, s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis des Etats-  
Unis et renforcer sa productivité en intégrant davantage les chaînes de valeur mondiales.  
La montée des populismes et le rejet de la mondialisation Cet article revient sur la trajectoire macroéconomique  
s’enracinent dans les pays développés. L’élection de du Mexique depuis son entrée dans l’Aléna, avant  
Donald Trump et le Brexit semblent sonner le glas de la d’aborder la nouvelle donne économique et  
coopération internationale multilatérale et de son « carcan commerciale américaine et ses conséquences pour  
institutionnel et réglementaire », au profit du bilatéralisme. l’économie mexicaine.  
A l’inverse de l’orientation toujours libre-échangiste de la  
politique commerciale britannique prônée par Theresa  
May, celle des Etats-Unis de Donald Trump est Une croissance d’économie développée pour  
clairement protectionniste. La remise en cause des règles  
un pays toujours émergent  
régissant les relations commerciales internationales par  
leurs principaux instigateurs constitue une source  
d’incertitude et d’inquiétude majeure. Le Mexique est en  
Une croissance économique décevante  
première ligne compte tenu de sa dépendance aux Etats-  
Fort des réformes économiques structurelles (finances  
Unis et de son ouverture économique et financière,  
publiques, politique monétaire, secteur financier)  
fondements de son modèle économique.  
menées après la crise dite « Tequila » de 1994-1995 et  
de son appartenance à l’Aléna, le Mexique a abordé les  
En dépit de fondamentaux macroéconomiques années 2000 en leader latino-américain. L’éclatement  
globalement solides, le pays est exposé aux chocs de la bulle Internet, les attentats de New York, la  
externes et au retournement du sentiment des concurrence internationale exacerbée par l’entrée de la  
investisseurs étrangers. Le Mexique a tissé un important Chine dans l’OMC en 2001 et la fin des accords  
réseau d’accords commerciaux avec plus de 40 pays, multifibres en 2005 ont marqué la fin d’un cycle de cinq  
dont le principal est l’Accord de libre-échange nord- années de croissance économique exceptionnelle de  
américain (Aléna ou Nafta) signé en 1994. Ses 5,5% en moyenne. Depuis lors, les performances  
exportations représentent aujourd’hui 34% du PIB contre économiques du Mexique ont déçu. La croissance du  
1
4% en 1994, dont 75% de produits manufacturés (un PIB réel n’a pas dépassé 2,5% en moyenne entre 2003  
tiers pour la seule industrie automobile) à travers une et 2015, tirant la moyenne des pays d’Amérique latine  
chaîne de valeur très intégrée avec les Etats-Unis (81% vers le bas (3,3%), loin de celle des quarante  
de ses exportations). Les contrôles de capitaux ont été principales économies émergentes (6%).  
entièrement levés. Une des rares devises émergentes  
convertibles, le peso mexicain (MXN) est aussi l’une des Le pays a subi un sévère coup d’arrêt lors de la crise  
plus échangées sur les marchés financiers, et les financière de 2008 avec une récession de 4,7% en 2009.  
investisseurs étrangers sont très présents sur les Cette année-là a été marquée par un recul des  
marchés actions et obligataires locaux.  
exportations de près de 12% et un effet d’entraînement  
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important sur la demande interne (-6,2%). Atelier et  
variable d’ajustement du marché américain, l’économie  
mexicaine a détruit 570000 emplois formels en quelques  
mois, pour les restaurer dès 2010, preuve d’une grande  
flexibilité du secteur exposé des maquiladoras. Le  
ralentissement des investissements directs étrangers  
Croissance du PIB réel et composantes de la  
demande  
g.a., %  
PIB réel  
Demande intérieure  
Commerce extérieur net  
1
2
8
4
0
4
8
(
2
USD 26 mds de flux entrants bruts par an entre 2006 et  
015 dont la moitié en provenance des Etats-Unis) et  
-
-
des transferts des quelque 30 millions de descendants  
d’origine mexicaine vivant aux Etats-Unis (USD 24 mds  
par an en moyenne) ont aussi lourdement pesé sur la  
FBCF (formation brute de capital fixe) et la  
consommation des ménages mexicains en 2009.  
-12  
94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14  
Graphique 1  
Sources : INEGI, BNP Paribas  
Par la suite, le Mexique a moins bénéficié du rapide  
rebond des prix des matières premières  malgré un  
potentiel pétrolier important  et du dynamisme de l’Asie,  
Chine en tête, que les économies sud-américaines.  
Faute de moyens financiers et techniques (explorations  
en eaux profondes et hydrocarbures non  
conventionnels) de Pemex, monopole public depuis  
Croissance du PIB réel et composantes de l'offre  
g.a., %  
PIB réel  
Secteur primaire  
Secteur secondaire  
Secteur tertiaire  
1
2
8
4
0
1938, la production pétrolière a reculé de 35% depuis le  
pic de 2004, dont 10% depuis la chute du cours du  
pétrole en 2014. Avec une production de 2,2 millions de  
e
barils par jour, le Mexique pointe désormais au 12 rang  
-4  
e
mondial (5 en 2004).  
-
8
-12  
Toutefois, le pays a réussi à regagner des parts de  
marché aux Etats-Unis à partir de 2009 (13,6% à mi-  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 2 Sources : INEGI, BNP Paribas  
2
016 contre 10,4% en 2008) grâce notamment au  
regain de compétitivité-coût vis-à-vis de la Chine  
faiblesse du peso, coûts de main d’œuvre inférieurs  
(
depuis 2011 et faibles coûts de transport). Les  
exportations en volume ont crû fortement en 2014-2015  
Parts de marché dans les importations  
des Etats-Unis  
(
+7% et +9% respectivement). Le Mexique génère un  
surplus commercial avec les Etats-Unis de près de USD  
0 mds. Il a attiré de nouveaux investisseurs européens  
%
2
2
1
4
0
6
Mexique  
Chine  
7
22,4  
0 18,9 19,620,3 20,6  
2
19,8  
et asiatiques, malgré l’environnement des affaires  
difficile et l’affaiblissement de l’état de droit (violence,  
lutte contre/entre les cartels de la drogue, corruption)  
dans certaines régions industrielles du nord du pays. Le  
Mexique a aussi bénéficié de transferts de technologies  
dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée que  
l’assemblage automobile ou l’électronique, tel que  
l’aéronautique, et de nombreux clusters ou pôles de  
compétitivité se sont développés.  
16,51  
7,4 16,9  
15,5  
4,3  
12,1 12 12,212,512,6 13,3  
1
10,510,811,311,6 11,7  
,4 10  
13  
11,110,7  
10,310,8  
10,910,411,4  
12  
8
9
7,6 8,4  
11,5  
7
9,6  
8,6 8,8  
,6 8,2  
6,8 7  
2005 : fin de l'accord  
multifibres imposant des  
quotas aux exportations de  
textile chinoises  
5,8 6,2 6,5  
2001 :  
4
accession de  
la Chine à l'OMC  
0
9
3
95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15  
Graphique 3  
Sources : US Census Bureau, BNP Paribas  
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Attendues de longue date, les réformes structurelles partie du secteur agricole) représentent aujourd’hui 29%  
dans les domaines de l’énergie, de la concurrence, des de l’emploi formel dont 16% pour la seule industrie  
télécommunications, de la fiscalité, du marché du travail, manufacturière, un poids relativement stable sur la  
de l’éducation et des services financiers lancées par dernière décennie.  
l’administration Peña Nieto (2012-2018) devaient libérer  
le potentiel de croissance du Mexique à partir de 2015. Pour autant, la croissance annuelle moyenne du PIB  
L’objectif initial du gouvernement d’atteindre une réel n’a été supérieure que de 0,3 point de pourcentage  
croissance du PIB supérieure à 5%  l’ouverture en par rapport à celle des Etats-Unis depuis 2001. Dans le  
cours du marché énergétique aux majors internationales même temps, la croissance démographique est restée  
devant à elle seule générer 1 point de pourcentage de très dynamique (1,2% contre 0,9% aux Etats-Unis). Ceci  
croissance supplémentaire  apparaissait très ambitieux s’est traduit par une stagnation du niveau relatif de PIB  
sans un effort d’investissement d’au moins 6,5% par an par habitant (en parité de pouvoir d’achat) à seulement  
et d’importants progrès techniques induits par les 32% de celui des Etats-Unis depuis vingt ans (identique  
réformes. Franchir le cap de 4% en moyenne jusqu’en à celui des années 1950), alors que ce ratio avait  
2
2
018 semblait alors plausible (cf. Conjoncture de mai grimpé à 46% à l’aube de la crise de la dette en 1982.  
014 : « Amérique latine : trajectoires divergentes »).  
Cette trajectoire reflète l’absence de gains de  
Las, la volatilité financière sur les marchés émergents productivité absolus et relatifs du Mexique. Selon les  
(
inquiétudes sur la Chine, montée des risques données du Conference Board, l’écart de productivité  
géopolitiques, vicissitudes des politiques monétaires s’est nettement creusé au détriment du Mexique au  
des pays développés, notamment celle de la Fed), le cours des trois dernières décennies. Alors que la  
ralentissement de l’économie américaine, ainsi que la productivité horaire a progressé de 65% en trente ans  
politique budgétaire mexicaine plutôt restrictive face à la aux Etats-Unis, elle a stagné au Mexique. La  
baisse du prix du pétrole ont pesé sur l’activité productivité horaire relative entre les deux pays est ainsi  
économique en 2016. La croissance du PIB est passée de 57% en 1982 à seulement 31% en 2015  
attendue autour de 2% en moyenne pour l’année qui (stable depuis 2011 après une chute brutale en 2008-  
vient de s’achever.  
2010), l’écart en terme de productivité par travailleur  
demeurant moindre compte tenu d’une durée moyenne  
de travail supérieure de 20% au Mexique. La  
productivité globale des facteurs de production a  
diminué de 1% par an au Mexique depuis 2001 (+0,2%  
Une absence de rattrapage et de convergence au sein de  
l’Aléna  
Jusqu’à présent, l’Aléna n’a pas généré tous les gains aux Etats-Unis) soulignant le fossé qui perdure entre les  
escomptés de la convergence économique et du deux voisins en matière de progrès technique  
rattrapage entre le Mexique d’un côté et les Etats-Unis (innovation, R&D, qualité du capital humain).  
et le Canada de l’autre. Ironiquement, il faut rappeler  
que l’histoire ne s’était pas engagée sous les meilleurs Reflet de cette faible productivité, les salaires réels ont  
auspices, puisque la libéralisation économique et stagné, contraignant le pouvoir d’achat des ménages et  
financière et l’afflux de capitaux à partir de la fin des donc le dynamisme de la consommation privée. Le  
années 80 furent des vecteurs de la crise mexicaine de secteur bancaire, conservateur et détenu largement par  
1
994-1995.  
des banques internationales depuis la crise de 1994-1995,  
n’a pas pleinement rempli son rôle dans le financement  
L’accès privilégié au marché nord-américain a eu un de l’économie, notamment pour l’investissement des  
effet positif sur les créations d’emplois directes et entreprises. Le taux de pénétration du crédit au secteur  
indirectes au Mexique. En vingt ans, l’économie privé atteint péniblement 20% du PIB. Enfin, la maîtrise  
mexicaine a créé huit millions d’emplois formels. Les des dépenses publiques, rendue nécessaire par la  
secteurs exportateurs (industrie manufacturière et une faiblesse de la base fiscale et la baisse des recettes liées  
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au pétrole (d’un tiers des recettes totales à moins de  
Productivité et richesse relatives  
Mexique/Etats-Unis  
20% désormais), a entravé l’investissement public  
(
éducation, santé, infrastructures). Finalement, la dualité  
USD PPA 2015  
Productivité par travailleur  
Productivité horaire  
PIB par tête en parité de pouvoir d'achat  
de l’économie (secteurs exportateurs vs. domestiques,  
travail formel vs. informel qui représente presque 60% de  
l’emploi total) a nourri de fortes inégalités, bien que  
l’extrême pauvreté soit faible et le taux de chômage  
officiel (3,7%) bas même s’il ne reflète que partiellement  
la situation du marché du travail.  
7
6
0
5
60  
5
5
4
5
0
5
40  
3
3
2
5
0
5
Une certaine autonomisation du régime de croissance  
5
0
55 60 65 70 75 80 85 90 95 00 05 10 15  
Les cycles économiques du Mexique et des Etats-Unis  
sont très synchronisés. On observe cependant un  
affaiblissement de la corrélation entre les taux de  
croissance tendancielle du PIB (moyenne mobile sur  
cinq ans) du Mexique et des Etats-Unis depuis la crise  
financière, tandis que la corrélation entre croissance des  
exportations mexicaines et croissance des importations  
américaines est restée très élevée. Plus volatile mais  
relativement proche, en moyenne, de celle des Etats-  
Unis jusqu’en 2008, la croissance mexicaine a connu,  
depuis, un rythme supérieur de près d’un point de  
pourcentage à celle des Etats-Unis, même si cet écart  
s’est réduit depuis deux ans.  
Graphique 4  
Sources : Conference Board, BNP Paribas  
Synchronisation des cycles économiques  
Mexique : croissance PIB réel (g.a.,%)  
Mexique : "trend" (5-ans MA)  
USA : croissance PIB réel (g.a., %)  
USA : "trend" (5-ans MA)  
8
6
4
2
0
2
4
6
Crise mondiale  
Aléna :  
mise en oeuvre  
-
-
-
initiée aux Etats-  
Unis ; forte  
récession au  
Eclatement de la bulle internet :  
sévère ralentissement aux  
Etats-Unis et récession  
technique au Mexique  
La crise  
Crise de la  
dette souveraine"Tequila"  
en Amérique latine  
Mexique  
Synchronisation mais  
croissance mexicaine  
supérieure à celle des  
Etats-Unis  
Synchronisation mais  
croissance mexicaine  
plus volatile  
En dépit des contraintes évoquées plus haut, une certaine  
autonomisation du régime de croissance mexicain s’est  
opérée sur la période récente. La tertiarisation de  
l’économie (62% du PIB en 2016) à travers le dynamisme  
du secteur des services (+3,7% en moyenne annuelle  
depuis 2010) a constitué un solide relais de croissance  
interne. Dans le même temps, la production industrielle  
-8  
Désynchronisation  
-10  
86 88 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16  
Graphique 5  
Sources : INEGI, BEA, BNP Paribas  
Coefficient de corrélation entre les performances  
économiques du Mexique et des Etats-Unis  
(
secteurs manufacturier, minier et de la construction) n’a  
progressé que de 2% et a ralenti graduellement depuis  
014, pénalisée principalement par le secteur pétrolier et,  
Hausse de la corrélation :  
Baisse de la corrélation : "Recorrélation" : "Tendance mixte" :  
lien commercial  
toujours fort,  
intégration dans l'Aléna,  
croissance économique du  
effet de la crise  
boom des exportations mexicaines Mexique plus autonome et légère économique et  
financière initiée mais baisse de la  
aux Etats-Unis corrélation des PIB  
mexicain et  
2
et amélioration des parts de marché  
aux Etats-Unis  
diversification des  
exportations dans un  
environnement  
dans une moindre mesure, la construction.  
international favorable  
américain  
1
0
0
.0  
.8  
.6  
Le Mexique bénéficie d’un marché intérieur important de  
120 millions d’habitants, dont les trois-quarts appartiennent  
0.4  
.2  
0
à la classe moyenne selon une définition absolue (revenu  
disponible compris entre USD 10 et USD 100 en PPA par  
jour). Or, la consolidation de la classe moyenne d’un pays  
constitue traditionnellement un facteur de renforcement de  
la demande interne et est synonyme de nouveaux modes  
de consommation (services, loisirs).  
0.0  
0.2  
0.4  
MX PIB / US PIB  
MX exportations / US importations  
MX prod indus / US prod indus  
Calculs basés sur les évolutions  
en termes réels sur 5 ans,  
-
-
-0.6  
0.8  
-1.0  
Effet statistique :  
les exports du Mexique  
accélèrent tandis que les  
imports US décélèrent  
-
PIB du Mexique retardé d'un trimestre  
92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16  
9
0
Graphique 6  
Sources : INEGI, BEA, Fed, BNP Paribas  
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Bien entendu, l’effet d’entraînement du secteur  
exportateur à l’ensemble de l’économie a continué à  
jouer un rôle important. Mais d’un point de vue  
strictement comptable, la contribution nette du  
La nouvelle donne américaine  
Le poids des mots et des premiers actes symboliques  
secteur extérieur à la croissance du PIB est Entre effets d’annonce et incertitudes fortes, l’élection  
structurellement négligeable (sauf en 2015). du nouveau président des Etats-Unis a généré un choc  
L’explication se trouve dans la forte intégration de la de confiance positif (plutôt inattendu) aux Etats-Unis et  
chaîne de production au sein de l’Aléna liant le négatif (attendu) au Mexique. Les marchés d’actions  
dynamisme des exportations en volume à celui des américains anticipent une accélération de la croissance  
importations, notamment en biens intermédiaires et économique et de l’inflation qui, combinée avec  
d’équipement. Ceci implique une incapacité du l’allègement de la fiscalité sur les entreprises,  
Mexique à générer des surplus commerciaux (autres compenserait la hausse des taux d’intérêt (durcissement  
que celui avec les Etats-Unis), d’autant plus que la de la Fed, anticipation de déficits budgétaires plus  
balance pétrolière est devenue déficitaire, le pays élevés). D’après l’enquête mensuelle de l’Université du  
exportant du brut et important des produits raffinés et Michigan, le moral des ménages a atteint en janvier un  
dérivés plus chers.  
point haut depuis treize ans. A l’inverse, la remontée  
des taux d’intérêt et l’appréciation du dollar ont pesé  
La volonté des autorités de diversifier les marchés lourdement sur le Mexique. La dépréciation du peso  
d’exportation (Amérique latine, Europe, voire Asie) se mexicain (MXN) face au dollar s’était amorcée début  
heurte à la force d’attraction (réciproque) des Etats-Unis. mai 2016, après l’abdication des principaux rivaux de  
Le Mexique reste enfermé dans son modèle Donald Trump à l’investiture républicaine. Elle a atteint  
économique d’atelier de la première économie mondiale 12% depuis l’élection du 8 novembre. Les primes de  
dont la croissance potentielle a ralenti depuis la crise CDS sur les obligations souveraines en devises ont  
financière d’environ 2,5%, à 1,8% selon le CBO grimpé de 50 points de base (pb) en quelques jours  
(
Congressional Budget Office).  
avant de se détendre progressivement à 155 pb au 3  
février. L’indice général actions de la Bourse de Mexico  
Il est encore difficile d’apprécier l’effet sur la s’est aussi repris, mais il perd toujours 3% en monnaie  
croissance économique mexicaine des réformes locale et 13% en dollar US sur trois mois. Quant aux  
mises en place et en cours. Selon les estimations rendements obligataires domestiques à 5 ans, ils ont  
préliminaires, les réformes du travail et du secteur  
financier devaient générer conjointement un surplus  
de croissance potentielle d’environ 0,5 point de  
pourcentage à cinq ans à partir de 2015, auquel  
s’ajouterait l’effet attendu de l’ouverture en cours du  
secteur énergétique aux investisseurs étrangers. Le  
quatrième appel d’offres – le premier pour des  
gisements d’hydrocarbures en eaux profondes très  
prometteurs  a eu lieu début décembre 2016, et  
six autres pourraient suivre dans les prochaines  
années.  
pris 130 pb sur la période à 7,15%.  
Taux de change  
2
2
2
1
1
1
1
1
4
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0
8
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4
2
0
8
Taux de change nominal USD/MXN  
Taux de change effectif réel (TCER)  
120  
10  
1
Dépréciation  
100  
90  
8
0
Surtout, la rhétorique et les premières mesures  
protectionnistes et anti-immigration du président Donald  
Trump constituent une source d’incertitude et  
d’inquiétude majeure pour le Mexique.  
70  
60  
05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17  
Graphique 7  
Source : Banxico  
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La multiplication des décrets présidentiels (executive croissance du PIB. Malgré la vigueur de la  
orders) depuis l’investiture du 20 janvier montre que consommation et de l’investissement en fin d’année,  
Donald Trump souhaite rapidement tenir ses promesses 2016 marque un fort ralentissement de la croissance  
de campagne. L’enterrement du Partenariat Trans- du PIB à 1,6% en moyenne annuelle et la deuxième  
pacifique (TPP), soutenu par le parti républicain mais plus médiocre performance depuis la sortie de  
non ratifié, en est le premier symbole.  
récession.  
En attendant la renégociation, voire l’abrogation, de l’Aléna, Donald Trump a su capter l’électorat ouvrier de la Rust  
le président Trump menace d’instaurer une taxe douanière Belt (ceinture de la rouille) sur fond de  
(
un taux de 20% est évoqué) sur les importations désindustrialisation, paupérisation et déclassement  
mexicaines, pour que les entreprises américaines social. Se présentant comme le chantre du « Made in  
maintiennent ou relocalisent leurs activités sur le territoire USA », il projette de créer 25 millions d’emplois en  
national. 75% des 500 plus grandes entreprises quatre ans. Or, au cours des quatre dernières années,  
américaines et des milliers de PME sont installées au le marché du travail pourtant particulièrement  
Mexique. Le secteur automobile est le premier concerné dynamique n’en a créé « que » 10 millions, portant le  
puisque près de 20% de la production nord-américaine de taux de chômage de 8,1% à 4,7%. Un taux de chômage  
GM et 13% de celle de Ford sont localisés au Mexique. au sens large (sous-emploi compris) deux points de  
Ford a ainsi annoncé début janvier l’abandon d’un projet pourcentage supérieur à son niveau record de 2000  
d’investissement de USD 1,6 md dans une nouvelle usine (7%), une absence de pression sur les salaires et une  
au Mexique, dont USD 700 millions seraient réalloués à inflation toujours en ligne avec la cible de la Fed (malgré  
une usine du Michigan avec à la clef la création de 700 l’accélération en janvier soutenue par la hausse des prix  
emplois. Le groupe Fiat Chrysler a annoncé qu’il pourrait se de l’énergie) indiquent que l’économie n’est pas encore  
retirer du Mexique en fonction du niveau des taxes à en situation de plein emploi ni en haut de cycle  
l’importation. Dans le même temps, GM va délocaliser la conjoncturel. Toutefois, même avec une croissance de  
production de l’un de ses modèles du Canada vers l’un de la population active d’environ 2 millions de personnes  
ses sites au Mexique.  
par an et le plus fervent des patriotismes économiques,  
l’objectif de créations d’emplois de Donald Trump  
Les décrets portant sur les restrictions à l’immigration apparaît utopique, à moins de recourir massivement à  
(
dont la légalité constitutionnelle fait débat) et l’immigration. A ce titre, le plan de relance des  
l’édification d’un mur à la frontière avec le Mexique (dont infrastructures pourrait soutenir les créations d’emplois  
le cadre légal est en place depuis dix ans mais le coût dans la construction, gros employeur de travailleurs  
prohibitif) marquent clairement la volonté de la nouvelle immigrés, notamment mexicains. C’est le même constat  
administration de restreindre la libre circulation des dans le secteur agricole et agroalimentaire qui pourrait  
personnes mais aussi celle des biens. Des mesures être, avec le secteur industriel, au cœur de la  
réglementaires et fiscales contraignant les transferts renégociation de l’Aléna.  
d’argent vers le Mexique (remesas) et le renforcement  
des contrôles du statut des personnes à l’origine de ces  
transferts sont aussi envisagés.  
Près de cinq millions d’emplois américains dépendent  
du commerce avec le Canada et le Mexique. Pour  
chaque dollar exporté par les maquiladoras mexicaines,  
les inputs (consommations intermédiaires) en  
provenance des Etats-Unis ne représentent pas moins  
La doctrine Trump face à la réalité économique  
Les chiffres de la croissance économique et du déficit de 40 cents. De plus, la hausse des tarifs douaniers  
commercial pour le T4 2016 aux Etats-Unis induirait une augmentation des prix à l’importation qui,  
confortent la vision de la nouvelle administration en l’absence de biens substituables « made in USA »  
américaine : le commerce extérieur a contribué compétitifs, rognerait in fine le pouvoir d’achat des  
négativement (-1,7 point en première estimation) à la consommateurs américains.  
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Conjoncture  
Février 2017  
27  
Les garde-fous institutionnels et juridiques et les contre-  
pouvoirs  
Les perspectives économiques mexicaines  
Confrontée au principe de réalité et à des garde-fous Le tableau dressé nous amène à envisager les  
institutionnels importants (séparation des pouvoirs et conséquences concrètes que pourrait avoir la  
prérogatives importantes du Congrès, de la justice et future politique économique et commerciale des  
des Etats), la nouvelle administration américaine Etats-Unis sur la performance de l’économie  
aura besoin du soutien de la majorité républicaine au  
mexicaine. Pour ce faire, nous avons recours à une  
Congrès pour appliquer son programme. Le projet de modélisation économétrique suivant un processus  
baisse massive de l’impôt sur les sociétés est VAR (vecteur autorégressif) qui nous permet  
largement soutenu par le camp républicain. Mais la d’évaluer l’effet de différents chocs économiques et  
doctrine dominante défendue par l’influent président  
financiers externes sur l’activité économique au  
de la Chambre des représentants Paul Ryan Mexique.  
demeure libre-échangiste et anti-étatiste. Elle  
s’accommode donc mal du virage protectionniste et  
de la relance de l’investissement fédéral en  
infrastructures (qui prendrait plutôt la forme d’un  
crédit d’impôt pour les entreprises) souhaités par  
Donald Trump. La renégociation de l’Aléna pourrait  
cependant apparaître aux yeux des parlementaires  
républicains comme une opportunité de renforcer les  
intérêts économiques des Etats-Unis. Face à cela,  
certains contre-pouvoirs puissants pourraient jouer  
un rôle important. Il s’agit principalement des  
groupes de pression (lobbying) de grandes  
entreprises et secteurs d’activité ayant un intérêt  
majeur au maintien du statu quo, et bien entendu du  
La spécification de notre modèle est la suivante 1 :  
 = [∆푦  , 퐼푅10 , ꢀ푝푟푒푎푑 , 푅퐸푅 , ∆푦, 퐼푅]  
푈푆  
푈푆  
avec ∆푦 la croissance du PIB réel des Etats-Unis,  
푈푆  
퐼푅10 les taux d’intérêt sur les bons du Trésor  
américain à 10 ans, ꢀ푝푟푒푎푑 les spreads de taux  
d’intérêt sur les obligations souveraines mexicaines en  
devises à 10 ans, 푅퐸푅 le taux de change réel du peso  
푀ꢁ푥  
contre dollar US, ∆푦 la croissance du PIB réel  
푀ꢁ푥  
mexicain et 퐼푅푡  
les taux d’intérêt interbancaires  
mexicains.  
«
quatrième pouvoir » à savoir la presse et les  
La décomposition (matrice de Cholesky) de la  
croissance annuelle du PIB mexicain confirme que les  
facteurs externes ont un pouvoir explicatif important,  
principalement la croissance du PIB des Etats-Unis  
médias.  
L’article 2205 de l’Aléna prévoit la possibilité d’une  
sortie unilatérale de l’un des signataires sur simple  
notification avec un préavis de six mois. Demeure  
cependant la question de la capacité juridique pour le  
président américain de prendre une telle décision par  
simple executive order, alors que l’article 1-8 de la  
Constitution des Etats-Unis stipule que les questions  
relatives au commerce international sont une  
(
31%) et les spreads de taux obligataires (20%) qui  
sont influencés par les conditions de marché  
internationaux mais aussi par des facteurs internes au  
Mexique (risque politique, stabilité des finances  
publiques).  
prérogative du Congrès. Par ailleurs, le Mexique Les résultats de notre simulation repris dans le tableau  
pourrait recourir  
l’Organisation mondiale du 1 s’interprètent ainsi : un choc initial d’un point de  
à
commerce (OMC) si l’administration américaine pourcentage (pp) sur la croissance du PIB des Etats-  
décidait d’imposer des barrières tarifaires ou Unis génère une réponse instantanée du PIB réel du  
réglementaires discriminantes, proscrites par les Mexique de 0,24 pp, une réponse cumulée au bout de  
traités commerciaux à travers la clause de la nation la quatre trimestres de 0,86 pp et de 0,98 pp au bout de  
plus favorisée (NPF).  
huit trimestres.  
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Conjoncture  
Février 2017  
28  
Réponse impulsionnelle du PIB réel mexicain aux chocs  
externes (normalisés à 1 point de pourcentage)  
3. S3 : scénario le plus défavorable :  
Absence de relance de l’activité aux Etats-Unis  
croissance du PIB de 2%-2,2% en moyenne en 2017-  
2018) accompagnée d’importantes barrières douanières  
identiques au scénario S2.  
(
Taux de  
PIB réel des Taux 10 ans Spreads  
change réel  
Etats-Unis américains obligataires peso / $ US  
Hypothèses sur les variables explicatives  
T1  
0,24  
-0,11  
-0,55  
-0,09  
-0,16  
-0,81  
0,29  
-0,13  
0,09  
0,20  
Y_US IR_US10 Spread  
Scénario 1  
RER IR_MEX  
Cumul  
T1-T4  
0
,86  
,12  
2
2
2
2
2
2
2
2
017 T1  
017 T2  
017 T3  
017 T4  
018 T1  
018 T2  
018 T3  
018 T4  
2,2  
2,4  
2,2  
2,4  
2,6  
2,8  
2,8  
2,9  
2,6  
2,8  
2,9  
3,0  
3,2  
3,3  
3,4  
3,5  
232  
232  
232  
232  
232  
232  
232  
232  
729  
729  
656  
656  
656  
656  
656  
656  
6,8  
7,8  
8,0  
8,0  
8,0  
8,0  
8,0  
8,0  
Cumul  
T5-T8  
0
Cumul  
T1-T8  
0,98  
-0,63  
-0,52  
0,29  
Tableau 1  
Source : BNP Paribas  
Scénario 2  
232  
2
2
2
2
2
2
2
017 T1  
017 T2  
017 T3  
017 T4  
018 T1  
018 T2  
018 T3  
2,2  
2,4  
2,2  
2,4  
2,6  
2,8  
2,8  
2,9  
2,6  
2,8  
2,9  
3,0  
3,2  
3,3  
3,4  
3,5  
729  
729  
510  
510  
510  
510  
510  
510  
6,8  
7,8  
8,0  
7,8  
7,5  
7,5  
7,5  
7,5  
232  
280  
280  
280  
280  
280  
280  
A partir de ce processus VAR, nous construisons un  
système d’équations afin de prévoir la croissance du  
PIB réel mexicain en fonction des trois scénarios  
alternatifs suivants fondés sur des hypothèses de  
réalisation ou non du programme de Donald Trump (cf.  
tableau 2) :  
2018 T4  
Scénario 3  
232  
2
2
2
2
2
017 T1  
017 T2  
017 T3  
017 T4  
018 T1  
2,2  
2,0  
1,9  
2,1  
2,2  
2,3  
2,3  
2,1  
2,6  
2,8  
2,9  
3,0  
3,0  
3,0  
3,0  
3,0  
729  
729  
510  
510  
510  
510  
510  
510  
6,8  
7,8  
8,0  
7,8  
7,5  
7,5  
7,5  
7,5  
232  
280  
280  
280  
280  
280  
280  
1
. S1 : scénario le plus favorable au Mexique :  
accélération de la croissance du PIB des Etats-Unis à  
,3% en moyenne en 2017 et 2,8% en 2018, soutenue  
par la politique de relance budgétaire (infrastructures),  
la baisse de la fiscalité sur les entreprises (accélération  
de l’investissement et des créations d’emplois plutôt que  
thésaurisation ou versements de dividendes) et la  
dérégulation financière (accélération du crédit).  
Parallèlement, augmentation modérée des barrières  
2
2018 T2  
2
2
018 T3  
018 T4  
Tableau 2  
Source : BNP Paribas  
douanières sur les importations mexicaines matérialisée Nous concluons (cf. graphique 8) que dans le scénario  
par une appréciation du taux de change réel de 10% au le plus favorable (S1) la croissance économique du  
T3 2017.  
Mexique subirait un ralentissement marqué avec une  
stagnation du PIB en glissement annuel au T4 2017 et  
T1 2018, limitant l’acquis de croissance pour 2018,  
2
. S2 : scénario intermédiaire :  
Mêmes hypothèses de croissance aux Etats-Unis que avant de reprendre de la vigueur pour finir 2018 à 0,5%  
pour le S1 mais mise en place d’importantes barrières en moyenne annuelle. Dans le S1, la croissance du PIB  
tarifaires, voire non tarifaires, sur les produits mexicains réel serait de 1,2% en moyenne en 2017, tout comme  
matérialisée par une appréciation du taux de change dans le S2. Toutefois, dans ce second scénario l’activité  
réel de 30% au T3 2017.  
économique se contracterait durant les trois premiers  
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Conjoncture  
Février 2017  
29  
trimestres de 2018 (en glissement annuel) et la Quoi que décident les Etats-Unis, et même si la  
croissance du PIB ressortirait de -0,3% en moyenne matérialisation des changements d’orientation politique  
annuelle. Enfin, le S3 n’offrirait pas une reprise de en cours devrait prendre plusieurs mois voire trimestres,  
l’activité économique avant 2019. En moyenne annuelle, l’ampleur du choc négatif sur la confiance et l’attentisme  
le PIB réel mexicain augmenterait de 1,1% en 2017 et des investisseurs étrangers et locaux devraient affecter  
se contracterait de 0,5% en 2018.  
fortement les dépenses d’investissement au Mexique  
dans les prochains mois. Celles-ci devraient être en  
repli en 2017. La confiance des ménages, déjà entamée  
par la hausse significative des prix des carburants  
décidée en janvier, devrait elle aussi se détériorer et  
peser sur la consommation privée. Il ne faut pas non  
plus attendre un quelconque soutien de la part des  
politiques économiques. La politique budgétaire, déjà  
relativement restrictive depuis deux ans dans un  
contexte de réduction des recettes pétrolières et de  
difficultés financières pour la société nationale Pemex,  
devrait le rester. La politique monétaire, contrainte par la  
chute du peso et l’envolée de l’inflation, devrait resserrer  
les conditions monétaires plus sévèrement qu’attendu il  
y a quelques mois, et devancer largement la Fed plutôt  
que la suivre. Au final, de manière paradoxale, les  
exportations pourraient être le seul facteur de support  
de l’activité économique dans l’attente d’une  
concrétisation des mesures de rétorsions commerciales  
américaines.  
Projections de croissance du PIB réel du Mexique  
5
%
%
5
Prévisions  
Scénario 1  
Scénario 2  
Scénario 3  
4
4%  
3%  
3
2%  
2
1%  
1
0%  
0
-1  
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Graphique 8  
Source : BNP Paribas  
A plus long terme, l’ampleur potentielle du virage  
économique, commercial et diplomatique opéré par les  
Etats-Unis au cours des quatre prochaines années  
inquiète quant à la trajectoire du Mexique. Desservi par  
ses avantages comparatifs et compétitifs qui l’ont  
enfermé dans un rôle d’atelier des Etats-Unis, celui-ci  
doit redéfinir son modèle économique, s’affranchir de sa  
dépendance vis-à-vis de son voisin du nord et renforcer  
sa productivité en intégrant davantage les chaînes de  
valeur mondiales. A ce titre, l’accélération des  
négociations commerciales entre le Mexique et l’Union  
européenne doit être considérée comme de bon augure.  
Le reniement des principes d’ouverture, qui ont façonné  
l’identité et fait la richesse des Etats-Unis, n’est  
probablement pas la panacée aux maux économiques  
et sociaux dont souffre le pays. Le Mexique apparaît  
comme une victime expiatoire et collatérale de la  
politique économique et commerciale prônée par la  
nouvelle administration américaine. Dans ces conditions,  
les perspectives économiques à court terme du Mexique  
ont été revues significativement à la baisse. Le  
consensus des économistes a abaissé ses prévisions  
de croissance du PIB pour 2017 de 2,2% en octobre  
Achevé de rédiger le 8 février 2017  
sylvain.bellefontaine@bnpparibas.com  
2
2
016 à 1,5% dans la dernière enquête de janvier, et de  
,8% à 2,1% pour 2018.  
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Conjoncture  
Février 2017  
30  
REFERENCES  
FMI : Mexico Country Report No. 15/314, Selected issues: trade and financial spillovers to Mexico, pages 11 à 23  
Novembre 2015)  
(
Jean-Baptiste Gossé, Cyriac Guillaumin : Christopher A. Sims et la représentation VAR (2011)  
Gilbert Colletaz : Les processus VAR (2013)  
S. Ouliaris, A.R. Pagan et J. Restrepo : Quantitative Macroeconomic Modeling with SVAR An EViews  
Implementation (Septembre 2016)  
NOTE  
1
Considérant que la crise de 1994-1995 et l’entrée en vigueur de l’Aléna marquent une rupture structurelle pour  
l’économie mexicaine, nous avons calibré notre modèle sur la période T1 2000- T4 2016 (données trimestrielles) afin  
d’évacuer l’effet de mémoire (persistance des phénomènes passés).  
n
Nous considérons un processus VAR(p) à variables :  
Y     Y   Y   Y t  
(1)  
  est le nombre optimal de retards et t un bruit blanc  
t
0
1
t1  
2
t2  
p tp  
L’équation (1) peut se réécrire :  
L  
Y    (2)  
t
0
t
p
i
avec l’opérateur retard, Id matrice identité,  
L
L
 I   L  
d
i
i1  
Sous l’hypothèse de stationnarité, le théorème de Wold nous permet de réécrire le processus VAR sous la  
forme moyenne mobile infinie (VMA() ) :  
j
Y   jt j  (L)t  
(3)  
avec (L)   L  
,
  I et t représente le vecteur  
t
j
0
d
j0  
j0  
des chocs du processus.  
A partir de l’équation (3) nous pouvons déterminer l’effet des chocs t sur les variables endogènes.  
Et donc :  
 h(i, j)    
Yi,th  
(
 h(i, j) est la dérivée partielle de Yi,th par rapport à  j,h  
)
j,h  
 h(i, j) est l’estimation de l’impact d’un choc  j à la date  
choc.  
t
h
sur la variable Yi pour les périodes suivant le  
Le choix du nombre de retards qui minimise les critères Akaike (AIC) et Schwarz (SC) défini comme suit :  
2 푝푘ꢆ  
퐴퐼퐶(푝) = logꢂ푑푒ꢃꢄꢅ + 푁  
ꢀ퐶 푝 = logꢂ푑푒ꢃꢄꢅ +  
( )  
log(푁)  
푝푘ꢆ  
̂
̂
̂
  nombre de variables du système,  le nombre d’observations et  un estimateur de la matrice de variance-  
covariance des résidus.  
Pour notre étude nous avons choisi 3 retards.