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Suisse : Montée en régime  
Raymond Van der Putten  
L’économie suisse est en phase d’expansion, mais à un  
rythme modéré.  
 Prévisions économiques de la Suisse  
(1) (1)  
(1)  
2019  
2
016  
2017  
2018  
La politique monétaire helvétique devrait soutenir la  
croissance au cours des prochaines années, tandis que la  
politique budgétaire devrait avoir un effet globalement  
neutre pour la période 2017-2019.  
Activité  
PIB  
1.4  
1.5  
3.1  
6.5  
6.0  
0.9  
1.3  
1.5  
3.0  
4.0  
2.2  
1.5  
2.4  
4.8  
5.1  
1.9  
1.5  
2.4  
3.5  
3.4  
Consommation privée  
Investissement fixe  
Exportations  
Importations  
La reprise actuelle bénéficie à l’ensemble de l’économie. La  
croissance du PIB est attendue à respectivement 2,2 % et  
1
,9 % pour 2018 et 2019.  
Inflation & Emploi  
IPC  
-0.4  
0.5  
4.9  
0.3  
0.8  
4.8  
0.5  
1.2  
4.4  
0.6  
0.9  
4.2  
Une reprise au pas  
Emploi  
L’économie suisse est en phase d’expansion, mais à un  
rythme très modéré. En 2016, le PIB avait progressé de  
Chômage (%)  
1
,4 %, après 1,2 % en 2015, soit un peu en deçà du taux de  
croissance potentiel (1,5 %). Cette croissance au ralenti s’est  
poursuivie en 2017. De janvier à juin, le PIB suisse n’a  
augmenté que de 0,3 % par rapport au deuxième semestre  
de 2016. Pour l’ensemble de l’année, sa croissance n’est  
attendue qu’à 0,9 %.  
Comptes extérieurs et publics (% du PIB)  
Compte courant  
9.8  
10.2  
0.3  
10.5  
0.4  
11.1  
0.4  
Solde des Adm. Publiques  
Dette publique (fin période)  
0.3  
45.7  
44.9  
43.2  
41.7  
Notes (1) prévisions ou données préliminaires  
En glissement annuel sauf indication contraire  
Cette reprise sans vigueur s’explique dans une large mesure  
par la fermeté du franc suisse (CHF), qui pèse sur la  
compétitivité de l’industrie nationale. Entre 2008 et 2016, le  
taux de change réel effectif du CHF a ainsi progressé de près  
de 20 %.  
Table  
Source : BNP Paribas Etudes Economiques  
Quelques lueurs d’espoir sont toutefois apparues ces derniers  
mois pour les secteurs les plus liés à la demande extérieure,  
grâce au repli du taux de change effectif et au redressement  
des échanges internationaux. Au premier semestre 2017, la  
production manufacturière a augmenté de 2,4 % par rapport  
au second semestre 2016. De même, l’activité du secteur de  
l’hôtellerie-restauration repart à la hausse. Enfin, l’important  
secteur financier rebondit après avoir touché son plus bas. À  
l’inverse, l’activité dans la plupart des autres branches du  
tertiaire a tourné au ralenti.  
La croissance très modérée de la production n’a permis  
qu’une amélioration marginale du marché du travail. Alors que  
le nombre de personnes ayant un emploi a fortement  
augmenté ces derniers mois, le nombre d’équivalents temps  
plein stagne, les pertes de l’industrie manufacturière ayant été  
compensées par des créations de postes dans les services.  
Le taux de chômage au sens du BIT a diminué à 4,4 % au  
deuxième trimestre (0,2 point de pourcentage de moins qu’un  
an plus tôt).  
EcoFlash // 21 novembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
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Les prix à la consommation ont très peu augmenté ces  
dernières années, principalement en raison de la fermeté de  
la monnaie nationale et de l’érosion des prix des matières  
premières. Cependant, depuis le début de l’année, l’inflation  
sous-jacente, c’est-à-dire hors produits frais et énergie, a  
augmenté de façon régulière, passant de -0,2% en janvier à  
L’inflation est surtout alimentée par les services  
Contribution en point de pourcentage:  
Energie Biens (hors énergie) Services  
IPC (%, g.a.)  
0
,5% en octobre. L’indice IPC total a augmenté de 0,7 % en  
g.a. ce même mois. L’inflation est tirée avant tout par les prix  
des services, tels que les loyers. En outre, ces derniers mois,  
le taux de change effectif a baissé.  
2
1
1
0
.0  
.5  
.0  
.5  
Une politique monétaire accommodante  
Comme les autres grandes banques centrales, la Banque  
nationale suisse (BNS) a pour principal objectif de maintenir  
la stabilité des prix. Pour la BNS, cela correspond à un indice  
des prix à la consommation (IPC) national en hausse de  
moins de 2 % par an. À cette fin, l’institution est censée tenir  
compte d’autres facteurs tels que les fluctuations du taux de  
change, la masse monétaire et les chocs des prix des  
matières premières.  
0.0  
0.5  
1.0  
-
-
-1.5  
2.0  
-
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Comme la Suisse est une économie très ouverte, le taux de  
change joue un rôle important dans la politique de la banque  
centrale. Considéré comme une valeur refuge par les  
investisseurs, le CHF s’était considérablement apprécié  
pendant la crise de l’euro. En septembre 2011, les autorités  
suisses avaient décidé la mise en place d’un taux plancher de  
Graphique 1  
Source : Office fédéral de la statistique  
 La BNS achète des actifs pour affaiblir le CHF  
BNS  BCE  Réserve fédérale  BoJ  BoE  
1
,20 CHF pour un euro, une décision qui l’avait toutefois  
contrainte à intervenir massivement sur les marchés des  
changes, et avait entraîné une croissance accélérée de son  
bilan. Fin 2014, les actifs de la BNS représentaient 86 % du  
PIB, soit l’un des pourcentages les plus élevés de tous les  
pays de l’OCDE. Avant la Grande récession, les actifs de la  
banque ne valaient qu’environ 20 % du PIB suisse. Le taux  
plancher a été abandonné en janvier 2015, les autorités  
helvétiques craignant que la Banque centrale européenne ne  
mette en place des mesures d’assouplissement quantitatif. En  
effet, si le taux plancher avait été conservé, la BNS aurait dû  
accélérer ses achats d’actifs étrangers. Dans le même temps,  
l’institution centrale avait abaissé le taux d’intérêt sur les  
dépôts à vue de 0,75 % à 0,5 %. La fourchette visée pour le  
Libor à trois mois s’est alors enfoncée davantage en territoire  
négatif, pour atteindre un intervalle entre -1,25 % et -0,25 %,  
contre -0,75 % et 0,25 % précédemment. Le taux de directeur  
de la BNS est le plus négatif de toutes les banques centrales.  
Actifs des banques centrales en % du PIB  
140  
120  
100  
80  
60  
40  
20  
0
2005  
Graphique 2  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Source : Datastream  
Début 2017, le CHF est reparti à la baisse face à l’euro suite  
à la décision de la BCE de commencer à réduire son  
programme d’assouplissement quantitatif, qui a entraîné une  
réévaluation substantielle des avoirs suisses en monnaies  
étrangères. Au cours des neuf premiers mois de l’année, la  
BNS a enregistré presque 34 milliards de CHF de bénéfices.  
de vie. En outre, des taux négatifs ou à peine positifs peuvent  
mener à de placements de qualité médiocre.  
Alors que l’inflation a décollé de zéro et que les risques de  
déflation s’éloignent, la BNS va pouvoir envisager une  
normalisation de ses taux d’intérêt. Il est toutefois improbable  
qu’elle les relève avant que la BCE n’augmente les siens, car  
le resserrement de l’écart de taux entre la Suisse et la zone  
euro risquerait d’exercer une pression haussière sur le CHF.  
La banque mène une politique monétaire expansionniste avec  
des taux d’intérêt réels négatifs pour une large part des  
échéances. Cette approche a stimulé l’activité économique  
par différents biais, comme l’affaiblissement de la monnaie ou  
l’encouragement de l’investissement. Cependant, ses effets  
secondaires non désirés deviennent de plus en plus visibles.  
Par exemple, les fonds de pension ont de plus en plus de mal  
à atteindre leur objectif de rémunération légal. Le taux de  
conversion minimum pour les régimes de retraite  
professionnels, utilisé pour traduire en rente l’épargne  
accumulée, est fixé à 6,8 %. Un niveau beaucoup trop élevé  
si l’on considère les taux d’intérêt à long terme et l’espérance  
La politique budgétaire doit respecter le principe du « frein à  
l’endettement », mis en place en 2003, qui exige un budget  
fédéral équilibré, adapté en fonction de la conjoncture sur une  
base ex ante. Les dépassements de budgets ex post doivent  
être compensés par des excédents structurels lors des  
exercices suivants. Cette règle fédérale a été reprise par la  
législation budgétaire de quasiment tous les cantons. En  
EcoFlash // 21 novembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
3
raison de son asymétrie  les excédents ne peuvent pas  
servir à financer les déficits futurs –, elle s’est traduite par une  
réduction significative de l’endettement du gouvernement  
fédéral, passé de 58,4 % fin 2003 à 44,7 % fin 2016. Le solde  
budgétaire ajusté en fonction du cycle économique est positif  
depuis 2008, tandis que le budget du gouvernement fédéral  
est excédentaire depuis 2015. La politique budgétaire devrait  
avoir un effet globalement neutre durant la période 2017-  
Les indicateurs conjoncturels montrent un  
éclaircissement des perspectives  
Production industrielle (%, g.a.)  
KOF, baromètre conjoncturel (é.d.)  
2
1
1
0
5
0
5
0
140  
130  
120  
110  
100  
90  
2
019, avec un budget fédéral toujours en excédent.  
Une reprise tirée par le redressement économique mondial  
La croissance devrait s’accélérer à 2,2 % en 2018, avant de  
marquer le pas à 1,9 % en 2019. Les indicateurs du cycle  
économique annoncent d’ores et déjà un redressement de  
l’activité pour les prochains mois. Le baromètre conjoncturel  
du KOF est ressorti à 109,1, son plus haut niveau depuis  
septembre 2010. L’activité manufacturière bénéficie du  
soutien de la franche reprise de l’économie européenne et du  
recul constant du CHF face à lEUR.  
-5  
-10  
80  
-15  
70  
-20  
60  
2
005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
La croissance de la demande intérieure devrait rester  
soutenue au cours des années à venir. Depuis fin 2015, la  
confiance des ménages est orientée à la hausse, sur fond  
d’amélioration de l’emploi et de meilleures perspectives de  
production, mais elle reste très en deçà de ses pics de 2010-  
Graphique 3  
Sources : Office fédéral de la statistique, KOF  
1
1 et de 2014. Les dépenses de consommation devraient  
augmenter de 1,5 % en 2018 comme en 2019.  
De plus, les dépenses d’investissement sont sur le point de  
repartir à la hausse suite à l’apparition de pénuries de  
capacités. Dans le secteur manufacturier, le taux d’utilisation  
des capacités a ainsi atteint 82,4 % au début du quatrième  
trimestre ; il n’avait pas été aussi élevé depuis début 2012.  
L’investissement dans les machines et équipements pourrait  
croître d’environ 3 % en 2018 comme en 2019. Cette situation  
est également favorisée par des conditions de financement  
plus souples. Une large part de ces investissements sera  
consacrée à la recherche-développement.  
En outre, la multiplication des permis de construire dénote  
une montée des activités dans le bâtiment, encouragées par  
le bas niveau des taux d’intérêt. La construction de logements  
devrait se redresser également, grâce aux meilleures  
perspectives d’emploi.  
Du côté des échanges, la solide croissance économique de  
l’Europe et des États-Unis stimule les exportations suisses et  
la dépréciation du CHF va améliorer la compétitivité du pays,  
tout en le rendant plus attirant aux yeux des touristes  
étrangers.  
L’inflation devrait rester très modérée au cours des  
prochaines années, aux alentours de 0,5 %. En conséquence  
du rejet de la réforme des retraites Prévoyance vieillesse  
2
020, le taux de TVA standard sera abaissé de 0,3 point de  
er  
pourcentage, à seulement 7,7 %, au 1 janvier 2018. L’effet  
sur l’inflation devrait rester négligeable puisque cette  
réduction ne concernera qu’une partie des dépenses de  
consommation. De plus, les prix des biens importés devraient  
augmenter du fait de l’affaiblissement du franc suisse.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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