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Inde  
Narendra Modi assoit son pouvoir  
Le retrait des billets de 500 et 1000 roupies semble avoir eu peu d’effet sur l’activité économique et sur la popularité de Narendra  
Modi. Son parti a remporté une large victoire aux élections législatives dans l’Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé d’Inde. Même si cela  
reste insuffisant pour lui assurer une majorité à la Chambre haute du Parlement, cette victoire permet néanmoins au Premier ministre  
d’asseoir son pouvoir en contrôlant désormais dix-sept Etats et deux Territoires Unis. En dépit de la démonétisation, la croissance du  
PIB a atteint +7% en g.a. au T3-FY17, soutenue par le dynamisme de la demande intérieure. Néanmoins, le financement des  
investissements des entreprises semble être toujours pénalisé par les difficultés des banques publiques.  
Croissance de 7% au T3-FY17  
1- Prévisions  
Au troisième trimestre de l’exercice budgétaire 2016/17 (achevé au  
1/03/17), l’activité économique indienne a enregistré une  
croissance de 7% en glissement annuel (g.a.), soit un rythme bien  
supérieur aux attentes. En dépit du retrait des billets de INR 500 et  
INR 1000 roupies en novembre, la demande intérieure a augmenté  
de 11,4% en g.a. au T3-FY17 (contre 6,9% au trimestre précédent).  
2015  
7,2  
2016 2017e 2018e  
(
1)  
3
PIB réel , variation annuelle (%)  
7,9  
7,5  
7,0  
7,3  
7,7  
7,8  
(
2)  
PIB réel , variation annuelle (%)  
7,5  
(
2)  
Inflation moyenne (CPI, %)  
4,9  
5,0  
5,2  
5,3  
(
1)  
Solde budgétaire gouv. central / PIB (%)  
-4,1  
46,6  
-1,3  
23,0  
322  
6,7  
-3,8  
47,2  
-1,1  
23,2  
336  
7,8  
-3,5  
47,0  
-0,8  
21,2  
337  
7,7  
-3,2  
45,9  
-1,7  
20,4  
369,0  
7,9  
(
1)  
Dette publique gouv. central / PIB (%)  
(
1)  
Solde courant / PIB (%)  
Selon les premières estimations, la consommation des ménages,  
les dépenses publiques et les investissements ont enregistré des  
rythmes de croissance particulièrement soutenus. Seules les  
exportations nettes ont contribué négativement à la croissance en  
raison, notamment, d’une accélération des importations (+4,5% en  
g.a.), reflet de la forte hausse de la demande intérieure.  
(
1)  
Dette extérieure / PIB (%)  
(
1)  
Réserves de change , mds USD  
(
1)  
Réserves de change , en mois d'imports  
Taux de change INR/USD (fin d'année)  
66,2  
67,9  
68,5  
69,0  
(
1): année budgétaire (du 1er avril de l’année t-1 au 31 mars de l’année t)  
(
2): année calendaire  
Néanmoins, l’accélération des investissements (+3,5% en g.a.) ne  
semble être due qu’à l’action du gouvernement. En effet, même si  
les statistiques trimestrielles ne permettent pas de différencier les  
investissements par type d’agents économiques, l’évolution de la  
croissance du crédit bancaire aux entreprises (+1,5% en g.a.),  
laisse penser que les investissements privés n’ont pas accéléré.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Production industrielle (g.a., %)  
 Total  Biens en capital  Biens de consommation  
2
1
1
0
5
0
5
0
5
Les perspectives de croissance restent favorables mais les  
indicateurs statistiques du mois de janvier font craindre un  
ralentissement de l’activité économique au dernier trimestre de  
l’exercice 2016/17. La production industrielle a décéléré à 1,3% en  
g.a. et la production de biens de consommation s’est contractée de  
-
3,5% en g.a. tout comme les ventes automobiles qui ont reculé pour  
-10  
le troisième mois consécutif (-5,1% en g.a.). Ce ralentissement de  
l’activité, conséquence du retrait des billets de INR 500 et INR 1000,  
devrait néanmoins être temporaire. Fin février, on estime que la  
quantité de monnaie en circulation atteignait 63% du niveau qui  
prévalait fin octobre 2016.  
-15  
-20  
-25  
-30  
Jan-12  
Jan-13  
Jan-14  
Jan-15  
Jan-16  
Jan-17  
La fragilité des banques publiques pénalise le crédit  
Source : CEIC  
La distribution du crédit bancaire est fortement contrainte par la  
détérioration de la situation financière des banques publiques, qui  
octroient plus de 71% des crédits.  
bilans est aujourd’hui une condition indispensable à la relance du  
crédit. Néanmoins, en dépit des nombreuses mesures prises pour  
apurer les bilans, le montant des actifs à risque (créances  
douteuses et prêts restructurés) n’a cessé de croître et, dans  
l’ensemble, les provisions des banques publiques sont insuffisantes  
pour couvrir les pertes attendues. En février, le vice-gouverneur de  
la banque centrale et le ministère des Finances suggéraient, chacun  
de leur côté, la création d’un organisme de défaisance centralisé.  
Mais le budget prévisionnel pour l’exercice 2017/18 ne prévoit pas  
le financement d’une telle structure. Par ailleurs, en dépit de la  
détérioration des bilans des banques publiques, le ministère des  
Depuis cinq ans, le crédit bancaire en Inde n’a pas cessé de  
décélérer, reflet de la volonté des entreprises d’assainir leurs bilans.  
Néanmoins, plus récemment, les banques publiques sont devenues  
elles-mêmes beaucoup plus réticentes à accorder des crédits  
compte tenu de la détérioration de leur propre situation financière.  
Ainsi, fin janvier le crédit bancaire n’augmentait que de 3,3% en g.a.  
et se contractait dans l’industrie. Les autorités indiennes sont  
conscientes du problème posé par la détérioration de la situation  
financière des banques publiques. Un assainissement de leurs  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
2ème trimestre 2017  
7
Finances n’a pas révisé à la hausse le montant des recapitalisations  
pour l’exercice 2017/18, jugées dès lors très insuffisantes au regard  
des besoins des banques publiques . Le gouvernement de  
3
- Evolution du crédit bancaire (g.a., %)  
1
 Total  Crédit aux entreprises  Crédit dans l’industrie  
Narendra Modi semble avoir fait de la consolidation de ses finances  
publiques une de ses priorités.  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
Un budget 2017/18 prudent  
Le ministère des Finances a pour objectif une réduction du déficit à  
,2% du PIB en 2017/18, soit 0,3 point de moins par rapport aux  
3
prévisions pour l’exercice 2016/17. Par ailleurs, il projette d’abaisser  
le déficit à seulement 3% du PIB d’ici l’exercice 2018/19. Cette  
consolidation des finances publiques s’appuie sur une baisse des  
dépenses rapportées au PIB alors que la base fiscale reste faible.  
On estime, en effet, que sur l’exercice 2016/17 les recettes du  
gouvernement (hors privatisations) s’élevaient à seulement 9,4% du  
PIB et le gouvernement prévoit une baisse équivalente à 0,4 point  
de PIB pour l’exercice 2017/18 suite à la mise en place de la taxe  
sur les biens et services. Pour parvenir à contenir le déficit, le  
ministère des Finances projette d’abaisser ses dépenses à 12,7%  
du PIB en 2017/18 (contre 13% du PIB en 2016/17). Ses deux  
principaux postes de dépenses sont toujours les charges d’intérêt  
-
-10  
Jan-12  
Source : RBI  
Jan-13  
Jan-14  
Jan-15  
Jan-16  
Jan-17  
en prenant comme revenus de référence ceux de l’exercice fiscal  
015/16.  
2
On peut regretter que le gouvernement ne soit pas parvenu à  
appliquer un taux unique de taxe (plutôt que les quatre taux), mais  
cette réforme constitue néanmoins une avancée significative.  
(
3,1% du PIB) et les subventions (1,3% du PIB). La baisse des  
dépenses sur l’exercice en cours porterait notamment sur la  
recapitalisation des banques (dont le coût s’élèverait à seulement  
0
,06% du PIB contre 0,2% du PIB au cours de l’exercice 2016/17)  
Large victoire du BJP aux élections législatives  
et des économies sur la charge d’intérêts (-0,1 point de PIB).  
Lors des dernières élections législatives de février, le parti de  
Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), a remporté dans  
l’un des fiefs de l’opposition l’Uttar Pradesh 312 sièges sur 403  
alors qu’il n’en détenait que 47 jusqu’alors. Le BJP a également  
remporté le scrutin dans l’Utarakhand et gardé le contrôle de l’Etat  
de Goa grâce à ses différentes alliances politiques. Dans le Manipur,  
il est parvenu à entrer au gouvernement pour la première fois et  
devrait pouvoir y former un gouvernement de coalition. En revanche,  
dans le Punjab c’est le parti d’opposition, l’Indian National Congress  
Party, qui a obtenu la majorité des sièges.  
Application de la taxe sur les biens et services au 1er  
juillet ?  
En août dernier le gouvernement de N. Modi était parvenu à faire  
adopter à la Chambre haute du Parlement la loi sur les biens et  
services. Mais un conseil dédié, le « GST Council » (composé de  
seize Etats et deux Territoires Unis), devait encore fixer le taux et  
l’assiette de cette taxe ainsi que les modalités de compensations  
financières envers les différents Etats. C’est chose faite. Le projet  
de loi finalisé a été validé par le Parlement lors de la session  
budgétaire qui s’est tenue en mars-avril. Désormais, plus rien ne  
s’oppose à sa mise en application, prévue par le gouvernement le  
Le BJP et ses alliés dirigent désormais 17 des 29 Etats et deux  
Territoires Unis sur sept.  
1er juillet 2017 (soit un retard de trois mois par rapport à la date  
La victoire du parti de N. Modi dans l’Uttar Pradesh est  
déterminante car cet Etat, le plus peuplé d’Inde, détient 31 sièges à  
la Chambre haute du Parlement (les Etats de Goa et de Manipur  
n’en n’ont qu’un seul chacun, le Punjab et l’Uttarakhand sept et trois  
respectivement). Or, en 2018, dix des trente-et-un sièges détenus  
par l’Uttar Pradesh et un siège de l’Uttarakhand seront renouvelés  
permettant alors au BJP de renforcer sa position à la Chambre  
haute. Depuis l’arrivée de Narendra Modi au pouvoir, le BJP et ses  
alliés y ont remporté 18 sièges. Grâce à leurs récentes victoires et  
aux différents renouvellements à la Chambre haute du Parlement,  
ils devraient détenir 86 sièges sur 245 d’ici les prochaines élections  
nationales de Mai 2019 (18 sièges remportés depuis 2014), un  
niveau supérieur à celui de l’opposition mais toujours insuffisant  
pour obtenir la majorité.  
initialement prévue), même si cette échéance pourrait être retardée  
pour des raisons logistiques.  
Le projet finalisé ne présente pas de divergences majeures avec ce  
qui avait été prévu. Quatre taux de taxe seront appliqués, communs  
à tous les Etats, selon le type de biens échangés : 5%, 12%, 18% et  
28%. Tous les produits alimentaires (soit 50% du panier de  
consommation) et les alcools seront exemptés de taxes.  
Les produits les plus taxés seront les produits de luxe auxquels  
s’ajoutera une taxe additionnelle (perçue sur certains produits  
uniquement) dont les recettes seront utilisées pour compenser la  
perte financière supportée par les Etats. La compensation financière  
sera calculée par le gouvernement selon l’hypothèse que les  
recettes budgétaires des Etats devraient augmenter de 14% par an  
1
Le gouvernement prévoit d’injecter INR 100 mds (USD 1,5 md) au cours  
de l’exercice 2017/18 conformément au programme de recapitalisation  
établi en mars 2015. INR 250 mds ont déjà été injectés à deux reprises en  
2015/16 puis en 2016/17.  
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Inde  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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