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EcoEmerging// 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Thaïlande  
Pause  
La crise politique marque une pause : la succession du roi s’est déroulée dans le calme, la nouvelle constitution a été promulguée  
en avril dernier et les élections se tiendront probablement à la fin de l’année 2018. Cette stabilité apparente ne préfigure pourtant  
pas un retour à la démocratie en Thaïlande. Les conflits politiques et sociaux ont été étouffés plutôt que résolus et la perspective  
d’une nouvelle période d’instabilité politique ne doit pas être écartée. Sur le plan économique, la croissance du PIB profite de la  
reprise du commerce mondial, mais la demande interne demeure affaiblie et l’ampleur du rebond reste limitée, compte tenu des  
défis structurels auxquels le pays doit faire face.  
Le risque politique reste élevé  
1-Prévisions  
A très court terme, la situation politique semble stabilisée. La  
succession du roi, décédé en octobre 2016 après plus de 70 ans de  
règne, s’est déroulée dans le calme. La période de transition  
s’achèvera dans les derniers jours du mois d’octobre, à la fin de  
l’année de deuil, après le couronnement de Rama X. Parallèlement,  
la constitution votée en août 2016 a été promulguée au mois d’avril  
2015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,9  
3,2  
3,4  
3,5  
-0,9  
0,2  
1,0  
1,2  
-2,8 -2,9 -3,6 -4,0  
30,7 31,5 33,4 35,5  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
8,1 11,4  
9,7  
7,8  
2
017. Les élections, plusieurs fois reportées depuis l’arrivée au  
pouvoir des militaires en mai 2014, devraient finalement se tenir à la  
fin de l’année 2018.  
Dette externe, % du PIB  
32,9 32,3 31,7 31,7  
151,3 166 177 185  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change THB/USD (fin d'année)  
Aucun des conflits politiques et sociaux qui divisent le pays n’a  
pourtant été résolu. La nouvelle constitution, très répressive, a été  
rédigée par les militaires dans leur intérêt. Celle-ci renforce leur  
présence au pouvoir, tout en l’inscrivant dans la durée. En outre, fin  
août, l’ancienne Première ministre Yingluck Shinawatra a fui le pays  
pour échapper à son procès, comme l’avait fait son frère dix ans  
auparavant. Loin d’être anecdotique, cette décision prive le parti  
dont elle était la représentante (Pheu Thai Party) du soutien  
populaire dont il bénéficiait jusqu’alors, et par la même occasion  
anéantit toute possibilité de voir émerger une opposition au  
gouvernement militaire lors des prochaines élections.  
8,2  
9,4  
9,6  
9,4  
35,8 35,3 35,1 35,1  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Rebond limité de la croissance  
Contributions à la croissance et variation en g.a.  
Consommation  Investissement  Exportations nettes  
PIB (%, g.a.)  
2
2
1
5
0
5
Enfin, malgré les modifications demandées par le nouveau roi en  
début d’année, la constitution apparaît impossible à réviser. Seul un  
nouveau coup d’Etat pourrait en permettre l’abolition. Les divisions  
au sein de la société thaïlandaise se creusent chaque fois un peu  
plus et le retour à la démocratie (pourtant promis par les militaires  
lors de leur arrivée au pouvoir) semble remis à un horizon lointain.  
10  
5
0
-5  
Rebond de la croissance à court terme  
-10  
15  
-
Sur le plan économique, la demande intérieure reste affaiblie, mais  
le pays a profité de l’amélioration de la demande externe. Le PIB  
réel a progressé de 3,2% en 2016, après 2,9% en 2015 et le rebond  
s’est poursuivi au premier semestre 2017 (3,4% en glissement  
annuel). La consommation des ménages a progressé de 3% en  
moyenne sur l’année, soutenue par les mesures mises en place par  
le gouvernement et une légère augmentation des revenus agricoles.  
Surtout, le dynamisme du tourisme et la forte progression des  
exportations ont permis l’accélération de la croissance observée en  
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Source : Comptes nationaux  
L’amélioration devrait se poursuivre au cours de la deuxième partie  
de l’année 2017 et en 2018. La Thaïlande continue de profiter de la  
progression des recettes du tourisme et de la reprise des  
exportations sur les huit premiers mois de l’année, celles-ci ont  
progressé de plus de 8% bien que le rythme soit légèrement  
inférieur à celui enregistré dans les autres pays de la région (plus  
de 15% en moyenne en Malaisie, Indonésie et aux Philippines).  
2
016. Au total, les exportations nettes ont contribué pour 2,5 points  
de pourcentage à la croissance enregistrée en 2016, et le rebond  
des exportations s’est poursuivi au cours des deux premiers  
trimestres de l’année 2017.  
Parallèlement, la progression de la demande interne devrait rester  
relativement faible. Néanmoins, après des débuts hasardeux (moins  
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de 1% du montant total prévu a été dépensé en 2016) le  
programme de développement des infrastructures promis par les  
militaires à leur arrivée au pouvoir semble prendre forme.  
L’investissement (public et privé) devrait être stimulé par ce  
programme, estimé au total à près de 13% du PIB et qui est prévu  
pour s’étaler jusqu’en 2022. L’ampleur du rebond restera toutefois  
limitée par l’engagement du gouvernement à la « prudence  
budgétaire », la très faible reprise de l’investissement privé et le  
niveau de la dette des ménages, autour de 80% du PIB. Au total, le  
PIB devrait progresser de 3,4% en 2017 et 3,5% en 2018.  
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- Ratio de dépendance  
Effectif des personnes inactives rapporté à celui de la population active (%)  
Thaïlande  
 Corée du Sud  Indonésie  
– – – Philippines  
Malaisie  
100  
90  
80  
70  
60  
5
4
3
2
1
0
0
0
0
0
0
La banque centrale devrait laisser inchangée sa politique monétaire  
dans les prochains trimestres. Le principal taux directeur est  
maintenu à 1,5% depuis mars 2015 et l’inflation reste faible (0,6%  
en moyenne sur les huit premiers mois de l’année). Les pressions à  
la baisse (faiblesse de la demande interne, appréciation du Baht au  
cours des derniers mois) devraient persister dans les mois à venir et  
l’inflation devrait rester autour de 1% jusqu’à la fin 2018, soit la  
limite basse de la cible d’inflation (allant jusqu’à 4%) définie par la  
banque centrale. L’inflation sous-jacente (excluant les denrées  
alimentaires et l’énergie) reste très faible, ne progressant que de  
2
000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050  
Source : Banque mondiale  
inactives rapporté à celui de la population active) sera proche de  
65% en 2040, l’un des plus élevés en Asie. La population active  
décline déjà depuis 2013. ii/ Le niveau d’éducation reste  
relativement bas et iii/ la structure de l’emploi a peu évolué au cours  
de la dernière décennie : plus de 30% des emplois restent  
concentrés dans le secteur agricole, alors que celui-ci ne contribue  
plus que pour 8% du PIB.  
0,5% sur les huit premiers mois de l’année (après 0,7% en 2016 et  
1,1% en 2015).  
De nombreux défis structurels  
A moyen-long terme, les perspectives de croissance pour la  
Thaïlande continuent de s’assombrir. Le taux de croissance diminue  
depuis le début des années 2000, passant de 5% par an en  
moyenne entre 2000 et 2005, à 3,9% entre 2005 et 2010 puis 3,6%  
entre 2010 et 2016. D’après les prévisions du FMI, celui-ci  
dépasserait à peine 3% sur la période 2017-2022.  
Des réformes à prendre avec prudence  
A son arrivée au pouvoir, le gouvernement militaire a mis en place  
plusieurs ensembles de mesures destinées à relever les défis  
structurels et à échapper au piège de la « trappe à revenus  
intermédiaires ». Cependant, le risque politique reste élevé et les  
difficultés de mise en œuvre rencontrées par les différents plans  
précédents poussent à la prudence.  
Tout d’abord, parce que la Thaïlande est vulnérable aux fluctuations  
du commerce mondial. En plus d’être exposée au ralentissement  
chinois, la Thaïlande pourrait être plus affectée que les autres pays  
de la région au changement de politique économique américaine.  
Le plan « Thailand 4.0 » prévoit d’encadrer la transition vers une  
industrie manufacturière à plus forte valeur ajoutée. Un plan de  
réformes structurelles de très longue durée, prévu pour durer vingt  
ans, a été ajouté en juin 2017. Ce plan prévoit des réformes pour la  
plupart des domaines économiques et sociaux. A toutes ces  
mesures s’ajoute le douzième plan quinquennal (2017-2021), dont  
les objectifs sont, entre autres, la restauration de la compétitivité du  
pays et de la confiance des investisseurs étrangers. L’ensemble de  
ces mesures vise l’augmentation du taux de croissance annuel du  
PIB à 5% par an, pour atteindre le statut de « pays à revenu élevé »  
d’ici 2036, à l’issue des deux décennies de réformes.  
Par ailleurs, plus de dix années d’instabilité politique ont amoindri  
l’attractivité du pays : la part de l’investissement est passée de 27%  
du PIB en 2006 à 24% du PIB en 2016 et les IDE ont  
significativement diminué sur la même période. En 2016, ceux-ci  
n’ont représenté que 0,4% du PIB, quand ils représentaient plus de  
4
% du PIB en 2006. Le développement des infrastructures a ralenti,  
et plus généralement la qualité de l’environnement des affaires s’est  
détériorée. Peu à peu, la baisse de la compétitivité thaïlandaise  
s’est traduite par une diminution des parts de marché dans  
plusieurs secteurs clés, au profit de pays voisins. Ainsi, la  
production manufacturière indonésienne dans le secteur automobile  
a plus que doublé au cours des dix dernières années, au détriment  
de la production thaïlandaise. De même, depuis 2010, le Vietnam a  
nettement augmenté sa production de téléphones mobiles et semi-  
conducteurs, quand la Thaïlande a maintenu sa production de biens  
électroniques à plus faible valeur ajoutée (les disques durs par  
exemple).  
Enfin, la Thaïlande doit faire face à plusieurs défis structurels : i/ la  
population vieillit rapidement : d’après les estimations de la Banque  
mondiale, le ratio de dépendance (i.e. l’effectif des personnes  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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