Emerging

PDF
e
25  
EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Maroc  
Perspectives en demi-teinte  
Le bilan du premier semestre 2018 est mitigé. Malgré la bonne tenue des secteurs touristique et manufacturier, la reprise de  
l’activité reste timide. La contestation sociale est montée d’un cran sur fond de chômage endémique alors que l’économie doit de  
nouveau faire face au gonflement de sa facture énergétique. Après plusieurs années de consolidation, les déficits jumeaux  
devraient donc légèrement se creuser cette année. Si les fondamentaux macroéconomiques restent solides, des réformes  
structurelles seront néanmoins nécessaires pour relever le potentiel de croissance.  
Le développement économique du Maroc repose en grande partie  
1
-Prévisions  
sur son image de stabilité. L’effort de réforme se poursuit, comme  
en témoigne la flexibilisation du régime de change en janvier, et le  
Maroc demeure à bien des égards une des économies les plus  
attractives de la région (infrastructures de qualité, politique  
industrielle active). Cependant, on constate une poussée des  
revendications sociales sur fond de chômage endémique au  
moment où l’économie est aussi touchée par la montée des cours  
du pétrole. Si les fondamentaux restent solides, la dynamique de  
rééquilibrage des comptes publics et externes devrait donc  
connaître un coup d’arrêt alors que la croissance économique reste  
encore trop modeste.  
2016  
2017 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
1,1  
4,1  
3,0  
2,9  
1,6  
0,7  
2,2  
1,6  
-4,3  
-3,5  
-3,7  
-3,4  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
64,9  
-4,4  
65,1  
-3,4  
65,7  
-4,0  
66,5  
-4,3  
Dette externe, % du PIB  
47,8  
24,3  
47,1  
25,3  
45,5  
24,7  
46,6  
25,2  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDMAD (fin d'année)  
6,5  
6,1  
9,4  
5,4  
9,4  
5,2  
9,6  
10,1  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
La reprise butte sur des contraintes structurelles  
Avec une croissance de seulement de 2,4% au T2 contre 3,2% au  
trimestre précédent et une moyenne de 4,1% en 2017, la  
dynamique de l’économie marocaine tend à s’essouffler. La  
décélération de l’activité agricole à 3% était attendue après une très  
bonne performance en 2017 (+13%). En revanche, celle des  
secteurs non agricoles a de quoi surprendre. A 2,6%, la croissance  
du PIB hors agriculture décroche de 1 point au T2 par rapport au  
premier trimestre mais surtout retrouve un niveau qu’elle n’avait  
plus connu depuis le T2 2016.  
2
- Contribution sectorielle à la croissance  
PIB hors agriculture, en p.p.  
Valeur ajoutée du secteur agricole, en p.p.  
PIB, g.a. en %  
7
6
5
4
D’un point de vue sectoriel, la situation est contrastée. Le secteur  
touristique poursuit sur sa lancée après une année 2017 record  
avec 11,3 millions de touristes. Au premier semestre 2018, les  
arrivées et le nombre de nuitées étaient en hausse de 10%. Avec  
des exportations (hors phosphate) en progression de 8,5% sur les  
huit premiers mois de l’année, le secteur manufacturier se porte  
également bien grâce au développement de la filière automobile.  
Par contre, la valeur ajoutée du secteur minier s’est contractée de  
3
2
1
0
-1  
-2  
-3  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
1
,1% au T2 après une hausse de 13,8% au T1 et de 15% en 2017.  
Sources : HCP, BNP Paribas  
Autre secteur en difficulté, celui de la construction qui continue de  
purger ses excès passés (+0,9% au T2). Sur le plan de la demande  
intérieure, si la consommation des ménages s’est plutôt bien  
comportée dans un contexte de poussée inflationniste,  
l’investissement reste en revanche atone. A fin août, le crédit  
bancaire au secteur privé, hors ménages, ne progressait que de  
du PIB nominal, 38% de la population active occupée). Au-delà de  
la vulnérabilité du cycle de croissance aux performances de  
l’agriculture, c’est la difficulté du secteur non agricole à retrouver de  
l’allant qui interpelle. Attendue à 3,1% en 2018 et 3,4% en 2019, la  
progression du PIB non agricole serait certes supérieure au point  
bas touché en 2017 (2,8%) mais demeurerait encore assez loin du  
niveau nécessaire pour faire refluer un taux chômage élevé (10,2%  
en 2017), surtout chez les jeunes (26,5%). L’économie marocaine  
butte aujourd’hui sur de nombreuses contraintes structurelles.  
Malgré le boom de la production automobile depuis 2012 et, dans  
une moindre mesure, celui de l’aéronautique, le poids de l’industrie  
1,2%.  
Malgré une accélération de l’activité attendue au second semestre,  
la croissance économique devrait atteindre 3% cette année avant  
de fléchir très légèrement à 2,9% en 2019, sous l’effet d’une  
contraction de 0,5% de valeur ajoutée du secteur agricole (10-12%  
e
26  
EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
manufacturière dans le PIB reste bas, inférieur à 16%. Le niveau de  
formation de la main d’œuvre demeure problématique. Selon  
l’OCDE, 60% des actifs n’ont aucun diplôme tandis que les  
diplômés éprouvent de grandes difficultés à s’insérer sur le marché  
du travail (le taux de chômage des diplômés de l’université est de  
3
- Détérioration modérée des comptes extérieurs  
Déficit du compte courant  
Importations de pétrole  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
% du PIB  
28%). Sans une meilleure valorisation des ressources humaines,  
les effets d’entrainement des nouvelles filières vers le reste de  
l’économie resteront donc limités. Le climat des affaires gagnerait  
aussi à être assaini. Le taux d’investissement a déjà perdu quatre  
points entre 2012 et 2017.  
Aggravation des déséquilibres  
Bien que des signes de faiblesse apparaissent, l’environnement  
macroéconomique reste favorable à l’activité.  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018e 2019e  
L’inflation a accéléré sous le double effet du renchérissement des  
produits alimentaires et des carburants. Mais le pic semble avoir été  
atteint. Le taux d’inflation est revenu à 1,7% en août contre une  
moyenne de 2,4% lors du premier semestre grâce à une atténuation  
assez nette de la hausse des prix alimentaires. Avec une inflation  
sous-jacente stable, à 1,2%, le risque inflationniste semble contenu,  
ce qui devrait permettre à la banque centrale de maintenir son taux  
directeur à un niveau bas. Il est à 2,25% depuis mars 2016.  
Sources : Office des changes, BNP Paribas  
Un constat relativement similaire peut être fait pour les finances  
publiques. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5% du PIB en  
017 contre 6,8% en 2012 mais il devrait se creuser de nouveau à  
2
3
,7% cette année. L’exécution budgétaire à fin août laisse entrevoir  
Sur les huit premiers mois de l’année, le déficit commercial s’est  
creusé de 10% sous l’effet du gonflement de la facture énergétique  
les difficultés à venir. Si, dans l’ensemble, les dépenses sont  
maîtrisées, les gains générés par la refonte du système de  
subventions sont désormais révolus. Face à cela, les recettes  
fiscales ont une nouvelle fois été inférieures aux attentes,  
confirmant une tendance qui aura vu leur montant exprimé en  
pourcentage du PIB s’éroder de plus de 2 points depuis 2012. La  
dette du gouvernement devrait ainsi continuer de progresser pour  
atteindre 65,7% du PIB en 2018. A ce stade, la soutenabilité de la  
dette n’est pas remise en cause. Moins d’un quart de la dette de  
l’Etat est libellé en devises et les conditions de financement  
attractives sur le marché local permettent de maintenir le service de  
la dette à un niveau modéré. Les charges d’intérêts n’absorbent que  
(
+19%) et des achats de biens d’équipement (+12%). Ces deux  
postes représentent 40% des importations. Or, avec des prix du  
pétrole qui devraient rester élevés en 2019 et la poursuite des  
grands projets industriels, la pression va rester forte à court terme.  
Malgré la bonne tenue des recettes touristiques (15% des recettes  
courantes) et le lancement en 2019 d’une nouvelle unité de  
production automobile, désormais principale source d’exportations  
(
24% en 2017), le déficit courant devrait ainsi repasser au-dessus  
des 4% du PIB, au moins sur les deux prochaines années, contre  
,4% en 2017.  
3
1
2% des recettes du gouvernement et le coût apparent de la dette  
A ce niveau, la couverture des besoins de financements externes  
restera gérable. Les flux nets d’investissements étrangers sont  
robustes, autour de 1,5-2% du PIB par an, et le gouvernement  
bénéficie d’un accès aux marchés financiers internationaux à des  
conditions favorables. Une émission d’un eurobond pour un montant  
d’environ USD 1md serait d’ores et déjà envisagée pour 2019. La  
dette extérieure est modérée, à 45% du PIB, contractée aux deux  
tiers par l’Etat et des entreprises publiques, et la prime de risque  
exigée par les investisseurs sur le Royaume est l’une des plus  
basses des pays émergents à 159 points de base. En outre, le  
Maroc n’est pas exposé aux flux de portefeuille, ce qui, dans le  
contexte actuel, est plutôt un facteur positif. Au total, nous  
anticipons une stabilisation des réserves de change à un niveau  
satisfaisant de plus de cinq mois d’importations de biens et services.  
est l’un des plus faibles parmi les pays importateurs de pétrole de la  
région, à 4,2%. Cela ne doit pas masquer, néanmoins, la  
progression de presque 20 points de PIB de la dette depuis 2009,  
une dynamique qu’il faudra enrayer. L’amenuisement des marges  
de manœuvre budgétaires et une demande sociale élevée  
pourraient rendre cette tâche plus difficile à accomplir.  
Cependant, la vulnérabilité du compte courant aux prix des matières  
premières reste importante. La facture énergétique représente plus  
de 15% des importations, tandis que les phosphates concourent à  
18% des exportations. De même, le secteur touristique reste  
vulnérable à l’évolution de l’environnement sécuritaire aussi bien  
interne que régional.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1942 articles et 535 vidéos