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Roumanie  
Politiques pro-cycliques  
Les débuts de la cohabitation entre les sociaux-démocrates (centre-gauche), arrivés largement en tête des législatives de décembre  
2016, et le parti présidentiel (centre-droit) ont été mouvementés. Les manifestations anti-corruption affaiblissent la nouvelle  
majorité, la poussant à accroître les dépenses publiques. Mais l’économie se porte bien, et la hausse des dépenses budgétaires  
n’aura qu’un effet pro-cyclique. Les déficits budgétaires sont aujourd’hui modérés, mais à terme, un populisme excessif pourrait  
endommager la stabilité macroéconomique. La discipline imposée par l’Union européenne devrait néanmoins permettre d’éviter les  
dérives excessives.  
Débuts difficiles de la cohabitation  
1- Prévisions  
A l’issue des législatives du 11 décembre 2016, la Roumanie s’est  
dotée dun nouveau gouvernement dirigé par un social-démocrate  
Sorin Grindeanu. Ce dernier, issu de l’alliance entre le Parti social-  
démocrate et l’Alliance des libéraux démocrates, bénéficie d’une  
large majorité aux deux chambres du Parlement (250 sièges sur  
2015 2016e 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation,HICP, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,0  
-0,5  
-1,5  
4,8  
-1,1  
-2,4  
3,9  
1,9  
3,4  
2,8  
-3,6  
-2,8  
Dette publique, % du PIB  
38,4 37,8 39,2 40,4  
-1,2 -2,4 -3,1 -3,1  
56,5 54,7 52,0 51,0  
465). Le parti du président Klaus Iohannis (le Parti national libéral) a  
Balance courante, % du PIB  
subi une cuisante défaite avec seulement 20% de voix au Sénat et  
à la Chambre des députés. La Roumanie entame donc une période  
de cohabitation entre un gouvernement de centre-gauche et un  
président de centre-droit.  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EUR:RON (fin d'année)  
35  
6,4  
4,2  
36  
40  
44  
6,2  
4,3  
5,9  
4,4  
6,0  
4,1  
La réputation du Parti social-démocrate reste fragilisée par les  
scandales de corruption qui avaient poussé le précédent  
gouvernement à la démission en 2014 et empêché son numéro un,  
Liviu Dragnea, de diriger le gouvernement actuel. Dans ce contexte,  
l’ordonnance dépénalisant un certain nombre de délits, y compris  
les délits de corruption mineurs, que le gouvernement à peine élu a  
voulu faire voter fin janvier 2017, a soulevé un tollé populaire d’une  
ampleur que la Roumanie n’avait pas connue depuis 1989. A la mi-  
février, entre 50 000 et 70 000 personnes manifestaient à Bucarest  
devant le siège du gouvernement, et jusqu’à 20 000 dans les autres  
villes du pays.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance très dynamique  
Croissance du PIB, en %  
 Roumanie  Moyenne de l’UE  
15  
10  
5
Face aux protestations, le projet a été retiré. Pour amorcer une  
sortie de crise, le président a annoncé la tenue d’un référendum sur  
les mesures anti-corruption, et le gouvernement a été remanié pour  
notamment accueillir Tudorel Toader, un ancien membre de la Cour  
constitutionnelle, indépendant, au poste de ministre de la Justice.  
0
-5  
La Roumanie est aujourd’hui classée 57ème sur 176 par  
Transparency International (TI), un niveau proche des autres pays  
du Sud et de l’Est de l’Union européenne en matière de perception  
-10  
2
007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
ème  
Source : Eurostat  
de la corruption. Tout comme la Bulgarie (classée 75 ), la  
Roumanie fait partie du mécanisme européen de coopération et  
vérification, qui vise notamment à aider les pays à réformer leur  
système judiciaire et à lutter contre la corruption. Dans son rapport  
publié en janvier 2017, la Commission européenne note les progrès  
du pays en matière de lutte anti-corruption, tout en s’inquiétant des  
risques d’une révision de la législation en la matière.  
Ainsi, lors de discussions avec la Commission européenne en  
février 2017, le Premier ministre M. Grindeanu avait demandé que  
la sortie de ce mécanisme se fasse plus tôt.  
Les succès de la lutte anti-corruption sont notables. Dans le cadre  
de sa stratégie nationale, le parquet anti-corruption a envoyé devant  
les tribunaux 1 270 personnes pour des faits de corruption (pour un  
montant supérieur à 650 millions d’euros). Sur cette liste figurent  
notamment trois ministres, six sénateurs et onze députés. Le  
mécanisme européen de vérification devrait se poursuivre jusqu’en  
Le fait que le président Klaus Iohannis ait ouvertement soutenu les  
manifestants est très positif pour la poursuite de la lutte anti-  
corruption dans le pays. Mais cette situation illustre aussi les  
difficultés à venir de la cohabitation : malgré sa domination au  
Parlement, la marge de manœuvre du gouvernement social-  
démocrate risque d’être très restreinte.  
2019, ce qui dérange certaines personnalités politiques roumaines.  
economic-research.bnpparibas.com  
Roumanie  
2ème trimestre 2017  
15  
Croissance dynamique  
3- Déficit budgétaire  
En % du PIB  
L’économie affiche un taux de croissance parmi les plus élevés de  
l’UE (voir graphique 2). En 2016, la croissance du PIB s’est établie  
à 4,8%, en nette accélération par rapport à l’année précédente (4%).  
La consommation des ménages est restée le principal moteur,  
soutenue par une baisse de la TVA de 24% à 20% en janvier 2016,  
les hausses de salaire dans le secteur public et le relèvement de  
 Roumanie  Moyenne de l’UE  
0
-
1
2
-
19% du salaire minimum intervenu en mai 2016. L’investissement  
n’a pas contribué à la croissance en 2016 : comme dans les autres  
pays de l’Est de l’UE, il reste très dépendant des transferts  
budgétaires européens qui sont restés stables en 2016 pour la  
Roumanie.  
-3  
-4  
-5  
-6  
-7  
-8  
La contribution du commerce extérieur a été négative en 2016 (-0,8  
point de pourcentage), malgré une très bonne dynamique des  
exportations qui ont augmenté de 8% en volume. Tirées par une  
demande interne dynamique, les importations de biens et services  
ont progressé de 10% en volume en 2016.  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Sources : Ministère des finances publiques, Commission européenne  
Du côté de l’offre, le secteur des services a été le principal  
contributeur à la croissance (+3,8 points) en 2016, l’industrie y a  
contribué pour 0,4 point, tandis que l’agriculture a affiché une  
contribution neutre en raison de la récolte décevante de l’été dernier.  
qui devraient passer de 3,9% du PIB en 2016 à 4,8% du PIB en  
2017, financées en grande partie par les fonds européens. Les  
dépenses courantes vont également croître sous l’effet de la hausse  
des salaires des fonctionnaires (+20% dans les collectivités locales),  
de la revalorisation des pensions des retraites (+9%) et d’une  
hausse de 30% de l’allocation de retraite. Les salaires des  
personnels de l’éducation et de la santé seront également  
revalorisés de 15%, et les dépenses militaires devraient augmenter  
avec l’objectif affiché d’atteindre 2% du PIB.  
L’inflation est restée négative pour la deuxième année consécutive  
(
-1,1% en glissement annuel en moyenne). La baisse de la TVA et  
celle des prix des combustibles en sont les principales explications.  
L’année 2017 voit la tendance inflationniste s’inverser (+0,4% en  
g.a. sur les deux premiers mois de l’année pour l’indice harmonisé  
HICP), en ligne avec une demande interne soutenue et les  
dynamiques des prix des autres pays européens. La banque  
centrale prévoit un taux d’inflation de 1,7% en 2017, en dessous de  
la cible actuelle de 2,5% +/-1 point de pourcentage (p.p.). Cela  
justifie pour le moment le maintien du taux directeur à un niveau  
historiquement bas (1,75%).  
Cette attitude dépensière sur fond de croissance qui dépasse le  
potentiel s’explique sans doute par une volonté de satisfaire la  
population qui a massivement manifesté son mécontentement en  
début dannée. Mais ces choix peuvent avoir un coût en termes de  
stabilité macroéconomique. L’orientation de la politique budgétaire  
va notamment à l’encontre des recommandations de la Commission  
européenne qui préconisait un ajustement du déficit de 0,5% du PIB  
en 2017. Si les prévisions de recettes s’avèrent trop optimistes, le  
déficit budgétaire risque de dépasser le seuil des 3%. Nous tablons  
sur un déficit à 3,6% du PIB en 2017. Par conséquent, le pays  
pourrait se retrouver de nouveau soumis à la procédure pour déficit  
excessif de la Commission. Celle-ci devrait alors calmer les ardeurs  
dépensières du gouvernement et limiter la dérive de la dette.  
Politique budgétaire pro-cyclique  
Après une importante consolidation budgétaire en 2014 et 2015, le  
déficit est reparti à la hausse. La croissance dynamique n’a pas suffi  
à compenser la réduction de la TVA, qui explique une baisse des  
recettes budgétaires de 4% en valeur en 2016. Or, la baisse des  
dépenses n’est que de 1%, creusant le déficit budgétaire qui a  
atteint 2,4% du PIB (données nationales), en hausse de presque un  
point par rapport à 2015.  
La dette publique roumaine reste modérée et figure parmi les plus  
faibles de l’Union européenne. Fin 2016, elle a atteint 37,8% du PIB,  
très en deçà de la moyenne de l’UE qui s’établit aujourd’hui à 85%  
du PIB. L’accélération de la croissance en 2016 a rendu possible un  
léger déclin du ratio d’endettement public, mais compte tenu des  
appétits dépensiers actuels, la dette devrait repartir à la hausse  
dans les prochains trimestres. La part de la dette externe dans le  
total reste stable à 50% : le pays n’a donc pas profité de  
l’environnement des taux bas pour réduire l’exposition des finances  
publiques au risque de change.  
La loi des finances 2017 table sur une nouvelle hausse du déficit  
budgétaire qui devrait s’approcher de la limite établie par les critères  
de Maastricht (2,98% du PIB en méthodologie ESA). Ces  
projections budgétaires se basent sur une augmentation  
significative des recettes et des dépenses. Côté recettes, le  
gouvernement prévoit une hausse de 14% en valeur (+1,7 p.p. de  
PIB), selon une hypothèse optimiste de croissance (+5,2% en 2017  
contre une prévision de 4,4% de la Commission européenne), une  
hausse des transferts de fonds structurels européens (+200%) et  
une meilleure collecte fiscale résultant notamment d’une lutte contre  
la fraude. La TVA devrait continuer de baisser : son taux sera réduit  
de 1 p.p. pour atteindre 19%.  
Les dépenses devraient à leur tour augmenter de 15% en valeur en  
2
017, avec une hausse d’un tiers des dépenses d’investissement  
economic-research.bnpparibas.com  
Roumanie  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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