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Égypte  
Projet de création d’un hub énergétique régional  
L’Égypte ambitionne de devenir un hub énergétique régional suite aux importantes découvertes de gaz offshore en Méditerranée  
orientale. Ce projet est d’une importance cruciale, le secteur de l’énergie étant la principale composante de la balance des  
paiements du pays. L’évolution récente du secteur montre que l’Égypte dispose d’un avantage compétitif significatif lui permettant  
de devenir un centre énergétique régional pour le négoce et l’exportation de gaz naturel en particulier. Encore faudra-t-il surmonter  
les risques géopolitiques, financiers et réglementaires pour que ce projet de hub devienne réalité.  
L’Égypte peut-elle redevenir exportatrice nette de  
gaz ?  
1- Prévisions  
2015 2016e 2017e 2018e  
Le secteur des hydrocarbures est une force motrice de  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,1 4,3 3,8 4,5  
l’économie. Avec des réserves totales prouvées de 65 trillions de  
11,5 10,2 23,0 17,9  
-11,4 -12,7 -9,6 -7,4  
90,0 93,0 90,0 80,0  
-3,8 -6,0 -5,1 -5,4  
17,0 18,0 32,0 30,0  
e
cubic feets (tcf) à fin 2015, l’Égypte détient les 16 réserves  
mondiales de gaz et est le deuxième producteur gazier en Afrique.  
La zone offshore de Méditerranée orientale concentre 65% des  
réserves gazières totales. Le segment exploration-production (E&P)  
pèse sur la balance des paiements dans la mesure où il représente  
les deux tiers des investissements directs étrangers entrants (IDE)  
avec au moins quatre majors pétrolières parmi les dix premiers  
investisseurs étrangers. Les hydrocarbures, qui constituent près de  
la moitié des exportations totales (bruts légers et naphta), sont aussi  
une composante importante de la balance commerciale. Le secteur  
de l’énergie contribue, par ailleurs, à la stabilité des finances  
publiques, en tant que principal contribuable.  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EGP/USD  
20  
18  
29  
31  
3,1  
2,9  
4,8  
4,8  
7,40 8,20 18,0 16,5  
* année fiscale T-1/T (Juillet-Juin)  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Solde commercial du secteur de l’énergie  
Le secteur égyptien de l’énergie a connu un véritable essor au début  
des années 2000, tiré par les exportations de gaz naturel liquéfié  
 USD mn (é.g.)  % du PIB  • • Solde courant % du PIB  
6000  
4000  
2000  
0
(
GNL) et par une forte demande intérieure. La production de gaz a  
4
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0
plus que triplé entre 1999 et 2009 et a atteint 6 bcf/jour. Depuis 2010,  
le secteur connaît des difficultés, sous l’effet conjugué d’une brutale  
dégradation macroéconomique et des tendances structurelles de  
l’exploitation des ressources naturelles. La production de gaz a  
décliné dans l’offshore méditerranéen, avec l’arrivée à maturité de  
gisements et le report des investissements. La production de quatre  
grands gisements, qui avaient été découverts et mis en exploitation  
au milieu des années 1990, a ainsi amorcé une décrue en 2012. Des  
arriérés de paiement de la compagnie publique pétrolière égyptienne  
-
-
-
2
-2000  
4
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-4000  
(
EGPC) à l’égard des producteurs se sont accumulés, et ont atteint  
un pic à USD 6,3 mds en 2012 (2% du PIB) suite à l’accroissement  
des déficits budgétaires et à la détérioration de la position de liquidité  
extérieure durant la transition politique. La chute des prix du pétrole  
en 2014-15, a fini par décourager les investissements étrangers, en  
particulier dans les projets risqués d’exploration en eaux profondes.  
-6000  
-8  
2
009/10 2011/12 2013/14 2015/16e 2017/18p 2019/20p  
Sources : CBE, BNP Paribas  
Adoption d’un ensemble de mesures pour rééquilibrer le  
secteur de l’énergie. Dans une perspective de court terme, le  
gouvernement  
L’Égypte est devenue importatrice nette de gaz au cours de l’année  
budgétaire 2015/16, accusant un déficit du compte énergétique  
extérieur de USD 3,6 mds contre un excédent de USD 5,1 mds en  
a
conclu  
des  
accords  
préférentiels  
d’approvisionnement avec les États du Conseil de coopération du  
Golfe et a importé du GNL couvrant environ 25% des besoins. Sur le  
moyen terme, le gouvernement a revalorisé de 40 à 120% les prix  
d’achat du gaz issu des nouveaux blocs d’exploration pour  
encourager la production. Il a mis sur le marché de nouveaux blocs à  
des conditions avantageuses pour accélérer le renouvellement des  
réserves. Sur le plan financier, le gouvernement a autorisé certains  
producteurs onshore à exporter 50 à 75% de leur « oil equity », part  
de la production revenant normalement à l’État, pour ralentir  
l’accumulation d’arriérés. Ces mesures ont permis de diviser par  
2
009/10. Au cours de cette période, le creusement du déficit des  
comptes courants a été davantage dû au déficit des comptes  
énergétiques qu’à l’effondrement du tourisme. L’activité économique  
en a également pâti, les ménages et l’industrie à forte intensité  
énergétique ont dû faire face à des pénuries d’énergie.  
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Egypte  
2ème trimestre 2017  
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deux les arriérés dEGPC à USD 3,5 mds, même si les arriérés  
freinent toujours les nouveaux investissements en E&P gaziers.  
3- Bilan gazier  
Bcf/j  
Demande  
Offre  
La découverte du vaste champ gazier de Zohr (Eni) en août 2015 a  
marqué un véritable tournant. L’exploitation de ce champ, dont les  
réserves recouvrables, estimées à 22 tcf, représentent un tiers des  
ressources totales de gaz, a été accélérée, et la production devrait  
débuter au second semestre 2017. L’Égypte renouvelle actuellement  
la majeure partie de sa capacité de production et devrait être  
autosuffisante vers 2019. Les deux grands gisements de Zohr et de  
West Nile Delta, ainsi que les champs de Noroos et Atoll devraient  
représenter une production totale d’environ 5 bcf/jour à leur  
maximum, soit 1,1 fois la production totale actuelle. D’autres  
découvertes comme les petits gisements faciles à exploiter de  
Noroos et de North Alam El Shawish ont renforcé la confiance des  
investisseurs et attiré de nouveaux investisseurs tels que des  
compagnies pétrolières intermédiaires et des fonds de private equity.  
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0
9
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00  
02 04 06 08 10 12 14 16 18 20 22 24 26  
La limitation du volume exportable par une demande intérieure  
importante est une contrainte majeure pour le secteur gazier. Le  
principal usage du gaz en Égypte est la production d’électricité (60 à  
Sources : BP (Statistical Review 2016), Wood Mackenzie, BNP Paribas  
4- Consommation énergétique par source (2015)  
6
5% de la production). La consommation de gaz dépend à la fois  
%
du total  
d’une tendance structurelle de la demande et de l’énergie disponible  
pour les utilisateurs finaux. Alors qu’elle a sensiblement augmenté  
pendant la première moitié des années 2000 (+12% en moyenne  
durant 2000-05), elle est restée quasiment stable depuis 2011 en  
raison des pénuries (+1% en moyenne durant 2011-15). À court  
terme, la consommation intérieure devrait nettement progresser avec  
la mise en service des centrales Siemens à cycle combiné d’une  
puissance de 14,4 gigawatt (GW), qui devraient accroître la capacité  
électrique installée de 37% au plan national. La croissance  
démographique est le principal déterminant de la consommation  
d’électricité : les ménages et les usages commerciaux représentent  
deux tiers de la consommation. L’augmentation de la population  
Pétrole (45%)  
Gaz naturel (50%)  
Charbon (0,8%)  
Hydroélectricité (3,5%)  
Energies  
renouvelables (0,5%)  
(
+2,2% en moyenne depuis 2000) est l’une des plus fortes de la  
Source : BP (Statistical Review 2016)  
région, une tendance qui va durer compte tenu de l’importance des  
jeunes générations (1/3 de la population totale a moins de 14 ans).  
De plus, des activités industrielles très énergivores (acier, fertilisants)  
devraient renouer avec la pleine utilisation de leurs capacités.  
L’Égypte pourrait être confrontée à un choix difficile : l’exportation  
des excédents de gaz pour accumuler des réserves de change ou  
leur intégration à la production industrielle afin de favoriser les  
objectifs gouvernementaux de développement économique (création  
d’emplois et intégration industrielle).  
5
%
- Projets énergétiques (19,4 GW en construction)  
du total  
Gaz (cycle combiné)  
(7,7%)  
Gaz (88%)  
Pétrole (3,4%)  
L’Égypte doit relever le double défi de la gestion de la demande  
et des approvisionnements en gaz. La production de certains  
champs gaziers souffre d’un taux de déclin important (12% en  
moyenne). La production de la zone Western Desert devrait décliner  
dans deux à trois ans, quoiquà un rythme moins soutenu. Les quatre  
grands gisements offshore récemment découverts vont être mis en  
production rapidement, mais ils connaîtront des plafonds de  
production d’une durée variable, allant de 11 à 18 ans (Atoll, Zohr) à  
des périodes bien plus courtes de 3 à 5 ans (Noroos, West Nile  
Delta). De nouveaux investissements dans l’exploration doivent donc  
être réalisés en compensation.  
Energie éolienne (1,1%)  
Sources : Egyptian Electricity Holding Co, BNP Paribas  
Wood Mackenzie selon lesquelles la production gazière devrait  
culminer en 2021 et reculer ensuite, l’Égypte pourrait ne plus être en  
mesure d’exporter du gaz au-delà de 2022. Même si ces prévisions  
de production peuvent être jugées conservatrices, nous estimons  
que l’Égypte ne pourra continuer à exporter du gaz que si d’autres  
gisements sont découverts et exploités. Une des conditions  
Selon des hypothèses prudentes quant à la consommation de gaz  
(
+4% en moyenne annuelle à moyen terme), et les prévisions de  
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Egypte  
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nécessaires est le remboursement des arriérés d’EGPC afin de  
6- Arriérés EGPC  
restaurer la confiance des investisseurs.  
USD mds (é.g)  % du PIB non-pétrolier  
Pour libérer des capacités de gaz à l’export, l’Égypte doit diversifier  
son mix énergétique en dehors des combustibles fossiles. Les  
hydrocarbures ont représenté plus de 95% de la consommation  
d’énergie primaire en 2015. L’Égypte a lancé une stratégie  
ambitieuse en matière d’énergies renouvelables (0,5% du mix  
énergétique actuellement) visant à porter la part du solaire et de  
l’éolien à 20% de la production d’électricité d’ici à 2022, mais la  
progression reste lente et portée uniquement par le secteur public,  
sans impliquer des producteurs d’électricité indépendants.  
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18%  
6%  
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6%  
4
%
%
Hub gazier en méditerranée orientale : perspectives  
2
Les découvertes simultanées de gaz dans l’offshore égyptien,  
israélien et chypriote ont ouvert des perspectives en matière  
d’intégration régionale, tant les volumes découverts semblent  
excéder les besoins intérieurs des pays concernés. L’ambition de  
l’Égypte de devenir un hub énergétique régional s’appuie sur trois  
piliers : un emplacement stratégique sur les principales routes  
commerciales, la proximité de pays riches en ressources naturelles  
et dont les marchés intérieurs sont relativement saturés, et des  
infrastructures d’exportation récentes.  
0%  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
Mar-17  
Sources : Ministère du Pétrole, Ministère du Plan, Majors pétrolières, BNP Paribas  
Les terminaux égyptiens de GNL dans le delta du Nil pourraient  
apporter une réponse à la question des excédents gaziers en  
Méditerranée orientale. Les deux installations actuellement à l’arrêt,  
en raison de l’interruption des exportations, ont une capacité totale  
d’environ 1,7 bcf/j pour un coût de remise en service limité. Ces  
capacités d’exportation devraient permettre, d’après nos estimations,  
d’inclure la production totale des gisements de Léviathan (phase II)  
et d’Aphrodite, en phase de maturité, ainsi que les excédents  
égyptiens à leur point culminant en 2021. De plus, l’acheminement  
du gaz entre les gisements et les infrastructures égyptiennes  
implique des investissements nettement moins élevés que la  
construction de terminaux GNL à Chypre ou en Israël. Les réserves  
excédentaires des deux pays ne sont pas suffisantes pour justifier de  
tels investissements.  
Ce projet de hub gazier comporte deux volets : le négoce et  
l’exportation. Les activités de négoce ont vocation à établir en  
Égypte un marché gazier liquide et ouvert, sur lequel les transactions  
s’effectuent librement selon un cadre réglementaire efficient. Même  
si cet aspect est important pour le développement d’une industrie à  
forte intensité gazière, comme la pétrochimie, il faudra beaucoup de  
temps et une adaptation continue de la réglementation pour que cela  
se matérialise. Par ailleurs, l’Égypte se positionne comme un centre  
d’exportation de gaz pour sa propre production et également pour  
celle de ses voisins maritimes, Israël et Chypre.  
Israël dispose désormais d’importantes ressources en gaz depuis la  
découverte des gisements de Tamar et de Léviathan en 2009-10.  
Tamar (réserves de 10 tcf) est actuellement en production,  
approvisionnant uniquement des acheteurs nationaux. Tamar n’est  
pas exploité à pleine capacité, celle-ci étant estimée à 1,2 bcf/j. La  
production du gisement de Léviathan (réserves de 22 tcf, soit  
l’équivalent de Zohr) devrait commencer à être commercialisée vers  
Le développement d’un hub gazier égyptien se heurte  
néanmoins à trois contraintes. Les projets énergétiques  
transfrontaliers ont une dimension politique complexe qui doit être  
négociée et documentée, par les pays hôtes ainsi que par les divers  
partenaires en amont et en aval du projet, dans le cadre d’accords  
intergouvernementaux et de contrats d’achat-vente de gaz. Ces  
accords et contrats doivent prévoir des conditions commerciales  
acceptables sur le long terme dans un environnement géopolitique et  
sectoriel en évolution constante. Deux risques politiques sont à  
souligner. Le premier concerne les réserves politiques classiques  
entre l’Égypte et Israël, dues à une coopération économique  
bilatérale limitée depuis les accords de paix et aux arbitrages en  
cours sur des litiges antérieurs. Le deuxième risque est celui de la  
complexité de la situation turque dans la région.  
2
2
020. L’ensemble représente une capacité de production totale de  
,5 bcf/j. Le consortium en charge du développement de Léviathan a  
signé un contrat avec la National Electric Power Company  
jordanienne, pour la fourniture de 1,6 tcf sur 15 ans, complétant la  
phase I du projet.  
À Chypre, le gisement Aphrodite (réserves de 4,5 tcf) a été  
découvert en 2011, mais aucun programme de développement n’a  
été défini. Il n’existe pas de calendrier précis et les spécificités  
politiques de Chypre pourraient freiner le développement du projet. Il  
existe un potentiel supplémentaire d’exploration comparable à Zohr,  
au niveau du bloc 11, avec début du forage au cours de l’année  
La Turquie, qui dépend de la Russie pour 56% de sa consommation  
de gaz naturel, peut souhaiter diversifier ses sources  
d’approvisionnement. Depuis le rétablissement récent de relations  
diplomatiques entre la Turquie et Israël, les négociations sur le gaz  
ont progressé. A court terme, un accord pourrait voir le jour  
concernant un gazoduc entre les deux pays. Cependant, comme le  
souligne le ministre israélien de l’Énergie, l’importation possible de  
gaz par la Turquie à partir du gisement de Léviathan n’empêcherait  
pas les exportations via les terminaux égyptiens de GNL.  
2
017, au nord-ouest du gisement de Zohr. Le Liban dispose de  
réserves de gaz offshore, mais leur exploitation n’en est qu’à ses  
débuts en raison de contraintes politiques.  
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La deuxième contrainte est financière. Il faut en effet d’importants  
investissements publics pour encourager la production gazière en  
Égypte et intégrer le gaz chypriote/israélien dans les infrastructures  
GNL. Ces investissements impliquent au préalable le règlement des  
arriérés dEGPC et l’augmentation des prix d’achat du gaz compte  
tenu du coût élevé du forage en eaux profondes. Cette augmentation  
devra être répercutée en partie sur les utilisateurs finaux sous forme  
de hausse des prix. L’acheminement du gaz jusqu’aux terminaux  
égyptiens suppose la construction de gazoducs, des travaux qui  
pourraient être cofinancés par les compagnies énergétiques  
nationales, notamment égyptiennes, entraînant d’importantes  
dépenses en capital. Par ailleurs, même si la dévaluation de la livre  
égyptienne implique une nette amélioration de la liquidité extérieure,  
la balance des paiements égyptienne demeure une source de  
vulnérabilité. Le déficit courant étant appelé à persister à moyen  
terme, la liquidité extérieure de l’Égypte va continuer à dépendre du  
soutien extérieur et de la capacité du pays à attirer des IDE. Ce  
soutien extérieur prend de plus en plus la forme de dette, ce qui  
accroît à terme les pressions sur la balance des paiements.  
7- Investissements dans le secteur du gaz, public et privé  
%
des investissements totaux  
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04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Sources: Ministère du Plan, BNP Paribas  
Un tel excédent ouvre des perspectives d’exportation d’électricité  
vers les pays voisins.  
Cette ambition se heurte néanmoins à trois obstacles. Le secteur  
égyptien de l’électricité dépend dans une large mesure des  
ressources gazières et seuls des progrès dans la diversification  
énergétique permettraient le développement du hub électrique  
égyptien. Le deuxième risque tient aux débouchés. Selon nos  
estimations, le surplus disponible devrait culminer à 40% de la  
production en 2019 avant de se normaliser. Les marchés  
traditionnels à l’export de l’Égypte (Libye, Syrie) sont instables  
politiquement, tandis que des excédents sont attendus en Israël. Les  
possibilités qui s’offrent à l’Égypte sont limitées : linterconnexion de  
La troisième contrainte est le cadre réglementaire. Celui-ci est  
relativement stable en Egypte depuis les années 50, tandis que la  
réglementation de l’amont s’est révélée assez lourde en Israël et n’a  
pas encore pu être évaluée à Chypre. Une étape importante a été  
franchie concernant le gisement de Léviathan avec le règlement des  
questions antitrust et l’annonce de la décision finale d’investissement  
(
FID) début 2017. L’incertitude réglementaire est grande à Chypre  
étant donné le caractère naissant de l’activité gazière.  
La possibilité d’un hub énergétique  
3
GW avec l’Arabie Saoudite (en cours de construction), ainsi que  
Il existe des synergies potentielles entre les secteurs de  
l’électricité et du gaz dans le cadre du projet égyptien de hub  
énergétique. Les capacités égyptiennes de production électrique,  
principalement à partir du gaz, ont pâti d’une longue période de  
sous-investissement antérieure à 2011, entraînant des coupures  
d’électricité sans précédent en 2012-13. La réforme du secteur est  
désormais une priorité officielle, avec le lancement d’appels d’offres  
assortis de procédures d’attribution accélérée et portant sur de  
vastes projets, qui représentent une augmentation de 60 % des  
capacités installées nettes (centrales électriques à cycle combiné de  
Brullus/Beni Suef/New Capital, qui totalisent une puissance de 3 x  
l’interconnexion de 1 GW avec Chypre et la Grèce dont les  
approvisionnements en électricité sont insuffisants. Selon les  
prévisions du gouvernement égyptien, le projet d’interconnexion  
avec l’Arabie Saoudite devrait entrer en service en 2019. Le  
troisième risque est lié aux capacités financières limitées du secteur  
égyptien de l’électricité, qui vient de finaliser un cycle sans précédent  
d’investissements en 2014-16 largement financé par des emprunts  
auprès d’assureurs-crédits, dont l’amortissement devrait commencer  
à la fin de 2018. Les investissements dans le réseau de transport et  
de distribution au plan national, réduisent d’autant ceux dans les  
infrastructures à l’exportation.  
4
,8 GW). Le cycle d’investissement devrait porter les capacités de  
production de 39 GW en 2016 à 60 GW en 2020. Le gouvernement  
entend encourager une utilisation plus efficiente du gaz en  
augmentant la part des centrales à cycle combiné dans le mix de  
production total, qui sera portée à environ 50% d’ici à 2019 contre  
L’Égypte devrait être exportatrice de gaz d’ici 2019. Mais pour  
combien de temps ? Tout dépend de la manière dont le pays saura  
gérer la demande intérieure ainsi que de l’évolution du mix  
énergétique. Ces incertitudes quant au surplus exportable justifient le  
projet d’un hub régional pour les exportations de gaz de l’ensemble  
de la Méditerranée orientale qui permettrait de valoriser des  
infrastructures existantes. Mais c’est surtout la capacité de l’Égypte à  
faire face aux risques géopolitiques et financiers, notamment la  
vulnérabilité des comptes courants, qui permettra à ce projet de hub  
énergétique de devenir réalité.  
32% actuellement. Les investissements dans la production  
d’électricité sont allés de pair avec la dérégulation du secteur et une  
réforme tarifaire sur cinq ans. Les autorités ont introduit trois séries  
de hausses des tarifs sur la période 2014-16.  
Les investissements publics dans le secteur de l’électricité devraient  
permettre de couvrir la consommation à moyen terme avec une  
marge de 15%. L’Égypte est ainsi en mesure d’intégrer l’électricité  
dans son projet de hub énergétique, le réseau générant actuellement  
hors période de tension un excédent de 4 GW par jour, qui sera  
porté à 8 GW avec la mise en service de méga-centrales en 2018.  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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