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EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Angola  
Quelques signes encourageants  
Le bilan de la première année du mandat de Joao Lourenço marque une inflexion plutôt positive de la politique gouvernementale,  
étant donné sa volonté d’assainissement politique et l’ampleur des réformes économiques entreprises. Après deux ans de gel, la  
coopération avec le FMI a repris et un nouvel accord financier se prépare à court terme. Cependant, malgré l’impulsion positive du  
nouveau gouvernement et la remontée des prix du pétrole, le pays fait face à plusieurs difficultés. A la dégradation du secteur  
pétrolier s’ajoutent des tensions sur la liquidité en devises, une baisse du pouvoir d’achat des ménages et un système bancaire très  
dégradé. La crise économique reste donc sévère et le rétablissement ne pourra se faire que graduellement.  
Toujours en récession  
1- Prévisions  
Malgré les progrès réalisés depuis l’entrée en fonction du nouveau  
2016  
-2,6  
30,7  
-4,5  
75,3  
-4,9  
35,0  
20,8  
8,1  
2017 2018e 2019e  
gouvernement de Joao Lourenço et la reprise du prix du pétrole brut,  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-2,5  
31,7  
-6,1  
67,3  
-4,4  
33,2  
14,0  
5,1  
-1,2  
20,5  
-0,3  
70,8  
-1,6  
42,6  
15,0  
5,2  
3,1  
15,8  
2,6  
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l’économie angolaise devrait enregistrer, en 2018, sa 3 année  
consécutive de récession. Selon les données de l’Institut National  
de Statistiques, elle serait en contraction de 2,2% en g.a. au  
T1 2018. Cette contraction est attribuée aux activités d’extraction et  
de raffinage (-7,3%), qui représentent 33% du PIB, suivies du  
commerce (-8,8%) qui compte pour 15% du PIB.  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
68,1  
0,5  
Dette externe, % du PIB  
53,0  
18,0  
6,1  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDAOA (fin d'année)  
Le secteur pétrolier continue de subir les conséquences du gel de la  
plupart des explorations et des licenciements visant à baisser les  
coûts opérationnels. La production de pétrole est en baisse continue  
depuis 2015 (elle est passée de 1,8 m b/j à 1,45 m b/j en juillet  
166  
166  
310  
400  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Croissance affaiblie par un secteur pétrolier endommagé  
Croissance réelle, en glissement annuel, en % :  
PIB non pétrolier  PIB pétrolier  PIB Total  
2018) du fait de la maintenance de certains champs alors que  
d’autres arrivent à maturité. Néanmoins, la situation devrait  
s’améliorer à partir de 2019 avec la mise en production du nouveau  
1
champ pétrolier de Kaombo (Total) cette année. Ainsi, la hausse  
1
2
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
attendue du PIB pétrolier devrait permettre à la croissance  
d’atteindre 3,1% en 2019.  
1
En dehors du secteur pétrolier, les perspectives de croissance  
demeurent également limitées en raison des contraintes pesant sur  
les importations notamment de produits non prioritaires, de l’inflation  
toujours importante et de la fin des certaines subventions qui  
affectent le pouvoir d’achat des ménages. De plus, la situation  
financière dégradée du système bancaire continuera de peser sur le  
développement du secteur privé. Les entreprises restent  
confrontées à des problèmes de pénurie de matières premières, au  
manque d’équipements et à des difficultés financières liées à la  
forte pression fiscale.  
-
-
-
-
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018e  
Sources : FMI, BNP Paribas  
Des efforts pour attirer les investisseurs  
L’arrivée au pouvoir de Joao Lourenço il y a un peu plus d’un an a  
donné une impulsion plutôt positive à l’économie du pays. Depuis  
septembre, le président a pris la tête du MPLA (dernière vestige de  
l’hégémonie Dos Santos), gagnant ainsi une autorité incontestée  
auprès de l’élite politique et du milieu des affaires angolais.  
Après avoir changé plusieurs postes clefs, le gouvernement tente  
d’améliorer la perception du climat des affaires par les investisseurs  
internationaux. En plus d’une simplification des procédures pour  
attirer les investissements directs étrangers (livraison de visas et de  
permis de séjour), des progrès ont été réalisés dans  
l’approvisionnement en électricité et l’obtention des permis de  
construire. De nouvelles lois 2 sur l'investissement étranger, la  
concurrence et la lutte contre les monopoles ont également été  
1
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Situé à 260 km des côtes de Luanda, il s’agit du plus grand projet en eaux  
Pour faciliter les investissements étrangers le gouvernement a supprimé le  
profondes d’Angola avec deux unités de production et de stockage et une  
production globale attendue d’environ 230 000 b/j.  
montant minimal de 230 000 dollars d’engagement et l’obligation de s’associer à  
un partenaire local qui détienne au moins 35% du capital.  
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votées. Par ailleurs, le projet de privatisation à moyen terme  
d’environ 74 entreprises étatiques devrait attirer de nouveaux  
3- Malgré des améliorations, les pressions persistent  
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capitaux.  
 Taux officiel AOA/USD  Taux au marché noir (éch. inversée)  
Réserves de change, USD mds (é.d.)  
0
La nouvelle politique de change réduit aussi les obstacles à  
l'investissement. Après avoir abandonné l’ancrage au dollar en  
janvier 2018, le kwanza (AOA) a été progressivement déprécié de  
manière contrôlée par la banque centrale via des enchères. A partir  
d’octobre, il est prévu une augmentation du volume des devises  
étrangères ainsi que la fin de la vente directe des devises par la  
banque centrale. Elle se fera désormais au travers des banques  
commerciales autorisées. En parallèle, un texte de loi qui facilite le  
rapatriement de fonds détenus à l’étranger vise à atténuer le  
manque de devises étrangères.  
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30  
25  
20  
15  
10  
5
100  
00  
300  
00  
500  
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600  
Concernant le secteur clef des hydrocarbures, après une nouvelle  
législation sur les droits fiscaux pour le gaz et la réduction des  
impôts sur les gisements marginaux, le président Lourenço a créé la  
nouvelle Agence nationale du pétrole et du gaz. Celle-ci reprendra  
l’attribution des concessions pétrolières et la gestion des accords de  
partage de la production, précédemment gérées par Sonangol qui  
gardera les activités d’exploration, de production, de raffinage et  
d’exportation.  
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00  
0
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Sources : BNA, Kinguila, Bloomberg  
Dans ce contexte, le gouvernement a demandé officiellement au  
FMI d’inclure une composante financière dans le programme  
d’assistance technique obtenu en soutien au programme de  
stabilisation macroéconomique (démarré en janvier 2018), ainsi  
qu’au plan de développement national 2018-2022. Le prêt demandé  
serait d’environ USD 4,5 mds pendant deux ans, reconductible sur  
une troisième année. La signature d’un tel accord serait le signal  
d’un changement de la politique économique du gouvernement.  
D’une part, il permettra une diversification des sources de  
financement internationales. D’autre part, il fixera des objectifs de  
réformes macroéconomiques susceptibles de rassurer les agents  
économiques. Cependant, la phase d’austérité déjà engagée risque  
de se durcir davantage, et pourrait tester le niveau d’acceptation  
sociale des efforts demandés à la population. Malgré les  
changements apportés depuis un an, l’équilibre entre le besoin de  
réformes et les conditions de vie des Angolais reste très fragile.  
Larges déséquilibres macroéconomiques  
Le régime de change plus flexible semble aider au redressement  
progressif de l’économie, mais la reprise sera longue en raison  
dimportants déséquilibres macroéconomiques. Depuis la  
flexibilisation du régime de change, la monnaie a perdu plus de 40%  
de sa valeur face au dollar. L’écart entre le taux de change officiel et  
le taux parallèle se réduit progressivement mais il reste important  
(
graphique 3). Cela montre que les tensions sur les comptes  
extérieurs persistent à court terme. Pour preuve, malgré la hausse  
du prix du brut depuis fin 2017, les réserves de change de la  
banque centrale n’augmentent que faiblement (elles s’élevaient à  
USD 13,2 mds au T2 2018 contre 13,3 mds au T4 2017). Par  
conséquent, les contrôles de change resteront en place à court  
terme.  
Quant au système bancaire, il présente encore des fragilités. Malgré  
la bonne rentabilité des banques, dont les revenus proviennent des  
bons du Trésor et de lactivité de change, la qualité des actifs  
bancaires ne cesse de se dégrader. Le ratio des créances  
douteuses s’élevait à presque 30% fin 2017 contre 13% fin 2016, ce  
qui accentue la pression sur la capitalisation. L’absence de  
correspondent banking (en dehors de quelques banques étrangères)  
ainsi que la lenteur des transferts bancaires continuent de peser sur  
le secteur privé. Même si depuis le début de l’année les transferts  
se passent mieux et qu’aucun arriéré de paiement du gouvernement  
envers les fournisseurs locaux n’aurait été constaté, les arriérés de  
la période 2014/2017 (environ EUR 1 md) ne sont pas apurés. Ceci  
aurait provoqué la faillite des plusieurs entreprises et des difficultés  
financières importantes pour d’autres.  
Le solde du compte courant devrait rester déficitaire (-1,6% du PIB)  
en 2018. L’excédent commercial demeure encore trop faible en  
2
018 pour compenser les déficits du solde des services et des  
revenus. Cela devrait en revanche être possible en 2019 en raison  
du maintien de prix du pétrole élevés. Avec des investissements  
étrangers directs et de portefeuille encore faibles, la situation  
extérieure restera extrêmement fragile, obligeant le pays à se  
financer par la dette extérieure. Le recours aux marchés de capitaux  
internationaux se fait à des conditions assez onéreuses. L’Angola a  
émis en mai dernier un Eurobond pour un montant de USD 3,5 mds  
à un coût de 9,4% pour la maturité la plus longue (30 ans). Le  
spread souverain en devises reste élevé, à environ 600 points de  
base.  
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Parmi les entreprises qui feraient l’objet d’une privatisation (partielle ou totale)  
on trouve les ports du pays, la compagnie aérienne nationale (TAAG), la  
Banque du Commerce et de l’Industrie (BCI) et la compagnie d’assurance Ensa.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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