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EcoPerspectives // 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
Réaccélération fragile de la croissance  
L’Inde n’a pas été épargnée par la défiance des investisseurs internationaux depuis le mois d’avril en dépit d’une forte accélération  
de sa croissance. Dans un contexte de hausse des pressions inflationnistes, la banque centrale a relevé ses taux d’intérêt en juin  
pour la première fois depuis 2014. Ce durcissement monétaire associé aux difficultés enregistrées par les banques publiques pourrait  
peser sur la reprise de l’investissement des entreprises dont la situation financière s’est redressée. En revanche, les pertes  
financières des banques ont atteint plus de USD 9 mds avec le changement des règles de classification des risques de crédit. Ces  
pertes représentent près de 75% du montant injecté par le gouvernement dans le secteur bancaire au cours de l’exercice 2017/2018.  
Accélération de la croissance et reprise confirmée  
des investissements  
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- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Sur l’ensemble de l’année budgétaire 2017/2018, la croissance  
indienne a affiché un recul de 0,4 point de pourcentage par rapport  
à l’année dernière pour s’établir à 6,7%. Néanmoins, cette  
décélération reflète la mise en place de certaines mesures fortes  
comme la démonétisation et l’instauration de la taxe sur les biens et  
services (en novembre 2016 et juillet 2017 respectivement) dont les  
effets négatifs se sont aujourd’hui dissipés.  
Prévision  
Prévision  
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3.6  
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Au quatrième trimestre de l’exercice 2017/2018 (janvier-mars 2018),  
la croissance économique a accéléré pour atteindre un plus haut au  
cours des sept derniers trimestres (+7,7% en glissement annuel).  
L’activité économique a notamment été soutenue par une très forte  
hausse des investissements pour le troisième trimestre consécutif  
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Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
(
+14,4% en g.a.). L’accélération de la croissance du crédit bancaire  
2- PIB : Forte accélération au T4 de l’année fiscale 2017/2018  
aux entreprises suggère que le secteur privé contribue seul à la  
hausse des investissements, contrairement aux années  
précédentes. En effet, les investissements du gouvernement ont  
diminué de près de 8% sur l’ensemble de l’année. La contribution  
des exportations nettes à la croissance est restée négative en  
raison notamment d’une accélération des importations de biens  
d’investissement.  
PIB, g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage (pp)  
PIB, g.a. Consommation des ménages (pp) Dépenses publiques (pp)  
Investissement (pp)  Variation des stocks (pp)  
 Exportations nettes (pp)  Erreurs statistiques (pp)  
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L’analyse de la croissance par secteur d’activité confirme la bonne  
tenue de l’activité dans l’industrie mais aussi dans l’agriculture. A en  
croire les prévisions météorologiques, la mousson devrait être  
normale cette année. L’activité dans les services est restée robuste.  
Les perspectives de croissance restent bien orientées, comme en  
témoignent les derniers résultats d’enquête auprès des entreprises.  
Les capacités d’utilisation ont atteint un niveau élevé et, selon les  
résultats publiés par la banque centrale, la situation financière des  
entreprises cotées continue de s’améliorer. Ainsi, au T4 2017, les  
bénéfices des entreprises indiennes dans l’industrie manufacturière  
couvraient 4,2 fois leurs charges d’intérêt contre seulement 3,4 fois  
un an plus tôt. Dans la sidérurgie, l’un des secteurs reconnus  
comme étant parmi les plus fragiles, le ratio de couverture des  
charges d’intérêt par les bénéfices s’élevait ainsi à 1,6 alors qu’il  
était inférieur à 1 un an plus tôt. La situation des entreprises des  
secteurs de la production d’électricité et de la construction reste  
néanmoins fragile.  
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2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : CEIC  
 Premier durcissement monétaire depuis 2014  
Au cours de la réunion de politique monétaire du mois de juin, la  
Banque centrale indienne a augmenté ses taux directeurs de 25  
points de base (pb) à 6,25%. Ce durcissement, le premier depuis  
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014, s’explique, d’une part, par la hausse des pressions  
inflationnistes et, d’autre part, par les tensions à la baisse sur la  
roupie (INR). Celle-ci s’est dépréciée de près de 8% face au dollar  
sur les six premiers mois de l’année et les réserves de change ont  
baissé de plus de USD 12 mds pour le seul mois de mai, reflet des  
En revanche, les importantes pertes financières des banques  
publiques pourraient peser sur la distribution du crédit bancaire et  
donc sur linvestissement des entreprises.  
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sorties de capitaux étrangers. Ce léger mouvement de défiance ne  
résulte qu’en partie de la hausse des taux américains. En effet, en  
Asie, il a principalement touché les pays importateurs nets de  
pétrole, pénalisés par la forte hausse des cours internationaux.  
Dans un tel environnement, la banque centrale indienne devrait  
procéder à d’autres relèvements de taux d’intérêt d’ici la fin de  
l’année.  
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- Prix à la consommation : hausse des tensions  
Indice des prix à la consommation (g.a.,%)  
Prix hors alimentaire et énergie (g.a., %)  
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La réaccélération de l’inflation, observée depuis l’été 2017, s’est  
poursuivie en mai bien que l’augmentation des prix reste contenue à  
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,9% en glissement annuel (g.a.), soit un niveau inférieur à l’objectif  
de politique monétaire de 4% +/- 2 points de pourcentage. Cette  
hausse résulte principalement de l’augmentation des prix du  
logement (+8,4% en g.a.) suite au relèvement des indemnités  
logements des fonctionnaires, et du transport (+5,3% en g.a.)  
conjointement à la hausse des prix internationaux du pétrole.  
L’inflation sous-jacente (hors prix alimentaires et énergie) a ainsi  
atteint +6,1% en g.a.  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : RBI  
Si les prix internationaux du pétrole atteignent USD 75 par baril en  
moyenne sur l’année budgétaire 2018/2019, soit une hausse de  
plus de 29% par rapport à l’année 2016/2017, cela pourrait  
entrainer une augmentation mécanique des prix de 1,8 point de  
pourcentage au taux de change actuel. Néanmoins, pour atténuer  
l’effet sur le pouvoir d’achat des consommateurs, le gouvernement  
pourrait décider de réduire ses taxes ou de fixer un prix plafond au  
prix de l’essence. Au cours des cinq dernières années, la hausse  
des prix internationaux du pétrole ne s’est répercutée qu’à 70%-  
injecté au cours de l’exercice 2017/2018 USD 13 mds pour que les  
banques publiques puissent respecter les ratios de Bâle III d’ici  
mars 2019. Le gouvernement prévoit d’injecter encore l’équivalent  
de USD 11 mds au cours de l’année 2018/2019.  
 La consolidation budgétaire marque le pas  
Sur l’exercice 2017/2018, le déficit du gouvernement fédéral s’est  
établi à 3,5% du PIB, le même niveau qu’un an plus tôt, alors que le  
gouvernement prévoyait initialement de le réduire à 3,2% du PIB.  
Ce résultat décevant s’explique notamment par une baisse des  
recettes budgétaires de 0,2 point de pourcentage à 9,2% du PIB. La  
hausse des recettes induite par la mise en place de la taxe sur les  
90% sur les prix domestiques.  
Pertes financières importantes dans le secteur bancaire  
Sur l’exercice 2017/2018 achevé au 31 mars 2018, dix-neuf  
banques des vingt-et-une banques publiques ont enregistré des  
pertes nettes d’un montant total de INR 620 mds, soit environ  
USD 9,6 mds. Seules Indian Bank et Vijaya Bank ont reporté des  
profits. Ces pertes sont la conséquence du durcissement des règles  
fixées par la Banque centrale indienne en matière de  
reconnaissance des créances douteuses en février 2018 et de la  
hausse des provisions que cela a généré. La banque centrale a  
notamment exigé que les créances restructurées et les « special  
mention loans » soient désormais considérés comme des prêts non  
performants. Or, le taux de provisionnement des prêts non  
performants est de 40% alors que celui des actifs restructurés  
n’était que de 5%. A court terme, la situation financière des banques  
pourrait encore se dégrader car celles-ci ont jusqu’à la fin du mois  
d’août 2018 pour reclasser leurs actifs. A long terme, cette mesure  
est positive car elle devrait permettre d’assainir les bilans bancaires  
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biens et services à partir du 1 juillet 2017 (2,6% du PIB) a été  
compensée par la baisse des autres catégories de revenus,  
conséquence du ralentissement passé de l’activité économique. Par  
ailleurs, les recettes collectées par la taxe sur les biens et services  
ont été légèrement inférieures aux prévisions du ministère des  
Finances. Pour stabiliser son déficit, le gouvernement a donc été  
contraint de réduire ses dépenses d’investissement. La structure  
des finances publiques reste fragile et les marges de manœuvre du  
gouvernement sont limitées. Près d’un quart des dépenses est  
consacré au paiement des intérêts sur la dette, l’équivalent de 34%  
des recettes du gouvernement fédéral.  
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et accélérer le processus de résolution des créances douteuses .  
Les ratios de solvabilité des banques publiques se sont dégradés et,  
fin mars 2018, six banques publiques avaient des ratios inférieurs  
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aux exigences réglementaires (dont Punjab National Bank, la  
deuxième banque du pays) alors même que le gouvernement a  
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Les banques disposent de 180 jours après le premier défaut de paiement  
pour mettre en place la procédure d’insolvabilité.  
2
En mars 2018, les banques devaient respecter un ratio CET-1 de 7,375%  
qui sera relevé à 8% fin mars 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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