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La banque  
d’un monde  
qui change  
DIRECTION DES ETUDES ECONOMIQUES  
Turquie : Rebond conjoncturel,  
défis structurels  
Croissance du PIB réel  
%, glissement annuel  
Nouvelles séries  
15  
▬ Anciennes séries  
Les ratios macroéconomiques ont bénéficié de la résilience  
de l’activité économique et de l’importante révision à la  
hausse de l’historique des séries de PIB.  
1
0
5
0
5
Malgré la réécriture partielle du récit macroéconomique, le  
pays fait toujours face  
à
des défis importants,  
principalement liées à des déséquilibres internes et externes  
dont témoignent une forte inflation et de lourds besoins de  
financement  
externes.  
Dans  
le  
même  
temps,  
-
l’’environnement des affaires s’est dégradé au cours des  
dernières années.  
-10  
15  
La croissance économique devrait demeurer relativement  
dynamique à court terme, portée par une politique  
budgétaire et quasi budgétaire expansionniste ainsi que par  
les exportations, tandis que la politique monétaire devrait  
rester « relativement restrictive » compte tenu d’une  
inflation toujours élevée.  
Le modèle de croissance économique turc, basé sur la  
consommation et la construction, doit être repensé. Reste à  
voir si la Turquie va s’engager sur le chemin des réformes  
structurelles et se doter d’une politique économique  
adéquate.  
-
Graphique 1  
Source: Turkstat, CEIC  
moteur de l’activité économique (+7,2 % en 2016), suivi de l’industrie  
+4,5 %), tandis que les services et l’agriculture ont reculé. Le  
secteur du tourisme a chuté de plus de 30 % en lien avec  
l’accroissement des risques politique et sécuritaire. Du côté de la  
demande, la consommation privée a augmenté de 2,3 % en g.a. en  
(
2
016, après 5.5% en 2015. Cependant, l’expansion du crédit a  
connu une nouvelle accélération notable depuis septembre 2016,  
notamment sous l’impulsion des banques publiques, tandis que le  
taux de chômage a poursuivi son ascension, à 11,8 % en moyenne  
en 2016. La croissance de l’investissement est ressortie à 3 %, en  
net ralentissement par rapport à 2015 (+9,2 %). Dans le même  
temps, comme prévu la consommation publique a fortement  
augmenté (+7,3 %), à la faveur d’une politique budgétaire  
expansionniste. La contribution des exportations nettes à la  
croissance du PIB a été négative.  
Croissance économique : dynamisme à court terme, défis  
à moyen terme  
Un PIB sous perfusion budgétaire  
En décembre 2016, Turkstat, l’Institut statistique national, a publié  
une nouvelle méthodologie applicable aux comptes nationaux,  
conforme aux normes européennes et à celle de l’ONU, et révisé  
massivement à la hausse les chiffres historiques du PIB depuis 2011.  
La plus forte révision concerne l’investissement et la construction.  
D’après les nouvelles données, le PIB réel a crû à raison d’un TCAM  
de 6,1 % entre 2012 et 2015, contre 3,3 % seulement selon les  
anciennes normes. Le PIB réel a été révisé à la hausse de près de  
La Turquie a affiché une forte croissance du PIB au T1 2017, à  
5,0 % en g.a. ou 1,4 % t/t cvs, tirée par la consommation privée et  
les exportations nettes, elles-mêmes portées par la faiblesse de la  
livre turque (TRY) et le raffermissement de la demande des pays de  
l’UE. Les indicateurs mensuels, tels que la production industrielle, le  
PMI, l’utilisation des capacités de production, les indices de  
confiance et l’évolution du crédit présagent d’une croissance du PIB  
toujours dynamique au T2. La volatilité des variations trimestrielles  
du PIB turc rend délicate la prévision à court terme. Mais compte  
tenu d’un important effet d’acquis à l’issue du premier semestre et du  
1
1 % et le PIB nominal de 19 %.  
Le PIB réel a ralenti à +2,9 % en g.a. pour l’ensemble de l’année  
2
016. Le « trou d’air » observé au T3 (-1,3 % en g.a.) en raison du  
choc lié au coup d’Etat avorté du 15 juillet 2016 a été de courte  
durée, en atteste le rebond du PIB réel de 3,5 % en g.a. au T4. Du  
côté de l’offre, le secteur de la construction est resté le principal  
economic-research.bnpparibas.com  
Sylvain Bellefontaine  
29 août 2017  
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La banque  
d’un monde  
qui change  
plan de relance budgétaire (voir ci-dessous), la croissance du PIB  
sera supérieure à 4 % en moyenne en 2017.  
%
Soldes budgétaires  
du PIB  
Un modèle économique à repenser  
▬ Solde primaire ▬ Solde global ▬ Paiements d’intérêts  
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3
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Le caractère heurté (« boom and bust ») des cycles économiques en  
Turquie demeure et le potentiel de croissance économique à moyen  
terme a reculé aux environs de 3,5 %, malgré une démographie  
favorable.  
L’épargne nationale a pâti de l’essor de la demande intérieure. La  
faiblesse du taux d’épargne domestique à long terme est considérée  
comme le talon d’Achille de l’économie turque et la raison de sa  
dépendance à l’égard de l’épargne étrangère. Il est difficile de  
calculer le taux d’épargne « effectif » compte tenu de la part  
importante de l’économie informelle, du faible taux de pénétration  
bancaire dans certains segments de la population, de la préférence  
pour la liquidité, de la culture du « cash » et de l’importance de la  
détention d’or comme forme de thésaurisation. Mais le taux  
d’épargne domestique a été mécaniquement révisé à la hausse de  
plus de 7 points du fait de l’augmentation des taux d’investissement  
et de la baisse des déficits de la balance commerciale et du compte  
courant en pourcentage du PIB induites par la révision des comptes  
nationaux. Désormais proche de 24 % du PIB, il dépasse les taux  
d’épargne observés en Europe centrale et orientale ainsi qu’en  
Amérique latine, mais reste bien inférieur aux niveaux asiatiques.  
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006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 2  
Source: Ministère des finances,  
Turkstat, BNP Paribas  
de produits et services à plus forte valeur ajoutée. D’après le dernier  
Economic Survey de l’OCDE sur la Turquie (juillet 2016), les  
dépenses de R-D ne représentaient que 1 % du PIB en 2014 contre  
2,4 % du PIB en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le  
gouvernement prévoit de porter les dépenses de R-D à 3 % du PIB.  
Le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur chez les 25-64  
ans (17 %) est deux fois inférieur à la moyenne de l’OCDE, ce qui  
souligne la nécessité d’engager des actions en faveur de  
l’amélioration du capital humain dans ce pays.  
L’épargne domestique à long terme transitant par le système  
financier (c’est-à-dire les banques, les fonds de pension, les fonds  
communs de placement, les compagnies d’assurance) demeure  
insuffisante, une situation à laquelle la Turquie doit absolument  
remédier pour venir à bout de ses déséquilibres macroéconomiques  
structurels et de sa vulnérabilité extérieure. Promouvoir l’épargne  
domestique, en particulier à long terme, passe par un renforcement  
des incitations fiscales, des contraintes réglementaires et de la  
confiance des investisseurs. Or, depuis cinq ans, la politique  
monétaire a échoué à faire reculer l’inflation et à stabiliser le taux de  
change à même de réduire l’euro-dollarisation de l’économie.  
Reste à savoir maintenant si les autorités vont se décider à introduire  
l’agenda tant attendu des réformes ou continuer à adopter des  
politiques économiques discrétionnaires pour soutenir l’activité  
économique à court terme.  
Politique économique : assouplissement budgétaire et  
durcissement monétaire  
Politique budgétaire : la marge de manœuvre n’est pas illimitée  
De plus, le modèle de croissance économique, basé sur la  
consommation et la construction, portés par l’expansion soutenue du  
crédit doit être ajusté et rééquilibré. La production et l’emploi sont  
essentiellement tournés vers le marché intérieur au détriment du  
secteur des exportations (celles-ci représentent à peine 22 % du  
PIB). Le chômage est élevé en dépit d’une croissance économique  
résiliente et le taux d’activité reste faible (51 %), en particulier chez  
les femmes (25 %). Les efforts doivent en particulier porter sur le  
renforcement de la compétitivité internationale de l’économie et de la  
participation aux chaînes de valeur mondiales.  
Le déficit des administrations publiques, qui a notamment bénéficié  
de recettes de privatisation (2,2 % du PIB) entre 2013 et 2016, est  
resté globalement stable sur la période à un peu plus de 1 % du PIB.  
Sous l’effet conjugué d’un solde primaire positif et d’une croissance  
soutenue du PIB nominal, le ratio dette publique/PIB a poursuivi sa  
baisse jusqu’au milieu de 2016.  
La politique budgétaire est devenue très expansionniste au cours  
des deux dernières années. Le gouvernement a, en effet, introduit  
une série de mesures visant à stimuler l’activité économique,  
notamment des baisses d’impôts ciblées, un fond de garantie du  
crédit, une campagne en faveur de l’emploi et une augmentation des  
traitements des fonctionnaires. Les dépenses primaires ont grimpé  
de 7,6 % en g.a. et en termes réels au cours du premier semestre  
La Turquie présente certains atouts : la qualité de ses infrastructures  
e
est satisfaisante (le pays occupe le 48 rang sur 138 dans le Global  
Competitiveness Index établi par le Forum économique mondial) et  
l’action déployée par les pouvoirs publics pour améliorer les  
transports et les télécommunications contribue à renforcer le  
potentiel de croissance économique à moyen terme et l’attractivité  
de la Turquie aux yeux des investisseurs étrangers. Toutefois, pour  
échapper à la « trappe à revenu intermédiaire » et rejoindre le club  
des pays développés, Ankara doit engager des politiques de  
promotion d’une économie du savoir et de l’innovation (au lieu de la  
simple imitation) afin de soutenir la productivité et le développement  
2
017, tandis que les recettes budgétaires ont stagné. Le solde  
primaire est devenu négatif pour la première fois depuis la crise  
mondiale et le déficit global (sur la base dite caisse ou des  
règlements) a atteint 2,3 % du PIB sur douze mois en juillet 2017.  
La détérioration des finances publiques se reflète dans les chiffres  
de dette. Tout en restant modérée à 29 % du PIB au premier  
trimestre 2017, la dette publique a augmenté au cours de l’année  
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Sylvain Bellefontaine  
29 août 2017  
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écoulée, en partie en raison de l’impact du taux de change sur la  
dette extérieure, qui représente désormais 39 % de l’endettement  
global des administrations publiques, contre 27 % quatre ans plus tôt.  
Le ratio des opérations de refinancement de la dette domestique a  
grimpé à plus de 120 % au premier semestre 2017. Les émissions  
d’obligations souveraines en devises étrangères ont déjà dépassé  
l’objectif annuel de USD 6 mds. En février, un fonds souverain, placé  
directement sous la tutelle du Président, a été créé et doté d’environ  
USD 40 mds de participations publiques pour servir de collatéral aux  
financements extérieurs.  
Taux de change nominal et taux d’intérêt  
Taux de refinancement moyen de la CBRT (%, annuel)  
TRY vs. panier EUR-USD (échelle de droite)  
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3.0  
2.8  
Arguant d’une dégradation de l’environnement institutionnel et des  
affaires, des faiblesses structurelles externes et du desserrement  
des cordons de la bourse du gouvernement, les agences de crédit  
Moody’s et Fitch ont dégradé la notation de la dette souveraine à  
long terme libellée en devises étrangères de la catégorie  
2.6  
2.4  
2.2  
2.0  
1.8  
«
investissement » à la catégorie « spéculative » en septembre 2016  
2
012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
et en janvier 2017, respectivement, rejoignant en cela S&P, qui n’a  
jamais noté la Turquie en catégorie « investissement ». Les primes  
de risque souverain restent néanmoins relativement faibles : la prime  
du CDS 5-ans sur les obligations en devises est inférieure à 200 pb,  
son niveau le plus bas depuis mi-2015.  
Graphique 3  
Source: CBRT, Datastream, BNP Paribas  
adoptées en novembre 2016 (relèvement symbolique du taux des  
prises en pension à une semaine et du taux prêteur au jour le jour)  
n’ont pas suffi à enrayer la chute de la livre turque ni les principales  
tensions inflationnistes également dues à la hausse des prix des  
produits alimentaires, ainsi qu’à l’augmentation des salaires et de  
certaines taxes. Depuis mi-janvier, la CBRT a privilégié les  
opérations de refinancement au jour le jour à la clôture (« late  
liquidity window ») dont le taux d’intérêt a été relevé de 225 points de  
base à 12,25 % et qui est resté stable depuis la réunion du comité de  
politique monétaire du 27 avril. Par ailleurs, le taux des prises en  
pension à une semaine est demeuré inchangé (8 %) et le taux  
prêteur au jour le jour n’a connu qu’une seule hausse, en janvier, de  
Pour le gouvernement, le ralentissement économique est  
conjoncturel et les mesures de relance budgétaire, provisoires. Nous  
estimons au contraire que le ralentissement économique est de  
nature structurelle. L’objectif du gouvernement d’un déficit budgétaire  
global inférieur à 2 % du PIB cette année et à 1,5 % l’année  
prochaine apparaît optimiste compte tenu des difficultés à réduire les  
dépenses primaires et de l’augmentation des paiements d’intérêts  
suite à l’accroissement des besoins de financement net et à des taux  
d’intérêt réels domestiques positifs (calculés par rapport à l’inflation  
sous-jacente). En l’absence de recettes exceptionnelles, le déficit  
pourrait avoisiner 3 % du PIB en 2017 avant de diminuer légèrement  
en 2018. L’encours de la dette publique va continuer à croître, mais  
la dynamique du ratio dette publique/PIB devrait rester globalement  
stable compte tenu de l’expansion rapide du PIB nominal sous l’effet  
d’une inflation bien supérieure à la cible de la banque centrale.  
7
5 pb à 9,25 %.  
Au final, le taux de refinancement moyen de la CBRT a augmenté de  
près de 400 pb à 12 % au cours de l’année écoulée. La tendance  
ininterrompue à la dépréciation de la livre turque a cessé depuis la  
fin janvier, mais la monnaie est restée volatile. L’inflation globale  
(
IPC) annuelle est de nouveau à un seul chiffre, à 9,8 % en juillet, un  
niveau qui reste deux fois supérieur à l’objectif. Ce ralentissement de  
l’inflation globale est lié aux prix de l’énergie et des produits  
alimentaires, tandis que l’inflation sous-jacente (9,5 % en g.a.) est  
restée orientée à la hausse, portée par les services. Quant à l’indice  
des prix à la production (IPP), il affichait une augmentation de  
15,4 % en g.a. en juillet.  
Politique monétaire : un durcissement tardif, sur fond de  
fléchissement de la monnaie et d’inflation élevée  
La Banque centrale de Turquie (CRBT) mène depuis 2010 une  
politique monétaire accommodante. Elle n’a atteint sa cible d’inflation  
(
en place depuis 2006) qu’en 2009, 2010 et 2012. Dans son  
programme de politique monétaire et de taux de change pour 2017,  
elle a réitéré son objectif « officiel » de stabilité des prix (5 %) dans le  
cadre d’un système de change flottant.  
A terme, la désinflation devrait probablement être très progressive.  
D’après l’enquête du mois d’août, les anticipations d’inflation à la fin  
de l’année et à l’horizon de deux ans s’établissent à 9,5 % et 7,9 %,  
respectivement. La tendance à la dépréciation de la livre turque  
devrait persister. Ceci déprendra de la crédibilité de la banque  
centrale, et donc de la politique monétaire qui ne devrait pas être  
assouplie sauf faiblesse de l’activité économique.  
Entre juin 2013 et avril 2016, la CBRT est intervenue massivement sur  
le marc des changes afin de limiter la volatilité de la monnaie. Elle a  
dépensé pour USD 43,2 mds dans le cadre d’adjudications  
quotidiennes avant de cesser de gaspiller ses « munitions » sur le  
marché des changes malgré de nouvelles pressions à la baisse sur  
la livre turque depuis le coup d’Etat manqué. La monnaie turque  
s’est en effet dépréciée de 22 % face au panier EUR-USD au cours  
de l’année écoulée.  
Comptes externes : des faiblesses persistantes  
Malgré la révision significative des comptes nationaux, le PIB  
nominal en dollars US a été amputé par la chute prononcée de la  
livre turque, qui a cédé près de 50 % face au panier euro-dollar au  
cours des quatre dernières années. La position extérieure de la  
Turquie s’est légèrement améliorée au cours des derniers mois,  
Les pressions politiques ajoutées à la chute de l’activité économique  
au lendemain de la tentative de coup d’Etat ont expliqué le maintien  
d’une politique monétaire accommodante. Les mesures limitées  
economic-research.bnpparibas.com  
Sylvain Bellefontaine  
29 août 2017  
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La banque  
d’un monde  
qui change  
après une période de fortes tensions ayant accentué la nervosité des  
pouvoirs publics, qui ont même suggéré aux détenteurs d’actifs en  
devises étrangères de les convertir en livre Turque par patriotisme.  
Des rumeurs d’instauration de contrôles de capitaux ont été  
démenties par le gouvernement, conscient de l’effet dévastateur que  
des contraintes imposées aux sorties de capitaux pouvaient avoir sur  
les flux entrants, indispensables à la soutenabilité de la balance des  
paiements.  
Flux de capitaux étrangers  
USD mds, cumul 12 mois  
IDE nets ▬ Investissements de portefeuille nets  
Autres financements (surtout crédit commercial et autres crédits)  
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A la mi-2017, le déficit de la balance du compte courant s’inscrivait à  
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,3 % du PIB sur 12 mois. La chute des prix du pétrole a permis à la  
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Turquie de diviser par deux sa facture énergétique, qui représente  
néanmoins toujours 3 % du PIB. Mais en dépit du redressement des  
recettes d’exportation au cours de l’année écoulée, le déficit de la  
balance commerciale est resté proche de 5 % du PIB. Par ailleurs,  
l’effondrement des recettes touristiques a entamé l’excédent de la  
balance des services. La balance des voyages s’est repliée de 2,6 %  
du PIB en 2014 à 1,6 % du PIB en 2016, avant de reprendre des  
couleurs au cours des derniers mois.  
1
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-
-
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Graphique 4  
Source: CBRT, BNP Paribas  
La balance de base (solde du compte courant plus investissements  
directs étrangers) reste très négative à la mi-2017, les IDE couvrant  
seulement 27 % du déficit du compte courant sur 12 mois. Mais,  
grâce à un rebond des investissements de portefeuille étrangers,  
l’excédent du compte des opérations financières a nettement  
augmenté au premier semestre 2017 (USD 21,5 mds contre USD  
réduction du déficit de la balance courante en deçà de 3-3,5 % du  
PIB. En raison de la dépendance du pays à l’égard des flux de  
capitaux étrangers et des incertitudes (géo)politiques, la position  
extérieure de la Turquie reste très exposée à l’évolution du sentiment  
sur les marchés internationaux et à la normalisation des politiques  
monétaires dans les économies avancées.  
4
,7 mds au deuxième semestre 2016), compensant ainsi le déficit de  
la balance courante (USD 16,8 mds). L’encours de capitaux volatils  
« hot money ») dans le pays, qui s’était nettement replié de 2013 à  
016, s’est redressé au premier semestre 2017, à la faveur  
Un secteur financier toujours sain dans un environnement  
plus difficile  
(
2
Le secteur bancaire est dominé par quelques grandes institutions  
domestiques, dont trois banques publiques, notamment Ziraat, la  
principale banque du pays. Face au ralentissement économique et à  
la hausse du chômage, les autorités ont assoupli certaines  
restrictions pesant sur le crédit en septembre 2016, accordé un  
rééchelonnement des remboursements concernant certains crédits à  
la consommation et relevé le plafond des prêts hypothécaires de 5  
points de pourcentage à 80 % de la valeur d’un bien immobilier. En  
mars 2017, elles ont renforcé le Fonds de garantie du crédit, une  
aubaine pour le secteur bancaire. Elles n’ont, par ailleurs, pas  
ménagé leurs critiques à l’égard des banques qui ont augmenté leurs  
taux débiteurs et créditeurs. Le crédit au secteur privé a repris son  
expansion, notamment sous l’impulsion des banques publiques,  
augmentant de plus de 20 % en g.a. en termes nominaux au T2  
notamment des nouvelles opportunités de portage (« carry-trade »)  
et de l’accroissement des émissions d’obligations publiques.  
Les réserves de change brutes ont reculé d’USD 25 mds au cours  
des trois dernières années, avant de se stabiliser quelque peu ces  
derniers mois à environ USD 90 mds. Les réserves de change  
«
libres » (hors réserves des banques commerciales auprès de la  
CBRT) s’établissent tout juste à USD 36 mds, soit un matelas de  
liquidité externe assez mince. Le besoin de financement extérieur  
annuel du pays reste significatif à près de USD 200 mds, soit 25 %  
du PIB estimé, en raison d’un déficit de la balance courante  
d’environ USD 35 mds et des remboursements de la dette externe  
(
dette à moyen et long terme arrivant à échéance dans les 12 mois  
plus dette à court terme) d’environ USD 135 mds.  
2
017. Le taux de pénétration du crédit a par conséquent progressé  
L’encours de la dette externe s’inscrivait à USD 412 mds (49 % du  
PIB révisé) au T1 2017 et pourrait augmenter encore avec  
l’accroissement des besoins de financement publics. Le secteur  
privé supporte toutefois 70 % de la dette externe. La dette en  
devises des sociétés non financières a triplé à USD 300 mds au  
cours de la décennie écoulée, principalement à l’égard des banques  
locales et de maturité à moyen et long terme. La position de change  
nette des sociétés non financières est d’environ - USD 200 mds.  
pour atteindre 71 % du PIB à la mi-2017.  
Les dépôts ont, par ailleurs, considérablement augmenté,  
notamment à la faveur de la hausse des taux d’intérêt, contribuant  
ainsi à lisser la détérioration du ratio de liquidité de base  
(crédit/dépôts, bien supérieur au seuil de 100 %) et à réduire les  
besoins de financement des banques locales sur le marché de gros.  
Leur dépendance à l’égard des emprunts en devises a été un sujet  
de préoccupation au cours des dernières années, notamment en  
raison des asymétries de monnaies et d’échéances dans leur bilan.  
Les actifs nets en devises des banques locales représentaient -18 %  
du PIB à la mi-2017.  
Les comptes extérieurs de la Turquie devraient bénéficier de prix du  
pétrole toujours modérés et d’une amélioration des perspectives  
économiques mondiales, notamment en Europe. Le redressement  
progressif et pérenne des recettes de change liées au tourisme  
demeure suspendu à l’amélioration du risque sécuritaire. Quoi qu’il  
en soit, l’accélération des importations devrait compromettre la  
Contrairement à l’année dernière, la croissance des dépôts en  
devises, en particulier les dépôts à vue, a été bien plus dynamique  
economic-research.bnpparibas.com  
Sylvain Bellefontaine  
29 août 2017  
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La banque  
d’un monde  
qui change  
que celle des dépôts en livre turque depuis le début de l’année 2017,  
tandis que 65 % des prêts sont libellés en TRY et sont pour la  
plupart à long terme. L’euro-dollarisation des dépôts, en repli sur la  
période 2003-2013, s’est accru depuis pour atteindre près de 40 % à  
la mi-2017 sur fond de tensions politiques et de volatilité du change.  
Garanti et Isbank à Oger Telecom s’élève à environ USD 4,4 mds.  
Ce problème ne semble pas être de nature systémique, d’autant que  
le système bancaire est intrinsèquement sain en termes de  
capitalisation et de rentabilité.  
Pour conclure, le taux de croissance réel du crédit ne saurait rester  
durablement à deux chiffres. L’impulsion du crédit public et le  
stimulus budgétaire en général sont appelés à s’essouffler dans les  
trimestres à venir. Reste la question en suspens de l’adoption de  
réformes structurelles et d’une politique économique plus adéquate,  
notamment avant les élections générales de 2019. Ces deux aspects  
sont essentiels afin d’élever le potentiel de croissance économique,  
de renforcer la productivité, le capital humain, la confiance des  
investisseurs et l’épargne domestique à long terme, via notamment  
une stabilisation de l’inflation et du taux de change.  
S’agissant de la qualité des actifs bancaires, l’encours de créances  
douteuses a été multiplié par deux au cours des trois dernières  
années à TRY 62,2 mds, à la mi-2017, mais la part des créances en  
douteuses en devises est restée négligeable. Au final, le ratio global  
de créances douteuses est relativement stable à un niveau bas  
(
3,2 % de l’encours total des prêts), compte tenu de la forte  
croissance du crédit. Les niveaux de provisionnement ne dépassent  
pas 77 % du total des créances douteuses. Concernant, en  
particulier, Oger Telecom, filiale de Saudi Oger, qui connaît de  
sérieuses difficultés financières, le gouvernement turc, actionnaire à  
hauteur de 30 % de Turk Telecom, compagnie nationale de  
télécommunications, a demandé à certaines banques de trouver des  
acquéreurs éventuels pour la participation majoritaire détenue par  
Oger Telecom (environ USD 3,3 mds). L’exposition totale d’Akbank,  
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Sylvain Bellefontaine  
sylvain.bellefontaine@bnpparibas.com  
economic-research.bnpparibas.com  
Sylvain Bellefontaine  
29 août 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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