Emerging

PDF
er  
15  
EcoEmerging// 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Hongrie  
Redémarrage du crédit  
La page de la crise financière, qui a duré huit ans, se tourne. Le crédit au secteur privé redémarre enfin. La structure du bilan des  
banques s’est assainie et la qualité des actifs poursuit son embellie. Le crédit vient renforcer la croissance économique hongroise  
qui accélère fortement après le ralentissement de 2016. La croissance de l’investissement dépasse 20%, grâce au soutien des  
financements structurels européens, et les hausses de salaires soutiennent la consommation. Les tensions sur l’emploi et les  
salaires, la hausse des prix immobiliers et une récente augmentation des financements étrangers des banques, qui annoncent un  
risque de surchauffe, seront à surveiller.  
L’activité bancaire redémarre en Hongrie après huit années difficiles  
1
-Prévisions  
et renforce la croissance. L’année 2017 a en effet été marquée par  
la progression du crédit bancaire au secteur privé. Le crédit des  
banques hongroises aux entreprises a enregistré une augmentation  
de 8% en valeur à la fin novembre 2017. Le crédit aux ménages a  
repris plus récemment, avec une croissance de 2% en g.a. à la fin  
novembre 2017.  
2016 2017e 2018f 2019f  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, HICP, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,2  
0,5  
3,8  
2,4  
3,6  
2,7  
3,2  
3,1  
-1,9  
75,7  
6,1  
-2,4  
72,7  
4,4  
-2,4  
71,3  
3,0  
-2,3  
69,7  
2,8  
Dette du gouvernement , % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Un nouveau cycle de crédit  
Dette externe, % du PIB  
96,2  
24  
89,9  
23  
77,1  
25  
65,4  
27  
La phase de désendettement qui a suivi les excès des années  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EURHUF (fin d'année)  
2
3
005-2009 est derrière nous. Le crédit au secteur privé a atteint  
9% du PIB en octobre 2017, et il a été pratiquement stable depuis  
3,2  
2,8  
2,8  
2,8  
310  
308  
320  
321  
le début de l’année 2017. Ce ratio pourrait bien augmenter à  
nouveau à l’avenir (graphique 2).  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Avec le redémarrage du crédit au secteur privé, le secteur des  
administrations n’est pas pour autant délaissé. Les créances des  
banques hongroises aux administrations augmentent depuis 2010.  
Elles représentent aujourd’hui 24% de l’actif bancaire total (environ  
2- Crédits des banques hongroises  
En % du PIB  
 Créances sur les entreprises  
Créances sur l’Etat  
 Crédits aux ménages  
Dépôts  
2
4% du PIB). C’est le résultat d’une politique proactive du  
1
20  
%
du PIB  
gouvernement qui, depuis l’introduction du Self-financing program  
en 2014, privilégie les emprunts en monnaie locale. Si avant 2016  
l’engouement des banques pour les emprunts d’Etat hongrois  
pouvait entrer en concurrence avec le crédit au secteur privé (effet  
d’éviction), ces deux activités se complètent aujourd’hui.  
100  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
La qualité de l’actif s’améliore  
Le stock de créances douteuses des banques hongroises a été  
divisé par trois depuis 2013. Le taux de créances douteuses, qui  
culminait à 17% du total des créances en 2013, était alors parmi les  
plus élevés de la région. A la mi-2017, il a atteint 5,4% et se situe  
dans la moyenne des pays d’Europe orientale. Les cessions de  
portefeuilles de créances douteuses ont permis d’assainir les bilans  
bancaires, tandis que l’embellie économique (cf. infra) a réduit le  
nombre de défaillances.  
2003  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Sources : FMI, Banque nationale de Hongrie (MNB)  
nouvelle offre de crédit s’appuie donc aujourd’hui sur une base de  
dépôts plus solide (graphique 2).  
Les leçons de la crise ont été tirées  
Le crédit aux entreprises affiche un dynamisme plus fort que celui  
du crédit aux ménages, ce qui est une nouveauté dans le paysage  
bancaire hongrois. Après huit années de contraction quasi  
ininterrompue, le crédit aux entreprises rebondit seulement en 2017,  
mais son volume reste cependant bien en deçà du pic atteint en  
La structure de financement de la nouvelle phase d’expansion est  
plus saine que dans les années 2005-2008. La progression rapide  
des crédits a été précédée de la hausse des dépôts dès 2014. Avec  
+
6% de dépôts domestiques entre janvier et novembre 2017, le  
2
009.  
record de 2016 (+13%) n’a pas été battu, mais la croissance des  
dépôts reste comparable à celle des crédits. Le ratio crédit/dépôt,  
qui était de 144% mi-2010, a atteint 83% mi-2017 (selon le FMI). La  
Le mode de financement des ménages a changé. Après la  
conversion très controversée en forint des prêts hypothécaires  
libellés initialement en franc suisse, l’activité des prêts aux ménages  
er  
16  
EcoEmerging// 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
en devises s’est arrêtée. Les ménages hongrois se financent  
aujourd’hui en monnaie locale, ils ne sont donc plus exposés au  
risque de change. Le crédit au logement, fortement encouragé par  
le gouvernement qui cherche à améliorer l’accès à la propriété des  
familles modestes, est très dynamique (+5% en g.a. en novembre  
3
%
- Rentabilité financière des banques (ROE)  
ROE des banques  
moyenne des banques européennes (banques  
importantes uniquement)  
2
1
1
0%  
5%  
0%  
2
017, après +3% en 2016). Le crédit à la consommation continue  
EU  
en revanche de se contracter en 2017 (pour la sixième année  
consécutive), et n’est aujourd’hui qu’à 61% de son pic de 2009.  
5%  
Les ratios prudentiels s’améliorent  
0%  
5%  
-
Dans son dernier rapport sur la soutenabilité financière, la Banque  
nationale de Hongrie (MNB) se félicite de la capacité renforcée des  
banques hongroises à résister aux chocs.  
-
-
-
10%  
15%  
20%  
La capitalisation s’est renforcée en effet. Le ratio Capital Equity  
Tier 1 (CET1) a dépassé les 15% mi-2017, contre 11% en 2010. A  
partir de la deuxième moitié de 2017, la MNB a imposé aux  
banques la constitution d’une couche de capital supplémentaire  
pour faire face au risque systémique (0,5%-2% des actifs pondérés  
par rapport au risque (RWA)).  
-25%  
-30%  
Source : EBA  
La meilleure rentabilité des banques soutient cette dynamique  
favorable. Selon les données d’EBA à la mi-2017, les banques  
hongroises détenaient le record de rentabilité de l’UE (graphique 3),  
grâce notamment à la baisse de la taxe sur l’actif bancaire (de  
 Bulle en formation ?  
Face à la hausse des salaires et à l’augmentation de l’offre de crédit,  
les prix immobiliers rebondissent fortement : ils augmentaient de  
10% en g.a. mi-2017 (46% au-dessus du point bas atteint en 2013).  
0
,53% à 0,24%) et à la réduction des provisions suite à  
Depuis 2015, la croissance des prix immobiliers est à deux chiffres,  
la Hongrie détient le record régional.  
l’amélioration de la qualité des actifs.  
L’économie se porte très bien  
Le retour des financements étrangers des banques hongroises, que  
l’on observe à partir du début de 2017, constitue également un point  
d’attention. Ceux-ci ont atteint EUR 17 mds en octobre 2017 (+26%  
par rapport à la fin 2016). Certes, leur montant reste encore très en  
deçà du pic atteint en 2008 (EUR 33 mds), mais si cette tendance  
se poursuivait, elle serait à même de renforcer la surchauffe en  
répétant les erreurs des années 2005-2007.  
La croissance économique s’est accélérée pour atteindre 3,9% en  
g.a. en moyenne sur les trois premiers trimestres de l’année 2017.  
L’investissement rebondit fortement et rattrape sa perte de vitesse  
de 2016. Au cours des six premiers mois de 2017, l’investissement  
augmente de 23% en g.a. Sans surprise, ce rebond résulte d’une  
accélération substantielle des projets mis en œuvre avec le soutien  
des fonds européens : la Hongrie figure parmi les pays dont  
l’absorption des fonds européens pour l’exercice 2014-2020 est la  
plus avancée. Revers de la médaille : l’augmentation des prix.  
Selon l’OCDE le déflateur d’investissement atteint 17% en g.a. au  
Q2 2017.  
L’économie hongroise a atteint son potentiel, ce qui ouvre le débat  
sur la pertinence de la poursuite d’un soutien aussi massif des  
politiques publiques dans les trimestres à venir. Les financements  
européens étant calibrés sur des échéances à moyen terme, ils vont  
continuer à stimuler l’activité d’ici 2020. En revanche, le policy mix,  
qui reste très accommodant, aurait un rôle à jouer. A 0,9% depuis  
mai 2016, le taux directeur est à son minimum historique. La  
réorientation de la politique budgétaire, qui prévoit de nouvelles  
réductions d’impôts en 2018 et une hausse des dépenses de 6%  
par rapport au 2017, pourrait limiter les risques de surchauffe.  
Cependant, nous ne nous attendons pas à un ajustement fiscal  
avant la fin des élections législatives, prévues en avril 2018.  
La consommation accélère également : elle augmente de 4,8% au  
T2 2017 après une hausse de 3,5% en g.a. au T1 2017. Elle  
bénéficie de la hausse des salaires (+13% en g.a. en valeur  
nominale au cours des dix premiers mois de 2017). Le marché du  
travail approche du plein emploi : le taux de chômage a atteint 3,6%  
en octobre 2017, un minimum jamais atteint depuis 1990.  
Sans surprise, les prix à la consommation sont orientés à la hausse  
également. L’indice harmonisé HICP a atteint 2,4% en moyenne en  
2
017, après trois années proches, voire en deçà, de zéro.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1894 articles et 520 vidéos