Emerging

PDF
Colombie  
Rééquilibrage macroéconomique et avancées politiques  
Depuis 2014, la Colombie subit de plein fouet l’effondrement des cours mondiaux des matières premières, notamment du pétrole.  
Ses fondamentaux macroéconomiques se sont considérablement détériorés jusque début 2016 (creusement des déficits jumeaux,  
forte dépréciation du peso et pressions inflationnistes) mais la croissance économique a résisté, tirée par la consommation.  
L’ajustement macroéconomique devrait se poursuivre. Deux avancées politiques majeures sont intervenues fin 2016 : la signature  
d’un accord de paix avec les FARC et l’adoption d’une réforme fiscale. Elles ouvrent la voie à une amélioration des perspectives  
macroéconomiques à moyen terme, tandis que la croissance économique ne devrait pas accélérer à court terme.  
Ajustement et rééquilibrage macroéconomique  
1- Prévisions  
Entre 2003 et 2013, la Colombie a affiché une croissance  
économique vigoureuse, soutenue par la hausse des matières  
premières. Le pays était alors confronté au risque dit « du syndrome  
hollandais », les matières premières occupant une part croissante de  
l’économie et le peso colombien (COP) s’appréciant au détriment de  
la compétitivité des autres exportations. Depuis 2014, le pays a  
connu un ajustement majeur, orchestré par la baisse des cours des  
matières premières et du pétrole, principalement, et à l’origine d’une  
sévère dépréciation du COP face à l’USD en 2015.  
2
015 2016e 2017e 2018e  
PIB (croissance %)  
3,1  
2,0  
2,0  
2,5  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique brute (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
5,0  
7,1  
5,5  
4,0  
-3,1  
-3,8  
-3,4  
-3,0  
45,1 43,7 44,9 45,7  
-6,4 -4,3 -4,0 -3,7  
42,0 45,4 47,0 48,0  
46,1 46,5 46,5 46,0  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
La croissance du PIB réel a ralenti pour s’établir à 2,0 % en 2016, le  
plus faible taux depuis 2009, sous l’impact de la forte contraction de  
l’investissement (-4,5 %). La consommation des ménages, principal  
moteur de la croissance économique, a perdu de sa vigueur (+2,0%)  
après une progression de près de 5 % en moyenne entre 2011 et  
8,7  
9,5  
8,9  
8,0  
Taux de change USD/COP (fin d'année) 3174 3000 3000 3150  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Indicateur d’activité économique  
2
(
015. Le marché du travail s’est détérioré et la croissance du crédit  
à deux chiffres en 2010-2015) a ralenti sous l’effet du resserrement  
monétaire destiné à enrayer l’inflation. Le léger repli des exportations  
-0,9 %) a été compensé par la forte baisse des importations (-6,1 %),  
%
, glissement annuel  
 Brut  Corrigé des variations saisonnières  
10  
(
8
6
4
2
0
induisant une contribution positive du commerce extérieur à la  
croissance du PIB. Le secteur pétrolier et minier a continué de  
souffrir. Sa production a chuté de 6,5 % en 2016, principalement du  
fait des hydrocarbures : la production de pétrole a diminué de 12 %  
l’année dernière, à 885 000 barils jour. Dans le même temps, le  
secteur manufacturier, la construction et les services se sont plutôt  
bien comportés, et la production agricole a été globalement stable.  
En 2015, le déficit du compte courant a atteint son plus haut niveau  
depuis trois décennies (6,4 % du PIB), la forte dépréciation du COP  
amputant le PIB nominal en USD. Il est toutefois reparti à la baisse  
depuis, grâce au ralentissement de la demande intérieure et au  
redressement des cours des matières premières. Le pétrole et ses  
produits dérivés ne représentaient plus que 35 % des exportations  
en 2016, contre 55 % en 2013. Le déficit courant n’est pas  
compensé par les investissements directs étrangers (IDE), pourtant  
toujours relativement dynamiques en dépit d’une légère baisse.  
Toutefois, les autres flux de capitaux ont continué de combler les  
besoins de financement extérieur. La dette extérieure a augmenté de  
-2  
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Sources : DANE, Macrobond  
forte dépréciation du COP et de l’intensité du phénomène El Niño, à  
l’origine d’une flambée des prix des produits alimentaires. La banque  
centrale a initié un cycle de resserrement monétaire dès avril 2014.  
Après une pause d’un an, le taux directeur a été porté de 4,25 % en  
septembre 2015 à 7,75 % en août 2016. La relative stabilité du taux  
de change, l’effet de base sur les prix des produits alimentaires, une  
croissance du PIB inférieure à son potentiel et des conditions  
monétaires internationales toujours accommodantes ont favorisé un  
processus désinflationniste (l’IPC s’est établie à 4,7 % en g.a. en  
mars 2017). Dans ce contexte, le taux directeur a été abaissé de  
1
7 points de PIB entre 2013 et 2016, à plus de 45 % du PIB. La  
solvabilité extérieure du pays n’est pas en jeu mais nécessite tout de  
même une surveillance à moyen terme. Enfin, le pays est parvenu à  
préserver sa position de liquidité extérieure, les réserves de change  
étant stabilisées à des niveaux confortables depuis trois ans.  
7
5 points de base (pb) depuis fin 2016.  
Jusqu’en janvier 2015, l’inflation a été contenue en deçà du plafond  
de la cible de 3% +/- 1 point. Elle s’est accélérée de façon  
spectaculaire, pour culminer à 9 % en juillet 2016, sous l’effet de la  
economic-research.bnpparibas.com  
Colombie  
2ème trimestre 2017  
11  
Avancées politiques majeures  
3- Principales variables macroéconomiques  
1
Solde budgétaire (% du PIB)  Solde de la balance courante (% du PIB)  
Inflation (%, g.a.)  Taux de change nominal USD/COP (é.d.)  
3500  
Le président Santos (2010-2018) est parvenu à réaliser deux de ses  
principales promesses : l’accord de paix avec la guérilla des FARC  
et la réforme fiscale ont été actés fin 2016. Après cinq décennies de  
conflit et quatre années de négociations, la signature de l’accord de  
paix représente une étape décisive vers le renforcement des  
institutions, de la sécurité et du climat des affaires.  
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
3
2
2
000  
500  
000  
À court et moyen terme toutefois, la paix pourrait se révéler coûteuse  
(
réintégration des anciens rebelles dans la vie civile, indemnisation  
1500  
-
-
-
-
des victimes, programmes d'investissement dans les infrastructures),  
renforçant la nécessité d’approuver la réforme fiscale en décembre  
1
5
0
000  
(
cf. infra). La sécurité nationale demeure un enjeu majeur. Le  
00  
gouvernement a engagé des pourparlers avec l’ELN, seconde  
faction de la guérilla marxiste dans le pays, mais un accord semble  
loin d’être conclu et les attentats contre les pipelines n’ont pas cessé.  
En outre, les milices dextrême-droite demeurent nombreuses.  
-
10  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Sources : Banque centrale, DANE, BNP Paribas  
Perspectives : amélioration des fondamentaux, mais  
croissance du PIB toujours en demi-teinte  
Statut « investment grade » sauvegardé  
La Colombie bénéficie d'une bonne réputation en termes de gestion  
budgétaire et de remboursement de ses engagements. La morosité  
du marché mondial des matières premières et le ralentissement  
économique ont pesé sur les recettes fiscales. Le gouvernement est  
néanmoins parvenu à accroître les revenus non pétroliers (lutte  
contre la fraude fiscale et amélioration de la collecte de l’impôt) et à  
diminuer ou geler les dépenses dans le cadre de sa politique  
d'« austérité intelligente » lancée en 2014, qui privilégie les  
dépenses en faveur de la croissance à long terme (éducation,  
infrastructures, etc.). En janvier 2016, le gouvernement a cédé sa  
participation majoritaire dans la compagnie d’électricité Isagen SA à  
un fonds d’investissement canadien pour USD 2 mds.  
Le rééquilibrage économique devrait se poursuivre au cours des  
prochains trimestres. Compte tenu de sa dépendance vis-à-vis des  
États-Unis pour ses exportations et les flux de capitaux, la Colombie  
est exposée à l'orientation de la nouvelle administration américaine  
en faveur de politiques protectionnistes. La réduction du déficit  
courant ne devrait pas être remise en cause à court terme.  
L’USD/COP pourrait se déprécier légèrement ; le processus de  
désinflation et l’assouplissement monétaire se poursuivre.  
L’assainissement graduel des finances publiques semble en bonne  
voie. L’objectif gouvernemental d’un déficit budgétaire de 3,3 % du  
PIB cette année apparaît réaliste, grâce à certaines coupes et  
réaffectations budgétaires, à la réforme fiscale et à un léger  
redressement des recettes pétrolières (Ecopetrol, la compagnie  
nationale, table sur une contribution à l’impôt de l’ordre de 0,5 % du  
PIB, plus 0,1 % du PIB de dividendes versés au Trésor public, après  
deux années sans distribution). Le Comité de la règle budgétaire  
estime que les projections de croissance du PIB et les cours  
tendanciels du pétrole pourraient dégager une marge budgétaire de  
l’ordre de 0,3 % du PIB. Reste à savoir si le gouvernement décidera  
d’assouplir son objectif de déficit. Le président Santos a annoncé en  
février un programme de soutien à l’activité économique visant la  
création de 765 000 emplois. Certaines annonces apparaissent  
toutefois comme un « repackaging » d’anciennes mesures.  
Ces éléments positifs n’ont toutefois pas permis d’éviter un nouveau  
creusement du déficit budgétaire en 2016. La dette du gouvernement  
central a augmenté de 10 points de PIB depuis 2012 pour s'établir à  
4
2 % du PIB, essentiellement en monnaie locale. Les déficits publics  
de 2015 et 2016 ont été financés pour moitié par émission de dette  
en devises. Face aux besoins importants en termes social,  
sécuritaire et dinfrastructures, à la baisse des recettes pétrolières et  
aux coûts associés au processus de paix, la notation du pays a été  
sur la sellette. La mise en œuvre d’une réforme fiscale était cruciale  
pour le respect de la règle budgétaire et pour préserver l’image de  
rectitude budgétaire du pays. La réforme fiscale adoptée en  
décembre prévoit i/ une hausse de 3 points du taux de la TVA, à  
Malgré certains facteurs de support, nous n’anticipons pas  
d’accélération notable de la croissance du PIB à court terme, dans la  
mesure où i/ la consommation pâtira des hausses d’impôts, ii/ les  
contraintes d’exécution des mesures budgétaires limiteront  
l’efficacité de la relance par l’investissement public et iii/ le  
redressement du secteur extractif sera très progressif. À moyen  
terme, les bienfaits de l’aboutissement du processus de paix et la  
poursuite des réformes fiscales pourraient stimuler la confiance et  
renforcer la croissance potentielle de près d’un point de pourcentage,  
grâce notamment au développement de l’agriculture et du tourisme.  
Toutefois, une conjoncture mondiale toujours moins favorable que  
par le passé pourrait contraindre la croissance économique de la  
Colombie en deçà de 4 % jusqu'à la fin de la décennie.  
1
9 %, ii/ une baisse progressive du taux de l'impôt sur les sociétés,  
de 39 % à 33 %, iii/ un abaissement du seuil d’imposition des  
revenus des personnes physiques et iv/ de nouvelles mesures pour  
lutter contre la fraude fiscale et combler les failles induites par les  
exonérations d’impôts. Le gouvernement estime que la réforme  
devrait générer un supplément de recettes de 0,7 % du PIB cette  
année et jusqu’à 2,5 % du PIB à l’horizon 2020.  
Le risque d’un abaissement de la notation de la dette souveraine en  
catégorie « spéculative » a reflué, en tous cas jusqu’aux élections  
générales du printemps 2018. Les primes des CDS à cinq ans sur  
les obligations en devises et les rendements des bons du Trésor à  
cinq ans ont diminué denviron 200 pb depuis fin 2015, à  
respectivement 137 pb et 6 %.  
economic-research.bnpparibas.com  
Colombie  
2ème trimestre 2017  
12  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1514 articles et 380 vidéos