Emerging

PDF
Edito  
Reprise contrariée des prix des matières premières  
Depuis le début de l’année, le redressement des prix du pétrole et des métaux s’est interrompu. Or, selon toute vraisemblance, la  
croissance mondiale a accéléré. Les raisons sont à chercher du côté de l’offre. Elles sont a priori temporaires pour les métaux mais  
probablement durables pour le pétrole. Le rebond des prix en 2016 a redonné un peu d’air aux pays émergents exportateurs de  
matières premières, mais pour les plus fragiles, il doit se poursuivre pour véritablement restaurer leur liquidité extérieure.  
Depuis le début de l’année, les prix du pétrole et des métaux  
Prix des matières premières et réserves de change  
plafonnent. Pourtant, l’accélération de la croissance mondiale  
semble se confirmer. Paradoxe temporaire ?  
Réserves dechangedes principaux paysémergents exportateursde matières  
premières (USD milliards, é.g.)  Prix du pétrole (2010 = 100, é.d.)  
D’après les estimations du CPB, la progression des échanges  
commerciaux mondiaux s’est établie à 3,1% sur un an en janvier  
contre 2,6% au T42016. Aux Etats-Unis, la moyenne des deux  
indices ISM dans le secteur manufacturier et celui des services, qui  
a atteint 56,5 en moyenne au T1 2017 (un plus haut depuis le  
T3 2015), laisse anticiper une croissance proche de 2,5% contre  
Prix des métaux (Indice CRB - 2010 = 100, é.d.)  
1600  
1
1
1
8
40  
20  
00  
0
1
400  
200  
1,5% au S2 2016. Dans la zone euro, à plus de 55 points en  
moyenne au T1 2017, l'indice des directeurs d'achat dans le secteur  
manufacturier (PMI) est compatible avec une croissance de 2% par  
an contre 1,8% au S2 2016.  
1
60  
40  
Pour les pays émergents, la moyenne des indices PMI a gagné un  
point entre le T4 2016 et le T1 2017 et dépasse sensiblement la  
barre des 50. En mars, la confiance des industriels s’est même  
redressée au Mexique et en Turquie. La croissance chinoise s’est  
renforcée à 6,9%, après 6,7% au S2 2016, grâce à la politique de  
relance des autorités et au redressement des exportations. En Inde,  
malgré l’opération de démonétisation, la croissance est restée  
soutenue (7% sur un an au T4 2016) grâce à la consommation  
privée et aux dépenses publiques. L’économie russe est sortie de  
récession (0,3% sur un an au T4 2016). Enfin, au Brésil les  
indicateurs laissent espérer une stabilisation, voire un léger rebond.  
1000  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Sources : FMI, Macrobond, BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
secteur de l’acier. En effet, les trois secteurs qui ont bénéficié du  
soutien de l’Etat (infrastructure, immobilier, automobile) jusqu’au  
T32017 sont de grands consommateurs de métaux. La demande  
est donc a priori restée soutenue. Mais la fin de conflits sociaux  
dans les deux principales mines de cuivre au Chili et en Indonésie  
et la levée des interdictions d’exportation du nickel par le  
gouvernement indonésien ont pesé sur les cours de ces deux  
métaux non ferreux.  
Au total, la croissance des émergents devrait ressortir entre 4,5% et  
5
3
% au T1 2017 et la croissance mondiale entre 3,5% et 4%, contre  
% à 3,5% au S2 2016.  
Dans le cas des métaux, les facteurs d’offre sont a priori  
temporaires. En revanche, les facteurs de modération des prix du  
pétrole sont probablement durables car la production américaine est  
très réactive aux fluctuations de prix et l’Arabie Saoudite porte  
quasiment seule le fardeau de la baisse des quotas de production.  
C’est donc du côté de l’offre qu’il faut chercher les raisons qui  
brident la remontée des prix du pétrole et des métaux.  
Premièrement, la production de pétrole et de gaz de schiste des  
Etats-Unis redémarre. Grâce à la baisse des coûts d’exploitation, le  
nombre de puits mis en service a bondi de 88% entre mai 2016 et  
février 2017. La production (8,8 millions baril/jour en décembre  
Le redressement des prix des matières premières en 2016 a permis  
une amélioration de la liquidité extérieure des pays exportateurs de  
matières premières (cf. graphique). Cependant, leurs réserves de  
change restent inférieures de 15% à leur record de la mi-2013. A  
l’exception de l’Argentine, peu de pays confrontés à une pénurie de  
devises ont connu une véritable amélioration de leur liquidité  
extérieure ; la situation reste même très tendue pour l’Angola,  
l’Egypte, le Nigeria et bien sûr le Venezuela. Elle l’est également  
pour les pays de la CEMAC, même si les ratios réglementaires de  
liquidité qui assurent la viabilité de cette zone monétaire restent au-  
dessus des seuils d’alerte. Enfin, l’augmentation des réserves de  
change est parfois allée de pair avec celle de l’endettement  
extérieur. L’amélioration de la liquidité à court terme s’est alors faite  
au détriment de la solvabilité à moyen terme.  
2016) devrait augmenter de 0,7 million b/j cette année.  
Deuxièmement, l’accord de limitation de la production passé par  
l’OPEP et certains pays non membre en novembre 2016 (-1,2  
million de b/j sur un total de production de 33,1 millions au T4 2016)  
n’est pas respecté par tout le monde. L’objectif de production de  
l’OPEP l’est collectivement (à hauteur de 95%) mais principalement  
grâce à une autolimitation de l’Arabie Saoudite. En revanche, la  
Russie n’a réduit sa production que de 0,13 million de b/j entre  
octobre et mars alors que le pays s’était engagé à la réduire de 0,3  
million b/j. Au total, loffre se réduit moins fortement que ce que les  
opérateurs avaient anticipé.  
En 2016, les prix des métaux ont bénéficié d’une demande chinoise  
plus forte malgré la réduction des capacités de production dans le  
economic-research.bnpparibas.com  
Editorial  
2ème trimestre 2017  
2
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1514 articles et 380 vidéos