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Ukraine  
Reprise de la croissance, mais pas de l’emploi  
Après une grave crise politique et économique, le pays renoue avec la croissance. La stabilisation du taux de change précède une  
baisse de l’inflation. La banque centrale entame un assouplissement monétaire, sans effet pour le moment sur le crédit qui continue  
à se contracter. Le programme du FMI prend de nouveau du retard : l’adoption de la réforme des retraites, sa condition préalable, ne  
se fera pas avant l’automne. La reprise est trop modeste pour créer de l’emploi et bon nombre de travailleurs ukrainiens partent  
vers les pays voisins. Les exportations reprennent et seront désormais davantage soutenues par l’UE. La situation toujours  
compliquée dans l’Est du pays (embargo et conflit armé) empêche une véritable reprise industrielle.  
Après avoir traversé une grave crise politique et économique en  
1- Prévisions  
2014 et 2015, l’Ukraine retrouve une relative stabilité qui lui permet  
2
015 2016 2017e 2018e  
de renouer avec la croissance. Celle-ci reste toutefois modeste et  
ne semble pas permettre un rattrapage rapide des années de crise.  
Après une hausse de 2,3% en 2016, le PIB a augmenté de 2,5% en  
glissement annuel (g.a.) au premier trimestre de 2017. L’indice des  
secteurs de base, un indicateur avancé de la croissance publié par  
la banque nationale, affiche une augmentation de 2,4% en g.a. au  
cours des cinq premiers mois de l’année 2017, annonçant la  
poursuite de la reprise.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-9,8  
2,3  
1,8  
2,8  
8,9  
48,7 13,9 11,0  
-0.1 -0.2 -0.3 -0.3  
79,3 81,2 84,2 79,5  
-0,3 -3,6 -3,6 -3,7  
130,6 121,7 116,8 107,5  
13,3 15,5 17,5 18,5  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change UAH/USD (fin d'année)  
Cependant l’activité industrielle, dont la reprise avait été enclenchée  
au deuxième semestre de 2016, est entravée par l’apparition des  
nouvelles barrières commerciales (cf. infra). La production  
industrielle s’est de nouveau contractée, de 1% en g.a. au cours  
des cinq premiers mois de l’année 2017, après une hausse de 3%  
en 2016.  
3,2  
3,6  
3,8  
3,7  
23,4 26,2 27,5 29,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- L’inflation se stabilise à la suite du taux de change  
Dépréciation du change  Taux d’inflation  
Stabilisation de l’inflation à la suite de celle du taux  
de change  
70 %, annuel  
60  
Le taux de change est resté relativement stable depuis le début de  
016. Cette stabilisation permet d’assagir les anticipations d’inflation  
2
50  
qui baissent graduellement. Après un record de 48% en 2015,  
l’inflation est retombée à 14% en moyenne 2016 et la décrue se  
poursuit, quoique plus lentement, depuis le début de l’année avec  
une moyenne à 13,5% en g.a.au cours des cinq premiers mois.  
40  
30  
20  
10  
0
Cette stabilisation a permis à la banque centrale d’entamer un  
assouplissement monétaire graduel. Après le pic de 30% atteint en  
2
2
015, le taux directeur a été graduellement ramené à 12,5% en mai  
017. Les conditions de financement restent toutefois encore  
2014  
2015  
2016  
2017  
restrictives avec les taux des crédits à court terme à 16,3% en  
moyenne en avril. La restructuration du secteur bancaire, encore  
inachevée, pèse également sur le crédit. Celui-ci se contracte pour  
la troisième année consécutive : en avril 2017 le volume total des  
créances du système bancaire sur le secteur privé non financier  
était en baisse de 6% par rapport à avril 2016.  
Sources : UkrStat, Banque nationale d’Ukraine  
La poursuite du programme est donc cruciale pour la liquidité  
extérieure du pays. Elle est aussi une condition nécessaire à  
l’émission d’eurobonds que le gouvernement envisage en 2017. Le  
versement de la nouvelle tranche (USD 1,9 md) est conditionné à la  
mise en place de deux importantes réformes : réforme agraire, avec  
la levée du moratoire sur la vente des terrains agricoles, et réforme  
des retraites qui vise le rééquilibrage financier du système  
largement déficitaire aujourd’hui. Aucune d’elles ne sera prête avant  
l’été, ce qui décale le versement à l’automne au plus tôt.  
Le soutien du FMI reste indispensable  
Le pays bénéficie toujours d’un soutien du FMI qui a débloqué une  
nouvelle tranche de USD 1md en avril 2017. Le programme d’un  
montant de USD 17,5 mds, lancé en mars 2017 et devant se  
terminer en mars 2019, a pris du retard par rapport au calendrier  
initial. En avril 2017 l’enveloppe été utilisée à 50%. Le soutien des  
bailleurs de fonds internationaux reste crucial pour la liquidité  
extérieure. En mai 2017, la dette vis-à-vis du FMI (USD 12,5 mds)  
représente encore 71% des réserves de change de la banque  
centrale, celles-ci ayant atteint USD 17,6 mds.  
La réforme agraire reste un sujet très sensible : nécessaire pour  
relancer le potentiel agricole du pays, mais très impopulaire car les  
investisseurs locaux notamment les petits exploitants qui  
subissent des contraintes financières fortes compte tenu des  
conditions de financement internes craignent d’être lésés par  
economic-research.bnpparibas.com  
Ukraine  
3ème trimestre 2017  
17  
l’arrivée massive d’investisseurs étrangers. Le FMI semble  
aujourd’hui prêt à ne plus insister sur son caractère préalable au  
versement de la nouvelle tranche pour laisser le temps de négocier  
un projet de compromis.  
3
- L’emploi reste en berne  
Taux de chômage (CVS, é. g.) - - - Emploi total (CVS, é. d.)  
en % de la population active  
% de la  
2
population  
active  
millions de personnes25  
1
1
La réforme des retraites, un autre dossier épineux, va devoir  
toutefois avancer. Selon le mémorandum signé entre le  
gouvernement ukrainien et le FMI, la réforme devra entrer en  
vigueur dès janvier 2018. Le projet, adopté par le Cabinet des  
ministres mi-mai 2017 envisage un alignement de l’âge de départ à  
la retraite à 60 ans avec 25 années de cotisations obligatoires  
24  
23  
22  
21  
0
8
6
4
2
0
20  
1
9
8
(
contre 15 années actuellement). Compte tenu du fait qu’aujourd’hui  
1
plus d’un tiers de l’économie ukrainienne réside dans le secteur  
informel, augmenter davantage la période de cotisations risque de  
mettre dans une situation d’extrême pauvreté au moment de la  
retraite les personnes ayant connu des périodes d’emploi formel et  
d’autres d’emploi non-déclaré. Mais le nombre d’années de  
cotisations augmentera graduellement pour atteindre 35 ans en  
17  
16  
15  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Sources : UkrStat, Datastream, BNP Paribas  
2
028 et des incitations seront mises en place pour retarder le départ  
à la retraite à 63-65 ans. Le gouvernement s’est engagé à indexer  
les retraites sur une moyenne de la croissance de la masse  
salariale et de l’inflation tout en maintenant l’équilibre financier du  
système.  
Conséquence de ces flux de main-d’œuvre, les transferts privés  
vers l’Ukraine ont atteint USD 4 mds, soit 4% du PIB en 2016. Ils  
étaient en hausse de 10% en valeur nominale en 2016 et de 7% en  
g.a. au cours des cinq premiers mois de 2017.  
La performance budgétaire reste satisfaisante, quoi qu’en légère  
détérioration par rapport à 2015. Le déficit budgétaire, à 2,2% du  
PIB, respecte les limites des critères de performance imposés par le  
programme du FMI. Hors service de la dette, le budget affiche un  
excédent de 1,9% du PIB. Avec une hausse du ratio d’endettement  
qui a atteint à 81% du PIB en 2016, le coût du service de la dette  
augmente. Alors qu’il n’était que de 2% du PIB en 2012, il dépasse  
 Les exportations reprennent  
Après quatre années de chute ininterrompue, au cours desquelles  
les exportations ont fondu pratiquement de moitié, l’année 2017  
s’annonce sous de meilleurs hospices. Les exportations de biens  
ont bondi de 27% en g.a. en valeur au cours des cinq premiers mois  
de 2017. Ce rebond s’est accompagné d’une hausse de 10% des  
revenus d’exportations de services.  
4
% du PIB en 2015 et 2016. A cela s’ajoutent les nouveaux coûts  
de restructuration du secteur bancaire avec une injection de  
UAH 39 mds supplémentaires (1,5% du PIB) dans la Privatbank, la  
principale banque du pays nationalisée en décembre 2016 et déjà  
recapitalisée pour un montant équivalent à 6,5% du PIB.  
L’élargissement du régime de commerce préférentiel, décidé par le  
Parlement européen en juillet 2017, devrait soutenir davantage les  
exportations, notamment dans le secteur agro-alimentaire. La  
décision européenne annule les droits de douane à l’importation sur  
les produits ukrainiens et élargit les quotas (qui étaient trop  
restrictifs car, pour la plupart des biens sous ce régime, les  
exportateurs ukrainiens les atteignaient en moins d’un trimestre).  
Ainsi, les quotas à l’importation à taux zéro seront augmentés de  
2 500 tonnes pour le miel, 3 000 tonnes pour les conserves de  
tomates, 65 000 tonnes pour le blé, 625 000 tonnes pour le maïs, et  
de 325 000 tonnes pour le houblon. La décision devrait être  
définitivement adoptée par le Conseil de l’UE vers la fin juillet et  
pourrait soutenir les exportations agricoles dès la récolte de 2017.  
L’emploi est créé ailleurs  
Malgré le retour de la croissance, le nombre d’employés était  
toujours en baisse au début de 2017, entamant sa quatrième année  
de contraction consécutive. Depuis le point haut atteint en 2013,  
l’économie ukrainienne a ainsi perdu 4,6 millions d’emplois, soit  
22% du total. En conséquence, le taux de chômage ne faiblit pas et  
se maintient à 11% de la population active au T1 2017.  
L’émigration devient une solution pour de nombreux Ukrainiens  
sans emploi. Une accélération de la croissance en Pologne voisine,  
qui s’accompagne d’une spectaculaire baisse du chômage et de  
l’apparition de tensions sur le marché du travail, crée un appel d’air.  
Selon les estimations non officielles, plus d’un million d’Ukrainiens  
ont traversé la frontière polonaise à la recherche du travail en 2016.  
Le retour de la croissance en Russie, en proie aux mêmes  
tendances démographiques négatives que la Pologne, génère  
également une demande de main-d’œuvre qualifiée (principalement  
des régions de l’Est de l’Ukraine). Les travailleurs ukrainiens  
bénéficient en Russie de conditions d’embauche simplifiées, mais  
les conditions salariales y sont parfois moins favorables qu’en  
Pologne. En mai 2017, le salaire moyen en Ukraine ne représentait  
que 23% du salaire moyen polonais et 36% du salaire moyen russe.  
Le principal risque pour la reprise des exportations provient des  
tensions qui restent fortes dans la région du Donbass, principal  
bassin minier et industriel du pays. Le conflit s’enlise et la solution  
diplomatique semble s’éloigner. Depuis la mi-mars 2017, à la suite  
du blocus imposé par les forces nationalistes, le Conseil de sécurité  
de l’Ukraine a officialisé l’embargo sur le commerce avec les zones  
séparatistes.  
economic-research.bnpparibas.com  
Ukraine  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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