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EcoEmerging// 1er trimestre 2018  
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economic-research.bnpparibas.com  
Russie  
Reprise poussive et fragile  
La croissance économique a décéléré au troisième trimestre et les indicateurs confirment la poursuite du ralentissement au  
quatrième. L’économie reste soutenue par le dynamisme de la demande intérieure alors que les investissements commencent à  
marquer le pas en dépit de conditions monétaires plus favorables. La forte baisse des pressions inflationnistes (en deçà de  
l’objectif fixé par la banque centrale) a permis aux autorités monétaires d’abaisser de 225 points de base leurs taux directeurs. Le  
gouvernement continue de privilégier la maîtrise de ses dépenses afin de réduire son déficit budgétaire et renflouer son fonds  
souverain. Il espère pouvoir l’utiliser pour décorréler ses dépenses des revenus du pétrole à compter de 2019.  
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Décélération de la croissance au 3 trimestre 2017  
1-Prévisions  
Au troisième trimestre, le PIB a enregistré une croissance de +1,8%  
en glissement annuel (g.a.) en décélération par rapport au trimestre  
précédent (+2,5%). Sur les trois premiers trimestres, la croissance a  
atteint 1,6%. L’activité économique a été soutenue par le  
dynamisme de la demande intérieure alors que la contribution des  
exportations nettes à la croissance est restée négative en raison,  
notamment, du dynamisme des importations de machines et  
équipements. En effet, la Russie n’est toujours pas en mesure de  
produire les biens en capital dont elle a besoin. Le dynamisme de  
la consommation des ménages explique l’essentiel de la croissance.  
Elle a accéléré de +2,6% en g.a., soutenue par la hausse des  
salaires réels et la baisse du taux de chômage. Néanmoins, en  
dépit d’une hausse des pensions de retraite versées, les revenus  
réels disponibles ont continué de baisser en 2017 alors que les  
pressions inflationnistes ont fortement diminué. En effet, les autres  
catégories de revenus des ménages (y compris dans le secteur  
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016 2017e 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, v ar. annuelle, %  
Solde budg.du gouvernement et des adm.  
Dette publique, % du PIB  
-0,2  
7,0  
1,7  
3,7  
1,6  
4,0  
1,5  
4,4  
-3,7 -1,8 -1,0 -0,5  
15,6 16,7 17,6 17,8  
1,9 2,6 3,0 3,5  
38,1 32,2 30,6 28,0  
318 356 395 430  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserv es de change, mds USD  
Réserves de change en mois d'imports  
Taux de change USDRUB (fin d'année)  
11,2 10,9 11,2 11,3  
60,3 57,7 60,0 61,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- PIB : les investissements à l’origine du ralentissement  
PIB, g.a.en % et contributions à la croissance en points de pourcentage (pp)  
PIB, g.a. Consommation des ménages (pp) Dépenses publiques (pp)  
«
(
informel ») ont baissé. Au total, le niveau de revenu par habitant  
estimé à USD 10 250 en 2017) reste très inférieur à ce qui prévalait  
avant la crise. Selon le FMI, cela sera toujours le cas à horizon  
022. Les investissements ont légèrement décéléré au T3-17, reflet,  
Investissement (pp)  Exportations nettes (pp)  Erreurs statistiques (pp)  
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4
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d’une part, de la volonté du gouvernement de maîtriser ses  
dépenses publiques pour réduire son déficit budgétaire et, d’autre  
part, de la baisse des investissements dans le secteur minier.  
-
Sur les trois premiers trimestres de l’année, les secteurs d’activité  
les plus dynamiques ont été ceux des biens non échangeables. La  
croissance dans l’industrie manufacturière n’a atteint que 0,7% alors  
qu’elle s’établissait à 3,8% dans les transports et à 2,8% dans le  
commerce de gros et de détail. Par ailleurs, la production  
industrielle des mois d’octobre et novembre confirme la décélération  
de l’activité au dernier trimestre, en particulier dans le secteur du  
matériel de transport.  
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-10  
-12  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : Rosstat  
Au cours des deux prochaines années, la croissance devrait se  
maintenir autour de 1,7%. La consommation des ménages restera  
le principal moteur. Elle sera favorisée par la baisse des pressions  
inflationnistes (+2,5% en g.a. en décembre), l’indexation des  
salaires des fonctionnaires sur l’inflation (dès janvier 2018) et  
l’amélioration des conditions de crédit (induite par la baisse des taux  
directeurs de 225 points de base sur l’année 2017). Néanmoins, les  
contraintes structurelles au développement des investissements  
privés pèseront toujours sur l’activité. En effet, même si la  
compétitivité du pays s’est améliorée au vu du dernier rapport publié  
l’environnement des affaires reste peu favorable en particulier au  
regard de la qualité de la gouvernance (166 sur 211 pays).  
e
Nouvelle loi fiscale en 2019 : vers une moindre  
dépendance aux prix du pétrole ?  
Les finances publiques russes se sont sensiblement consolidées au  
cours de l’année 2017. Par ailleurs, le gouvernement espère réduire  
sa dépendance aux revenus du pétrole avec l’adoption d’une  
nouvelle loi en 2019. Pour ce faire, il doit préalablement poursuivre  
sa consolidation budgétaire et contenir le déficit à moins de 1% du  
PIB d’ici 2019.  
e
par la Banque mondiale (la Russie est classée 38 sur 137 pays),  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Sur les onze premiers mois de l’exercice budgétaire 2017, le déficit  
du gouvernement fédéral a diminué de plus de 60% par rapport à  
l’année dernière pour s’établir à seulement 0,7% du PIB (vs 2,4%  
en 2016). Par ailleurs, le solde primaire a enregistré un surplus de  
3- Le cours du rouble décorrélé du prix du pétrole au S2 2017  
 Prix de l’oural par baril (USD)  
Cours de change du RUB par USD (é. d. inversée)  
0,1% du PIB pour la première fois depuis 2014. Ces bons résultats  
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s’expliquent pour l’essentiel par une forte hausse des revenus issus  
des activités du pétrole et du gaz (+22%) alors que les dépenses  
publiques sont restées contenues (+5,3%). Le déficit hors revenus  
du pétrole et du gaz s’est légèrement réduit par rapport à 2016 mais  
il atteignait encore 8,1% du PIB. Le gouvernement prévoit que, sur  
l’ensemble de l’année 2017, le déficit s’établira à 2,2% du PIB alors  
qu’il atteignait 3,7% du PIB un an plus tôt.  
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En 2018, le gouvernement s’est fixé deux objectifs : d’une part,  
réduire son déficit budgétaire à 1,4% du PIB et, d’autre part,  
renflouer son fonds souverain. Ceci, afin de pouvoir mettre en place  
dès 2019 une nouvelle loi fiscale qui réduirait la corrélation entre  
ses dépenses et les revenus issus des activités pétrole et gaz. En  
application avec la nouvelle règle budgétaire mise en place en 2018,  
les dépenses primaires ne devront pas excéder la somme des  
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2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : CBR  
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revenus anticipés du pétrole et gaz , des revenus hors pétrole et  
richesse nationale était inférieure à 5% du PIB, alors le montant  
prélevé pour financer les dépenses ne pourrait excéder 1% du PIB.  
gaz et des dépenses d’intérêt sur la dette. Elles seront ainsi  
contenues à 17% du PIB (vs 18,1% du PIB en 2017). Afin de  
renflouer le fonds de richesse nationale, le gouvernement  
continuera d’appliquer en 2018 la « règle fiscale» introduite en  
février 2017. Tous les excès de revenus, générés par des prix du  
pétrole supérieurs à USD 40 le baril, seront utilisés par la banque  
centrale, pour le compte du ministère des Finances, pour acheter  
des devises qui seront transférées sur le fonds de richesse  
nationale (lequel fusionnera avec le fonds de réserve en février  
prochain). Cela sera d’autant plus indispensable que le fonds de  
réserve était épuisé au 31 décembre 2017. En 2017, cette mesure  
fiscale avait permis de décorréler partiellement l’évolution du rouble  
Hausse de l’excédent courant en 2017  
La balance des paiements s’est sensiblement consolidée au cours  
de l’année 2017. En effet, en dépit des sorties importantes de  
capitaux privés liées au remboursement de la dette des banques ,  
les réserves de change ont augmenté de près de USD 40 mds pour  
atteindre USD 356 mds. Cette hausse reflète, d’une part, les achats  
de devises par la banque centrale pour le compte du ministère des  
Finances et, d’autre part, l’augmentation des investissements  
directs étrangers. Par ailleurs, selon les premières estimations de la  
banque centrale, l’excédent du compte courant aurait augmenté de  
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de celle des prix du pétrole . En effet, le rouble ne s’était apprécié  
0,6 point de PIB en 2017 pour s’élever à 2,6% du PIB. Cette  
que de 6% alors que les prix du pétrole avaient augmenté de près  
de 18%. Le ministre des Finances estime que les achats de devises  
en 2018 pourraient atteindre USD 34,6 mds si les prix de l’oural  
atteignaient en moyenne USD 54-55 le baril, soit deux fois plus que  
ce qui a été enregistré en 2017. Le fonds de richesse nationale  
atteindrait alors près de 6% du PIB à la fin de l’année 2018 (vs 4%  
amélioration est évidemment le reflet de la hausse des prix du  
pétrole. La balance des paiements russe reste toujours très  
fortement tributaire de l’évolution des prix des matières premières.  
En effet, au cours des dix dernières années, la structure des  
exportations russes a peu évolué. En 2016, les exportations de  
matières premières (transformées ou non) représentaient près de  
er  
au 1 janvier 2018).  
75% du total, soit seulement 3 points de moins qu’il y a dix ans (et  
A partir de 2019, une nouvelle règle fiscale sera mise en place. Les  
dépenses seront décorrélées des revenus du pétrole. Dans le cas  
où le prix du pétrole serait inférieur au prix de base défini dans le  
budget (USD 40 le baril revalorisé en fonction de l’inflation  
américaine), le ministère des Finances utiliserait le fonds de  
richesse nationale pour financer l’écart entre recettes prévues et  
réalisées. Ainsi, les dépenses ne seraient pas affectées par la  
baisse des prix du pétrole. Néanmoins, si la valorisation du fonds de  
ce, en dépit de la forte baisse des cours mondiaux). Néanmoins,  
même si les exportations de matières premières restent  
prédominantes, la Russie est parvenue à augmenter légèrement  
ses parts de marché dans les secteurs de moyenne et haute  
technologie. Cependant, les produits de haute technologie ne  
constituent que 4% des exportations. La transformation de  
l’économie reste très lente.  
Johanna Melka  
johanna.melka@bnpparibas.com  
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Les projections ont été établies en supposant un prix de base de l’oural à USD 40  
le baril (alors qu’il s’établissait à USD 53,1 en moyenne en 2017) et un taux de  
croissance de 2,2%.  
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Les achats de devises par la banque centrale sont d’autant plus importants que les  
prix du pétrole excèdent USD 40 le baril. Par conséquent, plus le cours mondial du  
pétrole excède le prix de base et plus les pressions à la baisse sur le rouble sont  
fortes.  
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Les sorties de capitaux privés ont atteint USD 31,2 mds en 2017 dont 28,6 mds  
pour les banques.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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