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EcoPerspectives // 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Rien ne s’arrange vraiment  
La croissance de l’activité, qui a pâti d’un hiver rigoureux en début d’année, pourrait bénéficier d’un léger effet de rattrapage au  
deuxième trimestre. La perspective d’un affrontement commercial avec les Etats-Unis, comme les incertitudes liées au Brexit,  
exposent toutefois la croissance britannique à un risque baissier. En effet, le Royaume-Uni peine toujours à traduire en termes  
concrets et juridiques l’accord de principe sur les conditions de sa sortie de l’Union européenne. Dans ce contexte, il est très difficile  
d’anticiper une date précise pour la hausse des taux à venir, malgré une inflation élevée et un taux de chômage très bas.  
L’économie britannique reste déprimée par la perspective du Brexit,  
1- Croissance et inflation  
une situation qui ne s’améliore pas dans l’environnement mondial  
actuel. Après une année 2017 en demi-teinte, le début de 2018 a  
été marqué par une quasi stagnation de l’activité, le PIB ne  
progressant que de 0,1% au premier trimestre. L’hiver rigoureux a  
été donné comme principale explication, notamment par la Banque  
d’Angleterre, avec des impacts sur certains secteurs comme la  
construction. Un rebond est donc possible au deuxième trimestre.  
Mais la tendance de fond reste lente, ce qui laisse penser que le  
ralentissement a des causes plus profondes, telles les incertitudes  
liées au Brexit, la hausse des prix du pétrole, ou encore la menace  
d’un affrontement commercial planétaire que font planer les Etats-  
Unis.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
.8  
2
2
.7  
2.3  
2.2  
1.8  
1.7  
1
.4  
1
.3  
0
.7  
0
.0  
1
5
16  
17  
18  
19  
15  
16  
17  
18  
19  
Tous ces facteurs justifient la politique accommodante de la Banque  
d’Angleterre. La hausse des taux, initialement évoquée en mai et  
repoussée à juin puis août, pourrait finalement n’avoir lieu qu’à la fin  
de l’année. Le gouverneur Mark Carney a annoncé vouloir  
augmenter graduellement les taux dans les années à venir, afin  
d’éviter une surchauffe de l’économie dans un contexte d’inflation  
élevée et de taux de chômage très bas. Cependant, les pressions  
inflationnistes liées aux tensions sur le marché du travail ne se font  
pas encore sentir, alors que les questions sur la robustesse de  
l’économie britannique et sur la faiblesse de la productivité  
demeurent. Dans ce contexte, il est très difficile d’anticiper une date  
précise pour la hausse des taux à venir, ce qui renforce encore  
l’incertitude déjà prépondérante dans l’économie britannique  
aujourd’hui.  
Source : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Le cours de la livre au plus bas  
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Taux de change effectif nominal (2015 = 100)  
Contre euro (2015 = 100)  
00  
95  
90  
85  
80  
75  
Pas de courbe en « J »  
2015  
2016  
2017  
2018  
Après un pic à 3% atteint fin 2017, l’inflation ralentit. En mai 2018,  
elle se situait à 2,4%, soit toujours au-dessus de l’objectif de 2%  
poursuivi par la Banque d’Angleterre. La livre s’est stabilisée depuis  
quelques trimestres, à un très bas niveau (graphique 2). L’effet  
inflationniste consécutif à sa chute de 2015-2016 se dissipe donc  
peu à peu. Mais la hausse des prix est désormais entretenue par le  
renchérissement du pétrole, si bien que le pouvoir d’achat des  
Britanniques progresse peu. De fait, les salaires réels (déflatés des  
prix à la consommation) ne décollent pas vraiment (+0,6% sur an en  
mai), alors que le marché du travail reste dynamique. La création  
d’emplois au T1 2018 a ainsi dépassé la plupart des projections en  
atteignant 185 000 postes, et le taux de chômage a diminué à 4,2%,  
en dessous des 4,25% considérés par la Banque d’Angleterre  
comme le seuil en deçà duquel des pressions inflationnistes  
devraient se faire sentir.  
Sources : Banque d’Angleterre, Thomson Datastream  
Dans un effet classique de courbe en « J », la dépréciation du  
change creuse d’abord les déficits extérieurs, du fait qu’elle  
renchérit les importations, avant que les volumes réagissent (les  
importations freinent, les exportations accélèrent) et ramènent les  
comptes vers l’équilibre. Cela implique toutefois une substituabilité  
suffisante entre les produits et un environnement de demande  
inchangé. Or l’une est réputée faible, tandis que l’autre est  
bouleversé par le Brexit. Le Royaume-Uni continue ainsi d’opérer  
avec des déficits commerciaux et courants élevés (respectivement  
6
,7% du PIB et 3,9% du PIB en 2017).  
En mai 2018, le pays a même connu son plus important déficit  
commercial depuis septembre 2016. Le déficit pour le commerce  
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des biens a atteint 14 milliards de livres, principalement du fait de la  
baisse des exportations dans les secteurs pharmaceutique,  
aéronautique et des machines. En parallèle, l’excédent lié au  
commerce des services a légèrement diminué, d’où une hausse du  
déficit commercial britannique d’environ 2 milliards de livres. En  
particulier, la balance des biens s’est détériorée de 1,2 milliards de  
livres avec les pays de l’UE.  
3
- Investissements directs étrangers (USD mds, annuels)  
3
Entrants  
00  
- - -Sortants  
NETS  
200  
1
00  
Brexit : le grand flou  
0
Le Royaume-Uni peine à traduire en termes concrets et juridiques  
l’accord de principe sur les conditions de sa sortie de l’Union  
européenne (UE) le 29 mars 2019. Le Royaume-Uni, qui s’est  
engagé auprès de l’UE à ce qu’aucune frontière physique ni aucun  
contrôle ou vérification ne soit mis en place entre l’Irlande du Nord  
et la république d’Irlande n’a, en particulier, toujours pas défini les  
principes qui devront régir les relations entre les deux Irlande.  
-100  
200  
-
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source : FMI  
propres droits de douanes et négocier des accords commerciaux. Il  
devrait alors percevoir alors à sa frontière, pour le compte de l’UE,  
les taxes et droits de douane sur les biens destinés aux Etats  
membres. L’UE craint cependant qu’un tel dispositif facilite la fraude  
en raison de sa complexité.  
La première ministre britannique Theresa May a rejeté la  
proposition de la Commission européenne de créer une zone  
règlementaire commune entre la république d’Irlande et la seule  
Irlande du nord, proposant un dispositif temporaire et complexe,  
rejeté à son tour par l’UE. Le dossier reste donc en suspens. Or,  
sans règlement de la question irlandaise, pas d’accord de retrait ni  
période de transition, laquelle doit théoriquement débuter le 29 mars  
Le rôle dévolu à la Cour de justice de l’UE (CJUE) risque également  
de faire l’objet de désaccords. Si le projet britannique devait voir le  
jour, les cours et tribunaux britanniques prendraient en compte la  
jurisprudence de la CJUE lorsque le Royaume-Uni et l’UE auront  
choisi d’appliquer des règles communes. Un comité mixte sera par  
ailleurs chargé de résoudre les conflits entre le Royaume-Uni et  
l’UE. Le Royaume-Uni accepte ici quelques concessions. Toutefois,  
il entend se soustraire à la juridiction de la CJUE.  
2
019 et s’achever le 31 décembre 2020 (date d’échéance du budget  
pluriannuel).  
La date du vendredi 6 juillet marquera peut-être la fin de l’ambiguïté.  
Le gouvernement britannique est en effet parvenu, au prix de la  
démission de deux de ses ministres, à proposer un nouveau modèle  
de partenariat entre le Royaume-Uni et l’UE.  
En outre, un tel dispositif risque de remettre en cause l’indivisibilité,  
chère à l’UE, des quatre libertés du marché unique, à savoir la libre  
circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.  
Ce projet prévoit la création d’une zone de libre-échange entre le  
Royaume-Uni et l’UE pour les biens, y compris les produits agro-  
alimentaires. Le Royaume-Uni s’engage ainsi à continuer  
d’harmoniser ses règles avec celles de l’UE afin d’assurer une libre  
circulation des biens et éviter les contrôles aux frontières. Le  
secteur des services, qui représente 80% de valeur ajoutée brute  
britannique, sera soumis à d’autres accords. Le parlement  
britannique conservera le droit d’intégrer les nouvelles  
réglementations européennes au droit britannique. Le Royaume-Uni  
s’engage par ailleurs à appliquer des règles communes sur les  
aides d’Etat. Le gouvernement britannique a seulement évoqué,  
dans son communiqué de presse, la solution de dernier recours  
pour la république d’Irlande et l’Irlande du Nord, mais un tel  
partenariat garantirait, selon lui, l’absence de frontière physique ou  
de contrôle entre les deux Irlande.  
Le Royaume-Uni pourrait donc être amené à faire de nouvelles  
concessions s’il souhaite maintenir des liens privilégiés avec l’UE,  
un partenaire stratégique tant sur le plan économique que politique,  
et conclure un accord de retrait définitif avec l’UE lors du Conseil  
européen d’octobre 2018 . Toutefois, la participation au budget de  
l’UE et la libre circulation des personnes, pourraient mettre Theresa  
1
May en difficulté.  
La Commission européenne attendra probablement d’avoir pris  
connaissance des détails de ce projet avant d’exprimer son avis,  
mais certaines propositions du gouvernement britannique pourraient  
la contrarier.  
Ainsi, la libre circulation des produits agricoles et de la pêche  
pourrait se heurter au souhait du Royaume-Uni de quitter la  
Politique agricole commune et la Politique commune de la pêche.  
1
Le Conseil de l’UE, ainsi que les parlements européen et britannique  
doivent approuver cet accord d’ici la fin de la procédure de retrait, en mars  
019.  
La complexité du dispositif risque également de susciter la méfiance  
de la Commission européenne. Le Royaume-Uni souhaite fixer ses  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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