Perspectives

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Russie  
Sortie de crise  
L’économie russe sort progressivement de récession. Sur les neuf premiers mois de 2016, l’activité a affiché un recul de seulement  
0,7% alors qu’elle se contractait de 3,7% un an plus tôt. Au T3 la croissance est redevenue légèrement positive. La baisse des  
pressions inflationnistes et la hausse des salaires réels devraient progressivement se traduire par une hausse des revenus réels, et  
donc par une reprise de la consommation des ménages en 2017. Par ailleurs, contrairement au budget prévisionnel, le gouvernement  
pourrait décider de soutenir la croissance car les prix du pétrole devraient excéder ses hypothèses budgétaires. Néanmoins, il serait  
préférable que les recettes excédentaires soient allouées au fonds de réserves qui sera épuisé au courant de l’année 2017.  
Des signes de reprise  
1- Synthèse des prévisions  
Au T3-2016 l’économie russe a enregistré une croissance de +0,1%  
par rapport au trimestre précédent. Même si sur l’ensemble de  
l’année 2016 la croissance économique devrait rester négative (-  
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015 2016f 2017f 2018f  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budg.du gouvernement  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
-3,7 -0,5  
15,6 7,0  
1,0  
4,6  
2,5  
4,2  
0,5% après -3,7% en 2015), la Russie semble sortie de récession.  
-2,4 -3,7 -2,9 -1,8  
13,6 14,3 15,6 15,2  
5,2 2,5 2,7 3,2  
38,9 38,1 32,2 30,6  
368 380 401 438  
Seuls les secteurs agricole (agriculture, sylviculture, pêche), minier  
et immobilier ont enregistré une croissance positive au troisième  
trimestre. L’activité reste particulièrement déprimée dans les  
secteurs de l’hôtellerie, du commerce et de la construction. Du côté  
des dépenses, la consommation des ménages et les  
investissements des entreprises ont continué de se contracter mais  
à un rythme beaucoup moins marqué. Le seul moteur de la  
croissance reste les exportations nettes dont la contribution a  
légèrement augmenté sous l’impulsion d’une accélération des  
exportations alors que les importations ont continué de baisser (à  
un rythme plus modéré).  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change en mois d'imports  
Taux de change RUB/USD (fin d'année)  
11,9 13,3 12,9 12,9  
72,5 60,3 67,5 68,3  
f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Production industrielle  
En g.a. en %  
Tous les indicateurs conjoncturels depuis le mois de novembre  
confirment la sortie de récession. Les indices de confiance des  
entrepreneurs ont atteint des niveaux sans précédent et la  
croissance de la production industrielle a augmenté de 2,7% en  
novembre en g.a. Néanmoins, la reprise restera modeste car la  
demande intérieure reste contrainte. En dépit d’une hausse des  
salaires en termes réels, les ménages continuent d’enregistrer  
globalement une baisse de leurs revenus réels induite par la  
diminution en termes réels des prestations sociales accordées par  
le gouvernement. Par ailleurs, les entreprises restent réticentes à  
investir en dépit i) d’une hausse de leurs profits depuis le mois de  
juillet et ii) d’un taux d’utilisation des capacités de production  
historiquement élevé. En effet, les conditions de financement  
restent peu favorables (les taux de crédit excédaient encore 12% fin  
octobre), malgré la baisse de 100 points de base des taux  
directeurs de la banque centrale sur l’ensemble de l’année 2016 (le  
taux principal est de 10%).  
 Totale  Industrie manufacturière  Industrie minière  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
-
-
-
-
-10  
2
012  
Source : Rosstat  
2013  
2014  
2015  
2016  
(-19%) qui n’a été que partiellement compensée par la hausse des  
taxes et par les revenus issus de la privatisation d’Alrosa, Bashneft  
et Rosnet (qui ont atteint USD 17,4 mds soit l’équivalent de 1,3% du  
PIB). On estime que sur l’ensemble de l’année 2016 les revenus du  
gouvernement (y compris recettes de privatisations) ont atteint  
seulement 16,1% du PIB, soit 0,7 point de moins qu’en 2015.  
Au premier semestre 2017, les autorités monétaires devraient  
assouplir encore leur politique monétaire dans un contexte de forte  
baisse des pressions inflationnistes favorisée notamment par  
l’appréciation du rouble. La hausse des prix n’était plus que de 6,2%  
en g.a. en novembre alors qu’elle s’élevait à près de 16% un an  
plus tôt.  
Dans le même temps, en dépit d’une baisse des dépenses militaires,  
les dépenses du gouvernement ont augmenté de 1,2% en raison de  
la hausse des dépenses de retraite, alors que le gouvernement  
avait comme objectif de réduire l’ensemble de ses dépenses de  
10%. Ainsi, selon les estimations du ministère des Finances, les  
dépenses auraient atteint l’équivalent de 19,8% du PIB, soit 0,5  
point de PIB de plus qu’en 2015.  
Le fonds de réserve préservé par les privatisations  
Le déficit budgétaire du gouvernement russe devrait avoisiner 3,7%  
du PIB en 2016, soit une hausse de 1,3 point par rapport à 2015.  
Cette détérioration des finances publiques est principalement le  
résultat de la baisse des recettes issues des activités pétrole et gaz  
economic-research.bnpparibas.com  
Russie  
1er trimestre 2017  
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Selon nos estimations, le déficit budgétaire du gouvernement aurait  
été financé à près de 86% par des prélèvements sur le fonds de  
réserves, estimé à seulement USD 18 mds fin 2016. La vente des  
actions publiques de Rosneft aura permis de limiter  
considérablement les ponctions dans le fonds.  
3
- Balance des paiements (somme glissante sur 4 trim. % PIB)  
Solde courant  IDE  Inv. portefeuille  Autres inv.  Dérivés  
6
Néanmoins, dans son budget prévisionnel pour l’année 2017, le  
gouvernement estime que le fonds de réserve ne sera pas suffisant  
pour couvrir le déficit et qu’il devra puiser dans le fonds de richesse  
4
2
0
1
nationale . En effet, même si le gouvernement réalise son objectif  
de baisser les dépenses de 1 point de PIB, le déficit devrait  
atteindre 3,2% du PIB soit environ USD 41 mds. Néanmoins, ces  
prévisions budgétaires s’appuient sur des hypothèses extrêmement  
conservatrices (prix moyen du baril de brent à USD 40, croissance  
de 0,6%), ce qui pourrait offrir davantage de flexibilité au  
gouvernement. Officiellement, le gouvernement assure que si les  
prix du pétrole excédaient USD 40 le baril, le supplément de  
recettes générées serait utilisé pour réduire le déficit et ainsi  
-2  
-4  
-6  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : Banque centrale russe (CBR)  
«
préserver » le plus longtemps possible le fonds de réserves mais  
remboursements de dette extérieure sont estimés à USD 80 mds  
pour l’année 2017 alors qu’ils s’élevaient à USD 106 mds en 2016.  
Les banques auront pour leur part à rembourser environ USD 21  
mds alors que leurs remboursements atteignaient près de USD 28  
mds en 2016).  
il est plus probable que cet excédent de ressources soit utilisé pour  
accroître les dépenses et soutenir la croissance.  
D’ici 2019, l’objectif affiché par le ministère des Finances est de  
parvenir à réduire le déficit budgétaire à 1,2% du PIB en diminuant  
les dépenses de 1% en moyenne chaque année et en augmentant  
les revenus de 11% en trois ans. Ce faisant, l’ensemble des déficits  
 Secteur bancaire : la détérioration de la qualité des  
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017-19 serait principalement financé au moyen des actifs liquides  
actifs se poursuit  
détenus dans le fonds de richesse nationale. Mais, si tel était le cas,  
le gouvernement ne disposerait alors plus d’aucune marge de  
manœuvre au-delà de 2019.  
La situation dans le secteur bancaire reste fragile du fait de la  
détérioration de la qualité des actifs. Néanmoins, la liquidité a  
augmenté et la profitabilité s’est légèrement redressée.  
Dans l’idéal, il faudrait que le gouvernement adopte une nouvelle loi  
budgétaire visant à réalimenter le fonds de réserves avec les excès  
de recettes pétrolières (notamment si le baril était supérieur à USD  
Sur les dix premiers mois de l’année, la croissance du crédit  
bancaire n’a atteint que 2,6% en g.a. alors que celle des dépôts  
était supérieure à 14%. Dans ces conditions, les tensions sur la  
liquidité ont diminué sensiblement. Le ratio des crédits aux dépôts  
atteignait 94% fin octobre alors qu’il s’établissait à 105% deux ans  
plus tôt. Par ailleurs, l’assouplissement monétaire et l’afflux des  
dépôts ont permis de réduire son taux de rémunération entraînant  
une hausse de la marge nette d’intérêts à plus de 4% dans  
l’ensemble du secteur bancaire (alors qu’elle s’établissait à 3% un  
an plus tôt).  
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0), comme ce fut le cas avant 2008. Néanmoins, même si cela fait  
l’objet de nombreuses discussions au sein du gouvernement, à ce  
jour, cette nouvelle « règle » n’a pas encore été adoptée.  
Les sorties de capitaux toujours en baisse en 2016  
Sur les onze premiers mois de l’année 2016 l’excédent courant  
n’atteignait plus que l’équivalent de 1,9% du PIB alors qu’il s’élevait  
à 5,2% du PIB en 2015. Cette baisse du surplus courant reflète  
principalement la diminution de l’excédent commercial. En effet, au  
troisième trimestre, les exportations ont continué de se contracter  
en valeur (en raison de la baisse des prix des matières premières)  
alors que les importations de biens se sont redressées pour la  
première fois depuis 2013, reflet de la légère accélération de  
l’activité, notamment sur le marché des machines et des biens  
d’équipement. Selon les prévisions de la banque centrale russe, le  
surplus du compte courant devrait continuer à se contracter sur la  
période 2017-19 en raison d’une accélération des importations alors  
que la croissance des exportations restera modeste. Néanmoins, la  
baisse des sorties nettes de capitaux privés (qui n’ont atteint que  
USD 16,1 mds sur les onze premiers mois de l’année alors qu’elles  
s’élevaient à plus de USD 54 mds en 2015) permettra à la banque  
centrale de continuer à reconstituer ses réserves de change. Les  
Néanmoins, fin octobre le ratio des créances douteuses atteignait  
9,1% (92% des prêts non-performants étaient couverts par des  
provisions), soit 3 points de plus qu’il y a deux ans et 15% des prêts  
étaient restructurés et faiblement provisionnés.  
L’appréciation du rouble et la hausse des marges d’intérêts  
devraient permettre de réduire les tensions dans l’ensemble du  
secteur bancaire malgré la poursuite de la détérioration de la qualité  
des actifs en 2017. Le secteur bancaire dispose néanmoins des  
capacités financières suffisantes pour faire face à la montée des  
risques de crédit. Le ratio de capitalisation s’élevait fin juin à 12,4%  
et les banques publiques bénéficient toujours du soutien du  
gouvernement.  
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Selon le Ministère des Finances, 15% du Fonds de richesse nationale, soit plus de  
USD 10 mds, sera prélevé pour financer une partie du déficit 2017. Le gouvernement  
n’envisage pas d’importantes privatisations en 2017.  
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Russie  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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