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EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Mexique  
Soulagement  
Les Etats-Unis, le Mexique et le Canada ont achevé les négociations en vue d’un nouvel accord commercial, qui remplacera  
l’ALENA, en vigueur depuis 1994. La signature d’un accord de principe est une bonne nouvelle pour le Mexique car elle permet de  
lever l’inquiétude quant à l’avenir des relations commerciales avec les Etats-Unis. Sur le plan interne, le nouveau gouvernement  
er  
prépare son arrivée au pouvoir le 1 décembre prochain. Les réformes proposées sont déjà assez éloignées des discours tenus  
pendant la campagne. Le nouveau président s’est notamment engagé à maintenir l’indépendance de la banque centrale, la  
discipline budgétaire et les accords commerciaux engagés.  
1-Prévisions  
Alena 2.0  
2
016  
2017 2018e 2019e  
Le 30 septembre 2018, les États-Unis, le Mexique et le Canada ont  
annoncé la fin des négociations en vue d’un nouvel accord  
commercial, l’AEUMC (accord États-UnisMexiqueCanada). La  
signature de l’accord de principe met fin à plus d’un an d’échanges  
tendus entre les trois pays, et à la menace des Etats-Unis de se  
retirer définitivement de l’accord commercial. L’AEUMC remplacera  
l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) signé en 1992 et  
en vigueur depuis 1994.  
PIB (croissance %)  
2,3  
2,0  
1,5  
3,0  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique (en % du PIB)  
2,8  
3,6  
6,0  
4,7  
3,5  
-
-2,2  
-2,0  
-1,6  
47,9  
-2,5  
47,6  
-1.0  
46,8  
-1,2  
46,5  
-0,8  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
38,9  
168  
38,3  
165  
36,9  
163  
36,7  
161  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDMXN (en fin d'année)  
4,8  
4,6  
4,1  
3,9  
Les détails de l’accord final ne sont pas encore connus, mais les  
principaux changements devraient concerner le secteur automobile.  
Les « règles d’origine » ont été modifiées : pour qu’un véhicule  
circule librement, sans droit de douane, le taux de composants  
fabriqués en Amérique du Nord entrant dans sa fabrication devra  
atteindre 75%, contre 62,5% jusqu’à présent. L’objectif est d’éviter  
que les avantages tirés de l’ALENA ne s’étendent à des produits en  
provenance de pays non membres, qui n’auraient subi que des  
transformations mineures en Amérique du Nord. Toujours dans le  
secteur automobile, 40% de la production devra dorénavant  
provenir d’usines dans lesquelles le salaire minimum est de USD 16  
par heure. Cette mesure imposée par les Etats-Unis vise  
directement le Mexique, dans le but de relocaliser l’assemblage des  
véhicules. Elle pourrait toutefois s’avérer insuffisante : les véhicules  
qui ne satisferont pas ces critères pourront entrer sur le sol  
américain en s’affranchissant d’un droit de douane de 2,5% (en  
bénéficiant de la clause de la nation la plus favorisée de l’OMC). Il  
sera donc toujours intéressant d’assembler des véhicules au  
Mexique, puis de les exporter aux Etats-Unis. De plus, une clause  
spéciale permettra d’exempter partiellement le Mexique et le  
Canada des tarifs punitifs prévus par l’article 232, auquel le  
président américain peut se référer en invoquant la « sécurité  
nationale ». En pratique, cela signifie que le Mexique pourra  
exporter vers les Etats-Unis un quota de 2,6 millions de véhicules,  
sans risquer de se voir imposer des tarifs punitifs. Cette nouvelle  
limite la marge de progression de l’industrie automobile mexicaine,  
puisqu’au total, les exportations vers les Etats-Unis ont représenté  
20,7  
19,7  
18,2  
17,8  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Relative stabilité du Peso au cours des six derniers mois…  
MXN par USD  
25  
20  
15  
10  
5
0
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Source: Banque centrale  
« automatiquement » à l’accord commercial tous les cinq ans, si  
tous les partenaires ne se mettaient pas d’accord pour en  
renouveler les termes. Au final, une fois appliqué, le traité sera  
valable seize ans, et révisé tous les six ans.  
2,3 millions de véhicules en 2017.  
La signature d’un accord de principe permet de réduire  
significativement les inquiétudes relatives aux futures relations  
commerciales entre les Etats-Unis et le Mexique (les exportations  
mexicaines à destination des Etats-Unis représentent près de 80%  
du total). Cependant, l’entrée en vigueur du nouvel accord n’est pas  
certaine tant que celui-ci n’aura pas été ratifié par les trois pays.  
Les autres résultats des négociations comprennent l’inclusion d’un  
chapitre sur le commerce des produits numériques, la révision de  
celui concernant les recours commerciaux, l’ouverture du marché  
laitier canadien et, surtout, une modification radicale de la « sunset  
clause » proposée par les Etats-Unis, qui aurait permis de mettre fin  
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EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
C’est aux Etats-Unis que la ratification de l’accord pourrait être le  
plus problématique : celle-ci ne pourra avoir lieu qu’au début de  
l’année 2019. Au final, il est peu probable que l’accord puisse entrer  
en vigueur, au mieux, avant le milieu 2019.  
3
- …et des flux d’IDE  
investissement inter-entreprise  
nouvel investissement  
ré-investissement  
2019, année de changements  
0 Mds USD, 4 trimestres glissants  
6
5
Quoi qu’il en soit, la promesse d’un nouvel accord commercial est  
une bonne nouvelle pour le Mexique, car elle permet d’améliorer les  
perspectives économiques de court terme tout en limitant les  
inquiétudes relatives au changement de gouvernement du 1er  
décembre prochain.  
0
40  
30  
20  
10  
0
Cela dit, le président-élu, Andrés Manuel López Obrador, AMLO  
(
leader de la coalition portée par le Mouvement de Régénération  
Nationale, fondé par AMLO en 2011), a déjà modifié son discours  
depuis son élection, le 1 juillet dernier. Il s’est notamment engagé  
er  
à respecter l’indépendance de la banque centrale, la discipline  
budgétaire et les contrats commerciaux dans lesquels le Mexique  
est engagé. Par ailleurs, les projets de réforme annoncés jusqu’ici  
sont plus favorables au marché que ne l’étaient les propositions de  
campagne, plus ancrées à gauche. La feuille de route annoncée par  
AMLO et son équipe propose différents objectifs concernant : la  
baisse de la criminalité, la hausse du salaire minimum,  
l’augmentation de l’investissement et la mise en place de larges  
projets d’infrastructures et la stabilisation de la dette publique (qui  
représentait 47,6% du PIB en 2017). L’objectif est d’atteindre une  
croissance du PIB de 4% par an d’ici la fin du mandat, en 2024.  
Pour le moment, ce changement de ton est bien accueilli : les  
indices de confiance des consommateurs et des investisseurs ont  
rebondi.  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source : Banque centrale  
portefeuille, la position extérieure (solvabilité et liquidité) du Mexique  
demeure solide. D’ailleurs, ni les relations tendues avec les Etats-  
Unis depuis l’élection de Donald Trump, ni l’inquiétude suscitée par  
l’élection d’AMLO n’ont fragilisé le peso, ou les entrées d’IDE.  
Des réformes envisagées ambitieuses  
Les deux premières réformes annoncées concernent la politique  
fiscale et la politique énergétique, les deux étant d’ailleurs  
largement liées. Concernant la réforme fiscale, l’objectif annoncé  
est de « maintenir un surplus primaire permettant de maintenir le  
niveau de dette inchangé ». Le financement des dépenses sociales  
et d’infrastructures devrait ainsi être assuré grâce à une réallocation  
des dépenses existantes et à une mobilisation du secteur privé.  
AMLO prévoit également un programme d’«austérité républicaine»,  
qui devrait permettre des économies réalisées en centralisant les  
achats publics (ce qui permettrait de réduire la corruption et de  
réaliser des économies d’échelle), en révisant un grand nombre de  
programmes sociaux (dans le but, par exemple, de supprimer les  
doublons), et en réduisant le budget de fonctionnement de l’Etat.  
Dans le même temps, la réforme énergétique se base sur quatre  
points principaux : augmenter la production pétrolière, réhabiliter  
six raffineries existantes, en construire deux nouvelles, et  
moderniser des centrales hydroélectriques.  
La nouvelle équipe pourra s’appuyer sur la majorité au Congrès et  
au Sénat, suite à la victoire de la coalition portée par AMLO lors des  
élections générales de juillet dernier. Depuis l’ouverture de la  
session parlementaire début septembre, la position de la coalition  
s’est renforcée puisque le nombre de ses députés enregistrés est à  
présent de 252 (sur un total de 500), contre 190 au lendemain des  
élections (au détriment des petits partis). De plus, l’opposition est  
fragmentée, ce qui semble laisser à la principale coalition une  
marge de manœuvre pour mettre en place les réformes proposées.  
Pour réaliser ce programme ambitieux, le président sera aidé par  
les bons fondamentaux économiques du Mexique : les vastes  
réformes entamées en 2014 ont permis d’atténuer la vulnérabilité  
aux chocs externes et d’augmenter le taux d’investissement.  
L’ouverture du secteur pétrolier à l’investissement privé, mais  
surtout celle du secteur des télécoms ont également permis une  
accélération de la croissance depuis 2015 (à 2,7% en moyenne  
entre 2015 et 2017). La croissance potentielle est à présent estimée  
par le FMI à 3-4% par an, alors que croissance moyenne  
enregistrée entre 2003 et 2013 était de 2,3% par an. La politique  
monétaire est crédible, le déficit public et la dette ont été réduits au  
cours des dernières années, alors que la dépendance des revenus  
fiscaux liés à l’activité pétrolière ont diminué, la bonne performance  
des exportations (et l’afflux de transferts financiers des travailleurs à  
l’étranger) a permis une réduction du déficit courant à un niveau  
modéré. Enfin, malgré l’importance des flux d’investissement de  
Pour le moment, les détails exacts de la mise en œuvre des  
différentes mesures ne sont pas connus mais les dépenses auraient  
été sous estimées (notamment celles de la réhabilitation des  
raffineries), tandis que les économies ont été surestimées. Plusieurs  
objectifs s’avèrent particulièrement ambitieux, et difficiles à mettre  
en place dès le budget 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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