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EcoPerspectives // 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Tensions politiques… et salariales  
La CDU/CSU demeure la principale formation politique à l’issue des élections législatives de septembre dernier. Le SPD ayant exclu  
toute participation à une grande coalition, la CDU/CSU devra se tourner vers le FDP et les Verts. Les termes d’un accord entre les  
trois partis seront difficiles à trouver en raison de divergences profondes en matière d’immigration, d’Europe et de changement  
climatique. Malgré les incertitudes politiques, les indicateurs conjoncturels restent bien orientés. La croissance économique devrait  
rester forte, grâce au dynamisme de la demande intérieure et extérieure. Les tensions sur les prix se renforcent néanmoins suite aux  
pénuries de plus en plus manifestes de main-d’œuvre et de capacités.  
Une économie en plein essor  
1- Croissance et inflation  
L’économie allemande a poursuivi sa forte expansion en 2017. Au  
premier semestre, le PIB était en hausse de 2 % par rapport à  
l’année précédente, soit une progression bien supérieure à la  
croissance potentielle, estimée à 1,3%. Conséquence, le chômage  
a encore reculé, pour atteindre 3,6 % en août, taux le plus bas de la  
zone euro. Dans l’industrie, l’utilisation des capacités s’établissait à  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
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6,7 % au début de juillet, un plus-haut depuis la mi-2011.  
Le redressement est général. La consommation privée a progressé  
de 1,7 % au premier semestre 2017 par rapport à l’année  
précédente, contribuant ainsi d’un point de pourcentage à la  
croissance du PIB. Elle a bénéficié de la nette augmentation du  
revenu disponible réel et de l’emploi. De plus, l’investissement a été  
particulièrement dynamique, grâce au rebond notable de la  
construction. Enfin, les exportations de produits et services ont  
grimpé de 4 % par rapport à l’année précédente. Cependant,  
comme l’accroissement de la demande intérieure a stimulé les  
importations, la contribution nette du commerce extérieure à la  
croissance du PIB a été quasiment nulle.  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Des pressions inflationnistes croissantes  
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, solde d’opinion (échelle droite)  
prix à la production (g.a.) anticipations de prix de vente (é.d.)  
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La croissance économique étant supérieure au potentiel, l’inflation  
évolue également à la hausse. En juin-août, les prix à la  
consommation (indice harmonisé) ont augmenté de 1,6 % en  
moyenne par rapport à l’année précédente. La hausse des prix de  
l’énergie et des denrées alimentaires n’y est certainement pas  
étrangère. Mais l’inflation sous-jacente est également sur une  
tendance à la hausse, s’établissant à 1,5 % pendant cette période  
contre 1 % au T1. De plus, l’orientation très accommodante de la  
politique monétaire a fait grimper les prix des actifs immobiliers et  
financiers. Au premier semestre 2017, le prix du logement a  
augmenté de 5,7 % par rapport à l’année précédente et le DAX30  
s’est même apprécié de plus de 20 %.  
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2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Sources : Destatis et Commission européenne  
D’après les indicateurs conjoncturels, la dynamique actuelle ne  
devrait pas se démentir dans les prochains mois. En septembre,  
l’indice IFO a reculé à 115,2, mais tout en restant proche de son  
niveau historique de 116,1, enregistré en juillet 2017. Il semble que  
élections législatives du 24 septembre et les incertitudes politiques  
qui ont suivi au plan national n’aient guère ébranlé la confiance des  
entreprises manufacturières.  
CDU/CSU (chrétiens-démocrates), formation de la chancelière  
Merkel, a remporté le plus grand nombre de suffrages tout en  
perdant 8,6 % des voix par rapport aux élections de 2013. Quant à  
son partenaire de la coalition, le SPD (sociaux-démocrates), il a fini  
second mais en obtenant le plus mauvais scrutin de l’après-guerre  
(
20,5 %). En revanche, le parti AfD (droite populiste) est entré au  
Bundestag en recueillant 12,6 % des voix, ce qui en fait la troisième  
formation du pays. C’était la première fois qu’un parti de la droite  
populiste parvenait à franchir le seuil électoral des 5 % depuis son  
introduction au début des années 1960. De plus, le FDP (libéraux) a  
Négociations ardues en perspective après les élections  
A l’issue du scrutin de septembre et après une campagne assez  
terne, le paysage politique est plus fragmenté. Comme prévu, la  
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cette fois dépassé la barre des 5 %, se classant ainsi à la quatrième  
place. La part de Die Linke (gauche radicale) et celle de Die Grüne  
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- La composition du nouveau Bundestag  
Nombre de sièges  
(
verts) sont restées quasiment inchangées à 9,2 % et 8,8 %,  
respectivement. Quoi qu’il en soit, ces partis ont remporté cinq et  
quatre sièges respectivement, le nombre total de sièges ayant été  
porté de 631 à 709, un record de la période d’après-guerre.  
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Principale force politique, la CDU/CSU devra former une alliance  
pour obtenir la majorité au Bundestag. Mais cela s’annonce difficile.  
Suite à sa défaite électorale cuisante, le SPD a déclaré rejoindre les  
bancs de l’opposition. Dans ce cas, la seule alternative est une  
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coalition Jamaïque » entre la CDU/CSU, le FDP et les Verts. Une  
telle alliance est compliquée en raison des divergences  
idéologiques, en particulier entre le FDP et les Verts.  
L inke S PD G rüne CDU/CSU F DP A fD  
Les positions de la CDU/CSU et du FDP sur la politique fiscale sont  
assez proches. Les deux formations plaident en faveur d’une  
réduction d’impôts, en particulier pour les revenus moyens. Pour le  
FDP, l’impôt sur le revenu pourrait être abaissé de EUR 30 mds,  
environ 8 % du total, tandis que la CDU/CSU a promis une  
diminution de EUR 15 mds. Les Verts sont également partisans  
d’une baisse des impôts pour les bas et moyens revenus, mais à  
condition qu’elle soit compensée par un relèvement de la fiscalité  
sur les hauts revenus et par l’introduction d’un impôt sur la fortune,  
ce qui est inacceptable pour les deux autres partis.  
Source : ministère de l'Intérieur  
Des signes de surchauffe apparaissent  
La croissance économique devrait, selon les prévisions, s’établir  
aux environs de 2 % en 2018, à la faveur d’une demande intérieure  
et extérieure robuste. Une fois le nouveau gouvernement en place,  
les baisses d’impôts, conjuguées à des accords salariaux plus  
généreux, vont probablement stimuler la consommation privée.  
L’investissement devrait, dans un premier temps, rester soutenu,  
l’utilisation des capacités ayant atteint des niveaux record. De plus,  
le secteur de la construction continue de bénéficier de conditions  
financières favorables et d’une forte demande de logements. Quant  
aux exportations, elles seront stimulées par la reprise en cours dans  
la zone euro et en Europe centrale et orientale.  
Concernant l’Europe, les Verts comme la CDU/CSU sont en  
principe en faveur d’un renforcement des institutions, comme la  
création d’un ministère des Finances de la zone euro et la  
transformation du système monétaire européen en un fonds  
monétaire européen. Le FDP est, pour sa part, hostile à un  
approfondissement de l’intégration et opposé à de nouveaux plans  
de sauvetage pour les pays en difficulté qui doivent, selon lui, quitter  
l’euro, tout au moins de manière temporaire. Cette opinion, proche  
de celle de certains membres de la CDU/CSU, comme Wolfgang  
Schäuble, ministre des Finances sortant, a peu de chances d’être  
acceptée par la Chancelière.  
Le marché du travail ne cesse de se tendre alors que le chômage  
poursuit son déclin. Résultat, les syndicats ont déjà revu à la  
hausse leurs revendications salariales dans la perspective des  
prochains accords collectifs. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le  
syndicat IG Metall réclame une revalorisation salariale de 6 % ainsi  
que le droit à une réduction du temps de travail.  
L’environnement et l’énergie constituent les principaux sujets de  
controverse. Le FDP rejette le Plan climat 2050, dont les objectifs  
sont plus ambitieux que les initiatives à l’échelle européenne dans  
ce domaine. De plus, il souhaite l’abrogation de la loi sur les  
énergies renouvelables et l’abandon des surcharges sur l’électricité.  
Il considère en effet qu’en matière de politiques environnementales  
il convient de laisser jouer les forces du marché sans recourir à la  
réglementation et aux subventions. Les Verts et la CDU/CSU  
restent, pour leur part, attachés au Plan climat qui prévoit, d’ici à  
Des augmentations salariales plus généreuses risquent d’affecter la  
compétitivité et de réduire les marges bénéficiaires. Les entreprises  
pourraient être tentées de délocaliser certaines de leurs activités. A  
court terme, ces évolutions peuvent freiner les dépenses en capital  
et les exportations. La contribution nette du commerce extérieur à la  
croissance du PIB devrait baisser et participer ainsi à la réduction  
de l’excédent des paiements courants. De plus, la hausse des  
revendications salariales va également faire grimper les prix à la  
consommation. Quant à l’inflation sous-jacente, elle devrait  
avoisiner les 2 % dans les prochains trimestres.  
2020, une réduction des gaz à effet de serre de 40 % par rapport  
aux niveaux de 1990. Pour atteindre cet objectif, les Verts  
préconisent la fermeture de toutes les centrales électriques à  
charbon qui fournissent actuellement 45 % environ de l’électricité  
allemande. La CDU/CSU craint qu’un abandon rapide de cette  
source d’énergie n’impose une trop lourde charge à l’économie,  
mais elle pourrait s’engager sur un calendrier de sortie progressive  
du charbon. Pierre angulaire de l’agenda des Verts, la politique  
climatique va probablement rester le talon d’Achille d’une éventuelle  
«
coalition Jamaïque ».  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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