Emerging

PDF
Angola  
Toujours pas de lendemains qui chantent  
En Angola, l’ajustement à la nouvelle donne pétrolière a été particulièrement douloureux du fait de l’absence de diversification de  
l’économie. La croissance s’est fortement infléchie dans un contexte de rationnement des devises et de réduction drastique des  
dépenses publiques. Le rééquilibrage en cours sur le marché pétrolier devrait avoir un effet favorable mais ne semble pas suffisant  
pour permettre un réel desserrement des contraintes externes et budgétaires. Dans ce contexte, la question de la soutenabilité de la  
dette publique et de la dette externe reste posée, en particulier à moyen terme.  
En Angola, l’ajustement à la nouvelle donne pétrolière a été  
1
- Prévisions  
particulièrement douloureux du fait de l’absence de diversification  
de l’économie. En 2013, au moment où les prix du brut angolais  
dépassaient encore les 100 dollars le baril, le secteur pétrolier  
générait en effet 98% des revenus d’exportation, près de 75% des  
recettes fiscales et plus de 40% de l’ensemble de la valeur ajoutée  
produite par l’économie.  
2015 2016e 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3,0  
10,3  
-3,3  
64,2  
-10  
0,0  
32,4  
-5,5  
77,4  
-12  
1,6  
30,0  
-5,7  
65,9  
-8,5  
38,4  
17,5  
6,0  
2,3  
30,0  
-3,5  
52,8  
-5,8  
32,1  
13,7  
5,5  
Dette publique, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Un ajustement à la nouvelle donne pétrolière…  
Dette externe, % du PIB  
32,8  
23,8  
7,5  
41,6  
20,0  
7,0  
La forte baisse des prix du pétrole à partir de la mi-2014 a dès lors  
entraîné un durcissement significatif des contraintes budgétaires et  
externes, forçant un ajustement rapide des politiques macro-  
économiques. Les dépenses primaires réelles (déflatées par l’indice  
des prix à la consommation) du gouvernement ont ainsi été réduites  
de plus de 40% dès 2015 et d’environ 20% encore en 2016 selon  
nos estimations. Surtout, la Banque Nationale d’Angola (BNA) a  
dévalué le taux de change officiel de la kwanza (AOA) de près de  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USD/AOA (fin d'année)  
135  
166  
166  
166  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Un net infléchissement de la croissance  
Croissance annuelle, en %  
7
0% face au dollar depuis septembre 2014 (de USD/AOA 97,8 à  
 Exportations de pétrole, dollars courants (é.d.)  PIB en volume (é.g.)  
USD/AOA 165,9) tout en rationnant strictement l’offre de devises  
2
5
100  
80  
étrangères pour préserver les réserves de change. Une liste de  
1
priorité a ainsi été établie pour règlementer l’accès aux devises  
20  
étrangères au taux de change officiel, et les sorties de capitaux  
liées à des contrats d’assistance technique ou de prestation de  
service ont été soumises à une taxe spéciale. Le taux de référence  
de la BNA, le LUIBOR, a été relevé en parallèle de 725 points de  
base (de 8,75% à 16%) pour tenter de contenir les pressions  
inflationnistes consécutives à la dépréciation de la monnaie et au  
rationnement de l’accès aux devises étrangères.  
1
5
0
5
0
5
60  
1
40  
20  
0
-
-20  
-40  
-60  
-10  
…aux effets récessifs  
-15  
Dans une économie très dépendante des importations et de la  
commande publique, ces mesures ont eu un effet négatif tant sur  
l’activité que sur la dynamique des prix. L’inflation a accéléré  
jusqu’à atteindre 42% en glissement annuel en décembre 2016, et  
la croissance s’est fortement infléchie. Le PIB, dont la progression  
avait dépassé en moyenne les 10% par an sur la période 2003-  
02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e  
Sources : ministère des Finances, BNP Paribas, BNA  
redressement de la production (de 1,65 m b/j à 1,76 m b/j selon les  
données officielles).  
Ce facteur de soutien n’a toutefois pas joué en 2016. Les données  
officielles pointent en effet sur une inflexion de la production  
pétrolière de 3,3% sur l’année 2016 en raison du report de certains  
projets d’investissement et de problèmes de maintenance. Les  
sources secondaires font état d’une évolution un peu moins  
négative, mais suggèrent néanmoins une baisse de la production de  
brut angolais en 2016 (-1,2% selon les données collectées par  
l’OPEC). En parallèle, la production agricole a été affectée une  
nouvelle fois par des conditions climatiques difficiles, et la situation  
ne semble pas non plus s’être améliorée dans les autres secteurs  
de l’économie. Les secteurs de la construction, de l’industrie  
2
013, a ainsi enregistré une hausse de 3% à peine en 2015 selon  
les données préliminaires publiées par le ministère des Finances.  
Cette modeste progression est au demeurant essentiellement  
imputable au secteur pétrolier, qui a enregistré en 2015 sa meilleure  
performance en volume (+6,3%) depuis 2008 en dépit de la baisse  
des prix. Les problèmes techniques et opérationnels semblent en  
effet avoir été moins fréquents qu’à l’accoutumée, permettant un  
1
Priorité est donnée aux importations de produits alimentaires, aux  
importations de médicaments et aux importations liées à des projets de  
développement ou au secteur pétrolier.  
economic-research.bnpparibas.com  
Angola  
1er trimestre 2017  
25  
manufacturière et des services, qui avaient déjà enregistré en 2015  
leurs plus mauvaises performances de la décennie, ont notamment  
continué à souffrir des coupes budgétaires et de la pénurie de  
devises. Selon Fitch, les délais moyens pour obtenir des dollars au  
taux de change officiel atteignaient quatre à huit mois en octobre  
dernier, forçant une partie de la demande à se reporter sur le  
marché parallèle. La kwanza s’y négocie encore à un taux  
équivalent à trois ou quatre fois sa parité officielle, témoignant d’un  
déséquilibre toujours prononcé entre l’offre et la demande. La perte  
récente des relations avec les banques correspondantes  
3
- Une détérioration marquée des indicateurs budgétaires  
En pourcentage du PIB  
Déficit budgétaire (é.d.)  Dette publique (é.g.)  
9
0
0
0
0
15  
8
1
5
0
0
7
6
50  
40  
(
correspondent banking relationships) semble du reste avoir  
aggravé les difficultés d’accès au dollar et rendu les paiements  
30  
20  
10  
0
2
transfrontaliers plus complexes . Dans un tel contexte, il semble  
-5  
très probable que la croissance ait continué à s’infléchir et nous  
retenons l’hypothèse d’une stagnation de l’activité en 2016.  
-10  
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 e 16 e  
Des contraintes externes et budgétaires encore  
strictes à court terme  
Sources : FMI, BNP Paribas  
A court terme, une accélération de la croissance paraît difficile sans  
un desserrement substantiel des contraintes budgétaires et  
externes. Bien qu’encourageantes, les évolutions observées  
récemment sur le marché pétrolier semblent malheureusement  
insuffisantes pour restaurer de véritables marges de manœuvre.  
Selon les hypothèses retenues dans notre scénario central, les prix  
du brent devraient en effet rester cette année et l’an prochain très  
en deçà du niveau moyen qui était le leur en 2013 ou même en  
dans le système bancaire local) d’un montant équivalent à 80% du  
service de la dette en 2017. Toutefois, les facteurs de fragilité sont  
nombreux au-delà du court terme. Le poids de la dette publique en  
devise (environ la moitié de la dette publique) est notamment  
préoccupant, même si une partie des revenus budgétaires sont  
également libellés en devises. Le gouvernement pourrait d’ailleurs  
être contraint de privilégier de plus en plus l’endettement externe,  
tant il paraît difficile qu’il puisse continuer à se financer à des taux  
réels aussi négatifs sur le marché domestique sans déstabiliser un  
secteur bancaire déjà fragilisé et très exposé aux créances  
publiques.  
2
2
014 (58 USD/b en moyenne 2017 et 63 USD/b en moyenne en  
018 contre 99 dollars en moyenne en 2014). Pour l’Angola, cela  
représente des recettes d’exportations inférieures de plus de 36  
milliards de dollars (1,6 fois le montant des réserves de change) à  
celles de 2014, toutes choses égales par ailleurs. La situation est un  
peu meilleure du côté des recettes fiscales, car la dépréciation du  
taux de change accroît mécaniquement la valeur en kwanza des  
taxes liées au secteur pétrolier, qui sont généralement libellées en  
dollar. Toutefois, à supposer que les autorités s’abstiennent de  
recourir de nouveau à ce levier en 2017-2018 pour ne pas accroître  
davantage une inflation déjà très élevée, les revenus fiscaux liés au  
secteur pétrolier resteraient inférieurs à ceux de 2014 de près de  
Les entités publiques sont du reste probablement les plus à mêmes  
de lever des financements externes pour couvrir le déficit de la  
balance courante, qui a atteint -10% du PIB en 2015 et -12% du PIB  
en 2016 selon nos estimations. Le niveau actuel des prix du pétrole  
devrait en effet réduire l’appétit des compagnies pétrolières pour les  
réserves angolaises, dont les coûts d’exploitation sont élevés. Un  
afflux de capitaux étrangers vers les autres secteurs de l’économie  
est également improbable dans un contexte où i/ les perspectives  
de croissance sont moroses, ii/ les lacunes de la régulation bancaire  
et financière par rapport aux standards internationaux sont  
nombreuses, iii/ les conditions d’accès aux devises restent  
incertaines, et iv/ le climat des affaires est difficile.  
1
,8 point de PIB.  
Des dynamiques de dette préoccupantes  
Dans cet environnement de prix du pétrole durablement plus faibles,  
la question de la soutenabilité à moyen terme de la dette publique et  
de la dette externe reste posée. Les indicateurs budgétaires se sont  
en effet fortement dégradés depuis trois ans. Selon nos estimations,  
le déficit budgétaire est resté supérieur à 5 % du PIB en 2016 en  
dépit de la réduction drastique des dépenses, et la dette publique a  
quasiment doublé entre 2013 et 2015. Selon le FMI, elle aurait  
même dépassé le seuil de 70% du PIB en 2016. Certes, une  
inflation élevée et des taux d’intérêt toujours très négatifs en termes  
réels devraient permettre de contenir la hausse du ratio dette/PIB.  
Le gouvernement détiendrait par ailleurs des actifs en devises (USD  
Soutenabilité des comptes externes et soutenabilité des comptes  
publics apparaissent donc fortement liées. La rupture des  
négociations avec le FMI à la mi-2016 a certes réduit les sources de  
financement d’urgence à disposition des autorités, mais d’autres  
lignes de financement multilatérales et surtout bilatérales (Chine)  
devraient continuer à se matérialiser. Si tel n’était pas le cas, ou si  
les prix du pétrole cessaient de se redresser, les réserves de  
change (USD 22 milliards) et les actifs détenus par le gouvernement  
(
USD 14 milliards en cumulés, cf. supra) arriveraient du reste  
probablement à épuisement avant 2020.  
4,5 milliards dans le fonds souverain et USD 9,5 milliards de dépôts  
2
Sur ce sujet, voir IMF Staff Discussion note SDN 16/06 The Withdrawal of  
Correspondent Banking Relationships: A case for Policy Action, Juin 2016  
et Bloomberg Angola’s Access to Dollars Dries up as Foreign Banks Halt  
Supply, 15 Dec 2016.  
economic-research.bnpparibas.com  
Angola  
1er trimestre 2017  
26  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1680 articles et 437 vidéos