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Algérie  
Trouver le bon dosage  
L’économie algérienne a été lourdement frappée par la chute des cours du pétrole. Le processus d’ajustement a été tardif mais les  
premières mesures ont commencé à porter leurs fruits. Le déficit budgétaire, bien que toujours abyssal, s’est contracté en 2016 et  
les autorités se sont fixées comme objectif un retour à l’équilibre d’ici à 2019. La feuille de route apparaît très ambitieuse, pour ne  
pas dire trop. Des coupes significatives dans les dépenses publiques constituent une menace pour une économie qui montre déjà  
des signes de faiblesse. Certes, il existe encore des marges de manœuvre. La position extérieure est solide, malgré la chute rapide  
des réserves de change, et l’endettement public est modéré. En revanche, des incertitudes demeurent sur le plan de financement.  
Les élections de mai 2017 n’ont pas changé les équilibres en place.  
1- Prévisions  
Comme attendu, la coalition gouvernementale conserve la majorité  
absolue à l’Assemblée. En revanche, le taux de participation  
continue de baisser à seulement 38%. Le rôle secondaire du  
pouvoir législatif face à l’exécutif ou encore le niveau de chômage  
élevé constituent les principaux motifs de désaffection de la  
population. C’est peu dire que le nouveau gouvernement va évoluer  
dans un contexte délicat jusqu’aux élections présidentielles de 2019.  
La chute durable des cours du pétrole a fragilisé le modèle de  
développement algérien. Après avoir laissé filer les déficits  
budgétaires et extérieurs pour amortir le choc, le ton semble avoir  
changé à Alger. Le plan de développement 2016-2019, voté en avril  
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015 2016e 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3,8  
4,8  
3,5  
6,4  
1,9  
6,9  
2,0  
6,5  
-15,4  
-13,7  
-8,4  
-7,8  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
8,4  
21,0  
23,2  
29,4  
-16,6  
-16,7  
-12,3  
-10,9  
Dette externe, % du PIB  
1,8  
144,7  
27,3  
2,4  
114,0  
22,8  
4,0  
95,5  
6,0  
79,2  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change DZD/USD (fin d'année)  
18,9  
15,5  
107,2  
110,5  
114,0  
119,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
016 mais publié seulement en avril de cette année, marque  
certaines évolutions notables, à commencer par la reconnaissance  
du niveau trop élevé de la dépense publique. C’est un début.  
Cependant, le désengagement de l’Etat dans l’économie risque de  
se heurter aux principes de réalité.  
2
- Solde budgétaire  
en % du PIB  
 2014  2015  2016  
Finances publiques : l’ajustement a enfin commencé  
5
0
Avec « un point mort » fiscal supérieur à 90 dollars le baril,  
l’ajustement de l’économie algérienne à la nouvelle donne pétrolière  
s’annonce long et délicat. Néanmoins, les autorités se sont  
décidées à réagir. Alors que les dépenses budgétaires avaient  
continué de croître fortement en 2015 pour atteindre le niveau  
historiquement élevé de 46% du PIB, elles se seraient contractées  
de 4% en termes nominaux l’an dernier. C’est certes inférieur à  
l’objectif initial de baisse de 9% voté dans le budget. Mais ces  
premières coupes associées à la croissance soutenue des recettes  
hors hydrocarbures ont permis d’enrayer la dynamique de  
dégradation des comptes publics, et ce dans un contexte de chute  
continue des cours du pétrole. De fait, le déficit budgétaire s’est  
légèrement réduit à 13,7% du PIB après avoir culminé à 15,4% en  
-5  
-
10  
15  
-
-20  
Algérie  
CCG  
Iran  
Sources : Banque Centrale, FMI, BNP Paribas  
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015. L’Algérie est ainsi un des rares pays producteurs  
sélectivité dans les investissements publics. C’est d’ailleurs sur ce  
dernier segment que le gros de l’effort d’assainissement devrait  
porter, puisqu’à DZD 2300 mds en 2017, les dépenses  
d’équipements programmées baisseraient de 18% par rapport aux  
montants réellement décaissés en 2016. En ce qui concerne les  
recettes, les hypothèses sur le pétrole sont assez conservatrices,  
avec un cours du baril à 50 dollars en 2017, 55 en 2018 et 60 en  
d’hydrocarbures de la région à avoir réussi à consolider ses  
finances publiques l’an dernier (voir graph. 2). De plus, si le niveau  
du déficit reste préoccupant, il devrait encore baisser dans les  
années à venir, sous réserve que les cours du pétrole ne rechutent  
pas brutalement.  
Pour la première fois, une loi de programmation pluriannuelle a été  
présentée en même temps que l’adoption du budget 2017. Les  
objectifs affichés sont très ambitieux, avec un retour à l’équilibre  
prévu pour 2019. Pour y arriver, les autorités prévoient de ramener  
les dépenses publiques à hauteur de DZD 6880 mds en 2017 (43%  
du PIB) contre DZD 7384 mds (36% du PIB) en 2016, avant de les  
stabiliser par la suite via une réforme du système de subventions, la  
maîtrise de la masse salariale des fonctionnaires et une plus grande  
2
019. De nouveaux relèvements du taux de la TVA sont prévus,  
après ceux effectués en 2016, ainsi que des augmentations du prix  
de l’essence.  
Le budget 2017 est donc fortement restrictif avec des effets  
potentiellement récessifs sur l’économie (l’investissement public  
comptait pour plus de 30% de l’investissement total en 2016).  
Compte tenu de la forte dégradation financière de l’Etat, le  
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Algérie  
3ème trimestre 2017  
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processus d’assainissement devrait quand même se poursuivre  
mais à un rythme moins soutenu. Selon nos prévisions, le déficit  
budgétaire atteindrait 6,5% du PIB en 2019.  
3
- Croissance économique  
Variation annuelle, en %  
Hydrocarbures  Hors hydrocarbures  PIB  
En outre, il y a toujours autant d’incertitudes sur la façon dont les  
autorités vont couvrir les besoins de financements à venir. Le fonds  
de stabilisation a déjà atteint son plancher statutaire de  
DZD 740 mds en 2016 et sera, selon toute vraisemblance,  
complétement asséché dès 2017. Comme semble l’indiquer le prêt  
de USD 1 md de la Banque africaine de développement fin 2016,  
les bailleurs de fonds seront sollicités mais un recours aux marchés  
financiers internationaux semble exclu, même si celui-ci présenterait  
également l’avantage de regonfler les réserves de change. Le  
marché de la dette domestique est embryonnaire, la liquidité des  
banques s’est considérablement resserrée en raison de retraits  
importants sur les dépôts, alors qu’un volume toujours significatif  
d’épargne domestique se trouve en dehors du système financier  
8
6
4
2
0
-2  
-
4
6
-
-8  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017p 2018p  
(
selon la banque centrale, la part de la monnaie fiduciaire hors  
banques atteignait 32% de la masse monétaire fin 2016 contre  
6,7% à fin 2014). En outre, rien qu’en 2016, le soutien financier de  
Sources : Office national de la statistique, BNP Paribas  
2
l’Etat à des entreprises publiques a fait augmenter la dette publique  
de 9 points de PIB. Certes, avec un niveau total d’endettement à  
Stabilité extérieure : encore solide  
Si le bon dosage entre objectifs de consolidation fiscale et maintien  
d’une croissance assez élevée se révèle être un exercice délicat,  
les conséquences sur le rythme de rééquilibrage des comptes  
externes sont également loin d’être négligeables.  
2
1% du PIB, les marges de manœuvre restent encore confortables.  
Mais la position financière fragile de nombreuses entreprises  
publiques constitue un facteur de pression supplémentaire.  
Menace sur la croissance  
D’une position structurellement excédentaire, le solde de la balance  
des transactions courantes a basculé dans le rouge à partir de 2015  
pour atteindre un déficit record de 17% du PIB en 2016. Avec un  
cours du pétrole qui ne devrait pas excéder les 60 dollars le baril  
dans les années à venir, les perspectives de redressement des  
comptes extérieurs demeurent maigres. Les importations, malgré  
une légère baisse sur les deux dernières années, restaient encore  
presque deux fois supérieures aux exportations de gaz et de pétrole  
en 2016. Dans le même temps, les autorités ne semblent pas  
décidées à laisser s’ajuster le change de nouveau. Le dinar s’est  
déprécié de 27% contre le dollar entre la mi-2014 et la fin 2015  
avant de se stabiliser depuis. Et comme l’inflation a nettement  
accéléré, l’effet sur le taux de change effectif réel est quasi-nul, ce  
qui pèse sur la compétitivité extérieure et surtout favorise la  
demande en importations. A court terme, une inversion de cette  
tendance apparaît peu probable. Une compression des importations  
ne peut donc venir que d’une baisse de l’activité économique. Or,  
comme notre scénario central table sur un ajustement graduel, les  
déficits extérieurs resteront supérieurs à 10% du PIB sur les deux  
prochaines années.  
A première vue, les bons chiffres de croissance (3,8% en 2015,  
,5% en 2016) traduisent une certaine résilience de l’économie  
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algérienne au choc pétrolier. Cependant, la dynamique d’ensemble  
en 2016 est trompeuse puisqu’elle masque un net fléchissement de  
la croissance hors hydrocarbures, qui, à 2,9%, a atteint son plus  
bas niveau depuis le début des années 2000. Or, l’effet de support  
du secteur des hydrocarbures devrait s’amenuiser dans la mesure  
où une partie du rebond de l’an dernier résulte de la normalisation  
de la production du site gazier touchée par les attentats de 2013. La  
croissance économique a été revue à la baisse à 2% sur les deux  
prochaines années (voir graph. 3) et les risques qui entourent ces  
prévisions sont élevés.  
Cela dépendra en grande partie du calibrage et de l’amplitude de la  
politique de consolidation fiscale. C’est ce qu’a souligné le FMI dans  
sa dernière revue sur l’Algérie. En respectant les objectifs fixés par  
le gouvernement, la croissance économique ne serait que de 1% en  
moyenne en 2017/2018. Elle pourrait même tomber à 0,3% en 2018  
pour le secteur hors hydrocarbures, ce qui ferait non seulement  
peser un risque sur l’emploi et donc sur le climat social, mais aussi  
sur la stabilité du système financier. L’allongement des délais de  
paiements de l’Etat auprès des fournisseurs s’est déjà traduit par  
une hausse des créances non performantes, dont la part dans le  
total des prêts est passée à 11,4% fin 2016 contre 9,8% fin 2015.  
Certes, les niveaux de capitalisation restent encore élevés. Mais la  
fragilisation de la santé financière de l’Etat dans un contexte de  
montée du risque de crédit est un élément à surveiller. Facteur  
aggravant, 48% du portefeuille de crédits à l’économie des banques  
sont alloués à des entreprises publiques.  
En l’absence de flux de capitaux significatifs, la pression sur la  
liquidité extérieure continuera d’être forte. Les réserves de change  
n’atteindraient plus que USD 79 mds  
à fin 2018 contre  
USD 180 mds à fin 2014. Néanmoins, les marges de manœuvre  
restent confortables. La dette en devise est quasi-inexistante et les  
réserves de changes, bien qu’en forte baisse, couvriraient encore  
quinze mois d’importations de biens et services.  
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Algérie  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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