Perspectives

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France  
En attendant le printemps  
Malgré l’accélération estimée de la croissance fin 2016, nous restons prudents quant aux perspectives d’activité pour 2017. La  
remontée des prix du pétrole devrait se traduire par des pertes de pouvoir d’achat et un ralentissement de la consommation des  
ménages. Dans un contexte de faible demande et d’incertitudes politiques nombreuses, l’investissement risque également de  
décevoir. La croissance des exportations devrait accélérer mais la contribution du commerce extérieur restera vraisemblablement  
négative, quoique de façon beaucoup moins marquée qu’en 2016. Au-delà, beaucoup dépendra de la future politique économique de  
l’équipe dirigeante qui sortira des urnes mi-2017.  
2016 : accélération tardive  
1- Synthèse des prévisions  
L’économie française devrait avoir terminé l’année 2016 de façon  
plutôt dynamique. Les enquêtes sur le climat des affaires et les  
dernières données d’activité (production industrielle, consommation  
de biens, commerce extérieur, inscriptions au chômage) indiquent  
une croissance robuste au quatrième trimestre. Les chiffres du PIB  
seront publiés le 31 janvier par l’INSEE. Nous attendons une  
progression de l’activité de 0,5% t/t, ce qui porterait la croissance de  
Variations annuelles, %  
PIB  
2016 e 2017 e 2018 e  
G
P
G
E
1,1  
1,8  
2,8  
0,8  
1,3  
1,5  
2,5  
3,0  
1,5  
1,6  
2,6  
3,9  
Consommation privée  
Investissement  
Exportations  
Indice des prix à la consommation (IPCH)  
Taux de chômage (%)  
H
U
C
G
G
0,3  
10,0  
-0,9  
-3,4  
96,4  
1,0  
9,8  
0,9  
9,5  
2
016 à 1,1% en moyenne annuelle.  
Balance courante (% PIB)  
-0,6  
-3,0  
96,2  
-0,8  
-2,7  
95,2  
Pour la deuxième année consécutive (le PIB avait enregistré une  
hausse de 1,2% en 2015), la croissance française aura été proche  
de son potentiel (voire légèrement en deçà), un rythme clairement  
insuffisant pour une économie qui a connu trois années de très  
faible croissance (0,5% en moyenne sur la période 2012-2014) et  
dont le taux de chômage, malgré la récente décrue, demeure à un  
niveau historiquement élevé (9,7% au T3 2016 en France  
métropolitaine). La persistance d’importantes capacités  
excédentaires continue d’induire des pressions désinflationnistes.  
L’inflation sous-jacente (i.e hors énergie et produits alimentaires)  
s’établissait à seulement 0,4% g.a. en décembre (contre une  
moyenne de 1,5% entre 2000 et 2010). Cette situation, défavorable  
aux débiteurs, entrave également les ajustements sur le marché du  
travail : la modération salariale à l’œuvre depuis 2013 n’a pas  
permis de recul du salaire réel.  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Profil heurté  
Croissance du PIB, t/t en %  
variations trimestrielles  
1,5%  
1,0%  
0,5%  
La performance économique décevante de l’économie française en  
2
016 est imputable au trou d’air du milieu d’année, marqué  
0,0%  
notamment par les grèves, les attentats et les inondations. Durant  
cette période, la consommation des ménages et l’investissement  
des entreprises, qui avaient connu un début d’année prometteur  
-0,5%  
2010  
2012  
2014  
2016  
(
respectivement 1,6% t/t et 2% t/t), sont restés stables. Le  
commerce extérieur aura également pesé sur la croissance du fait  
d’un ralentissement marqué des exportations. Après une croissance  
de 6% des ventes à l’étranger en 2015, celles-ci devraient avoir  
progressé de seulement 1% l’an passé. Notons, en particulier, le  
repli de 2,5% de la fréquentation estivale (notamment celle de la  
clientèle étrangère) qui aura pénalisé les exportations de services.  
Sources : Eurostat, prévisions BNP Paribas Global Markets  
visant, précisément,  
à mieux tenir compte du contexte  
macroéconomique, il semble peu probable, en effet, que les  
rémunérations s’ajustent à la hausse. Par ailleurs, bien que nous  
anticipions une poursuite des créations d’emplois, celles-ci resteront  
probablement limitées. Elles pourraient même s’essouffler si,  
comme nous l’attendons, les perspectives d’activité fléchissent en  
cours d’année. Dans l’ensemble, nous prévoyons un ralentissement  
de la croissance du revenu disponible réel ce qui, en l’absence de  
baisse significative du taux d’épargne, se traduirait par une moindre  
progression de la consommation des ménages.  
2017 : croissance poussive  
Malgré le rebond de l’activité fin 2016, qui devrait se prolonger au  
T1 2017, nous restons prudents quant aux perspectives de la  
croissance française, un sentiment qui s’étend, du reste, à  
l’ensemble de la zone euro.  
Premièrement, la remontée des prix du pétrole devrait se traduire  
par une diminution du pouvoir d’achat des ménages. Compte tenu  
de la conjoncture et de la récente réforme du marché du travail  
Deuxièmement, l’investissement des entreprises risque, lui aussi,  
de décevoir malgré des conditions de financement toujours très  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
1er trimestre 2017  
10  
1
favorables . Dans la dernière enquête sur les investissements dans  
3- Coûts salariaux unitaires (g.a. moyen T1 2013- T3 2016)  
l’industrie réalisée par l’INSEE (parue en octobre 2016), les chefs  
d’entreprises interrogés anticipent une stabilité de leurs dépenses  
d’investissement par rapport à 2016. Comme l’an passé, celles-ci  
viseraient en premier lieu le renouvellement des équipements plutôt  
que l’extension des capacités productives. Rappelons que le taux  
d’utilisation des capacités de production, bien qu’en augmentation  
tendancielle depuis deux ans, est toujours inférieur à sa moyenne  
de long terme. Faute d’une demande plus vigoureuse,  
l’investissement devrait rester modéré : même si les débouchés ne  
sont pas invoqués comme une contrainte par les chefs d’entreprises,  
les perspectives de profits demeurent limitées, inférieures à leur  
moyenne de long terme.  
ALL  
FRA  
ZE  
ITA  
PBAS  
ESP  
0,5%  
Un autre élément qui milite en défaveur de l’investissement des  
entreprises est l’incertitude politique liée à la fois aux élections à  
venir (voir infra) et aux conséquences des choix électoraux de 2016,  
à savoir le vote Britannique en faveur du Brexit et la victoire de  
Donald Trump. Si ces deux derniers évènements n’ont pas eu  
-
0,0%  
0,5%  
1,0%  
1,5%  
2,0%  
Source : Eurostat  
2
 Printemps décisif  
d’incidences négatives immédiates sur l’économie mondiale les  
conséquences de moyen/long terme ne seront certainement pas  
négligeables. L’ouverture des négociations entre le Royaume-Uni et  
l’Union européenne (UE) est programmée fin mars. La perspective  
d’un hard Brexit, à savoir une sortie du Royaume-Uni du marché  
commun, se profile. Même si les contours de la future relation entre  
l’Union européenne et le Royaume-Uni mettront vraisemblablement  
du temps à se dessiner, et que les lignes sont susceptibles de  
bouger, le manque de visibilité devrait favoriser l’attentisme des  
acteurs économiques. Aux Etats-Unis, si la rhétorique  
protectionniste de Donald Trump relève pour l’instant du coup de  
menton, une politique commerciale américaine véritablement plus  
agressive ne manquera pas de déstabiliser le commerce mondial.  
Là encore, la prudence devrait prévaloir en matière  
d’investissements.  
Nos prévisions sont établies à politique économique inchangée. Il  
va de soi qu’une nouvelle orientation économique à la suite des  
élections (présidentielle en avril-mai puis législatives en juin)  
s’accompagnerait d’une modification de notre scenario, notamment  
pour 2018.  
Un point important concerne la politique budgétaire. Depuis 2010  
l’orientation a clairement été restrictive (le déficit public a ainsi été  
réduit de 7,2% du PIB à 3,4% en 2016), ce qui n’a pas été sans  
coût pour l’activité. En conséquence, la dette publique rapportée au  
PIB a continué de croître.  
Les programmes économiques de plusieurs candidats sont encore  
inconnus ou insuffisamment détaillés (c’est le cas notamment de  
celui d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen) mais pour ceux qui  
ont affiché leurs intentions en la matière, la politique budgétaire  
jouera un rôle plus expansionniste, au moins à court terme. A  
gauche, Jean-Luc Mélenchon comme Benoît Hamon proposent un  
programme de relance budgétaire et l’abandon des critères de  
Maastricht. Le plus « orthodoxe » en matière budgétaire, Manuel  
Valls, prône un maintien du déficit public sous 3% du PIB mais  
entend renégocier le Pacte de stabilité dans le sens d’une plus  
grande souplesse.  
Enfin, troisièmement, bien que nous anticipions une accélération de  
3
la croissance des exportations en 2017 , la contribution du  
commerce extérieur à l’activité devrait restée négative (bien que de  
façon beaucoup moins marquée qu’en 2016). En particulier, la  
France ne gagnerait pas de parts de marché à l’exportation. Le  
déficit de compétitivité de l’économie française reste un problème  
structurel limitant le dynamisme du commerce extérieur. La politique  
de l’offre conduite ces dernières années a certes permis une  
modération des coûts salariaux unitaires (csu), mais cette dernière  
a été essentiellement affectée à la restauration des marges des  
A droite aussi, une certaine latitude prévaut à l’égard de la discipline  
budgétaire, du moins à court terme. Le programme économique de  
François Fillon, qui prévoit de larges coupes dans les dépenses  
publiques à horizon cinq ans, inclut un creusement du déficit public  
en 2017 et 2018 avant le retour à l’équilibre des comptes publics  
d’ici 2022.  
4
entreprises . En outre, elle n’a pas été suffisamment prononcée  
pour se traduire en gains de compétitivité-coût : depuis 2013 la  
progression des csu français a bien ralenti, mais elle est restée en  
ligne avec la moyenne de la zone euro.  
1
En dépit de la récente remontée des taux longs, le rendement des OAT à 10 ans  
demeure proche de 0,8%, un niveau bien inférieur à la croissance nominale du PIB.  
2
On notera à cet égard la résistance inattendue des marchés financiers suite au  
Brexit et une euphorie certaine en ce qui concerne l‘élection de Donald Trump.  
3
Les livraisons prévues de grands contrats dans le secteur aéronautique et naval  
joueront en ce sens.  
4
Notons qu’un tel usage n’est pas incompatible avec une amélioration structurelle  
(hors coût) de la compétitivité si les marges dégagées sont utilisées pour investir  
dans l’innovation. Néanmoins un tel processus s’inscrit dans un temps long.  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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