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EcoPerspectives // 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Russie  
Une avancée dans les réformes  
L’activité économique a rebondi au premier trimestre 2018 et les perspectives de croissance restent bien orientées. La consommation  
des ménages devrait soutenir l’activité au second semestre, favorisée par la hausse des revenus réels. Toutefois, les pressions  
inflationnistes pourraient se renforcer conjointement à la dépréciation du rouble et aux perspectives de hausse de la TVA de deux  
points de pourcentage en janvier 2019. Le relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite, à partir de 2019, devrait permettre de  
palier une partie des contraintes structurelles qui pèsent sur la croissance potentielle en augmentant la part de la population active  
dans l’économie et en réduisant les dépenses consacrées au financement du déficit du fonds de retraites.  
Accélération de la croissance  
1- Croissance et inflation  
Au premier trimestre 2018, l’économie russe a enregistré une  
croissance de 3,2% par rapport au trimestre précédent (en rythme  
annualisé), portant la progression sur un an du PIB réel à +1,3%. La  
consommation des ménages a accéléré conjointement à la forte  
hausse du revenu réel disponible (+5,7% en g.a en avril), reflet de  
la hausse des salaires des fonctionnaires et de la baisse des  
pressions inflationnistes. Par ailleurs, les conditions sur le marché  
du travail ont continué de s’améliorer, le taux de chômage corrigé  
des variations saisonnières atteignant un point bas de 4,8% en avril.  
Dans le même temps, les investissements bénéficient de la reprise  
des crédits au secteur privé qui ont augmenté de 14,8% en avril en  
g.a. Si l’on exclut les trois banques publiques qui sont en pleine  
restructuration, la situation financière des banques semble  
s’améliorer. La banque centrale estime en effet que l’ensemble de  
leurs actifs risqués a diminué de 0,7 points de pourcentage en un  
an pour représenter 15% des prêts totaux en avril.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
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Prévision  
Prévision  
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Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- PIB : accélération de la croissance au T1 2018  
PIB réel (g.a., é.g.)  Prix du brent (USD/b, é.d.)  
Au second semestre, la croissance de l’activité devrait accélérer,  
toujours principalement soutenue par la consommation des  
ménages (en dépit d’une légère inflexion à la hausse des prix à la  
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consommation depuis mars ) dans un contexte d’augmentation des  
revenus pétroliers. La production de pétrole devrait augmenter  
progressivement. Les pays de l’OPEP se sont en effet accordés le  
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2 juin sur le relèvement des quotas de production de 1 millions de  
barils par jour (b/j) alors qu’ils avait été réduit de 1,8 millions de b/j  
en janvier 2017. A ce titre, la Russie avait accepté de réduire sa  
production pétrolière de 300 000 b/j (même si en mai 2018 la baisse  
effective n’était que de 262 000 b/j).  
Excédent budgétaire depuis le début de l’année  
Sources : Rosstat, Datastream  
Fin mai, le solde budgétaire cumulé du gouvernement fédéral  
affichait un excédent de 1,2% du PIB alors qu’il était en déficit de  
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,7% du PIB un an plus tôt. Cette consolidation reflète la hausse  
Sur les cinq premiers mois de l’année, la part des recettes  
pétrolières et gazières s’est élevée à 45,9% des recettes totales.  
Hors pétrole et gaz, le déficit du gouvernement fédéral est estimé à  
des recettes pétrolières et gazières (+30,1% sur les cinq premiers  
mois de l’année) alors que l’augmentation des dépenses est restée  
maîtrisée jusqu’à présent (+1,0%).  
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,1% du PIB (en baisse de 9,7% par rapport à la même période  
l’année dernière).  
Conformément à la règle fiscale sur l’utilisation des excédents de  
recettes pétrolières pour acheter des devises et ainsi renflouer le  
fonds de richesse national, le gouvernement a acquis au cours des  
cinq premiers mois de l’année près de USD 21 mds contre  
USD 14 mds sur l’ensemble de l’année 2017.  
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Les prix à la consommation ont augmenté de 2,4% en g.a. en mai, soit un  
rythme très inférieur à l’objectif fixé par la banque centrale (4%).  
Néanmoins, les tensions à la hausse sur les prix pourraient croître  
conjointement à la dépréciation du rouble et aux perspectives de hausse de  
la TVA de deux points de pourcentage en 2019.  
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Par ailleurs, afin d’accroître sa marge de manœuvre budgétaire,  
dans le but notamment d’augmenter ses dépenses en matière  
d’éducation, de santé et d’infrastructure, le gouvernement vient de  
soumettre à la chambre basse du parlement deux projets de loi qui  
prévoient d’augmenter le taux de TVA en 2019 de 18% à 20% (ce  
qui génèrerait une hausse des revenus de près de 0,7% du PIB) et  
de réformer le système de retraites dès 2019.  
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- Réserves de change et cours du rouble  
Réserves de change (USD mds, é.g.)  
Cours de change du RUB par USD (é.d.)  
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Vers une réforme des retraites  
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Le gouvernement vient de proposer au parlement de relever  
progressivement, à partir de 2019, l’âge de départ à la retraite de 60  
à 65 ans pour les hommes d’ici 2028 et de 55 à 63 ans pour les  
femmes d’ici 2034. Une telle réforme permettrait non seulement de  
réduire le déficit du fonds de retraite mais aussi de réduire les  
tensions sur le marché du travail en augmentant le nombre d’actifs  
et ainsi d’accroître la croissance potentielle.  
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2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Selon les estimations de l’organisme statistique national, la  
population en âge de travailler baisserait de 5% d’ici 2024 pour  
atteindre 79 millions (56% de la population) si aucune réforme  
n’était mise en place d’ici là. A l’inverse, le relèvement progressif,  
dès 2019, de l’âge de départ à la retraite permettrait d’accroître le  
nombre d’actifs de plus de 20 millions (65% de la population) et  
réduirait la part des retraités à 19,6% de la population totale (contre  
Source : CBR  
 Durcissement des sanctions américaines : un effet  
globalement limité  
En dépit de la forte hausse des prix internationaux du pétrole, le  
rouble s’est déprécié de près de 9% face au dollar sur les six  
premiers mois de l’année. Ce mouvement a été amorcé par  
l’annonce de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie par le  
Congrès américain le 6 avril dernier. Tous les actifs de sept  
oligarques russes, de leurs douze entreprises et de dix-sept  
membres du gouvernement ont été gelés. De plus, il a été  
formellement interdit à toutes personnes physique et morale  
américaine  US persons ») de réaliser toute opération avec ces  
entités. L’adoption de ces nouvelles sanctions a généré une forte  
volatilité sur les marchés russes. Même si les marchés boursiers se  
sont repris depuis, ce n’est pas le cas le cours du rouble. Les  
rendements obligataires (en rouble) longs, quant à eux, dépassent  
de 70 points de base leur niveau antérieur à l’annonce des  
nouvelles sanctions, mais restent néanmoins à des niveaux  
historiquement bas (7,7% fin juin).  
28,5% sans réforme).  
En 2017, le déficit stricto sensu du fonds de retraite était de 4,2% du  
PIB. Les dépenses s’élevaient à 9% du PIB alors que les  
contributions sociales atteignaient seulement 4,9% du PIB, l’écart  
étant financé par le gouvernement fédéral. La Banque mondiale  
estime que le coût supporté par le gouvernement pourrait atteindre  
près de 9% du PIB d’ici 2050 si aucune réforme n’était entreprise.  
Consolidation de la liquidité extérieure  
Au T1 2018, le surplus courant a augmenté de +29% par rapport à  
l’année dernière. Cette hausse résulte d’une très forte augmentation  
de la valeur des exportations de pétrole (conjointement à la hausse  
des prix internationaux car les volumes sont restés relativement  
stables).  
Selon les premières estimations de la banque centrale, ce  
mouvement s’est poursuivi sur les mois d’avril et mai car le surplus  
courant aurait atteint plus de deux fois le niveau enregistré l’année  
dernière à la même période, soit près de USD 50 mds. La valeur  
des exportations de pétrole aurait renoué avec ses plus hauts de  
La dépréciation du rouble pourrait générer des tensions  
inflationnistes et peser sur la consommation des ménages même si  
elle est favorable aux entreprises exportatrices. De plus, la mise en  
place des nouvelles sanctions pourrait peser sur les  
investissements privés.  
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014.  
En revanche, l’impact des sanctions sur les finances publiques et la  
Dans le même temps, les sorties nettes de capitaux privés ont  
augmenté pour atteindre USD 23,3 mds sur les cinq premiers mois  
de l’année 2018. Ce mouvement reflète toujours les  
remboursements de dette par les entreprises mais aussi des achats  
d’actifs étrangers dinvestisseurs russes ayant bénéficié d’une  
hausse de leurs recettes pétrolières.  
position extérieure du pays devrait rester limité.  
Les entreprises russes sanctionnées pourraient rencontrer des  
difficultés à faire face à leurs remboursements de dette en dollars.  
Néanmoins, la banque centrale a suffisamment de liquidités pour  
aider les entreprises concernées à faire face à ces contraintes de  
liquidités. En outre, le ministère des Finances a déjà annoncé  
qu’une ligne de crédit serait ouverte via Promzvyazbank.  
Sur les cinq premiers mois de l’année, les réserves de change ont  
augmenté de USD 20 mds pour atteindre plus de USD 376 mds fin  
mai, soit un niveau très confortable pour faire face au  
remboursement de dette à horizon des douze prochains mois qui  
sont estimés à USD 59 mds.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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