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Inde  
Le choc de la démonétisation, temporaire mais marqué  
Au premier semestre de l’exercice budgétaire 2016/2017 la croissance économique indienne a atteint 7,2%, soutenue par le  
dynamisme de la consommation des ménages dans un environnement désinflationniste. Néanmoins, sur la deuxième partie de  
l’année, l’activité devrait ralentir sensiblement en raison du choc induit par la démonétisation. Le manque de liquidités a occasionné  
une chute marquée des ventes automobiles et les indices PMI ont atteint des niveaux qui prévalaient en mai 2013. Ce choc devrait  
toutefois rester temporaire et l’activité devrait rebondir dès l’exercice 2017/2018 favorisée, notamment, par la consolidation de la  
situation des entreprises, même si les difficultés des banques publiques pourraient peser sur la distribution du crédit.  
Choc de croissance induit par la « démonétisation »  
1- Prévisions  
La croissance économique indienne a atteint 7,2% au premier  
semestre de l’exercice budgétaire 2016/2017 qui s’achèvera au  
2015 2016e 2017e 2018e  
(
1)  
PIB réel , variation annuelle (%)  
7,2  
7,2  
7,6  
7,0  
6,2  
7,3  
8,4  
8,0  
(2)  
PIB réel , variation annuelle (%)  
(2)  
Inflation moyenne (CPI, %)  
3
1/03/2017. La consommation des ménages et les dépenses  
publiques ont été particulièrement dynamiques alors que les  
investissements ont continué de reculer pour le troisième trimestre  
consécutif.  
4,9  
5,0  
5,7  
4,9  
(
1)  
Solde budgétaire gouv. central / PIB (%)  
-4,1  
46,4  
-1,3  
23,0  
322  
6,7  
-3,9  
47,6  
-1,1  
23,2  
336  
7,8  
-3,5  
47,4  
-0,8  
21,2  
337  
7,7  
-3,5  
46,2  
-1,6  
20,4  
369,0  
7,9  
(
1)  
Dette publique gouv. central / PIB (%)  
(
1)  
Solde courant / PIB (%)  
Néanmoins, la croissance devrait décélérer sensiblement au second  
semestre en raison des fortes contraintes sur la liquidité induites par  
le processus de démonétisation.  
(1)  
Dette extérieure / PIB (%)  
(1)  
Réserves de change , mds USD  
(1)  
Réserves de change , en mois d'imports  
Taux de change INR/USD (fin d'année)  
66,2  
67,8  
69,0  
72,0  
Le 8 novembre dernier, le gouvernement indien a pris la décision de  
retirer de la circulation tous les billets de 500 et 1000 roupies (INR)  
d’ici le 31 décembre, soit 85% des billets en circulation, l’objectif  
annoncé étant de réduire l’activité sous-terraine, la corruption et le  
blanchiment d’argent. Il est difficile de se prononcer sur la réussite  
d’une telle opération à moyen terme. En revanche, à court terme  
cette mesure devrait entraîner une forte décélération de l’activité  
économique car 78% des paiements se font en monnaie fiduciaire.  
Or, fin décembre, 48% des billets déposés n’avaient toujours pas  
été remplacés. Les premiers indicateurs conjoncturels des mois de  
novembre et décembre font état d’une forte baisse des ventes  
automobiles et d’une chute des indices de confiance des ménages  
et des entreprises.  
(
1): année budgétaire (du 1er avril de l’année t-1 au 31 mars de l’année t)  
(
2): année calendaire  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Indices PMI  
 Secteur manufacturier  Services  Indice composite  
5
8
56  
54  
52  
50  
Néanmoins, l’effet de la démonétisation sur l’activité économique ne  
devrait pas perdurer au-delà du mois de mars. Par ailleurs, la  
consolidation de la situation financière des entreprises et  
l’assouplissement des conditions de crédit devraient favoriser la  
reprise des investissements au cours de l’exercice 2017/2018,  
même si les difficultés des banques publiques pourraient peser sur  
la distribution du crédit.  
48  
4
6
4
4
42  
01-14  
07-14  
01-15  
07-15  
01-16  
07-16  
Des conditions monétaires encore peu favorables  
Source : Macrobond  
Jusqu’à présent, en dépit de la baisse des taux de politique  
monétaire (-175 points de base depuis fin 2014), les taux d’intérêt  
sur les crédits sont restés à des niveaux particulièrement élevés. Ils  
atteignaient en moyenne 10,4% fin septembre, soit seulement 100  
points de base de moins qu’il y a deux ans. Néanmoins, suite au  
retrait des anciens billets et à la hausse concomitante des dépôts, la  
liquidité bancaire a très fortement augmenté. Le ratio des crédits  
aux dépôts atteignait seulement 69% en fin d’année. Dans ces  
conditions, et à l’appel du gouvernement, certaines banques ont  
assoupli leurs conditions de crédit. Ainsi, State Bank of India a  
abaissé son taux de prêt de référence de 90 points de base début  
janvier.  
Consolidation de la situation des entreprises  
Les entreprises indiennes ont poursuivi leur processus de  
désendettement au troisième trimestre 2016 et, globalement, leur  
position financière s’est consolidée.  
La banque centrale estime que les entreprises fortement endettées  
ou très fortement endettées ne représentaient plus que 30,5% des  
1
1
Les entreprises fortement endettées et très fortement endettées sont celles dont le  
ratio de dette rapportée au capital est supérieur à 2 ou 3 respectivement.  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
1er trimestre 2017  
7
entreprises privées non financières en septembre 2016, soit 25  
points de moins qu’en 2015.  
3
- Actifs risqués (% crédits)  
Banques publiques  
Ensemble du secteur bancaire  
Par ailleurs, seules 14,1% des entreprises présentaient un ratio des  
charges d’intérêt rapportées au profit supérieur à 1 (soit près de  
deux points de moins qu’il y a un an).  
1
8
16  
1
4
Globalement, la rentabilité des entreprises s’est redressée ; les  
profits nets des entreprises privées ont enregistré une hausse de  
plus de 16% en g.a. au T3 2016 alors même que les dépenses  
augmentaient pour la première fois depuis plus de deux ans. Dans  
le même temps, leur profitabilité s’est redressée.  
12  
1
0
8
6
4
2
0
Néanmoins, la situation financière reste très hétérogène selon les  
secteurs d’activité. Les entreprises du secteur de l’acier et du fer  
comme celles appartenant au secteur de l’énergie et de la  
construction restent parmi les plus fragiles. Elles ont un niveau  
d’endettement élevé et leurs profits sont toujours à peine suffisants  
pour couvrir leurs charges d’intérêt. On note cependant une nette  
amélioration de la situation financière des entreprises du textile.  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : Reserve Bank of India  
banques publiques affichent un ROA et un ROE négatifs, les  
banques privées et étrangères ont des résultats très satisfaisants.  
Secteur bancaire : la qualité des crédits continue de  
se détériorer  
A moyen terme, les banques indiennes vont être confrontées à une  
hausse significative de leurs besoins en capital afin de respecter les  
nouvelles normes règlementaires internationales d’ici mars 2019.  
La qualité des actifs bancaires a continué de se détériorer en 2016.  
Fin septembre, le ratio des créances douteuses atteignait 9,3% et la  
part des prêts considérés comme risqués s’élevait à 12,3% des  
crédits totaux, soit un point de plus qu’il y a un an. Toutefois, alors  
que la situation des banques publiques n’a pas cessé de se  
dégrader depuis quatre ans, celle des banques privées est restée  
relativement stable. Fin septembre 2016, 15,8% des prêts accordés  
par les banques publiques étaient considérés comme risqués alors  
que ce ratio était de seulement 4,6% dans les banques privées.  
Fin juin 2016, le ratio de solvabilité était de 13% et le ratio Tier-1  
n’était que de 10,6%, mais la situation est très disparate selon les  
banques. Globalement, les ratios de solvabilité des banques  
publiques sont de l’ordre de 11% alors que ceux des banques  
privées sont compris entre 13% et 15%. Fin juin 2016, dix banques  
publiques sur vingt-sept avaient un ratio de solvabilité inférieur au  
minimum requis pour respecter les contraintes bâloises de 2019  
(
11,5%). En revanche, toutes les banques « systémiques » avaient  
Les créances à risque restent concentrées dans l’industrie et plus  
particulièrement dans les secteurs des métaux, de la construction,  
des infrastructures, du textile et de l’alimentaire. La banque centrale  
estime notamment que près de 43% des crédits octroyés aux  
entreprises métallurgiques sont risqués.  
des ratios de fonds propres supérieurs au minimum requis.  
Pour faire face aux exigences réglementaires, Fitch estime les  
besoins en capital de l’ensemble du secteur bancaire à  
USD 90 mds (soit environ 4% du PIB) dont 83% pour les seules  
banques publiques. Le FMI estime, pour sa part, leurs besoins à  
1,8% du PIB voire 3% du PIB si leur situation financière se  
détériorait davantage. Or, même si le gouvernement soutient ses  
banques, il n’a prévu d’injecter que INR 700 mds soit l’équivalent de  
La qualité des actifs bancaires devrait continuer de se détériorer au  
cours des douze prochains mois. En effet, même si, globalement, la  
situation des entreprises s’améliore, elle reste fragile dans les  
secteurs les plus exposés. Par ailleurs, la démonétisation va peser  
sur la reprise de l’activité.  
USD 10,4 mds (0,5% du PIB). Depuis l’exercice budgétaire  
2
2
015/2016 près de INR 500 mds ont déjà été injectés (0,4% du  
En réponse à la hausse des créances douteuses, les banques  
publiques ont augmenté leurs provisions de plus de 53% sur les  
douze derniers mois. Néanmoins, la banque centrale estime que  
celles-ci restent très insuffisantes pour couvrir les éventuelles pertes  
en capital car elles ne couvrent que 41,5% des créances douteuses.  
PIB) et INR 100 mds supplémentaires le seront 2017/2018 et en  
018/2019. A ce jour, en raison de la détérioration des bilans des  
2
banques publiques, il semble difficile d’envisager qu’elles  
parviennent à lever des capitaux sur les marchés à hauteur  
d’environ 3% du PIB. Le gouvernement pourrait être contraint de  
soutenir les banques publiques bien plus qu’il ne l’a fait jusqu’à  
présent. La consolidation des finances publiques pourrait alors être  
mise à mal.  
Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, la banque  
centrale estime que sur l’ensemble du secteur bancaire, six  
banques (dont cinq banques publiques) subiraient des pertes  
supérieures au capital détenu, en cas de choc macroéconomique  
standard.  
La rentabilité des banques reste faible et a fortement diminué au  
cours des douze derniers mois. Globalement, le ROA et le ROE  
atteignaient respectivement 0,4 et 5 en septembre 2016 alors qu’ils  
étaient de 0,7 et 8,5 en septembre 2015. Néanmoins, alors que les  
2
La recapitalisation du secteur bancaire pourrait néanmoins excéder les prévisions  
budgétaires du gouvernement pour l’exercice 2016/2017. Fin décembre, INR 229  
mds avaient été injectés sur INR 250 mds prévus.  
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1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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