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Corée du Sud  
La crise politique n’explique pas tout  
Après plusieurs mois de crise politique, le parlement a voté la destitution de la présidente Park au début du mois de décembre.  
Dans l’attente de la validation du Conseil constitutionnel, permettant la tenue de nouvelles élections, le Premier ministre a été  
nommé président par intérim. Le flou politique des prochains mois pèsera sur la croissance, mais le soutien limité de la politique  
économique et le manque de vigueur du secteur exportateur contribueront davantage au ralentissement attendu en 2017. A moyen  
terme, les défis sont nombreux mais la bonne santé des comptes externes et des finances publiques et la solidité du secteur  
bancaire devraient permettre à la Corée de se réformer sans augmenter sa vulnérabilité de manière significative.  
Semestre mouvementé  
1- Prévisions  
La croissance coréenne a ralenti au deuxième semestre. Le soutien  
apporté par les autorités à l’été 1 a permis de contenir le  
ralentissement du PIB réel au T3, à 2,6% en g.a., après 3,2% au T2.  
Celui-ci s’est certainement amplifié au dernier trimestre : le secteur  
de la construction a montré des signes de faiblesse, la  
restructuration du secteur naval et le niveau élevé de la dette des  
ménages ont ralenti la progression de la demande interne. Dans le  
même temps, les exportations sont restées très affaiblies et  
pénalisées par l’arrêt de la production et de l’exportation du Galaxy  
Note 7 de Samsung. Enfin, la cristallisation de la crise politique et  
ses retombées sur les conglomérats (chaebols) ont lourdement  
pesé sur la demande interne.  
2015 2016e 2017e 2018e  
2,6 2,7 2,8 3,3  
0,7 0,9 1,5 2,0  
-2,1 -2,3 -2,4 -2,5  
36,0 37,5 37,5 38,5  
7,8 7,0 6,1 6,5  
31,4 32,6 34,0 35,0  
358 364 368 370  
6,6 7,1 7,5 7,5  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change KRW/USD (fin d'année) 1 200 1 200 1 250 1 250  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Début décembre, le Parlement a en effet voté la destitution de la  
présidente Park, élue en 2012, mettant un terme à plusieurs mois  
de manifestations populaires appelant à sa démission. Au-delà du  
scandale politique, c’est l’échec relatif du « Plan pour l’innovation  
économique » qui lui est reproché, ainsi que la mauvaise gestion  
des différentes crises auxquelles le gouvernement a été confronté  
depuis son arrivée (le naufrage du ferry Sewol en 2014 et l’épidémie  
de coronavirus en 2015 notamment). Le très grand nombre de voix  
en faveur de la destitution de la présidente Park (234 sur 300)  
illustre l’ampleur de la mobilisation à son encontre, y compris au  
sein de son parti, le Saenuri Party. Celui-ci compte 126 députés à  
l’Assemblée, contre 174 députés d’opposition, tous partis confondus  
2
- Croissance du PIB  
Croissance du PIB (%) et composantes (p.p.), g.a.  
 Conso. privée  Conso. publique  FBCF  Exportations nettes  
Croissance du PIB en g.a., %  
1
0
8
6
4
2
0
(
dont 122 députés du Minjoo Party of Korea, de centre gauche).  
-2  
-
4
La Cour constitutionnelle a jusqu’à six mois (soit mi-juin 2017 au  
plus tard) pour valider la destitution de la présidente. Si la décision  
est entérinée, elle sera officiellement destituée et de nouvelles  
élections seront organisées dans les soixante jours suivant la  
décision. Dans le cas inverse, qui paraît très peu probable, la  
présidente sera maintenue en poste et ira jusqu’au bout de son  
mandat, en février 2018. Dans l’intervalle, la présidente a été  
suspendue de ses fonctions et le Premier ministre Hwang Kyo-ahn,  
qui n’a jamais été élu, a été nommé président intérimaire.  
-6  
-8  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : comptes nationaux  
budget 2017, qui prévoit de dépenser 70% du total du budget au  
cours du premier semestre, devraient cependant être respectés.  
A plus longue échéance, les réformes structurelles nécessaires  
pourraient également s’avérer difficiles à mettre en place pour le  
nouveau gouvernement. LAssemblée ne dispose pas de franche  
majorité, freinant potentiellement tout projet de réforme à venir, quel  
que soit le parti dont sera issu le vainqueur de l’élection  
présidentielle.  
Soutien limité de la politique économique…  
D’ici la tenue de nouvelles élections, il est très probable que le  
gouvernement intérimaire ne mette pas en œuvre de nouvelles  
mesures de soutien à la croissance. Bien qu’insuffisants pour  
véritablement soutenir la croissance, les objectifs fixés par la loi de  
Un nouveau plan de soutien ponctuel à la croissance après les  
élections (comme cela a été le cas tous les ans au cours des cinq  
dernières années) n’est pas à exclure, mais son ampleur devrait  
rester modeste, dans la lignée des précédents. A court terme, les  
1
La banque centrale a abaissé son taux directeur de 25 pb, à 1,25% et un plan de  
relance de 0,6% du PIB a été mis en place par le gouvernement.  
economic-research.bnpparibas.com  
Corée du Sud  
1er trimestre 2017  
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marges de manœuvre sont pourtant confortables : le déficit (hors  
fonds de sécurité sociale) devrait à peine augmenter, à 2,4% du PIB  
en 2016, et la dette publique est inférieure à 40% du PIB.  
3
- Décomposition des exportations  
Croissance des exportations (%) et principales destinations (p.p.), g.a.  
Chine  ASEAN + Japon  Etats-Unis  Reste du monde  
Total  
Au-delà du blocage politique à court terme, le manque d’ampleur  
des mesures adoptées depuis le début des années 2000 provient  
surtout de l’attachement à une gestion rigoureuse de la politique  
budgétaire, ayant pour objectif de prévenir les effets du  
vieillissement de la population sur les finances publiques. Cet  
engagement a été renouvelé lors de la présentation du plan de  
gestion à moyen terme (2016-2020) en septembre dernier, dont les  
deux objectifs principaux sont de « se préparer aux changements  
démographiques et à la restructuration industrielle » du pays. D’ici à  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
-5  
2
020, le plan prévoit de réduire le déficit à 1% du PIB (hors fonds de  
-10  
-15  
sécurité sociale) et de maintenir la dette autour de 40% du PIB.  
-
20  
25  
La politique monétaire est quant à elle contrainte par le niveau élevé  
de la dette des ménages (environ 80% du PIB au T3) et son  
augmentation rapide (près de huit points de pourcentage au cours  
des deux dernières années), bien que celle-ci ne pose pas à court  
terme de risque systémique. L’amélioration de la structure de la  
dette entamée au cours de la dernière décennie s’est accélérée  
depuis 2015, avec l’introduction du plan de restructuration des  
prêts : la part des emprunts à taux fixe a notamment augmenté à  
près de 40% du total au T3 2016 (moins de 25% en 2014), mais les  
ménages restent vulnérables à une remontée des taux d’intérêts.  
-
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : Banque Centrale  
réexportation, la Corée pourrait également être indirectement  
pénalisée si les exportations chinoises subissaient des mesures de  
restriction importantes.  
En résumé, les perspectives ne sont pas très favorables à court  
terme : la demande interne restera affaiblie par la crise politique et  
la restructuration du secteur naval, sans franc soutien de la politique  
économique, alors que les exportations manqueront de vigueur.  
Dans son dernier communiqué, la banque centrale a indiqué qu’elle  
souhaitait maintenir une politique accommodante, tout en  
poursuivant les efforts effectués au cours des dernières années  
pour améliorer la stabilité financière. Elle a laissé inchangé son  
principal taux directeur à 1,25% (un plus bas historique) depuis juin  
dernier.  
 Le secteur bancaire reste solide  
A moyen terme en revanche, les défis sont nombreux mais la Corée  
dispose datouts essentiels qui réduisent ses vulnérabilités: les  
finances publiques sont saines, les comptes externes sont solides,  
et le niveau élevé de la dette des ménages tout comme la  
restructuration du secteur naval n’ont pas affecté la solidité du  
secteur bancaire. Dans un contexte de croissance relativement  
faible, la qualité des actifs pourrait se détériorer temporairement,  
notamment dans les secteurs les plus vulnérables, comme la  
construction navale (qui ne représente toutefois que 2,5% du total  
des prêts). Les ratios de créances douteuses ont déjà légèrement  
augmenté au cours des six derniers mois, mais restent à de très  
bas niveaux (inférieurs à 2% au total, mais à 12% dans le secteur  
du transport maritime et de la construction navale). Par ailleurs, les  
mesures macroprudentielles mises en place par la banque centrale  
permettent de maintenir des conditions de financement et de  
liquidité stables. En outre, bien que le financement en devises  
représente encore près de 15% du total des prêts bancaires, les  
banques détiennent suffisamment de liquidités à court terme (aussi  
bien en monnaie locale qu’en devise), ce qui réduit leur vulnérabilité  
en cas d’assèchement de l’accès au financement.  
…et du secteur exportateur  
Au total, nous tablons sur une légère progression du PIB réel en  
017 (2,8%, après 2,7% en 2016). La faiblesse de la demande  
2
interne serait la cause de la faible progression, compensée en  
partie par la reprise des exportations. Celle-ci se poursuivrait  
ensuite, permettant à la croissance d’accélérer de 3,3% en 2018. La  
reprise resterait toutefois modérée, inférieure à la moyenne  
observée entre 2011 et 2014 (3% par an, quand elle était de 5% par  
an en moyenne entre 2000 et 2010).  
En effet, les perspectives pour le secteur exportateur ne sont pas  
très encourageantes. D’une part, les faiblesses structurelles  
demeurent : la Corée est très intégrée, à la fois aux chaînes de  
valeur mondiales et à l’économie régionale, et donc particulièrement  
exposée i/ au ralentissement chinois, ii/ à la stagnation du  
commerce mondial, et iii/ au déclin des gains tirés de l’extension  
des chaînes de production. D’autre part, la montée du  
protectionnisme observée au cours des deux dernières années  
pourrait pénaliser les exportations coréennes, surtout en cas de  
changement radical de la politique commerciale des Etats-Unis, qui  
représentent 14% du total des exportations. La situation pourrait se  
compliquer davantage si le traité de libre-échange entre la Corée et  
les Etats-Unis était renégocié ou dénoncé, ce qui pénaliserait  
surtout l’industrie automobile (plus du tiers des exportations à  
destination des Etats-Unis sont liées à ce secteur). En outre,  
compte tenu du poids des exportations vers la Chine à des fins de  
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1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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