Perspectives

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Danemark  
Une croissance équilibrée  
L’économie danoise devrait continuer à bénéficier de vents porteurs et croître à un rythme supérieur à son potentiel, et ainsi afficher  
un accroissement du PIB de près de 2% cette année. Les exportations profiteront vraisemblablement d’une conjoncture internationale  
favorable, tandis que la hausse des salaires et de l’emploi soutiendront le revenu disponible et la consommation privée. L’économie  
danoise devrait en outre continuer à profiter d’une politique monétaire accommodante.  
La croissance du PIB, de 0,6% t/t au T4 2016 et au T1 2017,  
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- Croissance et inflation  
 Croissance du PIB (%)  
Prévision  
pourrait légèrement ralentir au cours des prochains trimestres.  
Toutefois, l’économie danoise devrait continuer à bénéficier de  
vents porteurs et croître à un rythme supérieur à son potentiel. Elle  
devrait ainsi afficher une croissance de plus de 2% cette année  
 Inflation (%)  
Prévision  
2,2  
(
après +1,7% en 2016).  
1,8  
1,7  
1,7  
1,1  
1,6  
1,0  
Une conjoncture internationale plus favorable  
Les exportations danoises devraient profiter d’un environnement  
porteur. L’embellie se confirme en effet chez nombre de ses  
principaux partenaires, notamment l’Allemagne, avec qui le  
Danemark entretient des liens commerciaux étroits (16% des  
exportations de marchandises en 2016). En outre, le fret maritime  
danois, qui a représenté près de 15% des exportations de biens et  
services en 2016, pourrait tirer profit d’un accroissement des flux  
commerciaux. La nouvelle progression de l’indice des commandes  
étrangères de l’enquête de la Commission européenne dans le  
secteur manufacturier (à -15,5 en moyenne au T2 2017, après -18  
au T1 2017) annonce d’ailleurs celle des exportations.  
0,6  
0
,5  
0
,3  
14  
15  
16  
17  
18  
14  
15  
16  
17  
18  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas Recherche économique Groupe.  
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- Repli du taux de chômage  
emploi (g.a., %)  taux de chômage (é.d., %)  
La progression des importations sera toutefois vraisemblablement  
de plus grande ampleur. La demande intérieure demeurera en effet  
l’élément moteur de la croissance au cours des prochains trimestres.  
Une croissance soutenue par la demande intérieure  
La croissance de l’investissement en machines et biens  
d’équipement (+5% en 2016) continuera vraisemblablement à  
croître à un rythme relativement soutenu en raison de la résorption  
des capacités de production excédentaires et des perspectives  
favorables de croissance. En revanche, l’investissement résidentiel,  
qui avait fortement augmenté en 2016 (+11%), pâtira probablement  
d’une légère modération de la hausse des prix de l’immobilier.  
Source : Eurostat  
La hausse des prix à la consommation, en cours depuis le début  
d’année (+0,8% g.a. en mai), devrait en effet se poursuivre. Les  
effets de base dus à la baisse passée du prix du pétrole devraient  
progressivement s’estomper, mais la résorption des capacités  
excédentaires et la progression des salaires alimenteront la hausse  
des prix.  
population active résultant du relèvement de l’âge minimal de départ  
anticipé à la retraite .  
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Ce repli, l’orientation haussière des prix immobiliers et la valeur de  
leurs actifs sont autant de facteurs susceptibles de soutenir le moral  
des ménages et une baisse de leur taux d’épargne.  
La politique monétaire danoise dépend de celle menée par la  
Banque centrale européenne, la couronne danoise étant arrimée à  
l’euro . Elle devrait donc rester accommodante (le taux appliqué à la  
Selon l’enquête de la Commission européenne, le rythme des  
créations d’emplois devrait ralentir, notamment dans le secteur des  
services, qui emploie près de 80% des salariés. Toutefois, elles  
continueront à soutenir le revenu disponible. Ces créations  
d’emplois devraient, en outre, se traduire par un nouveau recul du  
taux de chômage, actuellement à son niveau le plus bas depuis le  
printemps 2009 (à 5,7% en avril). Elles devraient en effet être de  
suffisamment grande ampleur pour contrebalancer la hausse de la  
2
1
Report progressif, depuis 2014, de l’âge minimal de départ anticipé à la retraite de  
6
2
0 ans à 64 ans entre 2014 et 2023.  
La couronne danoise bénéficie d’une marge de fluctuation de +/- 2,25% autour du  
cours pivot de 7,46 DKK pour un euro.  
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Danemark  
3ème trimestre 2017  
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facilité de dépôt est actuellement de -0,65%) comme au sein de la  
zone euro où la prudence reste de mise.  
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- Peu d’inégalités de revenus  
Coefficients de GINI*, en 2015  
Réduction du rythme de l’assainissement budgétaire  
Le déficit budgétaire devrait se creuser de près de 1 point de PIB en  
017 (après -0,9% du PIB en 2016). Toutefois, cette détérioration  
2
devrait résulter essentiellement d’une normalisation des revenus  
provenant de la taxation des rendements sur les fonds de pension.  
3
Le déficit structurel devrait d’ailleurs, selon le FMI, se détériorer de  
seulement 0,2 point cette année (à -0,6% du PIB).  
Le gouvernement prévoit de réduire le rythme de l’assainissement  
budgétaire, mais il devrait parvenir à ramener son déficit en 2018  
autour de 1% du PIB grâce à une diminution des effets  
exceptionnels, à la croissance de l’activité et à l’augmentation de la  
participation au marché du travail. Parallèlement, le poids de la  
dette publique, de 37,8% du PIB en 2016, devrait à nouveau  
*
Le coefficient de Gini varie de 0 à 1, où 0 signifie l'égalité parfaite et 1 signifie une  
inégalité parfaite.  
Source : Eurostat  
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s’alléger en 2018 grâce à une réduction du déficit primaire , à la  
hausse du PIB nominale et à la faiblesse des taux d’intérêt.  
près de 68,8% des salariés étaient, en 2013, syndiqués, contre  
7,7% en France et 18,1% en Allemagne.  
Les spécificités du modèle de « flexisécurité »  
Le modèle répond à nombre d’attentes sur le front de l’emploi. Le  
Danemark bénéficie d’une croissance plus riche en emplois que  
nombre de ses partenaires européens. Il peut également se targuer  
d’afficher un taux d’emploi nettement supérieur à celui observé en  
moyenne dans l’UE. Celui-ci avoisinait en effet 75% et 67%  
respectivement au Danemark et au sein de l’UE en 2016. Ce  
constat vaut également pour les populations qui ont  
traditionnellement plus difficilement accès au marché du travail à  
savoir les femmes, les jeunes de moins de 25 ans et les personnes  
de plus de 55 ans. Les politiques actives à destination des  
chômeurs semblent pour leur part favoriser un retour plus rapide  
des demandeurs d’emploi sur le marché du travail grâce à une  
meilleure adéquation entre l’offre et la demande de travail. La  
proportion de chômeurs sans emploi depuis plus d’un an est en  
effet nettement plus faible au Danemark (de 22,3% en 2016) qu’au  
sein de l’UE (46,4%). La négociation collective contribue par ailleurs  
à contenir les écarts de salaires. A la négociation collective s’ajoute  
l’action des pouvoirs publics, qui concoure également à limiter les  
inégalités de revenus grâce aux impôts et aux transferts publics.  
Celles-ci, mesurées par l’indice de Gini, sont en effet parmi les plus  
faibles de l’OCDE.  
Le Danemark se caractérise par son faible taux de chômage (5,7%  
en avril), désormais inférieur au taux de chômage structurel ou  
NAIRU évalué à 6,3% par l’OCDE en 2016. Une réussite souvent  
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mise au compte du modèle de « flexisecurité ». Ce modèle vise à  
concilier la flexibilité et la sécurité du marché du travail en  
permettant aux entreprises d’embaucher et de licencier facilement  
en fonction de l’évolution de leur activité, tout en assurant aux  
individus une source de revenus suffisante en cas de perte d’emploi.  
Les entreprises prennent dès lors davantage le risque d’embaucher  
en période de reprise, tandis que les syndicats de salariés  
soutiennent plus facilement la flexibilité du marché du travail grâce à  
la générosité des prestations chômage. Le modèle danois repose  
également sur une politique active de formation afin de faciliter le  
retour au travail des personnes sans emploi, politique doublée d’un  
contrôle strict des chômeurs.  
Les partenaires sociaux occupent également une place centrale  
dans le modèle danois. Le Danemark a dû transposer la  
règlementation européenne dans sa législation au cours de ces  
dernières années, mais il continue de donner la part belle aux  
partenaires sociaux. Les pouvoirs publics ne fixent par exemple  
aucun salaire minimum à l’échelon national. Les accords de  
branche définissent les contours des négociations menées au  
niveau de l’entreprise dans le cadre d’une « décentralisation  
verticale », sur les salaires, le temps de travail et les congés.  
Ce constat mérite cependant d’être nuancé. Près du quart des  
salariés danois travaillent à temps partiel, soit davantage qu’au sein  
de l’UE (19,5% de l’emploi en 2016). En outre, la sensibilité de  
l’emploi à l’activité comporte certains risques en cas de  
retournement du cycle économique. L’emploi tend en effet à  
s’ajuster fortement à la baisse. Les prestations chômage et les  
formations permettent de pallier certains effets de la crise, à savoir  
une baisse tout aussi abrupte de la consommation privée et une  
perte de compétences des chômeurs. Toutefois, laugmentation des  
prestations pèsent, en période de crise, sur les finances publiques,  
et les politiques de l’emploi axées sur la formation sont moins  
efficaces en raison du manque d’emplois vacants.  
L’équilibre des forces en présence favorise la négociation d’accords  
mutuellement bénéfiques. Le tissu social danois est en effet  
composé d’organisations salariales et patronales représentatives,  
donc légitimes et à même de mener des négociations sur la base  
d’une reconnaissance mutuelle de leurs prérogatives. Selon l’OCDE,  
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Le solde structurel équivaut au solde qui serait atteint si le PIB était égal à son  
potentiel et corrigé des mesures exceptionnelles.  
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Il équivaut au déficit budgétaire hors paiement des intérêts sur la dette.  
5
Le NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment) est utilisé pour  
mesurer le taux de chômage structurel. Il s’agit du taux de chômage compatible avec  
la stabilité des prix.  
economic-research.bnpparibas.com  
Danemark  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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