Conjoncture

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Conjoncture // Juin 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
D’importantes contraintes d’offre et des difficultés de recrutement se sont fait jour fin 2017. Elles sont normales en phase d’accélération  
de la croissance mais elles ont marqué les esprits car d’autres indicateurs ne témoignent pas des mêmes tensions. L’écart de  
production, l’indicateur de référence du cycle, tel qu’estimé aujourd’hui, n’était en effet pas complètement refermé en 2017 et la faiblesse  
de l’inflation sous-jacente suggère même un écart plus négatif. Ces évolutions soulèvent la question de la position de l’économie  
française dans son cycle. D’après notre analyse, elle aurait quitté la phase de reprise et atteint son pic de croissance, sans pour autant  
donner de signes de blocage typiques d’une fin de cycle. L’économie se situerait dans la phase intermédiaire, dite « de croissance », qui  
se caractérise par une décélération, la croissance restant toutefois supérieure à son rythme potentiel.  
Sur la base des indicateurs économiques actuellement disponibles, blocage se caractérise par le passage de la croissance réelle sous la  
l’économie française aurait quitté le stade de la reprise pour entrer dans croissance potentielle (baisse de l’indicateur du cycle2).  
la phase de croissance (ou « d’expansion »). Qu’implique cette position  
A chacune des phases du cycle correspondent des enchaînements  
dans le cycle ? Que le pic de croissance est probablement derrière  
macroéconomiques qui aident aussi à positionner l’économie dans son  
nous mais que le pic du cycle n’est pas encore atteint et, a fortiori, que  
cycle. Le point de départ de l’analyse est l’évaluation de la disponibilité  
la fin de cycle est plus lointaine encore (sauf choc adverse). Cette  
des facteurs de production. Le freinage de la croissance, une fois son  
phase du cycle se caractérise toutefois par un certain ralentissement de  
pic atteint, advient en raison du manque d'un ou de plusieurs facteurs  
la croissance, dont nous cherchons à évaluer l’ampleur.  
de production : équipements, main-d'œuvre par type de qualification,  
matières premières, financement. Le ralentissement vient du fait que  
ces différents facteurs ne sont pas ou peu substituables à court terme,  
la première contrainte forte rencontrée tendant donc à freiner l'activité.  
1
L’analyse cyclique permet d’interpréter la dynamique endogène du Ensuite, la concurrence accrue sur des ressources raréfiées tend à en  
cycle conjoncturel et de distinguer différentes étapes, précieuses pour augmenter les prix. Elle s'accompagne également d'une baisse de leur  
positionner l’économie dans son cycle.  
efficacité et de leur productivité marginale. Cette diminution contribue à  
son tour à augmenter les coûts de production et à freiner l'activité.  
Le cycle de croissance, usuellement représenté par l’écart de  
production, peut ainsi être découpé en quatre phases : récession, L’approche du point haut du cycle (qui nous intéresse plus  
reprise, croissance, blocage (cf. graphiques 1 et 2). Selon la définition particulièrement ici) se caractérise donc par une « course » à  
technique, la récession consiste en deux trimestres consécutifs au l’utilisation des facteurs de production et par des pressions à la hausse  
moins de contraction du PIB réel. La phase de reprise qui s’ensuit est sur les prix de ces facteurs. Les besoins en investissements se font  
(
ou censée être) caractérisée par un rythme de croissance vigoureux, plus pressants du fait des tensions sur les capacités, les revendications  
rapidement supérieur à celui de la croissance potentielle, jusqu’à salariales montent et les charges financières augmentent (le poids des  
atteindre un taux de croissance maximal à partir duquel s’enclenche la dettes contractées pendant la phase de croissance s’alourdissant avec  
phase de croissance. Celle-ci s’étend du pic de croissance (taux de la montée des taux d’intérêt). La hausse des coûts salariaux unitaires  
croissance de l’économie à son maximum) jusqu’au pic du cycle (écart (CSU) en fin de cycle (résultant de salaires plus dynamiques et de  
de production à son maximum). Cette phase se caractérise par une gains de productivité moins dynamiques) déforme le partage de la  
lente décélération de la croissance réelle qui reste toutefois supérieure valeur ajoutée, à l’avantage des salaires et au détriment des profits. Au  
à la croissance potentielle. C’est a priori la phase du cycle la plus cours du cycle, la situation des entreprises est la plus favorable lorsque  
longue. S’amorce ensuite la phase de blocage (ou de surchauffe) qui le rythme de progression et le niveau de l’activité sont élevés mais sans  
dure jusqu’au premier taux de croissance négatif. Cette phase de être en surchauffe. En revanche, en phase de blocage, la situation des  
entreprises se complique car la hausse de leur taux de marge vient  
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OFCE (1993), Cycles d’hier et d’aujourd’hui : développements théoriques, approche  
2
conjoncturelle, instruments et analyses empiriques, permanences et changements, Revue  
L’expression de « growth recession » est aussi utilisée, à distinguer de la récession  
de l’OFCE, n°45, juin.  
classique définie par une contraction du PIB.  
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buter sur celle des CSU. Le retournement à la baisse du taux de marge  
qui s’ensuit est un signe avant-coureur du retournement du cycle car il  
est de nature à entraîner dans son sillage les dépenses  
d’investissement des entreprises, une réduction qui entraîne à son tour  
la croissance et l’emploi dans une spirale baissière auto-entretenue.  
France : représentation stylisée du cycle de croissance  
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pic du cycle  
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En toute fin de cycle, une hausse du taux d’épargne des ménages peut  
s’ajouter à la baisse du taux de marge des entreprises et exercer un  
frein supplémentaire sur les dépenses d’investissement. Cette hausse  
du taux d’épargne des ménages peut résulter d’une saturation des  
besoins de consommation, d’une montée de l’épargne de précaution,  
d’un moindre accès des ménages au crédit bancaire si leur profil de  
risque est jugé dégradé3.  
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creux du cycle  
Graphique 1  
Source : BNP Paribas  
En résumé, la phase de blocage se caractérise par une sollicitation  
forte des capacités et des facteurs de production et par une forme de  
concurrence entre les agents économiques pour capter des ressources  
moins abondantes et plus onéreuses. Ces tensions, à l’origine du  
blocage de la croissance, peuvent être un temps surmontées par la  
hausse de l’endettement et celle des prix. Mais cette hausse finit par  
entraîner un resserrement monétaire, voire aussi macro-prudentiel, qui  
vise à refroidir l’économie en surchauffe. Le rôle de la hausse des taux  
d’intérêt (courts comme longs) dans le retournement du cycle, pour  
important qu’il soit, ne signifie pas que la politique monétaire porte  
nécessairement toute la responsabilité des récessions. Le retournement  
est inéluctable dès lors que les ressources physiques et financières se  
font plus rares et/ou plus chères, contraignant les ménages et/ou les  
entreprises à, plus ou moins soudainement, réduire leurs dépenses.  
France : représentation stylisée des évolutions du PIB réel autour du  
PIB potentiel  
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Graphique 2  
Source : BNP Paribas  
Si l’évolution des taux n’est pas forcément le déclencheur du  
retournement conjoncturel, elle peut être un amplificateur ou, au moins,  
un indicateur. L’inversion de la courbe (des taux courts supérieurs aux  
taux longs) est, en effet, un indicateur avancé réputé des récessions  
américaines. La logique sous-jacente est la suivante : les taux courts  
montent sous l’effet du resserrement de la politique monétaire, les taux  
longs suivent d’abord, plus ou moins, le mouvement (aplatissement de  
la courbe), avant de commencer à anticiper le retournement de l’activité  
et l’effet récessif du resserrement monétaire, et de refluer en  
conséquence (inversion de la courbe). En revanche, dès lors que  
d’autres éléments interfèrent dans la formation des taux (comme la  
politique d’assouplissement quantitatif), que leur évolution n’est pas  
principalement dictée par l’évolution de la politique monétaire  
conventionnelle, la pertinence du signal peut s’en trouver affectée. Il  
devient alors difficile, comme aujourd’hui, de distinguer la fausse alerte  
du « vrai » signal. Le mouvement actuel d’aplatissement de la courbe  
des taux américains soulève, en effet, quelques inquiétudes quant à la  
fin proche du cycle américain.  
Ces inquiétudes sont partagées de ce côté de l’Atlantique dans la  
mesure où, jusqu’ici, la fin du cycle américain a toujours signé la fin du  
cycle pour tous.  
Le repère de la courbe des taux n’est pas le seul à être perturbé  
actuellement. En effet, toute la grille de lecture du cycle et des  
mécanismes endogènes des retournements conjoncturels semble  
questionnée par la moindre force du signal prix (en d’autres termes la  
faiblesse de l’inflation) sur lequel elle repose en grande partie. Les deux  
dernières fins de cycle (2000-2001 et 2007-2008) ont, toutefois, déjà  
montré qu’absence d’inflation ne signifie pas absence d’excès  
d’accumulation. Et c’est cet excès, quel qu’il soit (excès  
d’investissement, d’endettement des différents agents économiques),  
qui importe : il porte en lui le germe du retournement et, une fois révélé,  
il siffle la fin du match avec plus ou moins de sévérité selon l’ampleur  
du déséquilibre, la nature surprenante ou non du choc et sa  
propagation. Le cycle peut éventuellement voir sa durée de vie  
prolongée par l’absence d’inflation mais ses excès, qui lui sont  
consubstantiels, finissent toujours par le rattraper.  
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A ce stade du cycle, les besoins de financement des administrations publiques sont  
censés être réduits par le jeu favorable de la croissance et donc ne pas entrer en  
concurrence avec les besoins de financement des agents privés.  
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Les deux dernières crises ont aussi montré que les cycles se suivaient capacité de la croissance française à accélérer encore ou, au moins, à  
mais ne se ressemblaient pas. Chacune a traduit les excès d’un agent tenir le rythme et à continuer de croître, une année de plus, à près de  
différent : de manière très schématique, les entreprises dans le cas de 3% l’an par trimestre comme en 2017. Elles suggèrent même que la  
l’éclatement de la bulle Internet en 2000 ; les ménages, couplés au croissance, à peine passée à la vitesse supérieure, soit vouée à ralentir  
secteur financier, dans le cas de la crise des subprime en 2007-2008. déjà pour revenir sur un rythme moins élevé mais plus soutenable.  
En revanche, ces crises/cycles présentent au moins deux points  
communs : le même mécanisme de retournement à la baisse, à savoir  
France : des cycles de longueur et de vigueur variables  
le moindre accès au financement de l’agent économique alors  
Evolution du PIB réel au cours du cycle, T = creux d'activité  
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considéré comme le maillon faible (celui dont le profil de risque est jugé  
le plus dégradé), celui-ci entraînant dans sa chute l’ensemble de  
l’économie ; le même mécanisme de purge (dans une plus ou moins  
grande ampleur) des excès accumulés lors du cycle précédent4.  
T1 1975-T1 1980  
T3 1982-T1 1992  
T1 1993-T1 2001  
T4 2001-T1 2008  
T2 2009-T3 2011  
T1 2013-…  
2,5%  
2,6%  
3,5%  
1,9%  
2,0%  
1,4%  
Taux de croissance  
trimestriel moyen  
annualisé  
En France, comme dans la zone euro, le premier trimestre 2013  
marque le début de la reprise en cours. En 2018, celle-ci entre donc  
dans sa sixième année, un stade suffisamment avancé pour  
commencer à s’interroger sur sa longévité. La réponse à cette question  
n’a toutefois rien d’évident : la croissance en général, et les fins de  
cycle en particulier, sont difficiles à prévoir et à anticiper. Or, la situation  
actuelle semble plus difficile encore à analyser compte tenu des  
développements particuliers du cycle en cours, notamment le fait que,  
sur les cinq années écoulées, on ne décompte qu’une seule année de  
croissance forte (2017 : 2,3% en moyenne annuelle, corrigée des jours  
ouvrés, selon les données actuelles) après quatre années de  
croissance molle (2013-2016 : 0,9% en moyenne annuelle par an).  
C’est pourquoi le taux de croissance trimestriel moyen annualisé ressort  
nettement en deçà des cycles précédents (cf. graphique 3). La nette  
accélération, de la fin 2016 à la fin 2017, permet toutefois de retrouver  
les rythmes observés par le passé au même stade du cycle (taux de  
croissance trimestriel moyen annualisé de 2,8% aujourd’hui, similaire à  
la moyenne des quatre cycles précédents, exception faite du mini-cycle  
de 2010-2011 trop court pour être pris en compte).  
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Graphique 3  
T
T+4 T+8 T+12 T+16 T+20 T+24 T+28 T+32 T+36 T+40  
Source : INSEE  
Est-ce à dire que le cycle aurait déjà atteint son pic et serait en passe  
de se retourner pour tirer à sa fin ? Ce n’est pas ce qu’indiquent  
l’analyse cyclique et les données empiriques. L’économie française ne  
présente aucun signe habituel de fin de cycle. Par rapport à ce qui a été  
décrit précédemment, on observe une plus grande sollicitation des  
facteurs de production mais encore aucune accélération significative de  
l’inflation. L’économie n’apparaît pas non plus en surchauffe au regard  
de l’évolution du taux de marge des entreprises, du taux d’épargne des  
ménages, de leurs conditions d’accès au crédit, ou encore des taux  
d’intérêt. Il se peut que l’économie ait quitté la phase de reprise et  
qu’elle soit entrée dans la phase d’expansion mais, sauf à sauter les  
étapes, et les données ne plaident pas en ce sens, elle n’est pas  
encore en phase de blocage. Certes, selon les indicateurs, le degré de  
tensions est plus ou moins important : nous les présentons ci-dessous  
par ordre décroissant de tensions. L’écart de production paraît donc  
plus ou moins refermé et, en conséquence, le cycle plus ou moins  
avancé. Cette gradation des tensions montre justement que tous les  
signaux avant-coureurs d’une fin de cycle endogène ne sont pas réunis.  
Ainsi, le pic de croissance a peut-être été dépassé mais le pic du cycle  
semble encore loin.  
2018 s’annonce comme une deuxième année de croissance forte mais  
toute la question est de savoir à quel point. Plusieurs facteurs peuvent  
venir contrarier cette perspective, notamment l’importance des tensions  
sur les capacités et les facteurs de production signalées par certains  
indicateurs. Ces tensions interrogent sur la position de l’économie  
française dans son cycle. Celui-ci serait nettement plus avancé que ce  
qu’indique l’écart de production, l’indicateur de référence du cycle, tel  
qu’estimé aujourd’hui. Ces tensions soulèvent aussi la question de la  
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La crise des dettes souveraines européennes en 2011-2012 a révélé les excès d’un Les problèmes d’offre supplantent les problèmes de demande  
autre agent économique : les administrations publiques. Mais elle n’est pas une crise de  
fin de cycle comme les deux autres : c’est une crise dans la crise dans le sens où elle est,  
pour une grande partie, la conséquence de la crise des subprime. Et le travail de  
reconstitution des marges de manœuvre budgétaires (la purge de l’excès de dette  
publique) est toujours en cours.  
L’un des trois indicateurs à avoir alerté sur limportance des tensions  
pesant sur l’appareil productif français est le pourcentage d’entreprises  
confrontées à des difficultés d’offre les empêchant d’accroître leur  
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production autant qu’elles le souhaiteraient. Ce pourcentage a Dans l’industrie, le pourcentage d’entreprises rencontrant des difficultés  
commencé à augmenter, tous secteurs confondus, fin 2015. D’abord d’offre a dépassé, à l’été 2017, celui des entreprises faisant face à des  
progressive, cette hausse n’a pas tout de suite retenu l’attention mais difficultés de demande, lui-même en nette baisse depuis 2015 : ce  
elle s’est fortement accentuée fin 2017  début 2018, portant à un croisement, qui se produit rarement, est également symptomatique de  
plus haut depuis 2007-2008 le pourcentage d’entreprises rencontrant l’importance des contraintes d’offre (cf. graphique 5). Dans les services,  
de tels problèmes dans l’industrie, les services comme le bâtiment (cf. on dispose de moins de recul, les séries n’étant disponibles que depuis  
graphique 4a).  
2004, mais le même phénomène est observé et il est également rare.  
Le cas du bâtiment est un peu différent : les entreprises sont aussi plus  
nombreuses à signaler des problèmes d’offre que de demande mais le  
phénomène paraît moins exceptionnel, cette situation ayant prévalu de  
la fin des années 1990 à la crise de 2008.  
France : pourcentage d'entreprises confrontées à des difficultés d'offre  
Ensemble des secteurs  
Services  
Industrie manufacturière  
Bâtiment  
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France : pourcentage d'entreprises du secteur de l'industrie subissant  
des difficultés d'offre et de demande  
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Difficultés d'offre  
Difficultés de demande  
1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
Graphique 4A Source : INSEE  
France : pourcentage d'entreprises confrontées à des difficultés d'offre  
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991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 2018  
Ecart à la moyenne  
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Ensemble des secteurs  
Services  
Industrie manufacturière  
Bâtiment  
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Graphique 5 Source : INSEE  
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Les enquêtes de l’INSEE permettent aussi d’identifier les facteurs  
limitant l’accroissement de la production. Dans l’industrie,  
l’accroissement des contraintes résulte surtout d’une nette hausse des  
difficultés d’approvisionnement et, dans une moindre mesure, des  
difficultés liées à l’insuffisance d’équipement et de personnel  
-
(
cf. graphique 6). Dans les services comme dans le bâtiment, le  
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manque de main-d’œuvre est le principal facteur limitant.  
France : facteurs limitant l'offre dans l'industrie manufacturière  
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998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
Graphique 4B Source : INSEE  
%
d'entreprises concernées  
Equipement insuffisant  
Difficultés d'approvisionnement  
Main d'œuvre insuffisante  
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Dans l’industrie et le bâtiment, deux secteurs pour lesquels l’historique  
des données est un peu plus long, le pourcentage d’entreprises  
confrontées à des difficultés d’offre est, début 2018, à un niveau  
similaire à celui atteint par le passé peu de temps avant un  
retournement du cycle. Cette coïncidence troublante peut être  
relativisée par le fait que ces retournements passés ont été causés par  
un choc venant des Etats-Unis (éclatement de la bulle Internet en 2000,  
crise des subprime en 2007) et non de manière endogène par le niveau  
de tensions lui-même. Regarder le niveau de tensions en écart à la  
moyenne, et non en niveau absolu du pourcentage d’entreprises  
concernées, permet également de relativiser quelque peu l’ampleur des  
contraintes (cf. graphique 4b).  
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991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 2018  
Graphique 6 Source : INSEE  
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Conjoncture // Juin 2018  
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France : pourcentage d'entreprises éprouvant des difficultés  
de recrutement  
France : proportion d'entreprises dont l'activité est limitée par  
l'insuffisance de personnel  
Ensemble des secteurs  
Services  
Industrie manufacturière  
Bâtiment  
Ensemble des secteurs  
Services  
Industrie manufacturière  
Bâtiment  
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998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
Graphique 7A Source : INSEE  
Graphique 8A Source : INSEE  
France : pourcentage d'entreprises éprouvant des difficultés  
de recrutement  
France : proportion d'entreprises dont l'activité est limitée par  
l'insuffisance de personnel  
Ecart à la moyenne  
Ensemble des secteurs  
Services  
Industrie manufacturière  
Bâtiment  
Ecart à la moyenne  
Ensemble des secteurs  
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Industrie manufacturière  
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1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
Graphique 7B Source : INSEE  
Graphique 8B Source : INSEE  
En même temps, ces contraintes d’offre, si elles sont importantes et En niveau absolu, le bâtiment rencontre les difficultés les plus  
quelque peu préoccupantes, ne sont pas si surprenantes que cela : importantes (cf. graphique 7a). En écart à la moyenne, les différences  
elles sont en phase avec le cycle et rendent compte de l’accélération de entre secteurs apparaissent moindres (cf. graphique 7b).  
la croissance en 2017. Celle-ci a été nette et se traduit, naturellement,  
Ces difficultés de recrutement contraignent le développement de  
par une plus grande sollicitation de l’appareil de production et des  
l’activité de l’entreprise en raison du manque de personnel qui peut  
ressources disponibles. Ces contraintes d’offre nous semblent être  
s’ensuivre. En niveau absolu, la part des entreprises déclarant que leur  
d’abord une conséquence normale du redressement en cours de la  
activité a été limitée en raison d’une insuffisance de personnel est,  
croissance avant d’être une cause possible de son ralentissement futur.  
début 2018, plus élevée dans le bâtiment, viennent ensuite les services,  
Difficultés de recrutement, manque de main-d’œuvre et barrières le secteur le moins concerné étant l’industrie (cf. graphique 8a). En  
écart à la moyenne, les services occupent la première place sur le  
podium, viennent ensuite l’industrie puis le bâtiment juste après (cf.  
à l’embauche  
Les difficultés de recrutement, dont font part les entreprises, sont une  
graphique 8b).  
conséquence du dynamisme des créations d’emplois mais leur  
En complément des enquêtes sur les difficultés de recrutement et le  
manque de main-d’œuvre qui peut en découler, l’INSEE a cherché à en  
savoir plus sur l’existence et la nature des barrières que perçoivent les  
entreprises dans le processus d’embauche (plus précisément, ce qui les  
empêche d’embaucher davantage en CDI ou en CDD de longue durée).  
importance pose un peu plus question. Comme pour les problèmes  
d’offre, la hausse de ces difficultés, amorcée début 2016, n’a tout  
d’abord pas retenu l’attention : l’ampleur du mouvement n’est apparue  
clairement qu’à partir de la fin 2017. Les difficultés de recrutement  
grandissantes sont communes à l’ensemble des secteurs (industrie,  
services, bâtiment) mais à des degrés divers.  
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Conjoncture // Juin 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
France : Part des entreprises citant chaque barrière à l'embauche (en % de l'emploi salar du secteur)  
Avril 2017  
Tous  
Octobre 2017  
Tous  
Industrie Services  
Bâtiment  
secteurs  
Industrie Services  
Bâtiment  
secteurs  
Incertitude sur la situation  
économique  
34  
24  
54  
28  
32  
21  
43  
25  
Indisponibilité d’une main-d'œuvre  
compétente  
29  
19  
5
24  
22  
6
41  
35  
9
27  
23  
6
38  
20  
5
29  
21  
7
50  
33  
10  
29  
9
32  
22  
7
Coûts liés à l'emploi  
coûts de recrutement  
cotisations sociales trop élevées  
niveau des salaires trop élevé  
17  
5
17  
7
32  
7
18  
7
17  
6
15  
7
17  
7
Réglementation  
19  
12  
16  
9
34  
22  
18  
10  
19  
10  
15  
9
30  
20  
17  
10  
coûts de licenciement  
risques juridiques associés au  
licenciement  
14  
11  
5
13  
10  
3
26  
21  
4
14  
11  
4
13  
11  
6
11  
9
22  
18  
4
12  
10  
7
pérennité de la législation du travail  
Autres  
7
Tableau  
Source : INSEE, enquêtes de conjoncture d’avril et d’octobre 2017  
Note : une même entreprise peut citer plusieurs types de barrière à l’embauche. Lecture : en octobre 2017, les entreprises industrielles constatant des barrières à  
l’embauche et citant l’incertitude sur la situation économique emploient 32% des salariés du secteur.  
Si une augmentation des difficultés de recrutement est attendue en encourageante et peut-être à mettre sur le compte des ordonnances  
phase d’accélération de l’activité, leur intensité peut, en effet, varier réformant le code du travail promulguées en septembre 2017.  
d’une phase de reprise à l’autre en fonction de ces barrières : il est  
Déjà importantes, les difficultés de recrutement iraient crescendo en  
donc instructif d’en connaître la teneur. Depuis janvier 2017, l’INSEE a  
2
018. En effet, d’après l’enquête 2018 « Besoins en main-d’œuvre »6  
ainsi introduit des nouvelles questions sur ce sujet dans ses enquêtes  
(
BMO 2018), les intentions de recrutement progressent fortement en  
de conjoncture et a rendu compte des premiers résultats dans deux  
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2
018 (+18,7% après +8,2% en 2017), entraînant dans leur sillage les  
5
publications, en juin et décembre 2017 , portant, respectivement, sur  
anticipations de difficultés de recrutement (44,4% des projets  
d’embauche contre 37,5% en 2017) . Pour 83% des recruteurs, la  
les enquêtes d’avril et octobre de la même année (cf. tableau).  
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Les réponses ont légèrement évolué entre les deux enquêtes. Dans difficulté tient à la pénurie de candidats (80,2% en 2017) et pour 77,6%  
l’enquête d’avril, les deux barrières à l’embauche les plus citées étaient, à l’inadéquation du profil du candidat (81,3% en 2017). Cette enquête  
quasiment à égalité, l’incertitude sur la situation économique et une BMO 2018 nous en apprend aussi un peu plus sur les raisons mises en  
main-d’œuvre compétente indisponible (à hauteur de 28% et 27%, avant par les employeurs lorsqu’ils identifient l’inadéquation du profil  
respectivement). En octobre, le facteur « indisponibilité d’une main- comme l’un des freins au recrutement, une information qui vient  
d’œuvre compétente » a gagné en importance (32% des entreprises) compléter l’enquête de l’INSEE sur l’indisponibilité d’une main-d’œuvre  
tandis que le facteur « incertitude sur la situation économique » perdait compétente. En 2017, l’inadéquation venait ainsi, pour 67% d’entre eux,  
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de la sienne (25%). La part des entreprises citant au moins une barrière d’un manque de compétences techniques (hors informatique) ; pour  
liée au coût de l’emploi est moins élevée et stable (22% en octobre, 65%, d’un manque de motivation des candidats ; pour 63%, d’un  
2
3% en avril), la barrière la plus citée étant le niveau trop élevé des  
6
Pôle emploi, enquête Besoins en main-d’œuvre : les employeurs anticipent une forte  
cotisations sociales (17% en octobre, 18% en avril). Les différentes  
barrières à l’embauche liées à la réglementation encadrant le marché  
du travail jouent un rôle encore moindre et sont d’importance  
comparable. Dans cette catégorie, la légère baisse de la part des  
entreprises citant les risques juridiques associés au licenciement, de  
progression de leurs perspectives d’embauche pour 2018, Eclairages et synthèses, n°44,  
avril 2018.  
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Une augmentation qui s’accompagne d’une sécurisation des emplois puisque 41,7% de  
ces recrutements sont envisagés en CDI et 22,2% en CDD de plus de six mois, des  
proportions en hausse par rapport à 2017 (+3,3 et +3,1 points, respectivement), tandis  
que la proportion de CDD de moins de six mois diminue nettement (-6,4 points, de 42,5%  
à 36,1%).  
14% en avril à 12% en octobre, doit être soulignée. Elle est  
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En réalité, ces difficultés de recrutement pourraient s’avérer légèrement moindres si l’on  
se fie aux résultats de 2017 et 2016. Ces deux années-là, le pourcentage d’entreprises  
ayant effectivement rencontré des difficultés de recrutement s’est avéré d’environ 3 points  
inférieur au pourcentage anticipé.  
Le manque de compétences bureautiques et/un informatiques est cité par 13% des  
employeurs comme motif d’inadéquation du profil.  
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Eclairage Que nous disent les entreprises sur les barrières à l’embauche ?, Note de  
conjoncture, juin 2017 ; Vincent Dortet-Bernadet, La moitié des entreprises signalent des  
barrières à l’embauche, INSEE Focus n°106, 21 décembre 2017.  
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