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EcoPerspectives // 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Belgique  
La demande intérieure prend le relais  
La solide trajectoire de croissance de l’emploi de ces derniers trimestres s’est maintenue. Jusqu’à présent, 62 000 postes ont été créés  
depuis le début du gouvernement Michel, et 80 000 autres devraient suivre d’ici à la fin de la législature. Avec l’évolution à la hausse des  
salaires, l’augmentation du revenu disponible devrait stimuler la consommation privée. Encouragées par des résultats et des contraintes de  
capacités à leur plus-haut depuis plusieurs années, les sociétés non financières accélèrent leurs investissements. En dépit d’un  
environnement de taux bas, les investissements publics continuent de marquer le pas et la qualité générale des infrastructures s’en ressent.  
En 2017, la croissance devrait, selon les prévisions, ressortir à  
,6 %, la vigueur de l’activité intérieure compensant largement la  
moindre contribution des exportations nettes. Le chômage continue,  
par ailleurs, de reculer. Le taux d’inflation élevé est appelé à baisser  
quelque peu l’année prochaine.  
1- Croissance et inflation  
1
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
Investissements : pourquoi et comment ?  
2.1  
1
.9 1.9  
1
.8  
1
.6 1.6  
1
.5  
1.5  
19  
L’économie belge, très ouverte, est portée par le renforcement de la  
croissance en Europe. Ce mieux conjoncturel ne doit cependant pas  
faire oublier que la tendance de fond est au ralentissement de la  
croissance du produit intérieur brut (PIB) depuis deux décennies.  
L’activité économique qui, au tournant du millénaire, progressait au  
rythme de 2,5 % par an, n’a guère dépassé 1,5 % depuis. Nous  
analysons ci-dessous cette évolution et examinons le rôle que le  
Pacte national pour l’investissement stratégique pourrait jouer.  
1
.2  
0
.6  
1
5
16  
17  
18  
15  
16  
17  
18  
19  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- Composantes de la croissance réelle du PIB par habitant  
Le PIB par habitant est un indicateur largement utilisé pour estimer  
la prospérité d’une population donnée. Or, la croissance moyenne  
du PIB en Belgique a nettement reculé ces dernières années,  
passant de quelque 2 % dans les années 1990 à près de 0,5 % en  
Contribution à la croissance du par habitant,%, g.a., moyenne sur 10 ans  
Population 18-65/Population total  PIB par heure travaillée  
Nombre de personnes employées/Population 18-65  
Nombre d’heures travaillées par personne employée ─ PIB par habitant  
4%  
2
016. Pour mieux comprendre ces évolutions, il convient d’étudier la  
répartition du PIB par composante : le PIB par heure travaillée, soit  
la productivité de la main-d’œuvre ; le nombre d’heures travaillées  
par personne employée ; le nombre de personnes employées par  
rapport à la population totale en âge de travailler, soit le taux  
d’emploi ; la part de la population totale en âge de travailler.  
3
%
2%  
1
%
%
0
Décomposition de la croissance… ou de l’absence de  
croissance  
-
1%  
-2%  
Le graphique 2 illustre la contribution de chacune de ces quatre  
composantes à la croissance du PIB par habitant au cours des  
quatre décennies. Le nombre d’heures travaillées par personne  
75-84  
85-94  
95-04  
05-14  
Sources : OCDE, UN, BNP Paribas Fortis  
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employée a considérablement baissé vers la fin du 20 siècle, mais  
citoyens non membres de l’UE, ont rencontré des difficultés sur le  
marché du travail. L’objectif du gouvernement, soit un taux d’emploi  
de 73 % à l’horizon 2020, semble donc encore très loin d’être atteint.  
il semble s’être stabilisé depuis, de sorte qu’il n’y a pas beaucoup à  
attendre de ce côté-là. De plus, le pourcentage de la population en  
âge de travailler est sans conteste appelé à diminuer au cours des  
prochaines années en raison des changements considérables des  
politiques nationales relatives à l’immigration.  
Ainsi, le ralentissement de la croissance peut s’expliquer  
principalement par une moindre contribution de la productivité de la  
main-d’œuvre. Au cours du siècle dernier, ce facteur a contribué à  
hauteur de 2,5 % à la croissance totale réelle par habitant.  
Aujourd’hui, sa contribution est d’à peine 1 %. On peut donc se  
demander à quoi cela est dû.  
Reste donc la productivité de la main-d’œuvre et le taux d’emploi.  
Le taux d’emploi est resstable, aux environs de 68 % depuis 2000,  
un niveau légèrement inférieur à celui des pays voisins. Même si les  
créations d’emplois ont été assez dynamiques au cours des deux  
dernières années sous le gouvernement Michel, plusieurs groupes  
de population, dont les jeunes, les travailleurs seniors et les  
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EcoPerspectives // 4 quarter 2017  
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Productivité de la main-d’œuvre  
3- PIB par heure travaillée  
USD, 2010 PPA  
La productivité de la main-d’œuvre (PIB par heure travaillée) est  
bien plus élevée en Belgique que dans la moyenne de l’OCDE.  
D’après cette mesure, elle est supérieure à celle des pays voisins  
comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, voire même à celle  
de la Suisse et des États-Unis (graphique 3). Dans ces conditions,  
on voit mal comment on pourrait stimuler davantage une  
productivité déjà élevée, condition nécessaire pour soutenir la  
croissance à long terme.  
100  
80  
60  
40  
La théorie économique distingue deux composantes importantes de  
la productivité de la main-d’œuvre : la qualité de la main-d’œuvre et  
les infrastructures. La qualité dépend de l’éducation et de la  
formation que les travailleurs ont reçues. Selon une étude de la  
Banque mondiale, publiée en 2012, la Belgique consacre pour  
chaque classe d’âge plus de fonds publics à l’éducation que la  
moyenne des États membres de l’UE. La Belgique figure ainsi en  
bonne place dans le classement PISA (Programme international  
pour le suivi des acquis des élèves) même si, compte tenu du  
niveau des dépenses, la performance pourrait être meilleure.  
Cependant, là encore, il reste peu à faire au vu des efforts  
permanents nécessaires pour moderniser le système éducatif et  
faire en sorte que l’éducation reste accessible au plus grand  
nombre.  
20  
0
Source : OECD (2015 or most recent data)  
4- Dépenses publiques  
% du PIB  
Investissement  Paiements d’intérêts ─ Autres dépenses (é.d.)  
8%  
80%  
60%  
40%  
20%  
0%  
6%  
4%  
Infrastructures  
La situation est bien moins bonne concernant les infrastructures ou  
les ressources. Exprimé en pourcentage du PIB, le stock de capital  
net en Belgique s’établit à 270 % à peine. Ce chiffre est nettement  
inférieur à celui des pays voisins et en deçà de la moyenne  
européenne de 300 %. Depuis de nombreuses années, les  
entreprises apportent une contribution notable à l’investissement  
total en biens d’équipement dans ce pays. D’après les chiffres  
publiés par la Commission européenne pour 2017, le secteur privé  
représente près de 95 % de l’investissement net total en Belgique.  
Profitant de taux d’intérêt bas, les entreprises réalisent actuellement  
d’importants investissements.  
2%  
0%  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Source : Eurostat  
Néanmoins des alternatives existent, comme le montre le Fonds  
européen pour les investissements stratégiques (FEIS) ou Plan  
Junker. Depuis sa création, le FEIS a mis EUR 44 mds à la  
disposition de tous types de projets, permettant de planifier un  
investissement total de EUR 225 mds.  
Il n’en va pas de même du secteur public, loin s’en faut. Les  
paiements d’intérêts annuels au titre de la dette publique ont reculé  
d’un peu moins de 7 % du PIB en 2000 à 3 % à peine en 2016  
(
graphique 4). La marge de manœuvre extrabudgétaire a  
néanmoins été entièrement absorbée par des dépenses courantes  
supplémentaires. Les dépenses publiques, en pourcentage du PIB,  
sont restées constantes à 2,5 % pendant toute la durée de la  
période.  
En conservant les mêmes proportions  une part de fonds publics  
pour quatre parts de fonds privés – l’objectif de EUR 60 mds  
d’investissements supplémentaires visé par Charles Michel d’ici  
2
030 ne semble pas déraisonnable. L’État devrait alors débloquer  
moins d’un million par an (à peine 0,25 % du PIB), ce qui semble  
réaliste.  
Le Pacte d’investissement national  
Le Pacte d’investissement national, récemment élaboré par le  
Premier ministre belge, constitue, au vu de ces données, une  
initiative intéressante. Charles Michel espère générer ainsi  
EUR 60 mds d’investissements supplémentaires à l’horizon 2030.  
Mais il est peu probable que l’État soit en mesure de réunir seul une  
telle somme. Rappelons que, très récemment, l’objectif visant à  
atteindre un budget équilibré a été de nouveau reporté de quelques  
années.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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