Perspectives

PDF
e
20  
EcoPerspectives // 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
Entre dynamisme et fragilités  
D’un point de vue positif, la croissance a fortement accéléré et devrait retrouver des niveaux proches de son potentiel dès l’exercice  
018/2019. En outre, les investissements privés semblent enfin connaître une reprise durable. Par ailleurs, dans le cadre de leur  
2
recapitalisation, les banques publiques, dont la qualité des actifs s’est encore détériorée, ont reçu près de USD 14 mds en mars, ce  
qui devrait permettre d’alléger les pressions sur les plus fragiles d’entre elles et soutenir la reprise des investissements. D’un point  
de vue négatif, le gouvernement a marqué une pause dans la consolidation de ses finances. De plus, le déficit courant s’est  
légèrement creusé, reflet d’une détérioration des termes de l’échange mais aussi des parts de marché.  
Accélération de la croissance et reprise du crédit  
1
- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Prévision  
.6  
Au troisième trimestre de l’exercice budgétaire 2017/2018 (octobre-  
décembre 2017) la reprise de l’activité s’est confirmée. La  
croissance a atteint +7,2% en glissement annuel (g.a.), soutenue  
par une forte hausse de l’investissement (+12% en g.a.), alors que  
la consommation des ménages a ralenti pour le troisième trimestre  
consécutif concomitamment à la hausse des prix à la consommation  
et à la baisse de confiance des consommateurs entre novembre  
 Inflation (%)  
Prévision  
8.0  
7
7.4  
7.2  
6.6  
4.9  
4
.5  
4.5  
4
.2  
3.6  
17  
2016 et novembre 2017. Dans le même temps, les dépenses  
publiques ont accéléré (+6,1% en g.a.). Néanmoins, cette hausse  
ne reflète pas une augmentation des investissements mais la  
compensation versée aux Etats au titre de la taxe sur les biens et  
services. Ainsi, contrairement à ses objectifs, et pour la première  
fois depuis l’exercice 2011/2012, le gouvernement a annoncé qu’il  
ne parviendrait pas à réduire son déficit budgétaire pour l’exercice  
1
5
16  
17  
18  
19  
15  
16  
18  
19  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- PIB : forte accélération de la croissance au T3-FY2018  
PIB, g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage (pp)  
2
017/2018, lequel devrait se maintenir à 3,5% du PIB.  
L’accélération de la croissance est encourageante mais la reprise  
des investissements privés l’est encore davantage. En effet, en  
janvier, pour le troisième mois consécutif, la production de biens  
d’investissement (notamment les machines et équipements) a  
fortement augmenté (+14,6% en g.a.). Dans le même temps, la  
croissance du crédit bancaire aux entreprises a accéléré (+6,7% en  
g.a.) après avoir atteint un point bas en mai 2017, reflet de la  
reprise de l’investissement des entreprises.  
PIB, g.a. Consommation des ménages (pp) Dépenses publiques (pp)  
1
Investissement (pp)  Variation des stocks (pp)  
Exportations nettes (pp)  Erreurs statistiques (pp)  
5
1
0
5
0
5
La qualité des actifs bancaires continue de se  
dégrader  
La qualité des actifs bancaires a continué de se détériorer au  
troisième trimestre 2017 mais à un rythme moins soutenu  
qu’auparavant. Selon le FMI, les prêts non-performants ont  
augmenté de +15,5% en g.a. au T3 2017 alors que leur hausse  
atteignait plus de 56% un an plus tôt. Pour l’ensemble du secteur  
bancaire, la banque centrale estimait, dans son dernier rapport sur  
la stabilité financière, que les actifs risqués (somme des crédits non  
performants et des crédits restructurés) s’élevaient à 12,2% des  
prêts. Dans les banques publiques leur part atteignait 16,2% (4,7%  
dans les banques privées). Les risques restent concentrés dans  
l’industrie, où la part des actifs risqués s’élevait à 23,9%, alors  
qu’elle n’était que de 6,9% dans l’agriculture et 6,4% dans les  
services. Les secteurs des métaux, de la construction et de  
l’industrie minière affichent les ratios d’actifs risqués les plus élevés.  
La banque centrale estime notamment que plus de 44% des crédits  
octroyés aux entreprises métallurgiques sont risqués. Les crédits à  
-
-10  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : CEIC  
risque restent concentrés auprès des grosses entreprises. En effet,  
alors que 56% des crédits leur sont octroyés, elles concentrent 83%  
des créances douteuses.  
Néanmoins, les autorités monétaires anticipent une stabilisation de  
la qualité des actifs bancaires au cours de l’exercice 2018/2019.  
Pour accélérer le processus d’assainissement des actifs risqués, la  
banque centrale a pris de nouvelles mesures en début d’année. La  
loi sur les faillites adoptée en mai 2016 est désormais le seul cadre  
réglementaire à faire foi en matière de résolution des défauts de  
e
21  
EcoPerspectives // 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
paiement. Toutes les autres procédures sont supprimées. Les  
banques disposeront de 180 jours à compter de la date du défaut  
pour restructurer les créances défaillantes de plus de INR 20 mds  
3
- Crédits risqués en hausse dans les banques publiques  
En % des crédits totaux  
Ensemble du secteur bancaire  Banques publiques  
(
USD 306 millions).  
A ce jour, les autorités monétaires estiment que les provisions des  
banques publiques ne suffisent pas à couvrir les actifs à risque. Par  
ailleurs, en raison d’une profitabilité toujours négative depuis 2016  
18  
1
1
1
1
6
4
2
0
8
6
4
2
0
(
les ROA et ROE étaient de -0,2% et -2% au T3 2017), la situation  
ne devrait pas s’améliorer à court terme.  
Face à la détérioration de la situation financière des banques  
publiques et pour relancer le crédit bancaire, le gouvernement a  
annoncé en octobre 2017 un vaste plan de recapitalisation, dont la  
première tranche a été versée en mars.  
Première « tranche » de recapitalisation des  
banques publiques octroyée en mars 2018  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : RBI  
Fin mars 2018, le gouvernement a injecté INR 881,4 mds, soit près  
de USD 14 mds, dans les banques publiques indiennes. Pour cela,  
INR 800 mds d’obligations ont été émises, le solde ayant été  
prélevé sur le budget 2017/2018. Les banques recevront encore  
PIB). Cette légère détérioration s’explique par le creusement du  
déficit commercial (à 5,9% du PIB) induit notamment par la hausse  
de la facture pétrolière. En effet, même si les exportations ont  
renoué avec une croissance positive en 2017, celle des  
importations a été supérieure. A ce jour, le creusement de la  
balance des paiements courants n’est pas préoccupant. Les  
réserves de change de l’Inde atteignaient USD 421 mds en mars,  
l’équivalent de 1,8 fois les besoins de financement à court terme du  
pays.  
1
INR 1 218,6 mds d’ici mars 2019 . Le gouvernement a annoncé en  
janvier que les montants alloués individuellement seraient fonction  
des besoins respectifs des banques afin qu’elles respectent toutes  
les critères de solvabilité Bâle III d’ici le 31 mars 2019. Les plus  
fragiles, telles IDBI, State Bank of India et Indian Overseas Bank  
recevront les montants les plus élevés. Au total ce sont  
INR 2,1 trillions qui seront injectés dans le secteur bancaire indien  
d’ici mars 2019, soit l’équivalent de USD 32 mds (près de 1,3% du  
PIB). Un montant suffisant pour couvrir les pertes à venir et  
respecter les ratios de solvabilité de Bâle III. Néanmoins, comme en  
témoigne la récente fraude de Punjab National Bank, les défauts en  
matière de gouvernance et de contrôles internes restent entiers  
dans les banques publiques. Pour pallier ces défaillances, les  
autorités ont annoncé le durcissement des règles de contrôle. Les  
dirigeants devront exercer des contrôles sur les résultats financiers  
tous les trimestres. Par ailleurs, pour réduire les risques de  
concentration des actifs, une limite de 25% par contrepartie a été  
fixée. Néanmoins, cela semble encore très insuffisant.  
Depuis cinq ans, les exportations de biens ont baissé de 4,4 points  
de pourcentage du PIB pour n’atteindre plus que 12% du PIB. A titre  
de comparaison, les exportations de la Thaïlande, de la Malaisie et  
du Vietnam s’élevaient à 54%, 70% et 98% du PIB en 2017. La  
diminution de la part des exportations indiennes dans le PIB reflète  
la baisse des prix des métaux, de l’acier, du fer et du pétrole. En  
effet, l’Inde exporte majoritairement des matières premières simples  
2
ou transformées . Ainsi, sa part globale de marché, qui avait  
fortement fortement augmenté sur la période 1980-2011, stagne  
depuis 2011 à 1,7%. Pour stimuler ses exportations, le  
gouvernement a annoncé en décembre 2017 la mise en place d’un  
programme de INR 54,5 mds afin de soutenir les exportations  
manufacturières fortement intensives en main d’œuvre afin  
d’accroître l’emploi. L’Inde dispose en effet d’un avantage  
comparatif dans la vente de produits à faible intensité technologique  
et à forte intensité de main d’œuvre, comme les produits textiles, et  
ses parts de marché tendent à augmenter depuis dix ans. Par  
ailleurs, pour soutenir le développement de la production  
domestique de produits à plus forte intensité technologique comme  
les produits électroniques, le gouvernement a augmenté les taxes  
sur les importations de cinq à dix points de pourcentage.  
Léger creusement du déficit courant en 2017  
En 2017, la structure de la balance des paiements s’est légèrement  
fragilisée. En effet, les investissements nets étrangers (en baisse de  
0
,7 points de pourcentage du PIB) n’étaient plus suffisants pour  
couvrir le déficit courant en légère hausse. Néanmoins, les  
investissements de portefeuille, en forte hausse à 1,2% du PIB, ont  
permis de couvrir le déficit de la balance de base. Les réserves de  
change ont augmenté de USD 50 mds sur l’année.  
Le déficit de la balance des paiements courants a augmenté de  
0
,8 point de pourcentage pour s’élever à 1,5% du PIB, même s’il  
reste bien en deçà des niveaux atteints il y a cinq ans (-5,1% du  
1
INR 550 mds sous la forme d’obligations émises par le gouvernement,  
2
INR 570 mds via des levées de fonds sur les marchés financiers ; INR 98,6 mds  
seront « prélevés » sur le budget 2018/2019.  
Les parts des exportations de matières premières et de produits manufacturés  
transformés s’élevaient, en 2016, à respectivement 37,6% et 26,1%.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1910 articles et 526 vidéos