Perspectives

PDF
Inde  
La faiblesse de l’investissement pèse sur la croissance  
L’activité économique a ralenti au dernier trimestre de l’exercice 2016/2017. Ce ralentissement n’est qu’en partie induit par le  
processus de démonétisation. La décélération des investissements et la baisse de la production de biens d’équipement ont débuté  
dès le mois de septembre. Indépendamment des difficultés des entreprises, la détérioration de la qualité des actifs bancaires pèse  
lourdement sur la distribution du crédit. Dans un tel environnement, le gouvernement a adopté une nouvelle ordonnance afin  
d’accroître le rôle de la banque centrale dans la gestion des créances douteuses. Même si une telle mesure devrait accélérer le  
processus de résolution des créances, elle ne permet pas de pallier les importants besoins en capitaux des banques publiques.  
Décélération de l’activité  
1
- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Prévision  
7.9  
La croissance économique indienne a décéléré à 6,1% en g.a. au  
dernier trimestre de l’exercice budgétaire 2016/2017 qui s’est  
achevé au 31 mars 2017. Ce ralentissement résulte en partie du  
processus de démonétisation imposé à partir du mois de novembre  
 Inflation (%)  
Prévision  
7.9  
7.5  
7.2  
7.1  
2
1
016. Fin mai 2017, la masse monétaire en circulation était encore  
6% inférieure à ce qu’elle était en octobre 2016. Le retrait des  
5.9  
4.9  
4.9  
4
.5 4.6  
billets de 500 et 1000 roupies (INR) a, notamment, été à l’origine du  
ralentissement de la consommation des ménages. Dans le même  
temps, les investissements (hors stocks) se sont contractés (-2,1%  
en g.a. au T1-2017) et la contribution des exportations nettes à la  
croissance a été négative en dépit de la forte hausse des  
exportations.  
1
4
15  
16  
17  
18  
14  
15  
16  
17  
18  
Sources : Comptes nationaux et BNP Paribas Recherche économique Groupe  
La décélération de la consommation des ménages devrait être  
temporaire. En revanche, la contraction des investissements (-1,7%  
en g.a. au T1-2017) est plus préoccupante car elle pèse sur la  
croissance à moyen terme du pays et ne résulte pas uniquement de  
la démonétisation. La baisse des investissements est venue  
confirmer la contraction de la production industrielle de biens  
d’équipement enregistrée dès le mois de septembre 2016. Jusqu’à  
présent, la hausse des investissements publics compensait la  
baisse des investissements privés. Mais, au dernier trimestre de  
l’exercice budgétaire 2016/2017, le gouvernement a réduit ses  
dépenses afin de contenir son déficit budgétaire à 3,5% du PIB.  
2
- PIB et ses composantes  
Croissance du PIB (en g.a.) et ses composantes (en points de pourcentage)  
PIB (g.a.)  Dépenses publiques  Exportations nettes  Conso.  
privée  Investissement  Stocks  Erreurs statistiques  
1
5
0
5
0
1
La baisse des investissements privés résulte de la stratégie de  
désendettement des entreprises indiennes, justifiée par des  
surcapacités de production encore importantes (notamment dans le  
secteur de l’acier). Par ailleurs, la situation financière des banques  
publiques pèse sur leur politique de crédit. Sur les quatre premiers  
mois de 2017, la croissance du crédit bancaire est restée faible  
-5  
-10  
(
+4,3% en g.a.), bien qu’elle ait légèrement accéléré en raison  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
notamment d’une hausse du crédit dans les services. Néanmoins, le  
crédit dans l’industrie a continué de se contracter (-1% en g.a.). Par  
ailleurs, les taux d’intérêt sur les crédits à un an octroyés par les  
banques publiques n’ont baissé que de 86 points de base (pb)  
depuis deux ans alors que le taux directeur a été abaissé de 125 pb.  
La hausse des créances douteuses et le provisionnement qui en  
découle ont fortement contraint l’offre de prêt des banques  
publiques. Ainsi, en deux ans, la part de marché des banques  
publiques a diminué de 5 points de pourcentage au profit des  
banques privées. Même si les banques privées sont plus actives et  
ont réduit leur taux prêteur plus fortement que les banques  
publiques, l’offre globale de crédit reste une contrainte à la reprise  
des investissements.  
Source : Banque centrale indienne (RBI)  
 Le poids des créances douteuses  
En mai dernier, le gouvernement a adopté une nouvelle ordonnance  
visant à accroître le rôle de la banque centrale dans la résolution  
des créances douteuses. En effet, depuis près de trois ans, en dépit  
des nombreuses mesures prises par les autorités indiennes pour  
tenter d’apurer les bilans bancaires, les créances douteuses restent  
un fardeau pour les banques publiques. Les actifs risqués  
représentaient 16,1% des prêts totaux des banques publiques fin  
décembre 2016 (deux points de plus qu’il y a un an), soit  
1
1
Définis par la banque centrale comme la somme des créances douteuses et des  
actifs restructurés  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
3ème trimestre 2017  
20  
l’équivalent de 5,6% du PIB. Les créances à risque restent  
concentrées dans le secteur de la sidérurgie, de l’énergie et des  
infrastructures. Or, dans ces secteurs d’activité, la situation des  
entreprises a continué de se dégrader au quatrième trimestre 2016 ;  
dans ces conditions, les créances douteuses devraient continuer à  
augmenter au cours des prochains mois.  
3
- Crédit bancaire  
Glissement annuel (%)  
Crédit aux entreprises  Crédit dans l’industrie ▬ Crédit total  
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
Fin 2016, le FMI estimait le ratio des prêts non performants (nets  
des provisions) au capital des banques à 38,7% alors qu’il ne  
s’élevait qu’à 24% un an plus tôt.  
L’assainissement des bilans bancaires reste problématique car les  
banques restent réticentes à la vente de leurs créances douteuses  
aux organismes de défaisance privés créés en août 2014 (les Asset  
Reconstruction Companies). Elles estiment la décote sur la valeur  
de leurs actifs trop importante. En outre, elles peinent à se mettre  
d’accord sur les modalités de résolution des créances. Elles  
devaient jusqu’à présent obtenir l’accord de 60% des créanciers  
détenant a minima 75% de la créance. L’ordonnance adoptée en  
mai devrait permettre d’alléger les conditions de résolution des  
créances douteuses. La banque centrale a notamment décidé  
-
-10  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : RBI  
Etats (State GST). Pour les opérations entre les différents Etats,  
une taxe unique sera prélevée (integrated GST), somme des deux  
précédentes taxes.  
2
d’abaisser le seuil d’obtention d’un accord entre les prêteurs . Par  
ailleurs, elle pourra intervenir directement dans le processus de  
restructuration des crédits afin de conseiller les établissements  
bancaires en difficulté. Néanmoins, même si cette mesure devrait  
accélérer le processus de résolution des créances douteuses, elle  
ne permet pas de pallier les importants besoins de recapitalisation  
du secteur bancaire estimés à INR 1,8 trn (soit l’équivalent de 3,4%  
du PIB de 2016 dont 83% pour les seules banques publiques). Or,  
jusqu’à présent, les autorités indiennes n’ont prévu d’injecter que  
INR 0,7 trn dans les banques publiques. Même si, globalement, les  
ratios de solvabilité de l’ensemble du secteur bancaire indien se  
sont légèrement améliorés fin 2016 (le CAR et le Tier1 CAR  
s’élevaient respectivement à 13% et 10,7% selon le FMI), la  
situation reste très hétérogène selon les banques concernées. Les  
banques publiques ne satisfont pas, pour la plupart, les exigences  
réglementaires de Bâle III de 2019.  
La mise en place de taxes communes à tous les Etats devrait, à  
court terme, être neutre en termes de recettes fiscales et avoir un  
effet désinflationniste de deux points de pourcentage selon les  
projections du ministère des Finances. A plus long terme cette  
réforme devrait permettre de dégager des recettes budgétaires  
supplémentaires induites par une hausse des investissements et  
une accélération de l’activité économique.  
A court terme, l’effet désinflationniste devrait être limité. Selon une  
étude de Nomura, la baisse des prix alimentaires (60 points de  
base) devrait entraîner une baisse de l’inflation de près de 33 pb.  
Mais la hausse du taux moyen sur les services (de 15% à 18%)  
devrait générer une hausse de l’inflation hors produits alimentaires.  
Par ailleurs, à court terme, l’introduction de la TVA pourrait générer  
un ralentissement transitoire de l’activité économique en raison des  
difficultés de mise en place du nouveau système de taxe dans les  
petites et moyennes entreprises et du poids élevé du secteur  
informel dans l’économie indienne.  
er  
Application de la TVA au 1 juillet 2017  
Un an après son adoption à la Chambre haute du Parlement, la taxe  
sur les biens et services, commune à tous les Etats, a été  
er  
officiellement mise en place dans l’ensemble du pays au 1 juillet  
2
017. Les produits alimentaires frais, l’alcool, les médicaments et  
A moyen terme, la mise en place d’une taxe commune à l’ensemble  
des Etats devrait générer des gains de compétitivité et dynamiser  
les échanges commerciaux à l’intérieur du pays car les coûts et les  
formalités supportés par les entreprises seront considérablement  
réduits. Leur profitabilité et leur compétitivité seront renforcées,  
favorisant ainsi les investissements.  
l’électricité seront exemptés. Pour le reste, il existe quatre niveaux  
de taxe : 5% pour les produits dits essentiels, 12% pour les petits  
équipements et les produits alimentaires congelés, 18% pour la  
grande majorité des biens et services et 28% pour les produits et  
services de luxe. Certains biens comme les voitures supporteront  
une taxe supplémentaire laquelle sera utilisée pour compenser  
financièrement les Etats de la perte induite par la suppression de  
certaines taxes. Les taux ont été révisés à la baisse par rapport à ce  
qui avait été initialement prévu en décembre 2016. L’objectif du  
gouvernement, en instaurant une forte progressivité, est de  
préserver les plus pauvres.  
Le FMI estime que la mise en place de la taxe commune pourrait  
élever la croissance potentielle de l’Inde à 8%. Leemput et Wiencek  
3
(
2017) estiment pour leur part la hausse du PIB réel entre 3,1 et  
4
,2 points de pourcentage.  
Afin de tenir compte de la structure fédérale du pays, les taxes  
seront prélevées au niveau du gouvernement (central GST) et des  
2
3
Il suffira désormais d’obtenir l’accord de 50% des créanciers détenteurs de 60% de  
« Financial frictions, underinvestment and investment composition: evidence from  
la créance.  
Indian corporates », IMF working paper 17/134.  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde  
3ème trimestre 2017  
21  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1654 articles et 427 vidéos