Perspectives

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Allemagne  
Les inégalités au centre de la campagne électorale  
L’économie allemande affiche de très bons résultats. En 2017 et 2018, la croissance devrait se maintenir à un niveau proche de 1,8%.  
La surperformance de l’Allemagne vis-à-vis de la zone euro est souvent attribuée au programme de réformes de l’Agenda 2010.  
Cependant, la chute du chômage s’est accompagnée d’un accroissement du nombre de travailleurs pauvres. Le Parti social-  
démocrate allemand souhaite corriger certaines réformes qui ont conduit à un accroissement des emplois précaires et mal payés.  
Les questions de justice sociale et d’équité pourraient ainsi figurer au cœur du débat.  
Les premières données 2017 font état d’une forte croissance de  
l’économie allemande en ce début d’année, portée par la  
robustesse de la demande intérieure et extérieure. La production  
industrielle, corrigée des variations saisonnières, s’est sensiblement  
redressée après l’effondrement de décembre dernier. En revanche,  
les commandes ont nettement reculé après le bond considérable  
enregistré au quatrième trimestre 2016, même si elles restent sur  
une tendance haussière. De plus, l’activité dans le secteur de la  
construction a rebondi en février après la chute du mois de janvier  
liée à une météo plutôt froide.  
1- Synthèse des prévisions  
Variations annuelles, %  
PIB  
2016 e 2017 e 2018 e  
G
P
G
E
1,8  
1,7  
2,0  
2,3  
1,8  
1,3  
2,2  
4,2  
2,0  
1,7  
2,2  
4,6  
Consommation privée  
Investissement  
Exportations  
Indice des prix à la consommation (IPC)  
Taux de chômage (%)  
H
U
C
G
G
0,4  
6,1  
1,9  
6,1  
1,6  
6,3  
Balance courante (% PIB)  
8,8  
8,3  
8,5  
Le secteur industriel bénéficie des gains de compétitivité liés au  
fléchissement de l’euro, et la construction d’une forte demande de  
logements sur fond de taux d’intérêt bas et de conditions favorables  
sur le marché du travail. De plus, devant le redressement récent  
des échanges mondiaux, les entreprises sont plus optimistes à  
l’égard des perspectives commerciales à court terme. L’indice IFO  
du climat des affaires s’établissait, en effet, à 112,3 en mars, son  
niveau le plus élevé depuis juillet 2011.  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
0,6  
0,7  
0,6  
68,4  
65,3  
62,4  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche économique Groupe  
2
- Les excèdent courants allemands  
En % du PIB  
zone euro hors zone euro  
1
0
8
6
4
2
0
Le PIB, corrigé des jours ouvrables, devrait rester robuste aux  
environs de 1,8 % en 2017 comme en 2018, avec pour principal  
moteur les exportations, elles-mêmes soutenues par la vigueur des  
échanges mondiaux et le fléchissement de l’euro. En revanche, la  
demande intérieure pourrait perdre de son dynamisme, avec le net  
repli de la croissance de la consommation privée, lié à la hausse  
des prix de l’énergie. Par ailleurs, confrontées à une pénurie de  
main-d’œuvre qualifiée, les entreprises hésitent à lancer des plans  
d’expansion de leurs installations. D’autres facteurs pèsent  
également sur les dépenses en capital : l’évolution imprévisible de  
la nouvelle administration américaine, le déclenchement de l’article  
5
0 par le gouvernement britannique et les incertitudes concernant  
2
005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
les prochaines élections en France et en Allemagne. Enfin, les  
dépenses publiques ne devraient guère augmenter après les  
élections, les principaux partis en lice étant favorables à une  
politique budgétaire équilibrée.  
Sources : Deutsche Bundesbank et BNP Paribas  
hausse en raison de l’inadéquation grandissante des qualifications  
entre offre et demande d’emploi. Même si la pénurie de main-  
d’œuvre qualifiée pourrait tirer les rémunérations à la hausse pour  
les emplois concernés, les syndicats préféreront certainement  
modérer leurs demandes pour rester compétitifs sur les marchés  
européens et éviter la délocalisation des usines. Par conséquent,  
l’inflation sous-jacente ne devrait évoluer à la hausse que très  
progressivement pour atteindre 1,3 % en 2018.  
Dans ces conditions, l’excédent des paiements courants a de  
bonnes chances de se maintenir à plus de 8 % du PIB, l’un des plus  
élevés au monde. L’Allemagne affiche principalement cet excédent  
vis-à-vis des Etats-Unis, du Royaume-Uni et des pays émergents,  
dont la Chine. L’excédent vis-à-vis de la zone euro pourrait se  
contracter car les coûts unitaires de main-d’œuvre en Allemagne  
dépassent ceux du reste de la zone euro.  
Moins de chômage, mais plus de pauvreté au travail  
Les bons résultats de l’Allemagne vis-à-vis de la zone euro sont  
souvent imputés aux réformes de l’Agenda 2010, lancé par le  
chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. On a notamment  
attribué le redressement du marché du travail allemand aux  
La croissance du PIB restera probablement bien supérieure à la  
croissance potentielle, estimée à 1,3 %, entraînant un creusement  
de l’output gap positif. Le chômage devrait, par ailleurs, évoluer à la  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
2ème trimestre 2017  
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réformes engagées dans ce domaine, collectivement désignées par  
réformes Hartz ». En particulier, la réforme « Hartz IV », entrée en  
3- Moins de chômage, mais plus de travailleurs pauvres  
«
vigueur en 2005, a réduit la durée des allocations chômage et  
remplacé le régime d’assistance pour les chômeurs de longue  
durée par celui - moins avantageux - de l’aide sociale.  
Taux de chômage : < 6 mois, 6 12 mois, 1-2 ans, >2 ans  
Taux de pauvreté au travail.  
1
2
Le dynamisme du marché du travail est impressionnant. Entre 2005  
et 2015, au total 3,3 millions d’emplois ont été créés, réguliers pour  
1
0
8
6
4
2
0
1
la plupart. Le nombre d’emplois précaires (mini-jobs ) sources  
uniques de revenus est resté stable aux environs de 5,2 millions.2  
Au cours de la même période, le chômage de longue durée est  
passé de près de 6 % de la population active à 2 % à peine.  
Pour la plupart des responsables des politiques publiques, le travail  
constitue le meilleur rempart contre la pauvreté. Or, l’exemple  
allemand n’est pas particulièrement éloquent à cet égard. En fait, le  
risque de pauvreté au travail (personnes occupant un emploi mais  
percevant une rémunération inférieure à 60 % du revenu disponible  
médian équivalent) a considérablement augmenté, en particulier  
après la grande crise financière. Il est ainsi passé de 5,5 % en 2006  
à 9,7 % en 2015 (EU-SILC). On observe également une  
progression du taux de pauvreté au travail dans d’autres pays  
européens, quoique dans une moindre mesure. Il n’en reste pas  
moins que la situation des personnes qui sortent du chômage pour  
un emploi à bas salaire peut s’en trouver améliorée.  
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015  
Source : Eurostat  
Il est peu probable que l’Allemagne revienne à la situation qui  
prévalait avant les réformes Hartz. Cependant, en s’attaquant à ces  
réformes, le SPD pourrait regagner une partie des voix de la classe  
ouvrière qui s’était sentie trahie par leur adoption au milieu des  
années 2000. Selon les derniers chiffres, le SPD remonte dans les  
sondages au détriment du parti de gauche Die Linke et du parti  
populiste de droite Alternative für Deutschland (AfD). Il se retrouve  
au coude à coude avec les Chrétiens démocrates (CDU/CSU) de la  
chancelière Angela Merkel à un peu plus de 30 % des intentions de  
vote.  
Les inégalités de revenus se sont creusées depuis les réformes  
Hartz, le rapport interquintile de revenu (ou ratio S20/S80) ayant  
augmenté de 3,8 en 2005 à 4,8 en 2015. Ce chiffre est à peine  
inférieur à la moyenne de l’UE (5,1), mais bien supérieur à celui de  
la France (4,3). Cependant, cette même augmentation des  
inégalités étant observée dans d’autres pays, il est possible que  
d’autres facteurs, tels que la demande croissante de travailleurs  
hautement qualifiés, n’y soient pas étrangers.  
L’élément nouveau pour les prochaines élections est la progression  
de la cote de popularité de l’AfD, sur fond de mécontentement lié  
aux politiques gouvernementales, comme l’euro et l’aide en faveur  
des pays du sud de l’Europe, la sécurité intérieure, l’immigration et  
les mesures relatives au marché du travail. Le parti a obtenu  
d’assez bons résultats lors des élections régionales, en particulier  
dans les nouveaux Länder (l'ancienne Allemagne de l'Est),  
remportant notamment plus de 20 % des suffrages en Saxe-Anhalt  
et Mecklembourg-Poméranie antérieure, qui figurent parmi les  
régions les plus pauvres d’Allemagne. En 2016, le taux de chômage  
Une campagne électorale intéressante  
Les réformes du marché du travail ne font pas l’unanimité, loin s’en  
faut. Lors des élections législatives, qui auront lieu le 24 septembre  
prochain, la situation du marché du travail pourrait se retrouver au  
cœur du débat. Martin Schulz, élu depuis peu à la tête du Parti  
social-démocrate allemand (SPD), s’est récemment prononcé en  
faveur d’une correction des réformes Hartz qui se sont soldées par  
une augmentation des emplois précaires et mal payés. M. Schulz  
s’est montré particulièrement critique à l’égard de l’accroissement  
du nombre de contrats à durée déterminée : 18 % des 25-34 ans  
sont en effet en CDD, contre 10 % avant 2005. Il s’en est pris  
notamment à la réforme « Hartz IV », particulièrement impopulaire,  
et à la durée des allocations chômage, ramenée à deux ans au  
maximum pour les plus de 58 ans. Avant ces réformes, le régime  
d’allocations chômage équivalait à un régime de retraite anticipée,  
les demandeurs d’emploi percevant des allocations jusqu’à leur  
départ à la retraite.  
(
selon la définition nationale) s’élevait à 8,5 % dans les Länder de  
l’Est contre 5,6 % dans ceux de l’ancienne Allemagne de l’Ouest.  
D’après les derniers sondages, l’AfD obtiendrait un peu plus de  
1
0 % de l’ensemble des voix.  
Il ne faut pas s’attendre à un changement radical de la politique  
économique allemande après les élections, les deux candidats qui  
font la course en tête, Angela Merkel et Martin Schultz, étant  
favorables à un budget équilibré. Ils souhaitent, en outre, l’un  
comme l’autre, conditionner l’aide aux pays du sud de l’Europe à la  
mise en œuvre de réformes dans ces pays. Cependant, la politique  
sociale commence à fissurer la coalition au pouvoir. M. Schulz  
devrait proposer des mesures visant à corriger les réformes Hartz.  
De quoi nourrir un débat intéressant sur les notions de justice  
sociale et d’équité.  
1
Les « mini-jobs » sont rémunérés moins de 450 euros par mois et exonérés de  
cotisations sociales et d’impôts pour les salariés. Ces « petits » emplois sont  
recherchés par les étudiants, les retraités et les femmes en tant que deuxième  
source de revenu d’un ménage, pour lesquels ils constituent un revenu d’appoint.  
2
Les mini-jobs en emploi secondaire ont crû d’environ 1 million à 2,7 millions. Les  
mini-jobs étant exonérés des taxes et des cotisations sociales, beaucoup de salariés  
les préfèrent à une augmentation des heures de leur emploi principal.  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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