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La banque  
d’un monde  
qui change  
DIRECTION DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES  
Espagne : un marché du travail en profonde mutation  
L’éclatement de la bulle immobilière et un marché du travail  
particulièrement rigide avant 2008 expliquent l’ampleur du  
chômage né de la crise économique.  
L’héritage de la crise  
Taux de chômage, en %  
 Mai 2007  Mai 2013  Mai 2017  
30  
Aussi vigoureuse soit-elle, la reprise actuelle ne permettra  
pas d’effacer rapidement les traces profondes qu’a laissées  
la crise sur le marché du travail espagnol.  
25  
De lourdes réformes ont été menées ces dernières années  
pour réduire la dualité du marché du travail, permettre  
l’ajustement des salaires et des conditions de travail aux  
conditions économiques et faciliter le retour à l’emploi.  
20  
15  
Des progrès sont visibles, et plusieurs études attribuent une  
part non négligeable des créations d’emplois à ces réformes.  
10  
5
La reprise est vive en Espagne. Le pays devrait afficher en  
017 une croissance de l’ordre de 3% et, ce, pour la troisième  
2
0
année consécutive. Ce dynamisme vient de ramener l’activité,  
en volume, à son niveau d’avant-crise. Du côté du marché du  
travail, le bilan reste extrêmement lourd : à 17,7% de la  
population active en mai 2017, le taux de chômage reste deux  
fois plus élevé qu’il y a dix ans (8% mi 2007). Mis à part en  
Grèce Espagne Portugal  
Italie Zone Euro France Allemagne  
Graphique 1  
Source : Eurostat  
France. Ainsi, de 2007 à 2009, les salaires nominaux par tête  
ont augmenté de 11,3% en Espagne alors que l’emploi a  
Grèce, où l’on  
a assisté à une véritable dépression  
fortement diminué . En pleine crise, les salaires fixés par les  
économique, bien plus profonde, le taux de chômage est en  
Espagne très supérieur à celui enregistré dans les autres pays  
de la zone euro.  
conventions collectives ont augmenté de 3,5% en 2008, 2,6%  
en 2009, 1,3% en 2010 et 2,48% en 2011. D’une manière  
générale et jusqu’à ce que les réformes interviennent, la  
dynamique salariale a été largement déconnectée des gains  
de productivité (cf. graphique 2 et infra).  
Un bilan de la crise alourdi par les spécificités du marché  
du travail  
Ensuite, l’éclatement de la bulle immobilière, dès 2007, qui a  
été l’un des éléments majeurs de la crise espagnole - au-delà  
de la crise financière commune aux autres pays de la zone  
euro - et dont les conséquences en matière d’emploi, dans un  
secteur très intensif en main d’œuvre, ont été colossales.  
Ainsi, sur 3,4 millions d’emplois détruits entre 2007 et 2013,  
Plusieurs facteurs ont joué un rôle important et expliquent  
cette spécificité. D’abord, une rigidité importante dans le  
fonctionnement du marché du travail, qui a fortement limité la  
capacité des entreprises, souvent petites et peu compétitives,  
à s’adapter au choc de la crise autrement que par les  
destructions d’emplois. Face à une baisse très importante de  
leur chiffre d’affaires, il leur a été difficile d’ajuster les salaires  
ou les conditions de travail, fixées par de vastes accords  
collectifs au niveau régional ou sectoriel. Ainsi, selon la  
1
,7 million l’a été dans la construction. Cela représente près de  
la moitié des emplois détruits (graphique 3), soit l’équivalent de  
2
Banque centrale européenne (BCE) , 68% des salaires du  
L’effet de composition peut en partie expliquer ce phénomène de hausse des  
salaires simultanée à la baisse de l’emploi : la majorité des emplois détruits étaient  
des emplois peu qualifiés, et faiblement rémunérés. En les détruisant, ils n’entrent  
plus dans le calcul des salaires moyens, seuls les hauts salaires restent sur le marché  
du travail, ce qui augmente les salaires agrégés. Mais ce phénomène illustre bien le  
manque de flexibilité interne des entreprises dans la mesure où elles auraient pu  
réduire les salaires des CDI plutôt que de licencier les salariés en contrats  
temporaires.  
secteur privé étaient indexés sur l’inflation observée en 2008,  
via les conventions collectives inter-industries, contre 13% en  
1
BCE, Bulletin mensuel, Wage indexation mechanisms in euro area countries,  
encadré 5, p.51, Mai 2008  
economic-research.bnpparibas.com  
Frédérique Cerisier et Alice Rustique  
27 juillet 2017  
1
 
 
 
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près de 7,5% de la population active. Par nature beaucoup  
plus durables que dans les autres secteurs , ces destructions  
 Reconnexion salariale  
En glissement annuel, %  
d’emplois ont mis au chômage des travailleurs aux  
compétences très spécifiques, plus difficilement employables  
dans les autres secteurs, favorisant ainsi le chômage de  
longue durée et leur exclusion du marché du travail.  
 Coût salarial par employé ----- Productivité par employé  
6%  
4%  
Enfin, le fort degré de protection attaché aux contrats de travail  
permanents avait favorisé le développement d’un important  
volant de salariés sous contrats de travail temporaires, moins  
protégés. Ainsi, 29% des contrats de travail étaient  
temporaires en 2009, contre 14, 5% dans la zone euro et 11,9%  
2%  
0%  
pour les pays de l’OCDE (graphique 6). Pendant la crise, les  
-2%  
contrats à durée déterminée ont donc servi de variables  
d’ajustement. Leurs indemnités de licenciements étaient peu  
élevées, alors que les normes législatives pour mettre fin à un  
contrat permanent étaient très rigides (pratique du despido  
-
4%  
2
003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Graphique 2  
Source : INE  
express pour éviter une décision de justice).  
Des réformes aux objectifs multiples  
 Construction, un poids divisé par deux !  
Part du secteur de la construction dans la valeur ajoutée brute  
Au final, le pays a subi durant la crise un sur-ajustement  
majeur de l’emploi, en recul de 16,7% entre 2007 et 2013  
quand le PIB perdait « seulement » 7,3%. Le chômage a plus  
que triplé sur la même période, passant de 8,2% à 26,4%.  
Tous ces éléments ont défini les grandes lignes des objectifs  
visés par les réformes mises en place sur le marché du travail  
espagnol au sortir de la crise : pallier au manque de flexibilité  
interne en limitant la primauté des accords collectifs, atténuer  
la forte segmentation qui avait favorisé une grande précarité  
d’une partie du marché du travail, accompagner les  
réallocations sur le marché du travail, encourager le retour à  
l’emploi des anciens travailleurs de la construction et les  
requalifier, lutter contre la hausse du chômage structurel.  
Espagne  Allemagne  France Italie - - - Zone euro  
12  
10  
8
6
4
2
0
Les réformes ont été mises en œuvre en 2010 et 2012. Puis,  
en 2014 et 2015, d’autres mesures sont venues renforcer leurs  
effets. Les principaux éléments de ces réformes sont  
présentés, par thématiques, dans l’encadré 1.  
95  
97  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
Graphique 3  
Source : Commission européenne (AMECO)  
Des progrès en termes d’emploi et de compétitivité  
population active, le taux de chômage serait, malgré tout,  
encore loin de son niveau d’avant-crise (8% en 2007).  
Plus de trois ans après le début de la reprise, les progrès sont  
palpables. Les créations d’emplois sont vigoureuses ; le taux  
de chômage était ainsi de 17,7% en mai 2017, en baisse de  
plus de 9 points par rapport à son pic de Q1 2013 (26,9%).  
Le redressement de l’emploi s’appuie sur des gains de  
compétitivité notables, avec des coûts salariaux unitaires en  
baisse de 5,8% en termes nominaux de 2009 à 2016, et de  
Depuis 2013, le pays a perdu près de 2 millions de chômeurs,  
leur nombre passant de 6,2 millions à 4,2 millions. Si cette  
tendance devait se poursuivre, leur nombre pourrait tomber,  
6
,9% en termes réels (graphique 4).  
Enfin, et au-delà de la seule question du redressement du  
marché du travail, ces évolutions ont participé au rééquilibrage  
des comptes extérieurs.  
selon nos projections, à 2,8 millions en 2020 . A 12,5% de la  
3
Alors que le PIB espagnol retrouve son niveau d’avant-crise, la production du  
secteur de la construction reste 46% inférieure à son pic de 2006. Aujourd’hui à 5%  
de la production totale, ce secteur a retrouvé une taille comparable à celle observée  
dans les grands pays de la zone euro.  
4
L’essor du secteur de la construction a évidemment été est un élément clef dans la  
multiplication des contrats temporaires, mais le caractère dual du marché du travail  
s’étendait au-delà de ce secteur.  
5
Pratique qui vise à verser le montant maximum d’indemnités de licenciement en  
reconnaissant le caractère injuste du licenciement pour éviter une décision de justice ;  
pratique qui rendait le licenciement relativement facile, mais coûteux.  
6
Notre projection s’appuie sur les prévisions de population active de la Commission  
en outre, un ralentissement très progressif de la croissance de l ’e mploi, de 2,3% en  
2017 à 2% en 2020.  
européenne (The 2015 Ageing Report, European Economy 8|2014). Nous supposons,  
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Frédérique Cerisier et Alice Rustique  
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Encadré 1 : Les principales réformes mises en œuvre depuis la crise  
Ces réformes se décomposent en deux volets principaux. Les bases ont été posées lors d’une première réforme en 2010 (Ley del 10/2010), mais c’est  
surtout la deuxième réforme de 2012 (El Real Decreto-ley 3/2012) qui a été déterminante dans la transformation de la structure du marché du travail  
espagnol. Ces réformes ont concerné deux thématiques principales : donner aux entreprises une meilleure flexibilité interne, grâce à l’inversion de la  
hiérarchie des normes sociales, et réduire la dualité du marché du travail en allégeant la protection des contrats permanents. En 2014 et 2015, d’autres  
mesures sont venues renforcer les changements mis en place. Elles ont visé à encourager le retour à l’emploi à l’aide de politiques actives du marché  
du travail et à promouvoir l’apprentissage, la formation professionnelle et l’éducation.  
Négociation collective et politique salariale : une flexibilité accrue  
La réforme de 2012 a décentralisé la négociation collective en donnant la primauté aux accords d’entreprise sur les conventions de niveau supérieur  
dans de nombreux domaines. Depuis, chaque entreprise peut agir au niveau individuel et moduler ses conditions de travail (salaire de base, horaires,  
organisation interne…) en fonction de ses particularités et de la conjoncture. Il est également possible de déroger aux accords de branche dans les cas  
où ils sont référents, par la faculté d’opt out. Ces mesures de flexibilité interne, véritables alternatives au licenciement, optimisent l’allocation des  
ressources dans la mesure où la dynamique des salaires devient cohérente avec les spécificités de chaque entreprise, d’autant plus qu’en 2010 et 2012,  
deux accords des partenaires sociaux ont marqué l’arrêt de l’indexation des salaires sur l’inflation, afin que les entreprises puissent aligner les salaires  
sur leur productivité.  
Dualité: contrats de travail et assouplissement du régime de licenciement  
Afin de favoriser les embauches en CDI, les réformes ont cherché à réduire leur degré de protection en faisant converger leur coût de licenciement avec  
ceux des contrats temporaires. Ainsi, en 2012, les indemnités de licenciement des contrats permanents sont passées de 45 à 33 jours par année  
d’ancienneté quand celles des contrats temporaires ont augmenté de 8 à 12 jours par année d’ancienneté.  
La pratique du Despido Express est maintenant interdite. Si le licenciement est perçu comme injuste, le travailleur ne peut plus toucher le montant  
maximum d’indemnités ; il doit s’adresser au tribunal (Servicio de Mediación, Arbitraje y Conciliación). Néanmoins, l’issue de l’intervention du tribunal est  
désormais plus favorable aux entreprises puisque la réforme de 2012 a clarifié la notion de « licenciement pour raisons économiques ». Dorénavant,  
trois trimestres consécutifs de baisse de revenu permettent à l’entreprise de licencier les salariés en CDI pour raisons économiques.  
L’Espagne a aussi misé sur des incitations fiscales pour en finir avec la segmentation du marché du travail. Le Contrato indefinido para emprendedores  
(2012) pour les entreprises de moins de 50 salariés, qui permet d’allonger la période d’essai à un an, subventionne l’entreprise pour chaque contrat  
temporaire transformé en CDI.  
Retour à l’emploi : mesures actives et incitations  
La Estrategia española de activación para el empleo ou SEPE (2014-2016) est une stratégie globale d’activation du marché du travail. Elle a été créée  
pour améliorer l’employabilité, promouvoir l’égalité des chances, soutenir l’entreprenariat et la coordination entre les services régionaux pour l’emploi et  
les différentes entités (publiques ou privées). Grâce à une coopération entre les services scolaires de lutte contre le décrochage et les services d’aide à  
l’emploi, cette stratégie permet de cibler les jeunes sortis du système scolaire. Des partenariats public-privé ont participé à la digitalisation de la  
recherche d’emploi via la création d’un portail unique.  
Le Programa de Activación para el Empleo (PAE) fait partie de la stratégie globale d’activation. Ce programme, mis en place en 2015, consiste en un  
versement mensuel de 400 euros à la condition d’une recherche active d’emploi, contrôlée et actualisée tous les trois mois. Si la recherche d’emploi  
n’est pas jugée satisfaisante, le chômeur est passible de sanctions. Ce durcissement de la surveillance est une des innovations de ce programme. La  
philosophie générale repose sur l’idée selon laquelle l’incitation financière à chercher du travail et la surveillance seraient des méthodes plus efficaces  
pour endiguer le chômage que le versement sans condition d’une allocation.  
Enfin, le programme PREPARA a été conçu pour perfectionner et renforcer les compétences des personnes qui ne sont plus éligibles aux allocations  
chômage. Il s’agit de lutter contre l’inadéquation entre les compétences des chômeurs et les besoins du marché. Cette inadéquation, facteur puissant de  
chômage de longue durée, est principalement due à la recomposition sectorielle de l’emploi.  
Jeunesse et marché du travail : modernisation du système éducatif et accompagnement  
La LOMCE (Ley Orgánica para la Mejora de la Calidad Educativa, 2014/15) modernise la formation universitaire. Elle permet davantage d’autonomie  
dans l’embauche et la supervision des professeurs. Elle s’efforce également de développer les VET et les dual VET (Vocation Education Training,  
Formación Profesional Básica), des contrats professionnalisant et des contrats d’apprentissage. Ces contrats soutiennent l’éducation secondaire  
professionnelle et orientent les compétences des élèves vers les besoins réels du marché du travail. Enfin, la Garantía juvenil (2013) permet aux jeunes  
de moins de 25 ans de jouir d’une éducation, d’un apprentissage, d’offres d’emploi, et de stages de bonne qualité grâce à du conseil, de l’assistance et  
une aide aux candidatures.  
L’amélioration des performances à l’exportation a été, de fait,  
exceptionnelle : les exportations ont progressé de 32% en  
volume de 2010 à 2016 (contre 10% en Allemagne et 4% en  
France). Sur la même période, le pays a vu son déficit  
commercial fondre, passant de près de EUR 50 milliards à  
près de EUR 20 milliards, uniquement pour les biens.  
Bien entendu, ce redressement du marché du travail n’est pas  
uniquement le résultat des réformes structurelles de 2010, et  
2012 et des mesures qui les ont suivies (en 2014 et 2015), mais  
doit aussi sa vigueur  
à
l’accélération conjoncturelle  
européenne et à un policy-mix très favorable.  
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Amélioration de la compétitivité-coût  
Plusieurs études ont cherché à évaluer empiriquement les  
Coûts salariaux unitaires réels, 2009=100  
effets de ces réformes et des politiques du marché du travail  
espagnol. Nous présentons leurs principaux résultats dans le  
tableau 1 (page 5). Les résultats, plutôt positifs, sont à prendre  
avec précaution du fait de la courte période d’évaluation et de  
la difficulté d’isoler les effets propres aux réformes. Dans  
l’ensemble, toutefois, ces études convergent pour détecter les  
effets des réformes sur le fonctionnement du marché du  
travail, notamment la part des contrats permanents dans les  
créations de postes. Les effets estimés sur l’emploi sont  
importants. La Commission européenne estime ainsi que  
Espagne  Allemagne  France Italie - - - Zone euro  
104  
02  
100  
1
98  
96  
94  
4
2
00 000 emplois ont pu être sauvegardés sur la période 2012-  
013, une étude de la Fondation des caisses d’épargne  
92  
espagnoles (FUNCAS) comptabilisant, quant à elle, plus de  
00 000 emplois préservés de 2012 à 2015.  
90  
9
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 4  
Source : Commission européenne (AMECO)  
Flexibilité, chômage : progrès incomplets  
La base de données LABREF mise en place par la  
Commission européenne recense dix-sept mesures phares de  
flexibilisation du marché du travail mises en œuvre en  
Espagne entre 2008 et 2014, ce qui n’est pas loin de  
 Chômage des jeunes et de longue durée  
En milliers et en %  
 Nombre de chômeurs > 1an  Nombre de chômeurs total  
Taux de chômage 16-24 ans (é.d.)  
constituer un record . A ce stade, toutes n’ont pas porté leurs  
7 000  
60%  
0%  
0%  
0%  
0%  
0%  
fruits. L’indice de protection de l’emploi calculé par l’OCDE  
6
000  
5
(EPL, Employment Protection Legislation) n’a que peu diminué  
sur la période. Les économistes du FMI relèvent pour leur part  
une nette amélioration dans l’ajustement agrégé des salaires  
5 000  
4
4
3
2
1
000  
000  
000  
000  
0
(macro-flexibilité), mais ne perçoivent pas de progrès du côté  
3
des ajustements au niveau de l’entreprise (micro-flexibilité).  
Pour eux, les firmes n’ont pas utilisé les accords d’entreprises  
pour moduler les salaires et les conditions de travail. En effet,  
en 2013, selon le ministère de l’Emploi espagnol, seulement  
2
1
6
,8% des entreprises ont eu recours à la flexibilité interne en  
modifiant les salaires, principalement en raison de complexités  
administratives. Cela signifierait qu’une grande partie de la  
baisse des coûts salariaux unitaires serait davantage la  
résultante des accords de fixation des salaires passés en 2010  
et 2012 par les partenaires sociaux, que celle des réformes.  
0%  
05  
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17  
Graphique 5  
Source : Eurostat  
taux d’abandon scolaire de l’UE, alors même que le  
renforcement des compétences de la population est un des  
Second défi pour l’avenir : le chômage de masse hérité de la  
crise et qui sera long à résorber, malgré le dynamisme des  
créations d’emplois.  
objectifs fixés pour améliorer l’emploi . Malgré les réformes,  
les dual VET, les contrats d’apprentissage créés par la loi  
LOMCE (encadré 1), sont utilisés par seulement 0,2% des  
entreprises. Au final, plus de 20% des jeunes (15-24 ans) ne  
sont ni étudiants ni en poste (Not in Education, Employment or  
Training, ou NEETs) tandis que, pour leur part, les diplômés  
Comme attendu, les jeunes (15-24 ans) et/ou les personnes  
non qualifiées sont surreprésentés parmi les chômeurs.  
Aujourd’hui, 41,6% des 15-24 ans sont au chômage, une  
génération marquée par la crise et qui fait face au plus fort  
sont nombreux à émigrer .  
7
OCDE (2014, 2017) :“The 2012 Labour Market Reform in Spain: A preliminary  
assessment” et “OECD Economic Surveys: Spain 2017”. Commission européenne  
(2016) : “Country Report Spain 2016”. BBVA (2015) : “Structural Reform and the  
Spanish Recovery”. Doménech, R., Ramon Garcia, J. and Ulloa, C. (2016) : “Los  
Efectos de las Reformas Laborales sobre el Crecimiento y el Empleo, documento de  
trabajo, BBVA Research, Mars 2016. García Pérez & Jansen (2015) : "Reforma  
laboral de 2012: Qué sabemos sobre sus efectos y qué queda por hacer?"Policy  
Papers 2015-04, FEDEA. Garcia-Perez (2016) :"Assessing the impact of Spain's latest  
labour market reform", Spanish Economic and Financial Outlook, May 2015, FUNCAS  
Contre 14 au Portugal et en Grèce sur la même période. Nous nous intéressons  
seulement aux mesures qui ont un caractère permanent, qui font partie d ’u n package  
de réforme, et qui ont pour but de flexibiliser le marché du travail. Base de données  
1
0
Même efficaces, les mesures éducatives sont des investissements dont les  
résultats ne seront visibles que des années après. Aujourd’hui, les compétences des  
diplômés espagnols restent considérées comme faibles : en 2015, par exemple, le  
niveau en mathématiques de 18% des diplômés âgés de 16 à 29 ans était jugé faible,  
contre une moyenne de 12% dans l’OCDE.  
8
11  
D’après Eurostat, en 2013, plus d ’1 % de la population espagnole émigrait (532 303  
personnes). En 2015, ils étaient encore 343 875 à quitter l’Espagne, soit 0,74% de la  
population (7% d’entre eux vers l’Allemagne). En comparaison, ils étaient 0,38%,  
0,24% et 0,44% à émigrer du Portugal, d’Italie et de France respectivement.  
LABREF de la Commission européenne (2014)  
9
27% des actifs ayant les compétences 0-2 (CITE-97) sont au chômage.  
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Frédérique Cerisier et Alice Rustique  
27 juillet 2017  
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qui change  
Effets des réformes sur le marché du travail  
Rythme annuel de  
croissance à partir duquel  
des emplois sont créés  
Flexibilité interne et  
négociation salariale  
Sources  
Emploi / Chômage  
CSU/ Compétitivité  
Dualité  
Sauvegarde de 910 000  
Domenech et al. (2016, En , à 0,4%, contre 1,5% emplois entre 2012 et  
des recrutements en  
↗ de la flexibilité interne  
-
CDI de 0,6 à 0,7% pour  
l'année 2014  
BBVA)  
avant les réformes  
2015 ; de 1,5 million sur le  
moyen terme (*)  
à partir de 2013  
Contribution à la baisse  
des CSU nominaux de  
de la durée du  
↗ des procédures  
collectives de réduction  
du temps de travail  
↗ de 46% de la part des  
recrutements en CDI  
entre 2012 et 2014  
2
010 à 2016 de l’ordre de  
chômage  
-1,2 % à -1,9 % (près de la  
du taux de séparation  
moitié de la baisse  
observée)  
OCDE (2013 et 2017)  
-
Sauvegarde de 400 000  
emplois entre 2012 et fin  
2013  
Effets mitigés : seulement  
6,7% des travailleurs  
couverts par des accords  
↗ de la part des contrats  
permanents dans les  
nouveaux emplois  
Commission européenne  
En ↘ après les réformes  
-
(2016)  
du taux de séparation  
d'entreprise en 2015  
de 1,5 point (*)  
Garcia Perez et Jansen  
2015, FEDEA)  
Garcia Perez (2016,  
FUNCAS)  
↗ de la probabilité de  
passer d'une période de  
chômage à un emploi  
permanent  
Peu d’accords  
d’entreprise et peu de  
procédures d’opt out  
(
Effets significatifs mais  
faibles  
-
Effets non significatifs  
(*) Par rapport au scénario sans réforme  
De plus, le chômage de longue durée reste très élevé, avec  
près de la moitié des chômeurs sans emploi depuis plus d’un  
an (graphique 5). La politique de retour à l’emploi, le Programa  
de Activación para el Empleo (PAE), a aidé 15% de ses  
participants à retrouver un emploi mais le ciblage s’est fait au  
détriment des chômeurs de longue durée et des moins  
qualifiés. Dans un souci d’amélioration du ciblage et des  
incitations, l’Etat espagnol a mis en place une nouvelle version  
du PAE (avril 2017), uniquement destinée aux chômeurs de  
longue durée avec responsabilités familiales.  
entendu, les contrats temporaires ayant été les premiers  
emplois détruits lors du déclenchement de la crise, ils sont les  
plus demandés au moment de la reprise. Toutefois, l’Espagne  
détient toujours le taux de transition de contrat temporaire à  
permanent le plus faible des pays de l’OCDE, et plus de 27%  
des contrats sont des contrats temporaires. Cette dualité, qui  
reste très importante, précarise et segmente le marché du  
travail : le turnover important des contrats à durée déterminée  
(CDD) n’incite pas à investir dans le capital humain et la forte  
protection des contrats permanents bloque la réallocation des  
ressources entre les secteurs, ce qui décourage la mobilité du  
travail. Les CDD, d’ailleurs, ont été les plus touchés par la  
Par ailleurs il reste des marges de progression dans le  
calibrage des allocations. En 2012, seulement 24% des  
chômeurs touchaient les allocations chômage. Ces dernières  
ne peuvent être versées que si la durée de cotisation excède  
modération salariale . Ainsi, selon le FMI, les travailleurs du  
premier et du deuxième décile de revenu ont vu leurs salaires  
diminuer de 25% et 15% respectivement entre 2008 et 2013  
tandis que ceux du dernier décile ont augmenté de 10%.  
60 jours sur six ans . Or, ce mode de distribution exclut un  
3
certain nombre d’individus. Les travailleurs en contrats  
temporaire, par exemple, alternent courtes périodes d’emploi  
et épisodes de chômage, ce qui peut les rendre inéligibles aux  
allocations chômage, faute d’une cotisation suffisante. En  
réponse à ce problème, l’OCDE recommande de diminuer la  
durée requise de cotisation.  
Le faible recours à l’ajustement aux chocs externes par les  
accords d’entreprise a été compensé par un autre type de  
flexibilité : l’usage des contrats à temps partiel. En effet, la part  
des contrats à temps partiel dans le total des contrats a  
presque doublé, passant de 8% en 2000 à 15,5% en 2017.  
Née avant la crise, cette tendance s’est accentuée depuis. Or,  
selon l’OCDE, 60% des contrats à temps partiels sont subis et  
leur rémunération est inférieure de 18% à celle des CDI. Le  
développement de ces contrats précaires peut être perçu  
comme une nouvelle forme de dualité et accentue la précarité  
du marché du travail.  
Segmentation du marché du travail : contrats temporaires,  
temps partiels, inégalités  
Comme l’illustre le graphique 6, la part des contrats  
temporaires dans l’emploi total a beaucoup diminué depuis la  
crise. Depuis 2014, seulement 60% des nouvelles embauches  
ont pris la forme de contrats temporaires selon l’OCDE. Bien  
12  
En France, le demandeur d ’e mploi doit justifier de 122 jours d’affiliation au cours  
des vingt-huit mois (deux ans et quatre mois) qui précèdent la fin du contrat de travail  
pour les moins de cinquante ans. En Espagne, il faut donc travailler plus longtemps  
pour pouvoir toucher les allocations.  
13  
Conde-Ruiz , Díaz, Marín, Ramírez (2015), Una Reforma Fiscal para España,  
Fedea Policy Papers  
economic-research.bnpparibas.com  
Frédérique Cerisier et Alice Rustique  
27 juillet 2017  
5
 
La banque  
d’un monde  
qui change  
***  
La dualité du marché du travail  
Part des contrats temporaires dans l’emploi salarié, en %  
Espagne  Allemagne  France Italie - - - UE  
40  
La situation du marché du travail espagnol s’est nettement  
améliorée depuis la crise. Les réformes, en apportant de la  
flexibilité, ont permis à l’Espagne de ralentir les destructions  
d’emplois et de gagner en compétitivité. La croissance du PIB  
est repartie, portée par le boom des exportations.  
35  
30  
2
5
Néanmoins, cette croissance cache toujours de profonds  
déséquilibres : dans la structure du marché du travail, toujours  
segmentée par la forte proportion des contrats temporaires et  
à temps partiel ; dans le tissu productif espagnol, dont la  
reconstitution doit permettre de maintenir la dynamique  
d’exportation ; entre la demande et l’offre de travail,  
notamment en termes de qualifications. En effet, un nombre  
encore très important de chômeurs doit réintégrer l’activité  
économique, dont beaucoup vraisemblablement issus d’un  
secteur, la construction, qui ne retrouvera pas son niveau  
d’emploi d’avant-crise. D’où les efforts mis en œuvre pour  
soutenir la formation et l’acquisition de nouvelles compétences  
pour les chômeurs, qui devront se poursuivre tant ce  
processus de réallocation de la force de travail promet d’être  
long et difficile. En parallèle, la stratégie économique actuelle  
suppose également que les nouveaux moteurs de l’activité, la  
flexibilité accrue sur le marché du travail et une modération  
salariale, soient à même de créer les postes de travail  
nécessaires pour achever le processus de réallocation des  
ressources enclenché il y a maintenant près de dix ans.  
20  
15  
10  
5
0
0
0 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Graphique 6  
Source : OCDE  
economic-research.bnpparibas.com  
Frédérique Cerisier et Alice Rustique  
27 juillet 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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