Perspectives

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Espagne  
Un peu moins dynamique  
L’Espagne pâtira de vents un peu moins porteurs au cours des prochains mois. La remontée de l’inflation, conséquence de la  
progression des prix de l’énergie, pèsera par exemple sur le pouvoir d’achat des ménages. En outre, l’Espagne, qui dispose enfin  
d’un gouvernement, devrait resserrer sa politique budgétaire. Toutefois, le pays devrait parvenir, cette année encore, à se démarquer  
de la plupart de ses partenaires de la zone euro en affichant une croissance du PIB voisine de 2,4%. La poursuite des créations  
d’emplois et le recul progressif du taux de chômage devraient en effet soutenir la consommation des ménages.  
La croissance, de 0,8% t/t en moyenne au cours des trois premiers  
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- Synthèse des prévisions  
trimestres 2016, restera robuste au cours des prochains trimestres,  
sans pour autant afficher un rythme aussi soutenu qu’au cours des  
deux années précédentes.  
Variations annuelles, %  
PIB  
2016 e 2017 e 2018 e  
G
P
G
E
3,3  
3,1  
3,6  
4,1  
2,4  
2,2  
2,5  
3,2  
2,0  
1,9  
3,8  
3,3  
Consommation privée  
Investissement  
Exportations  
Les vents seront vraisemblablement un peu moins porteurs. La  
progression de l’indice des commandes étrangères de l’enquête  
PMI au quatrième trimestre (à 54,8 en moyenne au T4 2016, après  
5
1,7 au T3 2016) annonce celle des exportations à la fin 2016.  
Indice des prix à la consommation (IPCH)  
Taux de chômage (%)  
H
U
C
G
G
-0,3  
20,1  
1,1  
2,2  
19,6  
1,6  
1,4  
19,3  
1,6  
Toutefois, la croissance de la demande extérieure sera moins  
soutenue en 2017, et ce malgré la dépréciation escomptée du taux  
de change effectif de l’euro au cours des prochains mois.  
L’Espagne pâtira en effet d’un léger affaiblissement de la croissance  
chez ses principaux partenaires commerciaux en Asie, notamment  
en Chine, et du ralentissement de la croissance au sein de la zone  
euro, son principal partenaire commercial (près de la moitié des  
exportations de marchandises). La contribution du commerce  
extérieur restera toutefois légèrement positive en raison du  
ralentissement de la demande intérieure et donc du rythme de  
progression des importations.  
Balance courante (% PIB)  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
-4,6  
99,5  
-3,8  
-3,2  
100,3  
100,4  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Une croissance soutenue par la demande intérieure  
Contribution à la croissance annuelle (points de PIB)  
 Variation des stocks  Exportations nettes  
Demande intérieure hors stocks ▬ PIB  
La demande intérieure reste le principal moteur  
L’investissement, malgré cet environnement moins porteur,  
continuera à soutenir la croissance, et ce d’autant qu’il devrait  
continuer à bénéficier de conditions de financement favorables.  
Plusieurs facteurs pèseront sur la consommation, à commencer par  
l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. La variation des prix à la  
consommation, de 1,4% g.a. en décembre 2016, conservera en  
effet une tendance haussière au cours des prochains mois. Le taux  
d’inflation sous-jacente, de 0,7% g.a. en novembre 2016,  
augmentera peu en raison de la faible progression des salaires,  
mais les effets de base dus à la baisse passée du pétrole  
continueront à s’estomper. A cela s’ajoute la dépréciation récente  
de l’euro, qui pourrait exercer des pressions haussières via la  
progression des prix des biens importés. La variation des prix à la  
consommation devrait dépasser 2% g.a. en 2017.  
Source : INE  
contexte géopolitique actuel. Toutefois, les emplois créés dans les  
services et plus particulièrement dans l’hébergement, la restauration  
ainsi que dans la santé et l’action sociale sont à faible productivité  
1
En outre, la modération salariale devrait se poursuivre. La  
persistance de ressources excédentaires sur le marché du travail  
continuera en effet à peser sur la capacité des salariés à négocier  
des hausses de rémunérations. Les salaires devraient d’autant  
moins progresser que le secteur des services, qui a représenté près  
de 75% de la valeur ajoutée brute et 85% des créations emplois au  
troisième trimestre 2016, restera vraisemblablement celui qui  
contribuera le plus aux créations d’emplois au cours des prochains  
mois. Ce secteur devrait notamment bénéficier de la bonne tenue  
du tourisme, l’Espagne conservant de nombreux atouts dans le  
donc moins bien rémunérés. Nombre des salariés présents dans les  
services travaillent par ailleurs à temps partiel (17,3% de l’emploi  
dans les services au T3 2016). A la modération salariale s’ajoutera  
le resserrement à venir de la politique budgétaire par le nouveau  
gouvernement en place.  
1
Ces secteurs ont chacun représenté près de 20% des créations d’emplois au  
troisième trimestre 2016.  
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Espagne  
1er trimestre 2017  
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Toutefois, la consommation des ménages dispose de quelques  
atouts. La poursuite des créations d’emplois (après +518 000 en un  
an au T3 2016) s’accompagnera d’une hausse de la masse  
salariale. Le recul progressif du taux de chômage, de 1,7 point en  
l’espace d’un an (à 19,2% en novembre), devrait pour sa part  
conforter le moral des ménages, toujours au beau fixe selon la  
Commission européenne. Selon la même enquête, ceux-ci ont  
d’ailleurs toujours l’intention d’effectuer des achats importants au  
cours des douze prochains mois.  
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- Réduction du pouvoir d’achat  
En variation sur un an (%)  
 IPCH  Rémunération par tête  
Le PIB devrait ainsi afficher une croissance proche de 2,4% en  
2017 (après +3,3% en 2016), retrouvant, au printemps prochain,  
son précédent point haut du deuxième trimestre 2008.  
La consolidation des finances publiques à l’œuvre  
L’Espagne dispose enfin d’un gouvernement après plusieurs mois  
de blocage. Le Parti populaire (PP, de droite), arrivé en tête des  
élections générales de décembre 2015 et de juin 2016 sans  
majorité absolue, est en effet parvenu, fin octobre 2016, à dégager  
une majorité simple au Congrès des députés au second tour du  
vote d’investiture, grâce au soutien du parti de centre droit  
Ciudadanos et de la coalition nationaliste des îles Canaries (CC-  
PNC) ainsi qu’à l’abstention du PSOE (Parti socialiste ouvrier  
espagnol).  
Sources : OCDE, Eurostat  
Les marges de manœuvre du gouvernement minoritaire de Mariano  
Rajoy sont toutefois limitées, et le vote du budget le fruit d’âpres  
négociations. Le gouvernement, plus instable, doit en effet obtenir  
les votes ou à défaut l’abstention du PSOE pour légiférer. La  
fragmentation du Congrès l’a d’ailleurs contraint à accepter une  
augmentation du salaire minimum dès cette année. Celui-ci, de  
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55,2 euros sur quatorze mois actuellement, passerait ainsi  
Le gouvernement, qui jusqu’alors pouvait seulement gérer les  
affaires courantes, a ainsi pu présenter, en décembre, un plan  
budgétaire rectificatif pour 2017 à la Commission européenne.  
er  
progressivement à 800 euros au 1 janvier 2018. La relative  
instabilité de cette nouvelle législature fragilise donc l’Espagne qui,  
compte tenu du poids de sa dette publique, reste vulnérable à tout  
nouveau choc.  
L’Espagne prévoit dans ce plan de ramener le déficit budgétaire de  
4,6% du PIB en 2016 à 3,1% en 2017. Le pays, qui avait relâché la  
contrainte budgétaire en 2016, entend, pour y parvenir, réduire de  
2
,3 point le déficit structurel cette année (à -3,3% du PIB en 2017).  
0
Plusieurs mesures fiscales, dont une hausse de l’impôt sur les  
sociétés, des taxes sur le tabac, l’alcool, les boissons sucrées et  
gazeuses, devraient, selon le nouveau gouvernement, lui permettre  
d’atteindre ses objectifs. Celui-ci mise par ailleurs sur une  
croissance du PIB de 2,5% en 2017 pour réduire son déficit  
budgétaire.  
Le gouvernement, qui a encore supporté une charge d’intérêts sur  
sa dette publique de l’ordre de 2,8% du PIB en 2016, prévoit en  
outre de réduire à nouveau le poids de sa dette cette année, qui  
passerait de 99,4% du PIB en 2016 à 99% en 2017.  
La Commission européenne se montre cependant plus prudente.  
L’effet de certaines des mesures annoncées par le gouvernement,  
notamment sur le plan des dépenses, devrait selon elle être  
moindre qu’escompté. Ses prévisions de croissance sont par  
ailleurs moins optimistes. La Commission européenne prévoit en  
effet une croissance du PIB légèrement moindre, de 2,3% en 2017.  
L’Espagne, qui avait obtenu en juillet dernier un délai  
supplémentaire pour corriger son déficit excessif, pourrait, dès lors,  
devoir fournir des efforts supplémentaires de l’ordre de 0,2 point de  
PIB pour respecter ses objectifs.  
2
Le solde structurel, dont l’évolution permet d’évaluer les efforts réalisés par un pays,  
équivaut au solde qui serait atteint si le PIB était égal à son potentiel et corrigé des  
mesures exceptionnelles.  
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Espagne  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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