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EcoPerspectives // 3 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Un peu moins tonique  
L’activité économique a ralenti au premier semestre de cette année. Les indicateurs conjoncturels, en recul depuis la fin de 2017, ont  
montré des signes de stabilisation dernièrement. Ils continuent cependant de refléter une croissance relativement robuste, portée par  
des politiques monétaire et budgétaire plutôt accommodantes. Les contraintes de capacité, en particulier dans le bâtiment, sont  
toutefois manifestes. Enfin, l’inflation devrait progressivement augmenter avec les coûts de production.  
Après une croissance de 2,5 % en 2017, l’activité économique a  
connu une nette décélération au début de 2018. Le PIB réel n’a crû  
que de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, légèrement en  
deçà de son potentiel, estimé aux environs de 1,5 % par an. Ce  
ralentissement s’explique en partie par des facteurs temporaires  
1- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
.5  
(
une correction à la baisse des exportations après la très forte  
2
.1  
2
.0  
hausse du quatrième trimestre, un repli de la consommation  
publique suite aux élections générales et dans un contexte de  
vacance à la tête de l’exécutif).  
1.9  
1.9  
1.9  
18  
1
.7  
1
.5  
0
.4  
Les contraintes de capacité continuent néanmoins à se faire sentir.  
Le taux de chômage a plongé à 3,4 % en mai et les entreprises se  
plaignent de plus en plus du manque de personnel qualifié. Dans le  
secteur du bâtiment, le solde d’opinions concernant la pénurie de  
main-d’œuvre a atteint un plus haut historique à 18,9, en mai,  
contre 14,7 les mois précédents (graphique 1). Même si l’utilisation  
des capacités industrielles a légèrement diminué à 87,8 % au début  
du deuxième trimestre, elle se maintient à un niveau très élevé.  
0.1  
1
5
16  
17  
18  
19  
15  
16  
17  
19  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Les tensions montent dans le bâtiment  
Coûts de construction (%, g.a.), é.g.  
Pénuries de main-d'œuvre (%, solde d’opinion), é.d.  
La situation très tendue sur le marché du travail s’est soldée par  
une accélération à la hausse des salaires. Les accords conclus  
dans le secteur public (administration centrale et collectivités  
locales) ainsi que dans la métallurgie et l’ingénierie électrique vont  
se traduire par une hausse des rémunérations de 3 % à 3,25 %  
(
contre 2,5 % en 2016). Dans le sillage de ces accords, la  
Commission allemande du salaire minimum a proposé d’augmenter  
le SMIC de 4% en 2019.  
Les prix à la consommation donnent également des signes  
d’accélération. En mai, ils avaient progressé de 2,2 % sur un an.  
Cependant, cette augmentation est en grande partie due à la  
hausse des prix de l’énergie (+5,2 %).  
Sources : Commission européenne, Deutsche Bundesbank  
Un budget légèrement expansionniste  
Les politiques macroéconomiques devraient rester favorables à la  
croissance en 2018 et 2019. Les conditions monétaires restent très  
accommodantes, la BCE ayant l’intention de maintenir les taux  
d’intérêt aux niveaux bas actuels au moins jusqu’à l’été 2019.  
ainsi rester excédentaires en 2018 et 2019. En 2019, la dette  
publique, en pourcentage du PIB, pourrait passer en dessous de la  
barre des 60 % pour la première fois depuis 2002, de quoi donner  
des moyens financiers en cas de ralentissement économique.  
Par ailleurs, l’orientation budgétaire du nouveau gouvernement, une  
coalition entre conservateurs (CDU/CSU) et sociaux-démocrates  
Le gouvernement a alloué des fonds à la relance de  
l’investissement afin, notamment, de développer le réseau de fibre  
optique, de numériser l’enseignement, d’encourager la construction  
de logements sociaux et d’améliorer les infrastructures routières.  
Ces investissements seront en partie financés par la mise aux  
enchères des licences 5G. Le gouvernement a également proposé  
des mesures visant à remédier aux restrictions du côté de l’offre,  
(
SPD), sera légèrement expansionniste dans les prochaines années.  
Selon les estimations du gouvernement, le solde financier corrigé  
des variations conjoncturelles va légèrement se détériorer.  
Cependant, grâce au dynamisme de la croissance, les recettes  
fiscales sont en nette hausse. Les finances publiques devraient  
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notamment par un soutien accru aux services de la petite enfance  
et de l’enfance (écoles aux horaires étendus). Ces mesures  
devraient faciliter le travail à temps plein des femmes.  
3
- Intégration dans les chaînes de production mondiales  
Part des biens intermédiaires importés dans la production totale, %  
Les mesures visant à améliorer la situation des retraités sont plus  
controversées, comme les pensions bonifiées pour les personnes  
ayant eu la charge d’enfants au cours de leur vie active  
(
Mütterrente) et la promesse de ne pas abaisser le taux de  
remplacement du revenu d’activité en dessous de 48 %. Ces  
mesures pourraient se révéler très coûteuses dans une société dont  
le vieillissement s’accélère.  
La croissance reste supérieure au potentiel  
Les chefs d’entreprise s’attendent à un ralentissement de la  
croissance dans les prochains mois. L’indice IFO du climat des  
affaires, sur une tendance à la baisse depuis novembre 2017, a  
dernièrement montré des signes de stabilisation. En juin, l’indice  
s’est replié à 101,8 en juin contre 102,3 le mois précédent, indiquant  
toujours une croissance supérieure au potentiel.  
En 2000  En 2014  
Source : calculs de BNP Paribas basés sur les données du WIOD (www.wiod.org)  
La décélération de la croissance est générale. Les exportations  
devraient marquer le pas, en partie en raison des frictions  
commerciales. Le tassement des commandes à l’export le laisse  
déjà présager. La demande intérieure pourrait aussi s’essouffler en  
raison du ralentissement de la croissance de l’emploi et de la  
hausse de l’inflation. A court terme, cela sera en partie compensé  
par une politique budgétaire expansionniste.  
l’ensemble à 8,2 %, en Allemagne elle est de 11,7 %, un niveau  
supérieur aux plus grands pays développés (graphique 2). Ces  
biens intermédiaires proviennent, dans une large mesure, des pays  
voisins comme les Pays-Bas ou la France. Les pays d’Europe  
centrale et orientale sont de plus en plus intégrés dans les  
processus de production allemands. En outre, les importations de  
biens intermédiaires en provenance de la Chine ont augmenté.  
En outre, les contraintes de capacité et les tensions sur le marché  
du travail vont freiner l’expansion. C’est notamment le cas dans le  
secteur du bâtiment (graphique 1). Les projets du gouvernement  
visant à accroître la construction d’infrastructures routières et de  
logements ne feront qu’aggraver la situation, entraînant une hausse  
des salaires comme des coûts de construction.  
Comme l’économie devrait connaître, selon les prévisions, une  
croissance supérieure à son potentiel dans les trimestres à venir,  
l’inflation va progressivement remonter. D’après les projections, les  
cours du brut devraient augmenter en 2018, une évolution qui sera  
néanmoins compensée en partie par l’appréciation de l’euro. Par  
ailleurs, les hausses salariales vont peu à peu se répercuter sur  
l’inflation (sous-jacente), en particulier en 2019.  
Dans l’industrie manufacturière, les entreprises sont également  
confrontées à des contraintes de capacité et à une envolée des  
coûts de production. Comme elles opèrent sur des marchés  
internationaux très concurrentiels, il leur est plus difficile de  
répercuter la hausse des coûts de main-d’œuvre sur le client. Elles  
n’ont d’autre solution que de réduire leurs marges bénéficiaires ou  
d’adopter des mesures de réduction des coûts notamment en  
délocalisant la production.  
Le principal risque pour les prévisions réside dans la politique  
commerciale américaine. L’industrie automobile allemande craint,  
en particulier, que les Etats-Unis imposent de lourdes taxes sur les  
automobiles européennes. Par ailleurs, malgré la formation d’un  
nouveau gouvernement, les risques politiques persistent. Ainsi, les  
tensions au sein du bloc CDU/CSU peuvent éclater à tout moment.  
Dans la perspective des élections dans le Land de Bavière en  
octobre, le CSU bavarois fait campagne sur des politiques plus  
restrictives en matière d’immigration. De plus, la Chancelière  
Angela Merkel devrait quitter la scène politique à la fin de la  
législature, à l’automne 2021. Des conflits pourraient voir le jour à  
cette occasion entre caciques de la CDU, chacun cherchant à  
figurer en bonne place dans la course pour la tête du parti.  
Au cours des deux dernières décennies, l’internationalisation de  
l’industrie allemande a rapidement progressé grâce à la baisse des  
coûts des échanges ainsi qu’à la libéralisation des flux de capitaux  
transfrontaliers. Les créances nettes allemandes sur les non-  
résidents, en % du PIB, ont augmenté passant d’un peu moins de  
2
0 % en 2007 à presque 60% en 2017. La délocalisation des  
activités traditionnelles s’est soldée par la disparition de nombreux  
emplois peu qualifiés en Allemagne. L'aspect positif est que les  
investissements dans les technologies de l’information et de la  
communication et la R&D se sont intensifiés, conduisant à une forte  
demande de travailleurs qualifiés.  
En conséquence, l’Allemagne s’est bien intégrée dans les chaînes  
de production internationales. Alors que la part des biens  
intermédiaires importés dans la production mondiale s’élève dans  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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