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Tunisie  
De multiples défis  
L’économie tunisienne sort de deux années difficiles et les perspectives s’annoncent tout aussi délicates, du moins à court terme.  
Si la croissance devrait quelque peu repartir à la faveur d’un redressement du secteur du tourisme, cela restera encore nettement  
insuffisant pour endiguer un taux de chômage très élevé. La progression soutenue de la dette du gouvernement et la persistance de  
déséquilibres extérieurs significatifs inquiètent également. Heureusement, le pays devrait continuer d’être soutenu financièrement,  
à condition que l’exécution du programme FMI ne connaisse pas de nouveaux ratés.  
Croissance : timide reprise en vue  
1- Prévisions  
Selon les premières estimations, la croissance n’a atteint que 1% en  
016, soit un niveau similaire à 2015. Si les années se suivent et  
ont donc tendance à se ressembler, certaines évolutions laissent  
2015 2016e 2017e 2018e  
2
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
1,1  
4,9  
1,0  
3,7  
2,0  
4,8  
2,5  
4,2  
néanmoins présager d’un léger redressement à venir.  
-4,9  
54,6  
-8,9  
63,6  
7,4  
-6,0 -5,7 -4,8  
63,2 65,6 67,4  
-9,2 -8,4 -7,4  
70,2 72,1 74,7  
En plus de la normalisation attendue de la production agricole après  
une campagne 2016 délicate (chute de 8% de la valeur ajoutée du  
secteur primaire ; 8-10% du PIB total), l’activité touristique montre  
des signes de reprise (voir graphique 2). Le nombre de visiteurs  
s’est inscrit en hausse de 7,7% en 2016 et les chiffres des deux  
premiers mois de 2017 confirment la tendance (+23,6%). Certes  
cette performance est à relativiser. Le nombre de visiteurs à fin  
Dette du gov. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USD/TND (fin d'année)  
5,9  
3,3  
5,9  
3,2  
6,3  
3,3  
4,0  
2,03  
2,34 2,45 2,55  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2016 était ainsi encore 25% inférieur à celui de 2014 et les recettes  
ont continué de se contracter. De plus, la situation demeure encore  
très fragile en raison d’un risque terroriste élevé. Néanmoins, le  
regain de dynamisme du secteur du tourisme devrait constituer un  
facteur de soutien compte tenu de son poids dans l’économie. Les  
autorités attendent également beaucoup du nouveau code de  
l’investissement et des premières retombées de la conférence de  
Tunis durant laquelle quasiment USD 15 milliards ont été promis par  
les principaux partenaires du pays pour financer les projets du plan  
quinquennal de développement (2016-2020). La progression des  
importations de biens d’équipements de 11% sur les trois premiers  
mois de l’année est un signe encourageant.  
2
- Activité touristique : un mieux à relativiser  
 Entrées de non-résidents  Recettes  
miliers  
mds TND4,0  
8
000  
000  
7
3,5  
3,0  
2,5  
2,0  
1,5  
1,0  
0,5  
0,0  
6000  
5
4
3
2
1
000  
000  
000  
000  
000  
0
La croissance devrait ainsi doubler à 2-2,5% en 2017-18 après deux  
années très difficiles. Mais elle sera insuffisante pour faire refluer un  
taux de chômage qui culmine désormais à 15,5%.  
L’atonie de la croissance depuis 2011 illustre en effet des  
problèmes de fond qui prendront du temps à être corriger. Le taux  
d’investissement a ainsi perdu presque 5 points entre 2010 et 2015  
pour tomber à un plus de bas historique de 19,9% et les marges de  
manœuvre budgétaires sont quasi-inexistantes. En outre, la  
décision d’augmenter de 6% les salaires pour les employés du  
secteur privé cette année risque d’amplifier la dynamique  
inflationniste à l’œuvre depuis la fin 2016. Le taux d’inflation se situe  
actuellement à 4,8% contre 3,7% en moyenne en 2016. Or, si cette  
poussée des prix résulte en grande partie du décrochage du dinar  
tunisien contre l’euro (-11%) et le dollar US (-13%), la persistance  
d’une inflation sous-jacente au-dessus de 5% témoigne aussi de  
pressions domestiques élevées. Cette revalorisation salariale  
conjuguée à une faible productivité va également peser sur la  
compétitivité extérieure du secteur manufacturier, qui souffre déjà  
de l’atonie de la demande européenne (74% des exportations de la  
Tunisie).  
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Source : BCT  
 Finances publiques : les difficultés s’accumulent  
A la nécessité de relever le niveau de croissance s’ajoute celle de  
restaurer la viabilité des finances publiques. De toute évidence, la  
tâche s’annonce difficile.  
Le déficit budgétaire est en effet passé de 1,5% du PIB en 2010 à  
5% en moyenne entre 2011 et 2015. Selon les premières  
estimations, il s’est encore creusé en 2016 pour atteindre 6% du  
PIB contre une cible initiale de 3,9%. Plus inquiétant, cette  
dynamique s’accompagne d’une détérioration du profil des  
dépenses. Depuis 2011, la masse salariale des fonctionnaires  
augmente sur un rythme de 12% l’an. Son poids dans le budget est  
désormais considérable (voir graphique 3). Le gouvernement s’est  
economic-research.bnpparibas.com  
Tunisie  
2ème trimestre 2017  
21  
fixé une hausse de seulement 4% des dépenses de rémunération  
en 2017. Mais la situation sociale fragile et des besoins importants  
en personnel pour lutter contre le terrorisme rendent cet objectif  
difficile à tenir. De plus, l’atonie de la croissance va continuer de  
peser sur les recettes budgétaires. La loi de finances est bâtie sur  
une hypothèse de hausse de presque 16% des recettes fiscales. Or,  
ces dernières sont restées stables en 2015-16. Dès lors, les  
dépenses d’investissement public risquent de servir de variable  
d’ajustement.  
3
- L’envolée de la masse salariale : un poids considérable  
pour le budget  
Millions TND (échelle gauche), ▬ % des recettes du gouvernement  
14  
70  
65  
60  
55  
50  
1
2
1
0
8
6
4
2
0
Avec un déficit budgétaire qui devrait rester supérieur à 5% du PIB  
en moyenne sur les deux prochaines années, la dette du  
gouvernement va continuer de croître à un rythme soutenu. Elle  
devrait ainsi atteindre 67% du PIB fin 2018 contre 41% en 2010.  
Point positif, le soutien massif des bailleurs de fonds a permis de  
maintenir le service de la dette a un niveau modéré jusqu’à présent.  
Les charges d’intérêts absorbent moins de 10% des recettes  
budgétaires et le taux d’intérêt apparent de la dette est passé est de  
45  
40  
35  
30  
25  
2
005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016e  
Source : Ministère des Finances  
4,6% en 2010 à 4,3% en 2016. Revers de la médaille, la  
vulnérabilité de la dette du gouvernement au risque de change s’est  
accrue. Près des deux tiers du stock de la dette était libellé en  
devise étrangère fin 2016.  
Une aide massive mais sous condition  
La capacité des autorités à maintenir de bonnes relations avec ses  
partenaires financiers est indispensable. Il est prévu en effet que la  
moitié des besoins de financements du gouvernement pour les deux  
prochaines années soient couverts par des sources multilatérales et  
bilatérales.  
Déséquilibre externe : des niveaux inquiétants  
La position extérieure constitue une autre source de préoccupation.  
L’année 2016 s’est de nouveau clôturée avec un déficit record de la  
balance des paiements courants. Estimé à 9,2% du PIB, celui-ci  
s’explique avant tout par la baisse des recettes du tourisme en  
dollars de 4% en 2016, après une chute de 30% en 2015. Dans le  
même temps, le déficit commercial est resté abyssal, à 11,7% du  
PIB. Le déclin continu de la production nationale d’hydrocarbures  
n’a pas permis à l’économie tunisienne de profiter à plein de  
l’aubaine générée par la chute des cours du pétrole. Le déséquilibre  
de la balance énergétique ne s’est résorbé que de 2 points de PIB  
entre 2014 et 2016 alors que le Maroc a pu économiser l’équivalent  
de 5,5 points de PIB sur les achats de produits pétroliers. Des  
facteurs conjoncturels (chute des exportations d’huile d’olive) et  
structurels (perte tendancielle de parts de marché, déséquilibre  
grandissant de la balance des biens de consommation) ont  
également été à l’œuvre.  
A première vue, les engagements pris par les bailleurs de fonds lors  
de la conférence de Tunis témoignent d’un soutien à la fois massif  
et pérenne. Mais ce ne sera pas sans conditions. Le FMI a  
suspendu fin 2016 le décaissement d’une tranche pour protester  
contre la lenteur des réformes. Le versement est finalement  
intervenu mais le dérapage budgétaire observé en 2016 a  
forcément entaché la crédibilité du gouvernement, ce qui peut  
laisser craindre de nouvelles tensions. Or, de nombreux projets sont  
directement ou indirectement corrélés à la bonne tenue du  
programme du FMI. Et trouver des sources de financement  
alternatives, notamment en se tournant vers les marchés financiers  
internationaux, est à la fois risqué et onéreux. Pour rappel, le rating  
souverain de la Tunisie vient d’être abaissé à B+ par l’agence de  
notation Fitch.  
La reprise du tourisme devrait redonner un petit bol d’air. Mais la  
résorption des déséquilibres extérieurs ne sera au mieux que  
graduelle compte tenu de la remontée des cours du pétrole. Avec  
un déficit de la balance des paiements courants de l’ordre de 8% du  
PIB en moyenne en 2017-18 et des réserves de change qui  
couvraient tout juste trois mois d’importations de biens et services  
fin 2016, l’économie tunisienne restera très exposée à des chocs  
exogènes. Peu d’améliorations sont à attendre du côté des  
investissements étrangers, dont les flux nets dépassent légèrement  
2
% du PIB depuis quatre ans. En conséquence, la pression sur le  
change restera forte même si les autorités ne semblent pas prêtes à  
abandonner l’arrimage du dinar à un panier de monnaies étrangères.  
economic-research.bnpparibas.com  
Tunisie  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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