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Pologne  
En phase d’expansion cyclique  
L’économie polonaise est entrée dans une phase d’accélération cyclique. L’output gap s’est refermé et l’inflation est redevenue  
positive tout en restant faible. Le chômage a atteint un point bas et le détachement de la main d’œuvre exacerbe les tensions sur le  
marché du travail. Les salaires réels augmentent ainsi plus que la productivité. La politique budgétaire prend une orientation  
procyclique, les hausses des dépenses publiques venant stimuler une demande intérieure déjà dynamique. Les afflux de fonds  
devraient se renforcer en 2017, stimulant d’autant la croissance et l’investissement. Tout concourt pour un début de durcissement  
monétaire dès le deuxième semestre de cette année.  
La croissance accélère  
1- Prévisions  
En 2016, malgré un léger tassement, la croissance polonaise est  
restée supérieure à la moyenne de l’Union européenne, à 2,7 % en  
glissement annuel (g.a.). Elle a même accéléré à 4 % g.a. au  
premier trimestre 2017, portée par une consommation toujours  
dynamique et la reprise de l’investissement. Le lent démarrage du  
cycle budgétaire européen (2014-2020) étant l’une des principales  
raisons du ralentissement de la croissance du PIB polonais en 2016,  
après l’accélération de 2015 due à des transferts record du solde  
des sommes disponibles au titre de l’enveloppe 2007-2013. Les  
afflux de fonds structurels devraient de nouveau augmenter en 2017,  
favorisant ainsi la croissance et l’investissement. L’output gap a été  
comblé. Les tensions sur le marché du travail ainsi que le taux  
d’utilisation des capacités, revenu à son point haut de 2008,  
montrent que la Pologne est entrée dans une phase d’expansion  
cyclique.  
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015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
3,8  
-0,7  
-2,6  
2,7  
-0,2  
-2,4  
3,6  
2,4  
3,4  
1,9  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-2,9  
-2,7  
Dette publique / PIB (%)  
51,1 54,4 54,6 54,8  
-0,6 -0,3 -1,3 -1,5  
Solde courant / PIB (%)  
Dette extérieure / PIB (%)  
69,2 71,8 72,2 71,1  
94,9 114,4 118,4 120,4  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EURPLN (fin d'année)  
5,1  
4,3  
6,0  
4,2  
5,7  
4,2  
5,3  
4,2  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Taux d’inflation : augmentation en ligne avec la zone euro  
Variation annuelle en valeur, moyennes mobiles sur 12 mois, %  
Pologne  Zone Euro  
2M - MMA  
Inflation : synchronisation avec la zone euro  
1
1
1
2
Après une période de déflation en 2015-2016, en grande partie due  
à la baisse des prix mondiaux de l’énergie, l’inflation est de nouveau  
en territoire positif en 2017 (graphique 2) ; sur les cinq premiers mois  
de l’année, l’IPCH ressort en moyenne à 1,7 % g.a. Malgré la  
croissance robuste des salaires nominaux, les pressions globales qui  
s’exercent du côté de la demande restent assez modérées, avec une  
inflation sous-jacente à 0,8 % g.a. sur la période de janvier à mai  
0
8
6
4
2
0
2
2
017. Le taux d’inflation est à présent très proche du taux moyen de  
la zone euro et la corrélation s’est renforcée depuis 2014  
graphique 2).  
(
-
Fin du cycle de baisse des taux  
2
000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Source : Eurostat  
Avec une inflation et une croissance du PIB plus fortes, la Pologne  
pourrait durcir sa politique monétaire avant la zone euro, avec un  
premier relèvement dès le second semestre 2017.  
2
017 et continue de reculer. La situation s’est désormais inversée :  
les employeurs se plaignent de plus en plus de la pénurie de main-  
d’œuvre, notamment qualifiée. Conséquence : les salaires grimpent  
depuis 2013, et depuis 2014 les hausses de salaires dépassent les  
gains de productivité (graphique 3). Le maintien de cette tendance à  
moyen terme pourrait pénaliser la compétitivité de l’industrie.  
Sur le moyen terme, la convergence des tendances en matière  
d’inflation devrait se traduire par une synchronisation des décisions  
de politique monétaire, rapprochant encore plus la Pologne de  
l’Union monétaire. Mais si les conditions en matière de finances  
publiques et d’inflation autorisent une entrée de la Pologne dans la  
zone euro, l’environnement politique actuel ne va pas dans ce sens.  
Il faudra donc encore du temps pour convaincre la population et les  
responsables politiques des avantages liés à l’adoption de l’euro.  
La Pologne est le principal pourvoyeur de travailleurs détachés de  
l’UE. D’après les dernières statistiques officielles disponibles (2015),  
environ 460 000 Polonais, soit 2,5 % du nombre total des actifs du  
pays, sont partis travailler dans d’autres pays de l’UE, un chiffre qui a  
quasiment doublé depuis 2010. Dans ces conditions, compte tenu  
d’une dynamique de croissance robuste et de l’apparition de  
pénuries de main-d’œuvre, le détachement de travailleurs exacerbe  
les tensions sur le marché de l’emploi. L’émigration de main-d’œuvre  
Les salaires augmentent plus vite que la productivité  
Les conditions du marché du travail s’améliorent depuis le milieu de  
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013. Le chômage a atteint son plus bas historique à 4,8 % en avril  
economic-research.bnpparibas.com  
Pologne  
3ème trimestre 2017  
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vers d’autres pays de l’UE et la baisse de la population active, due à  
l’évolution négative de la démographie ces vingt dernières années,  
sont partiellement compensées par l’immigration massive en  
provenance d’Ukraine, pays voisin : selon des estimations non  
officielles, le nombre de migrants ukrainiens travaillant en Pologne  
s’élevait à 1,3 million en 2016.  
3
- Les salaires augmentent plus vite que la productivité  
 Salaires réels  • • Salaires réels corrigés de la hausse de productivité  
%
par an  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
Orientation pro-cyclique de la politique budgétaire  
Le déficit public a été ramené à 2,4 % du PIB en 2016, contre 2,6 %  
en 2015 et 3,3 % en 2014. L’orientation de la politique budgétaire  
actuelle va dans le sens de la conjoncture : les dépenses publiques  
ont été à plusieurs reprises augmentées, stimulant une demande  
intérieure déjà vigoureuse. Un programme d’allocations familiales a  
été lancé à la mi-2016 prévoyant le versement de 500 zlotys par  
mois aux familles à partir du deuxième enfant. La mesure vise à  
encourager la natalité (l’une des plus faibles d’Europe). De plus, à  
partir d’octobre 2017, l’âge de départ à la retraite reculera de deux  
ans, à 65 ans, pour les hommes et de sept ans, à 60 ans, pour les  
femmes, augmentant ainsi les coûts du régime de retraite. Les  
autorités envisagent également de porter le budget de la défense à  
-
-
-6  
-
8
2002  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
Sources : Eurostat, BNP Paribas  
Reprise des transferts budgétaires de l’UE à court  
terme, plus d’incertitudes sur la fin de la période  
5
% du PIB (contre 2,2 % en 2015).  
L’enveloppe budgétaire de l’UE pour la période 2014-2020 prévoit  
d’importants flux de capitaux en faveur de tous les « nouveaux  
membres », soit environ 3 % du PIB. La Pologne devrait rester le  
plus important bénéficiaire de cette politique avec un montant total  
affecté, de EUR 110 mds (15 % de la totalité) ou 3,4 % de son PIB  
sur la période (2,4 % du PIB, nets de contributions).  
Concernant les recettes, le gouvernement a réussi à améliorer la  
collecte des impôts en 2016 (les recettes fiscales ont augmenté de  
5
des dépenses sera financée à l’avenir. Le déficit prévu pour 2017  
devrait ainsi être très proche de la limite des 3% du PIB, malgré une  
croissance forte.  
,2 %), mais on ignore encore comment l’augmentation programmée  
Le processus budgétaire de l’UE suit une évolution cyclique. Au  
début de la période, les décaissements sont inférieurs aux prévisions  
en raison des délais de préparation des projets. Ensuite, les fonds  
peuvent être décaissés deux ans après la fin de la période,  
d’importants montants étant versés à la fin. C’est ce qui explique la  
volatilité des fonds de l’UE constatée en 2015 et 2016. Un pic a été  
atteint en 2015, année au cours de laquelle le financement ordinaire  
de l’enveloppe 2014-2020 est venu s’ajouter au versement du solde  
de la période 2007-2013. En 2016, en revanche, seul le financement  
La dette publique représentait 54 % du PIB à fin 2016. Ce niveau,  
nettement en deçà de la médiane de l’UE, est néanmoins très  
proche du plafond de 55 % du PIB fixé par la règle budgétaire  
nationale, au-delà duquel les dépenses doivent être révisées  
automatiquement à la baisse. La marge de manœuvre en matière de  
politique budgétaire est, par conséquent, assez limitée. Les soutiens  
à la croissance viendront pour l’essentiel des fonds de l’UE. Dans  
une déclaration du mois de mai 2017, le FMI a recommandé aux  
autorités polonaises de profiter de la période actuelle de forte  
croissance pour réduire le déficit et la dette, afin de reconstituer une  
marge de sécurité.  
«
ordinaire » était été perçu. Les transferts ont atteint un creux  
(
EUR 5 mds ou 0,4 % du PIB) après EUR 11 mds ou 2,5 % du PIB  
en 2015. On s’attend à un rattrapage dans les prochains années qui  
pourrait s’étaler jusqu’en 2020-2021. Celui-ci devrait soutenir la  
croissance et l’investissement en Pologne ainsi que dans les autres  
pays de la région.  
Efforts de la politique structurelle  
Les défis à long terme sont au cœur du plan d’action pour le  
développement responsable de la Pologne (plan Morawiecki). Pour  
générer une croissance équilibrée et éviter la double trappe des pays  
à revenu intermédiaire et spécialisés dans les produits de moyenne  
gamme, les autorités envisagent de concentrer leurs efforts sur  
l’innovation et l’investissement, en utilisant notamment les fonds de  
l’UE pour porter le taux d’investissement de 18 % du PIB  
actuellement à 25 % en 2020, mais aussi sur l’aide aux exportations  
et aux investissements à l’étranger ainsi que sur le développement  
de politiques régionales et sectorielles plus actives. L’objectif est de  
porter le PIB par habitant à 79 % de la moyenne de l’UE d’ici à 2020.  
Un tel projet ne semble pas irréaliste, mais il n’en présente pas  
moins des risques d’exécution, notamment du fait des contraintes qui  
pèsent sur les finances publiques et des incertitudes croissantes  
entourant les financements accordés par l’UE à l’avenir.  
Cependant, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne (prévu  
au T1-2019) pourrait compromettre l’exécution du budget actuel. Le  
Royaume-Uni représente environ 20 % des contributions nettes au  
budget de l’UE. La perte potentielle de cet apport (on ignore encore  
à ce stade les détails précis) pourrait se traduire par une révision des  
financements pour les pays bénéficiaires nets des fonds. De plus, le  
maintien d’une politique aussi généreuse au titre de la prochaine  
période budgétaire n’est pas acquis. La montée des tensions  
politiques, ainsi que le besoin de soutien à la croissance dans  
d’autres pays de l’UE (comme l’Italie, la Grèce ou le Portugal)  
pourraient entraîner une révision des priorités de la politique  
structurelle de l’UE, obligeant la Pologne à rechercher d’autres  
sources de financement de sa croissance.  
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Pologne  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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