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Sénégal  
Des progrès à confirmer  
Portée par des vents favorables et le démarrage d’un programme d’infrastructures ambitieux, l’activité économique redémarre. La  
consolidation des finances publiques se poursuit convenablement et la dette publique devrait commencer à décroître à partir de  
2
017. Cependant, les marges de manœuvre sont étroites. Le niveau élevé de la dette publique ne permet pas de relâchement de la  
discipline budgétaire. En plus des contraintes financières, les autorités devront s’engager dans un vaste chantier de réformes pour  
solidifier les bases de la croissance. En revanche, en tant que membre de l’UEMOA, le Sénégal peut compter sur les mécanismes  
stabilisateurs de la zone franc CFA, dont la soutenabilité n’est pas encore en danger malgré la persistance de vulnérabilités.  
Croissance : regain d’optimisme  
1- Prévisions  
L’économie sénégalaise est-elle en train de tourner la page d’une  
longue période d’atonie ? C’est ce que laissent penser les bons  
chiffres de croissance depuis deux ans. De fait, selon les  
estimations de l’Agence nationale de la statistique et de la  
démographie, le PIB réel a augmenté de 6% sur les neufs premiers  
mois de 2016 après une forte progression de 6,5% en 2015.  
L’accélération est significative par rapport à la période 2006-2014  
2015 2016e 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,5  
0,1  
6,0  
0,8  
6,0  
1,7  
6,2  
1,8  
-4,8 -4,3 -3,8 -3,1  
56,9 59,2 58,1 57,4  
-7,8 -7,0 -7,4 -7,7  
41,1 39,9 39,8 38,9  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette publique externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
(
3,4% par an en moyenne). C’est aussi le double de la moyenne du  
sous-continent, Afrique du Sud exclue.  
2,1  
4,1  
2,1  
4,0  
2,2  
3,8  
2,2  
3,6  
Il faut dire que les vents ont été particulièrement porteurs, à  
commencer par la chute des coûts du pétrole qui a permis d’alléger  
la facture totale des importations de presque trois points de PIB  
entre 2014 et 2016. Avec une inflation quasi nulle depuis deux ans,  
la décrue des cours de l’énergie est également un facteur de  
support de la consommation des ménages. A cela s’ajoutent de  
bonnes conditions météorologiques pour le secteur agricole et, sans  
doute, les premiers effets du Plan Sénégal Emergent (PSE) même  
s’ils sont difficilement quantifiables à ce stade. Lancé en 2014, le  
PSE est un programme ambitieux de 19 milliards de dollar US,  
financé à 40% par les bailleurs internationaux. De nombreux  
chantiers en infrastructures ont notamment été identifiés, en  
particulier dans l’énergie dont les dysfonctionnements ont  
longtemps pesé sur la croissance.  
Taux de change FCFA/USD (fin d'année) 602,5 621,9 665,4 610,5  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Indicateurs de dette et des comptes publics  
en % du PIB  
 Déficit budgétaire (é.g.)  Dette publique  
-
-
-
-
-
8
7
6
5
4
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
Dans ce contexte, la perception sur les perspectives du pays a  
considérablement évolué. Le FMI anticipe désormais une  
croissance proche de 7% dès 2017 et les primes de risque sur les  
obligations de l’Etat sénégalais en monnaie étrangère sont  
aujourd’hui parmi les plus basses d’Afrique subsaharienne. Autre  
bonne nouvelle, d’importants gisements offshore d’hydrocarbures  
ont été découverts, ce qui devrait doper les investissements  
étrangers, même si la mise en exploitation n’est pas prévue avant  
-3  
-
2
1
0
-
10  
0
05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16e 17p 18p  
Sources : Minefi, FMI, BNP Paribas  
l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) de 3%  
du PIB à horizon 2018, bien qu’ambitieux, apparaît donc crédible.  
2
021.  
Consolidation budgétaire : maintenir le cap  
Cependant, les marges de manœuvre sont étroites. Côté recettes,  
les améliorations attendues dans la collecte d’impôts sont toujours  
sujettes à caution. Surtout dans un pays où les taxes représentent  
déjà 20% du PIB, ce qui est certes faible par rapport aux standards  
internationaux mais bien au-dessus du seuil communautaire de  
Les progrès en matière de consolidation des finances publiques  
constituent également un motif de satisfaction. Le déficit budgétaire  
est passé de 6,7% du PIB en 2011 à 4,3% en 2016 grâce à  
d’importants efforts de rationalisation des dépenses courantes.  
Dans le même temps, la capacité d’investissement de l’Etat n’a pas  
été sacrifiée. Au contraire, les dépenses en capital ont continué de  
croître de 10% l’an sur la période 2012-2016 et représentent  
désormais plus de 40% du budget contre 36% en 2011. L’objectif  
des autorités de ramener le déficit budgétaire vers la norme de  
1
7%. Côté dépenses, la pression restera forte compte tenu des  
objectifs ambitieux du gouvernement en matière d’investissement  
public. La tenue d’élections législatives en 2017 et présidentielles  
en 2019 ne plaide pas non plus en faveur d’une modération.  
economic-research.bnpparibas.com  
Sénégal  
1er trimestre 2017  
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En outre, depuis les annulations massives de créances consenties  
en 2006 par les bailleurs de fonds bi-multilatéraux, le Sénégal s’est  
considérablement ré-endetté. Exprimée en pourcentage du PIB, la  
dette publique est estimée à 59,2% fin 2016 contre 21,8% dix ans  
auparavant. Dans le même temps, cette dynamique s’est  
accompagnée d’un recours accru à des sources de financement  
non concessionnel, en particulier sur le marché régional. Ainsi, plus  
de 40% de la progression de la dette publique depuis 2011 provient  
des émissions de titres en monnaie locale. A l’instar d’autres pays  
africains, le Sénégal a également profité de l’abondance de la  
liquidité mondiale pour émettre des euro-obligations par trois fois  
depuis 2009. Si cette recherche de diversification des ressources de  
financement est en soi une évolution positive, notamment sur le  
plan de la liquidité, elle implique un coût bien plus élevé.  
3
-Croissance tirée par l’investissement public  
En indice, 2000=100  
• • Investissement public  Investissement pri  PIB réel  
3
50  
00  
50  
3
2
200  
50  
100  
1
50  
A ce stade, la situation reste encore gérable. Les charges d’intérêts,  
bien qu’en hausse, représentent un peu moins de 10% des recettes  
gouvernementales. De plus, le Sénégal bénéficie d’une stabilité  
institutionnelle assez rare dans la région qui lui assure un appui  
pérenne de la communauté internationale. Néanmoins une décrue  
de l’endettement est nécessaire, ne serait-ce que pour reconstituer  
des marges de manœuvre en cas de choc. C’est ce qu’on attend  
dès 2017 si le programme de consolidation fiscale est mené à bien.  
0
0
0
01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Sources : Minefi, BNP Paribas  
La stabilité du franc CFA : soutenable mais les  
vulnérabilités persistent  
Une des particularités du Sénégal réside dans son appartenance à  
l’UEMOA, dont les mécanismes reposent sur la garantie du Trésor  
français de la convertibilité illimitée de la monnaie, le franc CFA, à  
un taux fixe contre l’euro. En contrepartie, 50% des réserves de  
change des huit Etats membres centralisées au sein de la banque  
centrale régionale, la BCEAO, doivent être transférées sur un  
compte d’opérations logé à la Banque de France. Si cet ancrage à  
l’euro limite forcément la flexibilité monétaire, en revanche, les gains  
sur le plan de la stabilité macroéconomique sont nombreux. En  
particulier, l’inflation au sein de la sous-région est structurellement  
contenue et les risques de crise de balance de paiements sont de  
facto très réduits. Au regard des turbulences monétaires qu’ont  
récemment connues de nombreuses économies africaines, et pas  
uniquement pétrolières (Ghana, Zambie), c’est un atout indéniable.  
En outre, selon le FMI, il n’y a pas de signes tangibles de  
surévaluation de la monnaie par rapport aux fondamentaux de la  
région. Dernier élément, le peg est techniquement soutenable  
malgré l’affaiblissement des réserves de change.  
Les perspectives de moyen terme : des freins à lever  
Malgré deux années concluantes sur le plan de la croissance et des  
perspectives bien orientées, la capacité de l’économie à soutenir le  
rythme de croissance des deux dernières années soulève des  
interrogations. En effet, le Sénégal a déjà connu des périodes de  
croissance forte par le passé avant de décélérer fortement sous le  
coup de chocs domestiques ou exogènes (mauvaises campagnes,  
hausse trop rapide des cours du pétrole). Mais, au-delà de tels  
chocs, à moyen-long terme, les contraintes demeurent élevées.  
Les effets structurels du PSE pourraient se révéler inférieurs aux  
attentes. D’un côté, l’économie souffre d’un manque  
d’infrastructures. D’un autre côté, l’accélération des investissements  
publics est loin d’être une condition suffisante pour mettre la  
croissance sur des bases solides. C’est l’une des conclusions que  
l’on peut tirer de ces quinze dernières années où les  
investissements publics ont progressé de deux points de plus en  
moyenne par an que ceux du secteur privé. De plus, le niveau déjà  
élevé de la dette publique ne permettra pas de relâcher la discipline  
budgétaire. Dans le même temps, une réforme en profondeur du  
climat des affaires s’impose. Et là encore, les défis sont nombreux.  
Malgré des avancées notoires depuis trois ans, le Sénégal reste à  
Pour autant, l’allègement de la facture énergétique (tous les Etats  
membres sont des importateurs nets de pétrole) n’a pas permis  
d’alléger la pression sur les comptes extérieurs. La forte croissance  
des importations, liée en grande partie aux investissements publics  
en infrastructures, a ainsi maintenu le déficit du compte des  
transactions courantes à hauteur de 6% du PIB depuis 2015 et les  
perspectives tablent sur des niveaux similaires, voire légèrement  
supérieurs. Dans le même temps, la liquidité extérieure reste  
confortable mais se dégrade. A fin octobre 2016, le taux de  
couverture de l’émission monétaire par les avoirs extérieurs bruts  
de la BCEAO s’établissait à 76% contre 82% fin 2015 et un pic de  
ème  
la 147 place du dernier classement « Doing Business » de la  
Banque Mondiale sur 190 pays. A cela s’ajoutent les problèmes de  
compétitivité des exportations qui, bien que relativement diversifiées,  
ne constituent toujours pas un moteur puissant de l’économie. Le  
constat est le même pour l’attractivité. Alors que les flux entrants  
d’investissements directs étrangers sont passés de 2,1% du PIB en  
1
20% au milieu des années 2000. Il reste de la marge pour arriver  
2
013 à 2,5% en 2014-15, cela reste encore deux fois inférieur à la  
au seuil d’alerte de 20% fixé par les statuts de la zone. Néanmoins,  
sans un développement soutenu des exportations, un  
assainissement des finances publiques pourrait s’avérer  
indispensable à moyen terme pour assurer la pérennité du franc CFA.  
moyenne des pays importateurs de pétrole en Afrique  
subsaharienne.  
economic-research.bnpparibas.com  
Sénégal  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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