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A propos du chômage structurel en France  
Thibault Mercier  
La distinction conceptuelle entre chômage structurel et  
chômage conjoncturel est aujourd’hui essentielle pour la  
conduite de la politique économique.  
Le chômage structurel n’est pas une grandeur observable et  
fait donc l’objet d’une estimation. Celle-ci est cruciale, pour  
définir la bonne politique économique à mener. En effet, si  
l’économie est confrontée  
à
un chômage de nature  
Mais l’estimation du chômage structurel pose des  
difficultés importantes qui se révèlent plus grandes encore  
lorsque l’économie fait l’objet d’une crise prolongée.  
essentiellement structurelle, seule une politique de soutien à  
l’offre permettra de donner des résultats satisfaisants. Une  
politique stimulant la demande (assouplissement monétaire  
et/ou budgétaire) ne produira que peu d’effets positifs, tout au  
plus une baisse temporaire et limitée du chômage. Mais les  
effets négatifs, eux, pourront être importants et durables :  
hausse de l’inflation, creusement des déficits publics et/ou  
courants, perte de compétitivité, etc. Bref, toutes choses  
fragilisant l’offre. Au bout du compte, le taux de chômage  
structurel risque d’augmenter.  
L’idée que le taux de chômage actuellement constaté en  
France (9,5%) serait entièrement de nature structurelle  
mérite d’être discutée. Comment notamment la concilier  
avec la faiblesse de l’inflation ?  
Chômage structurel et chômage conjoncturel  
Il est usuel de décomposer le taux de chômage en une partie  
structurelle et une partie conjoncturelle. Le chômage  
conjoncturel est la part du chômage qui dépend de la position  
de l’économie dans le cycle, c’est-à-dire de l’état de la  
demande. Une faible croissance, inférieure au rythme potentiel,  
débouchera typiquement sur une hausse du chômage  
conjoncturel. Le chômage structurel, à l’inverse, est insensible  
aux fluctuations de l’activité. Il ne dépend que de la structure de  
l’économie (la population en âge de travailler, sa qualification,  
etc.), de facteurs institutionnels (l’indemnisation du chômage, le  
niveau du salaire minimum, les taux de cotisations, etc.) et  
technologiques. Il est également appelé « taux de chômage  
d’équilibre » : c’est le taux de chômage qui prévaut lorsque le  
niveau du PIB a atteint son potentiel, soit la production  
maximale atteignable sans générer d’inflation excessive (c’est-  
à-dire au-delà de la cible définie par la banque centrale). On  
considère généralement que réduire le chômage structurel  
passe par la mise en œuvre de réformes propres à relever  
l’offre. Les réformes de libéralisation du marché de travail  
rentrent dans cette catégorie.  
A
l’inverse, si le chômage comprend une composante  
conjoncturelle, sa résorption nécessitera une politique de  
soutien à la demande. Celle-ci permettra de ramener le taux de  
chômage à son niveau structurel. Mais si c’est une politique  
d’offre qui est conduite, alors le risque est d’aggraver le  
problème qui, dans ce cas, réside dans la faiblesse de la  
demande. Faire pression sur les salaires lorsque l’économie  
souffre de débouchés insuffisants risque ainsi d’entraîner plus  
de chômage à court terme.  
Difficultés d’estimation  
Il n’existe donc pas de politiques de lutte contre le chômage qui  
soient bonnes en soi. Tout dépend de la pertinence du  
diagnostic sur ses causes, en l’espèce de l’estimation du  
niveau du taux chômage structurel. C’est ici que les difficultés  
apparaissent.  
Nous avons à l’instant défini le chômage structurel comme  
insensible aux évolutions de la demande, déterminé  
uniquement par des facteurs d’offre. En pratique, l’estimation  
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d’un tel taux de chômage est problématique. De fait, on  
constate qu’elle est souvent pro-cyclique (c’est-à-dire qu’elle a  
tendance à augmenter lorsque la conjoncture est mauvaise et  
inversement), ce qui est incompatible avec la définition du  
concept.  
l’inflation est proche de 2% : un gel des salaires nominaux  
permet de faire baisser les salaires réels. Mais dans les  
périodes de crise, lorsque l’inflation se rapproche de 0%, la  
rigidité à la baisse des salaires nominaux devient une rigidité  
réelle. Comme la productivité apparente du travail tend à  
baisser (la production baisse plus vite que l’emploi ), la hausse  
du chômage est interprétée comme une hausse du chômage  
structurel, ce qui ne va pas de soi.  
1
L’estimation la plus courante du taux de chômage structurel est  
le NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment)  
ou taux de chômage non accélérateur de l’inflation. Il s’agit du  
taux de chômage qui permet d’égaliser l’offre et la demande de  
travail sans générer de tensions inflationnistes. La Commission  
européenne utilise un concept proche du NAIRU, le NAWRU  
En outre, au-delà des rigidités nominales, des rigidités réelles  
peuvent également exister sans nécessairement refléter des  
dysfonctionnements structurels. La théorie du salaire  
d’efficience (Yellen, 1984) montre que les entreprises, qui ne  
peuvent pas observer directement la productivité du travail,  
n’ont pas intérêt à réduire les salaires réels pour ne pas  
décourager les employés. Les rigidités réelles peuvent  
également résulter de contrats implicites (Azariadis, 1975)  
entre employeurs - désireux de limiter les coûts de transaction -  
et employés - adverses au risque - qui s’entendent pour lisser  
l’évolution des salaires réels à travers le cycle. En période de  
crise, les entreprises constatent que la productivité du travail  
baisse mais n’ajustent pas les salaires car cette évolution est  
imputée à la conjoncture.  
(Non-accelerating wage rate of unemployment) ou taux de  
chômage n’accélérant pas la croissance des salaires.  
Généralement, le taux de chômage d’équilibre (ou structurel)  
est estimé à partir d’une équation du type :  
csur = −β (u − u )  
t
t
Où : U représente le taux de chômage ; U le taux de chômage  
t
structurel ; csur les coûts salariaux unitaires réels.  
t
On fait l’hypothèse que les variations de salaires réels corrigés  
des variations de productivité donnent des informations  
pertinentes sur la réalité du marché du travail. Une stabilité des  
coûts salariaux unitaires réels (les salaires réels progressent au  
même rythme que la productivité du travail) indique que le  
chômage est entièrement structurel : il n’y a pas de chômage  
conjoncturel. Un chômage conjoncturel n’apparaît que lorsque  
les coûts salariaux unitaires (csu) réels baissent. A l’inverse,  
une hausse des csu réels signale une économie en  
surchauffe : le taux de chômage est inférieur à son niveau  
d’équilibre, ce qui provoque une déformation du partage de la  
valeur ajoutée en faveur des salaires entraînant une hausse de  
l’inflation à taux de marge inchangé.  
Endogénéité de l’offre  
Comme nous venons de le voir, la façon dont est estimé le  
chômage structurel ne permet pas de faire totalement  
abstraction des effets de la conjoncture sur l’évolution des  
coûts salariaux unitaires (les salaires rapportés  
à
la  
productivité). Ceci est particulièrement problématique durant  
les crises de grande ampleur : une période prolongée de faible  
demande produira une hausse durable du chômage,  
interprétée comme permanente.  
Cette assimilation trouve néanmoins un appui théorique dans  
l’idée d’hystérèse. Selon cette théorie, popularisée par  
Blanchard et Summers, un chômage conjoncturel prolongé  
tend à devenir structurel du fait de l’érosion des compétences  
des chômeurs de longue durée, qui deviennent inemployables.  
Plus généralement, le phénomène d’hystérèse explique  
comment la faiblesse durable de la demande finit par affecter  
l’offre, la baisse du PIB entraînant celle du PIB potentiel. Ce qui  
était conçu comme séparé (la demande d’un côté, l’offre de  
l’autre) est en réalité interdépendant, d’où la procyclicité.  
L’observation de la croissance des salaires corrigés de la  
productivité à un instant t permettrait donc de déterminer la  
partie structurelle du chômage, ce qui semble conforme à la  
théorie : en cas de ralentissement de la productivité, l’absence  
de réaction des salaires réels signale un marché du travail  
tendu (la concurrence des chômeurs ne joue pas)  
caractéristique d’une économie proche du potentiel.  
Cette méthode rapproche l’idée de chômage structurel de celle  
de rigidités nominales, qui peuvent être liées à un certain  
nombre de dysfonctionnements du marché du travail comme  
par exemple une forte dualité : les insiders (les salariés en CDI)  
peuvent obtenir la hausse (ou le maintien) des salaires réels,  
au détriment des outsiders (les chômeurs, les salariés avec un  
contrat temporaire) car ils savent que leur coût de  
remplacement par des nouveaux venus est élevé. Cette  
situation peut être accentuée par un niveau élevé de protection  
de l’emploi, des négociations collectives centralisées, des coûts  
liés au recrutement et à la formation des outsiders, etc.  
Mais plusieurs problèmes demeurent. D’une part, si un  
phénomène d’hystérèse peut effectivement jouer, rien ne  
permet de dire qu’il explique la totalité de l’augmentation  
mesurée du chômage structurel. En d’autres termes, la  
méthode d’estimation par les coûts salariaux réels peut encore  
surestimer la véritable ampleur du chômage structurel même  
en tenant compte d’un éventuel effet d’hystérèse. D’autre part,  
si l’on admet qu’une faiblesse prolongée de la demande peut  
affecter l’offre, qu’une hausse durable du chômage peut se  
transformer en une hausse permanente du chômage, il faut  
Mais la méthode ne permet pas de rendre compte des rigidités  
nominales qui font partie du fonctionnement « normal » d’une  
économie, comme par exemple le fait que les salaires fassent  
l’objet de contrats qui fixent leur valeur pour une période  
donnée. Cette rigidité ne pose pas de problème lorsque  
1
Phénomène souvent accentué par les actions gouvernementales  
qui incitent les entreprises à maintenir l’emploi par des mesures  
spécifiques de réduction des cotisations employeurs.  
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aussi considérer le cas inverse : celui où une stimulation  
prolongée de la demande permet de relever l’offre potentielle  
et de faire baisser le chômage structurel. Dans une économie  
durablement stimulée, les entreprises seront plus incitées à  
recruter des chômeurs de longue durée et à développer leurs  
compétences rendant de nouveau employables ceux qui ne  
l’étaient pas dans une mauvaise conjoncture. Il semble  
difficile dans ces conditions de considérer l’effet d’hystérèse  
comme un facteur d’augmentation du chômage structurel a  
priori. L’argument se contente de dire qu’un choc ponctuel  
peut devenir permanent si rien n’est fait. L’effet d’hystérèse se  
signale par des tensions inflationnistes à un niveau de  
chômage plus élevé que par le passé, puisque les chômeurs  
de longue durée ne sont plus censés peser sur la formation  
des salaires. Or on ne le constate pas actuellement en  
France.  
Inflation sous-jacente  
Services Biens industriels (hors énergie)  
4
3
2
%
%
%
1%  
0%  
-1%  
2%  
-
2
001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Graphique 1  
Source : Eurostat  
Le taux de chômage français : uniquement structurel ?  
Dans son dernier jeu de prévisions (automne 2017), la  
Commission européenne (CE) estime le taux de chômage  
structurel (ou NAWRU) français à 9,2% en 2017, soit un  
niveau très proche du taux de chômage effectivement  
Comment dès lors justifier un taux de chômage structurel  
supérieur à 9% ? La question mérite d’autant plus d’être  
posée que l’économie française ne présente actuellement  
aucun signe de tensions sur les prix. Or, en principe, ce qui  
indique qu’une économie évolue à son niveau potentiel, ou  
au-dessus, est une inflation proche de sa cible, ou sur le point  
de l’excéder. C’est plutôt l’inverse qui se réalise actuellement  
en France (graphique 1).  
2
constaté au deuxième trimestre, à 9,5% . En d’autres termes,  
d’après la Commission, la faiblesse de la demande ne joue  
qu’un rôle marginal dans le niveau élevé du chômage  
français, le chômage conjoncturel est quasiment inexistant.  
Cette estimation est équivalente à celle effectuée par l’OCDE.  
La principale différence réside dans l’évolution du NAWRU :  
alors que la Commission européenne considère que le  
chômage d’équilibre est stable au cours des dix dernières  
années (le NAWRU est rétrospectivement évalué à 9,2% en  
On pourrait arguer du fait que la tension sur les facteurs de  
production se manifeste par une pression baissière sur les  
marges des entreprises. De fait celles-ci sont relativement  
faibles, et ce malgré les soutiens apportés lors du  
quinquennat précèdent (CICE, baisse de cotisations sociales  
employeur). Mais alors on produit deux propositions  
contradictoires : d’un côté, on affirme qu’il n’y a pas de  
problème de demande, de l’autre que les entreprises  
n’arrivent pas à répercuter les hausses de coûts salariaux  
unitaires sur les prix de vente. Est-ce du fait d’une  
concurrence internationale accrue, la demande française  
ayant tendance à être « aspirée » à l’étranger ? Mais on  
constate que l’inflation dans les services (pour la plupart non  
échangeables) est également historiquement faible, autour de  
1%. Si c’est le fait d’innovations technologiques ou d’une plus  
grande concurrence interne, c’est qu’il n’y a pas encore de  
contrainte de production. De fait, les récentes bonnes  
performances de l’économie française en matière de  
croissance du PIB apportent la preuve que, jusqu’ici, lorsque  
la demande se redresse la production intérieure augmente  
sans générer de tension. La dégradation simultanée du solde  
courant n’est qu’un effet de l’embellie conjoncturelle (hausse  
de la consommation, hausse de l’investissement), ce dernier  
n’étant, en dernière analyse, que la mesure de l’écart entre  
l’épargne nationale et l‘investissement.  
2
007), l’OCDE estime qu’il est passé de 8,6% à 9,2%.  
Dans un cas comme dans l’autre, l’estimation d’un niveau de  
chômage structurel français élevé en 2017 pose un  
problème : ou bien l’on considère que celui-ci a augmenté  
durant la crise, comme le fait l’OCDE, du fait d’un phénomène  
d’hystérèse mais l’on retombe alors sur les objections  
produites plus haut (l’effet d’hystérèse explique-t-il la totalité  
de la hausse de l’estimation ? Pourquoi n’observe-t-on pas  
d’inflation salariale ? Est-il vraiment irréversible ?), ou bien  
l’on considère, comme le fait la Commission européenne, que  
le chômage structurel n’a pas varié mais qu’il est  
historiquement élevé (et qu’il était sous-estimé avant la crise).  
Cette option implique toutefois de considérer que l’économie  
française était en surchauffe (écart de production positif) entre  
2
000 et 2008 ce qui n’a rien d’évident : l’inflation est restée  
proche de 2%, les coûts salariaux unitaires réels n’ont pas  
augmenté, le solde courant, même s’il s’est dégradé, est resté  
très contenu (le déficit courant atteignait 1% du PIB en 2007).  
2
Notons que dans ses prévisions de printemps, la Commission  
estimait le NAWRU à 9,4% en 2017. De manière générale, les  
estimations de la CE sont très volatiles même si les rétropolations  
donnent une apparence de stabilité. En mettant bout à bout les  
estimations du NAWRU de l’année N réalisées l’année N (l’estimation  
de 2009 faite en 2009, celle de 2010 faite en 2010, etc.), on constate  
une tendance à la réappréciation graduelle du chômage d’équilibre,  
qui suit la montée du chômage effectivement constaté. A l’avenir, il  
faut s’attendre à ce que les estimations de NAWRU baissent à  
mesure que le chômage effectivement constaté fléchira.  
On pourrait très bien montrer que la persistance d’un  
chômage élevé et la faiblesse des marges des entreprises  
françaises s’expliquent par un déficit de demande. A effectif  
constant, une demande encore trop faible pèse sur la  
productivité apparente du travail. Comme, par ailleurs, dans  
les périodes de faible inflation, les rigidités nominales  
deviennent des rigidités réelles, les coûts salariaux unitaires  
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réels ont tendance à augmenter, ce que les entreprises ne  
parviennent pas à compenser en relevant leurs prix.  
Difficultés d’interprétation  
Ces trois explications posent toutefois un certain nombre de  
problèmes d’interprétation.  
Facteurs exogènes  
L’explication par la mondialisation a des limites évidentes dès  
lors que l’on constate que la faible inflation en France provient  
aussi de facteurs internes, à savoir une progression lente des  
prix dans les secteurs non échangeables. Par ailleurs, la  
mondialisation n‘est pas un phénomène propre aux dix  
dernières années. Comment expliquer qu’avant la crise de  
2008 la France, comme le reste de la zone euro, connaissait  
une inflation proche de 2% et un taux de chômage plus faible  
qu’aujourd’hui ? L’effet de la mondialisation sur l’emploi total  
dans les économies avancées est-il vraiment négatif ? On peut  
admettre que la mondialisation touche négativement les  
emplois peu qualifiés sans impliquer qu’elle nuit à l’emploi total.  
La vision de la mondialisation en termes gagnants/perdants de  
parts de marché élude le fait que la croissance mondiale profite  
à tous ses acteurs même si les effets sont différenciés entre  
pays (les pays émergents croissent typiquement plus vite, ils  
rattrapent leur retard en termes de PIB par habitant), et au sein  
des pays. Dans les pays riches, le problème serait celui d’un  
creusement des inégalités entre emplois qualifiés et faiblement  
Si l’on veut soutenir que le chômage structurel est élevé malgré  
l’absence de tensions inflationnistes, il faut faire intervenir des  
facteurs extérieurs, exogènes, qui expliquent l’un et l’autre.  
Généralement, on commence par citer la mondialisation. La  
concurrence internationale est un facteur de désinflation qui  
passe, d’un côté, par les importations de biens produits dans  
les pays à bas coût ; d’un autre, par les exigences en matière  
de compétitivité (possibilité d’un arbitrage salarial entre  
plusieurs sites de production par exemple) qui maintiennent les  
salaires sous pression. Elle peut également provoquer des  
destructions permanentes d’emplois dans les pays « avancés »  
du fait de la délocalisation, d’une nouvelle division  
internationale du travail, de la disparition de certaines activités,  
ce qui expliquerait la hausse du chômage structurel.  
Une deuxième explication est celle du progrès technique. Dès  
lors qu’elles induisent des gains de productivité, les innovations  
technologiques absorbent une partie des hausses de salaires  
et limitent les pressions inflationnistes. Par ailleurs, le  
développement de l’économie numérique et du e-commerce  
augmente la transparence des prix et la concurrence entre  
distributeurs, ce qui tend à réduire l’inflation en faisant pression  
sur les marges. Comme la mondialisation, le progrès technique  
peut se traduire par des pertes d’emplois du fait de  
l’automatisation des tâches. Plus radicalement, certains  
4
qualifiés, pas celui d’une hausse du chômage structurel . Du  
reste il est temporaire par nature : le rattrapage des pays  
émergents se traduit par une égalisation des prix et des  
salaires entre pays ; même si, à l’évidence, la période de  
rattrapage peut être fort longue.  
En ce qui concerne le progrès technique, l’objection la plus  
fondamentale est qu’on explique simultanément la faiblesse de  
l’inflation par un choc d’offre positif et la hausse du chômage  
structurel par un choc d’offre négatif. Si le progrès technique  
augmente la production, en qualité et/ou en quantité, avec un  
effet modérateur sur les prix, comment soutenir dans le même  
temps qu’il a un impact négatif sur l’emploi ? C’est une illusion  
de penser que les gains de productivité détruisent des emplois  
au niveau agrégé. Les gains de productivité sont, d’une  
manière ou d’une autre, des revenus distribués qui bénéficie à  
l’activité et à l’emploi (ce qui n’interdit pas bien entendu de  
s’interroger sur les paramètres optimaux du partage). Ils  
permettent notamment de distribuer du pouvoir d’achat sans  
générer d’inflation. De ce point de vue, l’élévation de la  
productivité fait baisser le chômage structurel. Mais de la  
même manière que la mondialisation produit des effets  
différenciés, le progrès technique déplace l’emploi dans  
3
économistes soutiennent que les nouvelles technologies  
seraient à l’origine d’une « troisième révolution industrielle »  
dont la caractéristique première est une déconnexion entre  
production et travail. Autrement dit, les machines, les  
technologies, vont peu à peu se substituer à l’homme pour la  
production des biens et services usuels. Dans l’optique de  
Rifkin, le travail ne va pas disparaître totalement mais se limiter  
à quelques secteurs, ceux des « manipulateurs de symboles »  
(experts, professeurs, ingénieurs, scientifiques…) tandis que  
les anciens travailleurs de l’industrie et des services seront  
voués au chômage par l’automatisation de la production.  
Enfin, troisième explication, des modifications structurelles  
intervenant sur le marché du travail, pour partie liées à la  
mondialisation et au progrès technique, peuvent entrer en ligne  
de compte. La tertiarisation des économies « avancées »  
(substitution d’emplois industriels par des emplois dans les  
e
l’économie, entre les secteurs. La révolution industrielle au XIX  
services) s’accompagnant d’un recul du pouvoir de négociation  
des syndicats, voire du salariat, est susceptible de distendre le  
lien entre croissance des salaires et taux de chômage. Dès  
lors, il ne faudrait plus s’attendre à voir l’inflation repartir aussi  
vite qu’avant quand le taux de chômage atteint son point bas  
siècle n’a pas détruit l’emploi mais des emplois dans l’artisanat  
ont laissé la place  
à
des emplois industriels.  
Macroéconomiquement, cette destruction créatrice a généré de  
la croissance et de l’emploi. Là aussi l’enjeu est davantage  
celui de la gestion des effets distributifs de la technologie que  
celui de lutter contre ses effets supposés (à tort) négatifs sur  
l’emploi.  
(son niveau structurel).  
4
Cela ne veut pas dire évidemment que les pratiques de concurrence  
3
Voir notamment Rifkin, J., 1997, La fin du travail, Éd. la Découverte,  
Paris, France  
déloyales ne posent pas de problème. Mais il s’agit d’un problème de  
« règles du jeu », pas de la mondialisation en tant que telle.  
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La vision « Rifkinienne » de la fin du travail met l’accent sur la  
destruction mais oublie la création. Rifkin raisonne encore trop  
 Taux d’emploi (15-64 ans)  
T12008 =100  
Total Temps plein  
«
toutes choses égales par ailleurs » passant à la trappe de ce  
qui fait l’essence même d’une « révolution technologique ».  
101  
Enfin, l’argument de la tertiarisation et du recul du poids des  
syndicats dans les économies avancées peut être pertinent  
pour expliquer le moindre pouvoir explicatif de la courbe de  
Phillips mais il ne permet pas de comprendre pourquoi le taux  
de chômage structurel aurait augmenté. Postuler que le  
chômage structurel a augmenté, mais que cela ne se voit pas  
dans la formation des prix parce que les économies se  
tertiarisent, n’explique pas pourquoi le taux de chômage  
structurel aurait augmenté. Au contraire, il semble qu’une  
moindre empreinte inflationniste de chaque emploi corresponde  
à une baisse du chômage structurel et non l’inverse. Il faut tout  
simplement générer plus d’emplois qu’avant pour atteindre 2%  
d’inflation si chaque emploi produit moins de tension  
inflationniste. La question pertinente est celle de la stimulation  
adéquate de la demande.  
100  
99  
98  
97  
96  
2
003  
2005  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Graphique 2  
Source : INSEE  
Mesure type « U6 »  
%
de la population active augmentée  
Chômage  Temps partiel involontaire  
Sous-emploi et halo du chômage  
Il est possible de mettre en évidence un certain nombre de  
chocs d’offre positifs, plus ou moins globaux, qui pèsent sur les  
prix. Mais il est plus difficile d’admettre que ces chocs d’offre  
exercent, dans le même temps, un effet négatif sur l’emploi. Au  
contraire, une amélioration soutenue de la croissance va de  
pair avec une baisse du chômage structurel. La situation  
actuelle serait donc à l’inverse caractérisée par un output gap  
plus grand que ce qui est généralement envisagé. La question  
pertinente est alors de savoir si sa fermeture se fera  
spontanément ou si une stimulation de la demande est  
nécessaire.  
Disponible mais pas en recherche active  En recherche active mais  
temporairement indisponible  
20%  
15%  
10%  
5
%
%
La BCE penche pour cette seconde option, ce qui justifie selon  
elle le maintien d’une politique accommodante. Elle met  
l’accent sur le déficit de demande qui perdure malgré  
l’amélioration conjoncturelle et qui se traduit par la faible  
réactivité des salaires et des prix. Dans cette optique,  
l’aplatissement de la courbe de Phillips est conjoncturel : après  
une période prolongée de faible demande, tant que le chômage  
reste élevé (supérieur au niveau structurel), les salaires  
seraient faiblement réactifs (la courbe est plate) mais la  
réactivité augmenterait (la courbe se re-pentifie) une fois le taux  
de chômage structurel atteint, et à plus forte raison dépassé  
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Graphique 3  
Source : Eurostat  
utilisation du travail en France de 18,5% début 2017 contre  
15,4% en 2008. De façon analogue, si l’on se concentre sur  
l’emploi en CDI ou sur celui à temps plein, la situation sur le  
marché du travail apparaît sous un jour moins favorable.  
(
les salaires accéléreraient de nouveau)  
Au final, des indicateurs plus complets, tenant compte de la  
qualité des emplois créés, permettraient de mieux expliquer la  
relative inertie des salaires et la difficulté à faire baisser le  
chômage plus rapidement, l’amélioration conjoncturelle passant  
aussi par une réduction de la « marge intensive », à savoir  
Cette position invite aussi à considérer l’état du marché du  
travail sous un angle plus large, notamment par le biais  
d’indicateurs qui tiennent compte de la qualité des emplois  
(temps partiel subi, contrats à durée déterminée) et du halo du  
chômage (les personnes disponibles pour travailler, mais qui ne  
sont pas en recherche active, ou les personnes en recherche  
active mais temporairement indisponibles), etc. Des mesures,  
l’écart entre le chômage et le sous-emploi global  
:
augmentation du nombre d’heures travaillées, transformation  
de contrats temporaires en CDI, réintégration des chômeurs  
découragés sur le marché du travail.  
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comparables au « U6 » américain , font état d’une sous-  
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Ces mesures tiennent compte du halo du chômage et du temps  
partiel subi. Mais elles ne prennent pas en compte le partage emploi  
salarié/emploi non salarié ni le partage CDI/CDD.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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