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EcoPerspectives// 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
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Chère » coalition  
Malgré la forte reprise en cours, la nouvelle grande coalition a entériné une politique budgétaire expansionniste. Son programme  
prévoit une intensification des investissements en infrastructures et un renforcement de l’aide aux familles et aux retraités. Sur  
l’Europe, l’appui au pacte de stabilité et de croissance est réitéré. Mais dans une économie qui fonctionne déjà à plein régime, les  
effets macroéconomiques de ce programme devraient être limités à court terme. A long terme, l’économie devrait profiter des  
investissements dans les infrastructures. Néanmoins, les entreprises pourraient hésiter à investir dans une Allemagne desservie par  
un marché du travail tendu, des accords salariaux généreux et une fiscalité des entreprises élevée.  
Une conjoncture au plus haut  
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- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Prévision  
Les indicateurs conjoncturels montrent que la forte reprise cyclique  
s’est poursuivie au premier trimestre. Le sentiment des entreprises  
sur leur situation courante n’a jamais été meilleur. Le secteur  
manufacturier profite du regain des dépenses de consommation et  
d’investissement. Les anticipations d’exportations se sont aussi  
raffermies, surtout en raison du redressement des pays européens.  
 Inflation (%)  
Prévision  
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1,5  
En conséquence, le taux d’utilisation des capacités atteint des  
sommets. Dans le secteur manufacturier, il s’est hissé en début  
d’année à 88%, un chiffre qui n’avait pas été enregistré depuis les  
premiers mois de 2008. De son côté, le taux de chômage est tombé  
à un plus bas niveau depuis la réunification. La pénurie de main-  
d’œuvre est sensible dans tous les secteurs. L’institut de recherche  
sur le marché du travail IAB rapporte que les offres d’emploi non  
satisfaites ont atteint le nombre historique de 1 180 000 au T4 2017.  
La croissance de la demande d’emploi est la plus forte dans  
l’industrie manufacturière et la construction.  
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Sources: Comptes nationaux, BNP Paribas  
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- La courbe de Phillips reste pertinente  
Axe des Y : salaires par tête, g.a. ; Axe des X : taux de chômage  
1999-2008  2009-2017  
Pour attirer et retenir la main-d’œuvre, les employeurs mettent en  
place de nombreuses incitations En février, les salariés de la  
sidérurgie du Bade-Wurtemberg ont obtenu un accord sur les  
salaires qui prévoit non seulement une hausse de 4,3% de la  
rémunération, mais aussi la possibilité de réduire à 28 heures sa  
durée de travail hebdomadaire sur une période totale de deux ans,  
et de reprendre à temps plein au-delà. Au T4, le coût du travail dans  
l’industrie manufacturière et la construction a augmenté de 2,2% en  
g.a. Dans les services, toutefois, la hausse n’a été que de 1,2%.  
L’augmentation des coûts de production ne s’est pas encore  
répercutée sur les prix à la consommation, l’inflation se cantonnant  
à 1,5% en mars.  
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Source : Destatis  
Une coalition de convenance  
La reprise économique est forte, certes, mais les partis de la grande  
coalition  la CDU/CSU (conservateurs) et le SPD (sociaux-  
démocrates)  ont enregistré de lourdes pertes lors des élections  
législatives de septembre 2017. Malgré tout, ces partis ont réussi à  
s’entendre pour former un nouveau gouvernement de coalition,  
dirigé par Angela Merkel (CDU), chancelière pour la quatrième fois  
consécutive.  
et de croissance doit rester la boussole et la règle est que les États  
membres conservent la pleine responsabilité des conséquences de  
leurs décisions budgétaires nationales.  
L’accord de coalition est assez vague sur la direction des réformes.  
Berlin est favorable à une transformation du mécanisme européen  
de stabilité en un fonds monétaire européen, mais les réformes  
correspondantes ne devraient pas réduire le rôle décisionnel des  
parlements nationaux. Le nouveau gouvernement soutient aussi la  
réalisation de l’union bancaire, mais tient à ce que les banques  
européennes réduisent les risques portés à leur bilan avant la  
création de tout dispositif européen de garantie des dépôts  
bancaires. Lors de sa première intervention au Bundestag, le  
L’Europe tient une place centrale dans le programme du nouveau  
gouvernement, qui souhaite, en étroite coopération avec la France,  
renforcer l’Union européenne et ses institutions pour augmenter la  
résilience de la région face aux crises. Cependant, on ne touche  
pas aux principes de la politique européenne : le pacte de stabilité  
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nouveau ministre des Finances, Olaf Scholz (SPD), n’a rien dit sur  
l’idée d’un ministre des Finances et celle d’un budget commun pour  
la zone euro.  
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- Investissement, rétablissement incomplet  
Investissement des entreprises, % du PIB, (é.g.)  
-
- Taux d’utilisation des capacités de production, % (é.d.)  
L’accord de coalition chiffre l’effet de relance escompté à  
EUR 67 mds au bas mot, soit 2% du PIB, entre 2018 et 2021.  
Certains coûts ne sont pas encore financés  par exemple, les  
contributions supplémentaires à l’UE après le Brexit.  
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Les investissements d’infrastructure sont l’une des principales  
priorités du programme. L’internet haut débit et le réseau 5G feront  
l’objet d’un développement de grande ampleur, dont le coût sera  
couvert par les recettes de l’attribution aux enchères des  
fréquences pour la 5G, qui devrait avoisiner les EUR 15 mds. Le  
produit de la vente devrait aussi financer l’amélioration de  
l’équipement numérique des établissements scolaires. Pour enrayer  
l’envolée des loyers dans les grandes villes, le gouvernement  
entend amplifier la construction de logements.  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
Sources : Eurostat, Commission européenne  
L’accord de coalition fait la part belle au soutien aux retraités. Pour  
lutter contre le phénomène de paupérisation de cette population, le  
montant du minimum vieillesse (Grundsicherung) sera relevé  
de 10%. Deux limites infranchissables seront mises en place : le  
taux de remplacement du salaire ne sera finalement pas diminué et  
restera fixé à 48% et le taux de cotisation sera plafonné à 20% du  
salaire brut. Le montant de la pension pour les personnes ayant  
élevé des enfants, la “Mütterrente”, sera augmenté. Pour cela, le  
gouvernement a réservé EUR 10,7 mds au cours du mandat actuel.  
Ces nouveaux engagements de retraite pèseront lourdement sur la  
population en âge de travailler dans les années à venir qui, de plus,  
devrait se réduire.  
accru la réticence des entreprises à développer leurs activités en  
Allemagne. Malgré un taux d’utilisation des capacités très élevé,  
l’investissement des entreprises reste bien inférieur à ses niveaux  
record antérieurs et a même stagné ces derniers mois. Les  
industriels sont déçus par l’accord de coalition, qui prévoit peu de  
mesures de soutien aux entreprises. Ces dernières profiteront de la  
numérisation à grande échelle qui est proposée et les mesures en  
faveur d’une augmentation du taux d'activité, mais aucune réforme  
de l’impôt des sociétés n’est en vue.  
Les investissements sont aussi freinés par le marché de travail  
tendu. Les entreprises craignent de ne pas pouvoir trouver  
suffisamment de personnel qualifié. Alors que les accords généreux  
sur les salaires risquent de saper la compétitivité-prix, certaines  
pourraient choisir de délocaliser une partie de leurs activités en  
Europe centrale et orientale où les coûts de production sont plus  
bas.  
L’accord comprend aussi plusieurs mesures de politique familiale  
telles que la revalorisation des allocations familiales et l’amélioration  
de l’offre de crèches (“Kita”) et d’écoles ouvertes toute la journée.  
Le but de ces dernières mesures est de promouvoir la participation  
pour atténuer le manque de main-d’œuvre.  
Un autre sujet de préoccupation majeur est la politique commerciale  
des États-Unis. L’industrie automobile allemande, en particulier,  
craint que les États-Unis ne décident de taxer lourdement  
l’importation de voitures de constructeurs européens. En mars, peu  
après sa prise de fonction, le ministre de l’économie Peter Altmaier  
Un redressement prolongé pour combien de temps ?  
Alors que l’économie tourne déjà à plein régime, les effets  
macroéconomiques de l’accord de coalition sur le PIB risquent  
d’être limités à court terme. Selon nos prévisions, l’effet des  
mesures proposées sur la croissance pourrait être de 0,3 point de  
pourcentage en 2018 et en 2019. Le surcroît de dépenses  
publiques profiterait surtout au secteur de la construction, or ce  
dernier n’a guère besoin d’être stimulé. Nombre de ses entreprises  
sont confrontées à de graves problèmes de recrutement. De plus,  
les données d’enquêtes indiquent que le secteur accumule  
actuellement des retards de chantiers d’environ quatre mois, un  
niveau sans précédent. La conséquence probable est une nouvelle  
augmentation des salaires des ouvriers du bâtiment, qui pourrait  
s’étendre à d’autres secteurs d’activité.  
(
CDU) se rendait déjà à Washington pour négocier avec les  
autorités américaines. Celles-ci ont accordé à l’UE une exemption  
des droits de douane dissuasifs sur les importations d’acier et  
er  
d’aluminium, mais seulement jusqu’au 1 mai. Cela ne laisse que  
peu de temps aux Européens pour des négociations fructueuses.  
L’accord a peu de chances de raffermir la confiance des industriels,  
qui tend à s’affaisser depuis quelques mois. L’indice IFO du climat  
des affaires s’est replié en février et en mars, entraîné par  
l’effondrement de la composante « anticipations ».  
Ces tendances ne sont peut-être qu’en partie liées à l’incertitude sur  
la politique de la coalition, mais celle-ci pourrait néanmoins avoir  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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