Conjoncture

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Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Le ralentissement de la croissance sud-africaine : éléments  
d’analyse  
François Faure  
Les perspectives de croissance à court et moyen terme de l’économie sud-africaine restent très incertaines. Les facteurs externes qui  
ont concouru au ralentissement de ces dernières années devraient être plus favorables, la croissance chinoise se stabilise et les prix  
des matières premières se redressent. En revanche, les facteurs internes vont jouer négativement sur la productivité globale de  
l’économie et sur la capacité des entreprises et des ménages à investir.  
L’économie sud-africaine traverse actuellement une période de absorber l’augmentation de la population active (près de 600 000 personnes  
1
croissance très ralentie, inflationniste et génératrice d’endettement public par an ) et endiguer un chômage structurel qui a atteint 27% de la  
2
et externe. La détérioration des fondamentaux macro-économiques du population active fin 2016 . De plus, les créations nettes d’emplois l’ont été  
pays vient d’ailleurs de conduire Standard & Poor’s et Fitch à abaisser en dans l’administration publique et non dans le secteur privé.  
catégorie spéculative la notation de la dette souveraine libellée en devises.  
Inflation et chômage  
Un tableau macroéconomique dégradé  
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Inflation sous-jacente (g.a., %)  
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La croissance du PIB réel est tombée d’un peu plus de 3,0% en 2011 à  
seulement 0,3% en 2016. Hors soutien de la consommation et de  
l’investissement des administrations publiques, elle est même devenue  
négative. Les études récentes consacrées au ralentissement de la  
croissance sud-africaine sont unanimes : selon la banque centrale  
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(
SARB) ou le FMI, le potentiel de croissance est passé de plus de 4%  
2 5
en 2007 à environ 1,5 % actuellement (graphique 1).  
2 4 , 5
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Taux de chômage (%)  
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
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Affaissement du potentiel de croissance  
Graphique 2  
Sources : Stats SA, BNP Paribas  
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Le ratio de dette publique a augmenté de dix points de PIB depuis 2011  
et au total de vingt-cinq points depuis la crise financière de 2008-2009)  
(
pour atteindre 51% fin 2016. Pourtant le déficit budgétaire primaire (i.e.  
hors intérêts de la dette) a été ramené d’un peu plus de 3% du PIB en  
2011 à 1,3% estimé pour l’exercice fiscal se clôturant fin mars 2017. Mais  
ces efforts ont été annihilés par un alourdissement de la charge d’intérêts.  
De plus, la dépréciation massive du rand (40% contre dollar entre la fin  
PIB réel (g.a., %)  
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Tendance (filtre HP)  
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011 et fin 2016) a conduit à une forte revalorisation de la dette en  
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devises (rapportée au PIB) . De plus, la dette des entreprises publiques  
est passée de 6% à 18% du PIB de sorte que la dette publique totale est  
proche de 70% du PIB.  
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000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Graphique 1  
Sources : Stats SA, BNP Paribas  
Dans le même temps, l’inflation sous-jacente a doublé passant de 3% début  
011 à 6% fin 2016 (graphique 2). L’emploi dans le secteur non agricole a  
fortement ralenti (ne progressant que de 0,3% par an sur les cinq dernières  
années contre 1,3% sur la décennie 2000), ce qui est très insuffisant pour  
1
Pour absorber l’augmentation de la population, l’emploi dans le secteur privé non  
2
agricole devrait augmenter de 2,5% par an.  
2
D’après la Banque mondiale, le taux de chômage prenant en compte également les  
personnes ne cherchant plus d’emploi par découragement était de 33% fin 2015.  
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La part de la dette en devises (majoritairement en dollars) est de 10%.  
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Finances publiques  
Croissance et prix des matières premières  
%
du PIB  
Charge nette d'intéréts  
Solde primaire  
Dette publique  
PIB réel (g.a., %)  
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Prix des métaux (2010=100)  
2011 2013 2015 2017  
Sources : Stat, SA, FMI  
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2007  
2009  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Graphique 3 Sources : SA National Treasury,FMI, BNP Paribas  
Graphique 4  
Enfin, malgré le redressement des termes de l’échange depuis 2014 Pour autant, la production en volume du secteur minier a relativement  
grâce à la baisse des prix du pétrole en 2014-2015 et au rebond des bien résisté (-1,5% en 2016 par rapport à 2011), malgré les  
(
prix des métaux en 2016), le déficit courant atteignait encore 4% du PIB mouvements de grèves en 2012 et 2015 et les fermetures de mines. De  
en 2016. Facteur aggravant, ce déséquilibre extérieur reflète bien plus plus, le secteur ne représente que 7% de la production et 3% de  
une insuffisance d’épargne domestique qu’une surabondance l’emploi. Comptablement, l’impact direct du secteur sur la croissance du  
d’investissement. Comme la balance des investissements directs est PIB a donc été assez faible.  
structurellement déficitaire, la dette extérieure a elle-aussi fortement  
augmenté au cours des dernières années, atteignant l’équivalent de  
En revanche, les effets revenus indirects induits par la baisse des prix  
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54% des recettes exportations alors que ce ratio était de seulement  
0% avant la crise financière.  
des matières premières ont été importants. A partir d’une modélisation  
VAR structurelle (intégrant explicitement des coefficients  
d’interdépendance entre le secteur minier et les autres secteurs de  
l’économie), les économistes du FMI ont mesuré qu’une baisse de 10%  
des prix à l’exportation des produits miniers de l’Afrique du Sud réduit la  
croissance de 0,2 point de PIB au bout de deux trimestres4.  
Le ralentissement de la croissance a été observé dans la plupart des  
pays émergents depuis la crise financière mondiale de 2008, en  
particulier pour les pays producteurs de matières premières. Le  
ralentissement de l’économie sud-africaine peut-il uniquement  
s’expliquer par le retournement du « super » cycle des prix des  
matières premières ou, au contraire, trouve-t-il aussi ses racines dans Or les prix des principaux produits miniers exportés par l’Afrique du Sud  
des faiblesses structurelles ?  
(minerais de fer, cuivre, nickel, platine et charbon) ont chuté en  
moyenne de 60% entre 2011 et 2016. L’impact négatif sur le PIB, aurait  
donc été d’environ 1,5 point de PIB en cumul sur la période 2011-2016.  
Facteurs externes du ralentissement de la  
croissance  
Toutefois, la baisse des prix des matières premières a coïncidé avec  
d’importantes pénuries d’électricité de sorte que l’effet de la baisse des  
prix des matières premières est probablement surestimé. Il est difficile  
d’évaluer précisément la contribution des facteurs externes au  
ralentissement de la croissance. Mais on peut raisonnablement penser  
La Chine et le cycle des matières premières  
Comme toutes les économies dépendantes des prix des matières qu’ils en ont expliqué moins de la moitié.  
premières, l’économie sud-africaine a été exposée à deux chocs  
externes fortement corrélés depuis 2011 : 1/ le ralentissement de la  
demande chinoise de matières premières, devenue ces dernières  
années la première destination des exportations ; 2/ la baisse  
consécutive des prix des minerais (graphique 4).  
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Voir Rapport des services du FMI sur les consultations au titre de l’article IV  Juillet  
016  
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Or le ralentissement des importations des principaux partenaires de  
Inélasticité des exportations  
l’Afrique du Sud ne permet pas non plus d’expliquer une telle contre-  
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performance (la croissance des pays voisins , qui représentent 13% du  
Au-delà de l’effet de la Chine et du cycle des prix des matières  
premières, les performances à l’exportation ont été très médiocres au  
cours des cinq dernières années.  
total des exportations, est restée soutenue).  
Les exportations de produits manufacturés souffrent d’un manque de  
compétitivité hors prix. Jusqu’à la crise financière de 2008-2009, il  
ressortait des études économétriques une faible élasticité-prix des  
exportations. Depuis la crise, l’élasticité s’est encore affaiblie, la  
dépréciation du taux de change réel (graphique 7) n’ayant pas permis  
d’améliorer les parts de marché à l’exportation.  
Les exportations de produits miniers y ont évidemment largement  
contribué . Mais c’est aussi le cas des produits manufacturés qui ont  
reculé de 20% sur la période 2011-2016 (graphique 5) et entraîné une  
perte de part de marché de près de 15% par rapport aux autres pays  
émergents (graphique 6).  
5
Une étude récente du FMI montre que la prise en compte de facteurs  
de compétitivité hors prix (diversification des produits, contraintes  
matérielles comme la pénurie d’électricité ou les journées de grève)  
permet d’expliquer en partie l’inélasticité des exportations à l’évolution  
du taux de change réel7.  
Exportations par produits  
5 mds USD  
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Produits miniers  
Taux de change effectifs réels  
Produits manufacturés  
Autres  
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Taux de change calculé avec les  
prix à la consommation  
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Graphique 5  
Source : SARB  
Taux de change calculé avec les  
coûts salariaux unitaires  
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Evolution de la part de marché des produits  
manufacturés  
Graphique 7  
Sources : Stats SA, SARB, BNP Paribas  
Indice 2000=100  
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Facteurs internes du ralentissement de la  
croissance  
L’analyse des facteurs internes de la croissance donne un éclairage  
complémentaire à l’analyse précédente des facteurs externes. La  
décomposition en termes d’offre de la croissance 8 montre que  
l’accumulation du capital a continué d’être un facteur de soutien mais  
que, malgré cela, l’économie sud-Africaine est devenue moins  
productive.  
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Vis-à-vis des pays développés  
Vis-à-vis des pays émergents  
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Graphique 6 Sources : SARB, UN COMTRADE, BNP Paribas  
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Botswana, Lesotho, Namibie, Swaziland  
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Rahul Anand, Roberto Perrelli and Boyang Zhang «South Africa’s export performance:  
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any role for structural factor’s» IMF Working Paper 16/24.  
Décomposition selon une approche en termes de fonction de production  
Elles se sont contractées de 44% et leur part dans le total des exportations est passée  
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de 41% en 2011 à 31% en 2016.  
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Production d'électricité et activité dans l'industrie  
Le ralentissement de la productivité  
Avec la fin de l’apartheid (1991), l’économie Sud-Africaine a connu une  
forte accélération de la croissance du secteur privé non agricole grâce à  
10 Indice 2010=100  
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1/ une plus forte accumulation du capital et une contribution positive de  
l’emploi sur la deuxième partie des années 2000, et 2/ une accélération  
de la productivité globale des facteurs (PGF), commencée dès la  
seconde moitié des années 1990 et qui a atteint jusqu’à 3% par an sur  
100  
90  
la décennie 2000 (graphique 8)9.  
Production manufacturière  
Activité minière  
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Production d'électricité  
La crise financière de 2008 est venue enrayer cette dynamique positive.  
La PGF a très fortement ralenti et l’emploi s’est contracté. Si la  
croissance est restée positive, ce n’est que grâce à l’investissement. De  
fait, le taux d’investissement global est resté stable autour de 20% du  
PIB.  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
Graphique 9 Sources : Stats SA, SARB, BNP Paribas  
Dans le cas de l’Afrique du Sud, le ralentissement de la PGF trouve  
Décomposition de la croissance en termes d'offre  
trois explications clairement identifiées.  
4 moyenne sur 5 ans  
Premièrement, l’activité dans l’industrie a souffert de pénuries  
importantes d’électricité (graphique 9).  
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Deuxièmement, le stock de capital dans les secteurs à fort contenu en  
capital (secteur minier, énergie, transport) a très fortement progressé  
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sur les années récentes . Or, ces secteurs sont caractérisés par une  
productivité du capital plus faible que les autres secteurs comme  
l’industrie manufacturière, la construction ou même l’agriculture.  
Selon les calculs de la Banque mondiale, cette « réallocation  
sectorielle du capital » aurait occasionné des pertes de croissance  
d’environ 0,3 point de PIB par an sur la période 2012-2015 (avec un  
maximum de 0,5 en 2015) alors qu’elle avait au contraire généré des  
gains de l’ordre de 0,5 point de PIB sur la décennie 2000. Cet effet de  
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Capital (contribution en points de croissance)  
Travail (contribution en points de croissance)  
Productivité globale des facteurs  
1990  
1995  
2000  
2005  
2010  
2015  
Graphique 8  
Sources : SARB, calculs BNP Paribas  
Un ralentissement de la PGF est souvent assimilé à un renforcement structure représente donc à lui-seul environ un tiers du ralentissement  
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des contraintes affaiblissant le potentiel de croissance. La PGF de la PGF .  
agrège, en effet, tous les facteurs autres que l’accumulation du capital,  
non seulement les gains (ou les pertes) de productivité liés au progrès Troisièmement, la baisse de la PGF est allée de pair avec la  
technique non incorporé au capital et à la rationalisation des procédés détérioration du climat des affaires au sens large (montée des risques  
de production, mais également ceux résultant des effets de structure politiques et sociaux, incertitudes sur la conduite de la politique  
comme la réallocation des facteurs de production vers des secteurs économique, dégradation de la compétitivité). On observe en effet  
ayant une productivité plus élevée que l’ensemble de l’économie. Par une dégradation des indicateurs de gouvernance de la Banque  
ailleurs, la PGF intègre aussi, par son mode de calcul, les ruptures de mondiale relatifs à la stabilité politique et à la qualité de la  
production liées à des facteurs exogènes (conditions climatiques, règlementation (graphique 10). De même, le dernier rapport du FMI  
pénurie d’énergie, mouvements politiques et sociaux qui paralysent met en avant l’incertitude de la politique économique comme frein à la  
l’activité).  
croissance.  
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Entre 2011 et 2016, le stock de capital a augmenté de 67% dans le secteur de  
l’énergie, de 22% dans celui les transports et de 20% dans le secteur minier.  
9
La PGF est mesurée par la différence entre la croissance du PIB et celle des facteurs  
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de production (stock de capital et emploi), ces derniers étant pondérés par la part des  
profits et la part de la masse salariale dans la production.  
« Private Investment for Jobs » South Africa Economic Update  Banque Mondiale –  
Janvier 2017  
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Productivité globale des facteurs et environnement  
des affaires  
Taux d'investissement  
4 % du PIB  
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Qualité de la réglementation  
Autres  
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(indice Banque Mondiale)  
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Infrastructure  
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Productivité globale des facteurs  
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Investissement résidentiel  
990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011 2014  
Graphique 11A  
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996 1999 2002 2005 2008 2011 2014  
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Graphique 10  
Sources : SARB, calculs BNP Paribas  
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Entreprises privées  
Renforcement des contraintes financières sur  
l’investissement des entreprises et des ménages  
Si l’investissement a été le principal soutien à la croissance ces  
dernières années, c’est pour l’essentiel en raison des dépenses en  
infrastructures (graphique 11A).  
Administrations publiques  
Entreprises publiques  
A l’inverse, l’investissement des entreprises privées non financières  
1
990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011 2014  
s’est affaibli (graphique 11B), notamment dans le secteur  
Graphique 11B Sources : SARB, BNP Paribas  
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manufacturier . Cette faiblesse de l’investissement des entreprises  
privées reflète probablement la révision en baisse des anticipations de  
croissance. Mais elle répond également à la détérioration de leur  
solvabilité.  
Salaires réels versus productivité dans le secteur  
manufacturier  
En effet, le ratio de couverture de la charge d’intérêts par l’excédent  
brut d’exploitation, qui était proche de 4 en 2011, n’était plus que de  
Indice 2005=100  
200  
2
,5 en 2016. Dans le secteurs des services de transport et celui des  
services aux entreprises, le seuil d’alerte de 2 a été franchi en 2016.  
D’une part, malgré l’ajustement des effectifs, les salaires réels ont  
progressé bien plus vite que la productivité. (+50% contre 9% dans le  
secteur manufacturier cf graphique 12). Rapporté à la valeur  
ajoutée, le taux d’excédent brut d’exploitation des entreprises non  
financières s’est érodé de 52% à 45% entre 2011 et 2016.  
Parallèlement, le taux d’endettement (mesuré par le crédit  
domestique rapporté à la valeur ajoutée) a nettement augmenté  
passant de 62% à 74%. Il n’est pas étonnant que, confrontées à cette  
détérioration de leur solvabilité, les entreprises se soient montrées  
plus réticentes à investir.  
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Salaires réels  
Productivité du travail  
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001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015  
Graphique 12  
Sources : Stats SA, SARB, BNP Paribas  
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Dans ce secteur, le taux d’investissement est passé de 29% de la valeur ajoutée en  
008 à 20% en 2016.  
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Le taux d’investissement des ménages s’est également érodé.  
Contrairement aux entreprises, les ménages se sont désendettés ;  
rapportée au revenu disponible brut, la dette des ménages est  
passée de 85% en 2008 à 75% en 2016. Cependant, depuis 2013,  
la charge de la dette s’est alourdie avec la remontée des taux  
d’intérêt (la dette des ménages est largement à taux variable) et les  
flux de nouveaux crédits accordés par les banques aux ménages  
plafonnent.  
Conclusion  
Les perspectives de croissance à court et moyen terme de l’économie  
sud-africaine restent très incertaines. Les facteurs externes qui ont  
concouru au ralentissement des dernières années devraient être plus  
favorables, la croissance chinoise se stabilise et les prix des matières  
premières se redressent. En revanche, les facteurs internes vont jouer  
globalement négativement sur la productivité globale de l’économie et  
la capacité des entreprises et des ménages à investir. Les  
investissements en infrastructure des années récentes devraient  
normalement permettre d’élever le potentiel de croissance. Cependant,  
Insuffisance du capital humain  
L’insuffisance du capital humain explique aussi dans une large malgré la dépréciation du change, la compétitivité à l’exportation se  
mesure la faiblesse de la productivité. La pauvreté reste endémique dégrade et la hausse des taux d’intérêt fragilise la situation financière  
et le taux de prévalence du SIDA est parmi les plus élevés au monde. des entreprises et surtout des ménages. Enfin, l’insuffisance du capital  
En dépit de certaines avancées significatives depuis 1994, l’Afrique humain, les rigidités du marché du travail, la détérioration du climat des  
du Sud continue doccuper la 123ème place sur 138 dans le rapport sur  
affaires et les tensions politiques altèrent l’image du pays aux yeux des  
la compétitivité mondiale réalisé par le Forum économique mondial en investisseurs étrangers.  
016-2017 (derrière le Bangladesh, le Burundi et, même, le  
2
Zimbabwe) au regard de critères tels que la santé et l’enseignement  
primaire. Le taux de réussite dans l’enseignement secondaire et  
supérieur reste faible, entraînant des problèmes d’inadéquation des  
formations et limitant le développement d’activités à plus forte valeur  
ajoutée.  
Rigidités du marché de l’emploi et relations de  
travail conflictuelles  
Les mouvements de grève prolongés ont directement pesé sur la  
productivité totale des facteurs. Les augmentations de salaire bien  
supérieures au taux de productivité qui ont été négociées par les  
syndicats, les coûts de licenciement élevés et les problèmes  
d’inadéquation entre l’offre et la demande de travail créent une forte  
dynamique insider-outsider (titulaires d’un emploi/travailleurs  
inemployés). Un chômage élevé et un taux d’activité faible constituent,  
dans ces conditions, des problèmes structurels, comme le montre une  
réactivité limitée face aux rebonds de la croissance 13 . Chaque  
ralentissement cyclique accroît le taux de chômage structurel et, à  
défaut d’une réforme en profondeur du processus de négociations  
salariales et de la structure du marché du travail, il est à craindre que la  
contribution de la population active à la croissance potentielle ne  
continue à baisser.  
1
3
Voir Rapport des services du FMI sur les consultations au titre de l’article IV  Juillet  
016  
2
RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ECONOMIES AVANCEES ET STATISTIQUES  
ECONOMIE BANCAIRE  
ECONOMIES EMERGENTES ET RISQUE PAYS  
La banque  
d’un monde  
qui change