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EcoPerspectives // 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Autriche  
Le repli sur soi gagne du terrain  
Le rebond économique actuel ne bénéficie pas à tout le monde. Malgré le recul du chômage, les travailleurs peu qualifiés ont de plus  
en plus de mal à trouver un emploi. De plus, leur niveau de revenu relatif se dégrade entraînant une baisse de la cote de popularité de  
la grande coalition sortante. En faisant campagne sur un programme anti-immigration, l’ÖVP (libéraux-conservateurs) a remporté les  
élections législatives et va essayer de former une nouvelle coalition avec le FPÖ (droite populiste). S’il y parvient, la nouvelle équipe  
dirigeante adoptera des politiques plus restrictives en matière d’immigration et réduira les impôts. En 2018, la croissance pourrait se  
replier à 1,7 %, avec la disparition de l’impact de la réforme fiscale de 2016.  
Un net rebond  
1- Croissance et inflation  
Après une longue période de croissance faible, l’économie a fini par  
se redresser vers la mi-2016, initialement stimulée par la réforme de  
l’impôt sur le revenu. Les effets de cette réforme ont continué à se  
faire sentir au premier semestre 2017, la consommation privée étant  
en hausse de 1,5 % en g.a. De plus, à partir du milieu de 2016,  
l’investissement dans les équipements de transport a rebondi,  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
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l’augmentation des taxes sur les émissions CO ayant encouragé  
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1.0  
les achats d’automobiles. Au premier semestre 2017, les  
immatriculations automobiles étaient en hausse de 8,8 % en g.a.  
Cependant, en l’absence d’industrie automobile autrichienne, cette  
accélération s’est soldée par une augmentation des importations.  
L’activité de construction est, par ailleurs, repartie à la hausse au  
début de 2017, à la faveur de la faiblesse des taux d’intérêt et de  
l’accroissement de la demande de logements. Enfin, à partir de  
début 2017, la croissance des exportations s’est accélérée,  
soutenue, en particulier, par la demande en provenance des  
économies en forte croissance d’Europe centrale et orientale. Au  
cours des derniers trimestres, le volume des exportations vers ces  
pays a augmenté deux fois plus vite que vers la zone euro. Au  
premier semestre 2017, le PIB a crû, dans l’ensemble, de 2,4 % en  
g.a. Les indicateurs conjoncturels ont encore progressé au T3,  
laissant entrevoir la poursuite d’une croissance soutenue de  
l’activité. En septembre, l’indicateur avancé du WIFO a atteint son  
niveau le plus élevé depuis avril 2011.  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
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- Rebond de l’investissement  
Contributions à la croissance annuelle de l’investissement  
Construction Machines-outils Equipements de transport Propriété  
intellectuelle  
Investissement total (%, g.a.) ▬ PIB (%, g.a., é.d.)  
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La reprise ne profite pas à tous  
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Le taux de chômage harmonisé, s’inscrivant depuis peu sur une  
tendance baissière, a reculé à 5,6 % en août, bien en deçà à la  
moyenne de la zone euro (9,1 %). Cependant, le redressement de  
la demande de main-d’œuvre ne profite pas à tous. Le chômage  
touche de plus en plus les travailleurs peu qualifiés. Entre juin 2016  
et juin 2017, le taux de chômage des personnes ayant au mieux  
atteint le niveau de l'enseignement secondaire inférieur s’élevait à  
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2014  
Source : Eurostat  
2015  
2016  
2017  
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3,8 % en moyenne contre 5,9 % pour l’ensemble de la population.  
D’une part, la mondialisation a conduit à une délocalisation des  
activités vers les pays à bas salaire et à la présence plus forte  
d’immigrés sur le marché du travail autrichien. Alors que parmi les  
ressortissants autrichiens, l’emploi est resté relativement stable au  
cours de la décennie écoulée, la part des travailleurs étrangers a  
augmenté, passant à 15,5 % au T2 2017 contre 10 % dix ans plus  
tôt. À titre de comparaison, les ressortissants étrangers  
représentaient 11,2 % de l’emploi total en Allemagne au T2 2017 et  
En 2008, le taux de chômage des personnes peu qualifiés  
s’établissait à 8,6 %. Dans le même intervalle, le niveau de revenu  
de ces travailleurs s’est rapidement détérioré. En 2016, 25 % de la  
population active peu qualifiée déclarait un revenu inférieur à 60 %  
du revenu médian (le « seuil de risque de pauvreté »), contre 20 %  
en 2013. Pour ceux qui ont terminé le deuxième cycle du  
secondaire ou suivi des études universitaires, ce risque est resté  
remarquablement constant à un peu plus de 10 %.  
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,9 % en France. L’Autriche est, en outre, l’un des pays à accueillir  
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%
- Le chômage des non-qualifiés en forte hausse  
de la population active, moyenne mobile sur 12 mois  
le plus de travailleurs détachés dautres États de l’UE.  
Le pourcentage de travailleurs détachés dans l’emploi national était  
de 2,7 % en 2015, mais la durée de leur contrat étant inférieure à  
secondaire  
Total ayant au mieux achevé le cycle inférieur de l'enseignement  
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83 jours, leur impact sur le marché du travail est limité en termes  
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6 %  
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d’équivalents temps plein. À noter également que sur la  
période 2015-2016, l’Autriche a reçu 130 000 demandes d’asile, l’un  
des chiffres les plus élevés de l’UE rapportés à la population.  
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D’autre part, l’Autriche a profité de sa situation centrale en Europe.  
L’essor actuel de l’activité est en partie imputable aux exportations  
vers l’Europe centrale et orientale, et les Autrichiens ont pu travailler  
ou étudier dans d’autres pays européens.  
L’immigration, une préoccupation majeure  
Au cours de la décennie écoulée, des électeurs de plus en plus  
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000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
nombreux ont tourné le dos au SPÖ (socio-démocrates) et à l’ÖPV  
Source : Eurostat  
(
conservateurs libéraux), qui ont dominé la scène politique  
autrichienne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour  
rejoindre le FPÖ (droite populiste), séduits par son discours anti-  
Europe et anti-immigrés. Lors de l’élection présidentielle de 2016,  
les candidats des deux principaux partis ont été, pour la première  
fois, évincés du second tour. L’élection a été finalement remportée  
par le candidat indépendant, Alexander Van der Bellen, ancien  
leader des Verts, face à Norbert Hofer du FPÖ.  
Ralentissement possible de la croissance en 2018  
Selon nos prévisions, la croissance pourrait se replier en 2018, aux  
environs de 1,7 %, un niveau qui reste néanmoins bien supérieur au  
potentiel de croissance de l’Autriche, estimé à 1,1 %. La  
consommation des ménages sera de moins en moins un facteur de  
soutien pour la croissance, car l’effet lié à la réduction d’impôts de  
2016 finira par s’estomper. La croissance de l’investissement  
Le SPÖ est en perte de vitesse dans les élections, passant de plus  
pourrait également diminuer à en juger par le ralentissement des  
nouvelles immatriculations de véhicules d’entreprises. En revanche,  
les investissements en machines-outils et équipements, autres que  
les véhicules, vont probablement repartir à la hausse suite à une  
plus grande utilisation des capacités. Quant à la construction, elle  
va poursuivre sa progression, en grande partie sous l’effet de  
l’augmentation de la demande de logements, une évolution qui n’est  
que partiellement liée à l’afflux récent de migrants. La faiblesse des  
coûts de financement a également stimulé la demande dans  
l’immobilier. Enfin, les exportations devraient connaître une embellie  
avec le redressement du commerce mondial et la reprise  
significative dans la zone euro et en Europe centrale et orientale.  
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5 % des voix aux législatives avant 2013 à 26.7 % à l’élection du  
5 octobre. Sa campagne, centrée sur la justice distributive et la  
lutte contre le chômage, n’a pas réussi à mobiliser les électeurs.  
L’ÖVP, en revanche, a inversé la tendance avec le remplacement  
du nom du parti par celui de son leader, fraîchement élu, Sebastian  
Kurz. En faisant campagne en faveur d’une restriction de  
l’immigration, celui-ci a permis à l’ÖVP de recueillir 31.4 % des  
votes lors du scrutin d’octobre, contre 20 % d’opinions favorables  
dans les sondages réalisés avant son élection à la tête du parti.  
En tant que chef du parti ayant réalisé le meilleur score, M. Kurz  
mènera les négociations pour une coalition avec le FPÖ, qui a  
obtenu 27,3% des voix. Une alliance du même type a dirigé  
l’Autriche entre février 2000 et janvier 2007. Outre un durcissement  
de la politique en matière d’immigration, la coalition devrait plaider  
en faveur d’une plus grande subsidiarité au sein de l’UE. M. Kurz  
souhaite ramener la charge fiscale globale du pays de 44,4 % à  
L’évolution sur le marché du travail dépend en partie de l’intégration  
des travailleurs immigrés. Le taux de chômage au sens étroit devrait  
poursuivre sa décrue, mais il pourrait augmenter légèrement selon  
la définition nationale. De plus, l’Autriche va probablement connaître  
une pénurie de main-d’œuvre qualifiée susceptible de freiner la  
croissance de la production. Une telle situation pourrait aussi  
exercer des pressions à la hausse sur les salaires, entraînant un  
accroissement des disparités de revenus entre travailleurs qualifiés  
et moins qualifiés. L’envolée des prix à la consommation à 2 % en  
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0 %, soit le même niveau qu’en Allemagne, moyennant un gel des  
dépenses en volume. Les pensions de retraite et les intérêts étant  
appelés à augmenter dans les années à venir, le gel des dépenses  
entraînera des coupes dans d’autres domaines. La coalition pourrait  
également adopter des mesures en faveur de la déréglementation.  
2017, contre 1 % l’année précédente, aura probablement un impact  
sur les négociations salariales. Quoi qu’il en soit, l’inflation devrait  
reculer aux environs de 1,8 %, une évolution imputable aux prix de  
l’énergie. Quant à l’inflation sous-jacente, elle devrait rester proche  
de 2 %.  
En cas d’échec des négociations entre M. Kurz et le FPÖ, le SPÖ  
pourrait tenter de trouver un accord avec le FPÖ. Ces deux partis  
ont déjà gouverné ensemble entre mai 1983 et juin 1986. Pendant  
la campagne électorale, le SPÖ a veillé à ne pas compromettre une  
telle coalition par ses prises de position. Rappelons, en outre, que  
les deux partis collaborent déjà au plan local.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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