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Nigéria  
La reprise s’annonce poussive  
L’activité économique du Nigéria a sévèrement pâti de la baisse des prix du pétrole et des troubles qui ont pesé sur l’exploitation  
pétrolière. Le PIB s’est contracté de 1,5% en 2016 et la récession a continué au premier trimestre 2017. Le retour à la croissance,  
permis par une hausse des prix du brut et de la production pétrolière, sera poussif. Les contraintes sur la liquidité externe  
continuent de peser sur l’activité industrielle et fragilisent le taux de change. Les problèmes de santé du président Buhari, le risque  
d’attaques terroristes et de sabotages des installations pétrolières sont autant de menaces sur l’activité économique.  
Des difficultés politiques  
1- Prévisions  
Le président Muhammadu Buhari fait face à de graves problèmes  
de santé qui le contraignent à se rendre fréquemment en Angleterre  
pour se faire soigner. Cette situation entretient des doutes quant à  
la capacité du président à assurer sa fonction et pourrait conduire à  
un changement à la tête de l’Etat avant les élections prévues en  
février 2019. Si le président Buhari ne parvenait pas au terme de  
son mandat, la constitution prévoit qu’il soit remplacé par son vice-  
président Yemi Osinbajo, une situation qui s’était déjà produite en  
2015  
2,7  
2016  
-1,5  
2017e  
0,5  
2018e  
1,2  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation (officielle, moyenne annuelle)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique (en % du PIB)  
9,0  
15,7  
-4,7  
17,4  
-5,0  
17,5  
-4,2  
-3,5  
12,1  
-3,0  
18,6  
0,6  
23,3  
1,6  
24,1  
1,9  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (% PIB)  
5,9  
7,9  
9,4  
8,3  
Réserves de change (USD Mds)  
Réserves de change (mois d'import)  
Taux de change NGN/USD (fin d'année)  
28,3  
28,2  
29,2  
30,3  
2010. Une telle transition pourrait être source de tensions, en effet  
4,6  
7,2  
5,1  
4,8  
le pouvoir passerait d’un président musulman originaire du nord du  
pays (M. Buhari) à un catholique du sud (M. Osinbajo), alors que de  
vives tensions existent entre les deux communautés.  
197,0  
315,0  
340,0  
375,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Le gouvernement s’est engagé dans un programme ambitieux de  
réformes d’ici 2020, connu sous le nom de « Plan de rattrapage  
économique et de croissance » (Economic Recovery and Growth  
Plan). L’objectif est de diversifier l’économie qui reste très  
dépendante du pétrole (environ 10% du PIB, 40% des recettes de  
l’Etat et 80% des exportations), renforcer le rôle du secteur privé et  
atteindre une croissance de 7% d’ici 2020. Ces objectifs semblent  
toutefois très optimistes. Il est peu probable que l’Etat mène des  
réformes libérales, qu’il lève le contrôle des capitaux, les restrictions  
commerciales ou la régulation des prix de l’énergie. La réforme du  
secteur pétrolier est à ce jour la plus aboutie. Elle vise notamment à  
démanteler la compagnie nationale pétrolière (Nigerian National  
Petroleum Corporation) en trois entités distinctes de façon à mieux  
les contrôler et à combattre la corruption.  
2- Décomposition de la croissance  
Variation du PIB, glissement annuel en %  
PIB total  PIB non pétrolier  PIB pétrolier  
15  
1
0
5
0
5
-
-10  
-15  
-20  
-25  
Dans le nord du pays, les mouvements djihadistes comme Boko  
Haram représentent une menace permanente. Dans le sud, la  
tension est quelque peu retombée dans le delta du Niger,  
principalement suite aux mesures d’amnistie prises par le  
gouvernement à l’automne 2016 qui prévoient des compensations  
financières aux rebelles qui acceptent de déposer les armes. Les  
violences peuvent cependant éclater à tout instant, comme l’indique  
le sabotage d’un pipeline à la fin du mois de mai. Les volontés  
indépendantistes du Biafra sont une autre source de tensions  
potentielles.  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : Banque centrale du Nigeria  
fortes s’en est trouvé compliqué, avec des conséquences négatives,  
notamment sur l’industrie. Les dépenses publiques ont été  
comprimées, ce qui a pesé sur l’activité économique. La production  
pétrolière est passée de 2,1 millions de barils par jour (mbj) en  
moyenne en 2015 à 1,8 mbj en 2016. Cette baisse est liée aux  
opérations de sabotage menées par des mouvements  
indépendantistes dans le delta du Niger qui réclament une meilleure  
répartition de la rente pétrolière et une plus grande autonomie  
politique.  
Retour progressif de la croissance  
Le Nigéria est tombé en récession en 2016, et le PIB s’est à  
nouveau contracté de 0,5% en glissement annuel au premier  
trimestre 2017. Cette conjoncture dégradée s’explique  
principalement par les difficultés du secteur pétrolier. De plus, la  
baisse des prix du pétrole depuis la fin de 2014 a pesé sur les  
comptes externes et les finances publiques. L’accès aux devises  
Cependant, le pire de la récession semble passé (elle avait atteint  
-2,3% au T4 2016). Le pays devrait normalement retrouver le  
chemin de la croissance en 2017 avec une hausse du PIB de 0,5%  
sur l’ensemble de l’année, puis 1,2% en 2018. La croissance sera  
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Nigéria  
3ème trimestre 2017  
21  
tirée par un rebond de la production de pétrole qui devrait atteindre  
,2 mbj en 2018 (d’après le FMI) grâce aux accords conclus entre le  
3
- Evolution du taux de change officiel et du taux parallèle  
2
Taux de change USD/NGN  
gouvernement et les groupes rebelles du delta du Niger. La météo  
favorable de ces derniers mois devrait engendrer une production  
agricole dynamique, avec un impact positif sur la croissance dans  
un pays où l’agriculture représente 20% du PIB. La hausse attendue  
des prix du pétrole relâchera les contraintes sur la liquidité externe  
Taux de change officiel  Taux de change parallèle  
6
00  
00  
5
(
une évolution qui est déjà perceptible), avec des effets positifs sur  
l’activité industrielle. Enfin, la hausse des recettes fiscales  
pétrolières permettra une politique budgétaire plus favorable à la  
croissance, avec une augmentation des dépenses publiques en  
400  
300  
2
017.  
2
00  
00  
0
Légère amélioration de la liquidité externe  
1
Le contrôle des changes, les restrictions d’importations et la  
difficulté d’accéder aux devises fortes est une contrainte qui pèse  
de façon récurrente sur l’activité des entreprises. Cependant, une  
augmentation de la liquidité externe a été constatée depuis le début  
de l’année. Cette amélioration est due à la hausse des prix du  
pétrole qui a permis au solde courant de redevenir excédentaire,  
ainsi qu’à l’émission de dette souveraine externe pour USD 1,5  
milliard au premier trimestre. En conséquence, les réserves de  
change se sont reconstituées, passant de USD 23,9 milliards en  
octobre 2016 à USD 30 milliards au printemps 2017. L’amélioration  
de la liquidité externe est aussi visible sur l’écart entre le taux de  
change officiel et le taux parallèle. Alors que le taux de change  
2016  
2
017  
01 02 03 04 05 06  
06  
07 08  
09 10  
11 12  
Sources : Datastream et Abokifx  
change). De plus, les spreads sur les eurobonds se sont réduits de  
600 points de base (pb) en mars 2016 à 400 pb en mars 2017.  
Cependant, si le déficit du gouvernement fédéral devrait se  
maintenir à 2,2% du PIB en 2017, le déficit public consolidé devrait  
se creuser de 4,7% du PIB en 2016 à 5% du PIB en 2017 selon le  
FMI. Les recettes fiscales en 2016 ne représentaient que 5,3% du  
PIB, ce qui indique que le gouvernement dispose de ressources très  
limitées. Ainsi, bien que la dette publique rapportée au PIB paraisse  
relativement faible, le service de la dette représente près du quart  
des recettes. Le financement de la dette domestique s’effectue à  
des taux d’intérêt réels très légèrement négatifs, mais cette situation  
pourrait ne pas durer du fait de fragilités croissantes dans le secteur  
bancaire (la proportion de prêts non-performants est passée de  
2,9% des prêts totaux en 2014 à 12,8% fin 2016). Les recettes  
budgétaires sont fortement tributaires du pétrole. En 2016, 39% des  
revenus de l’Etat étaient liés à l’exploitation pétrolière contre 58%  
en 2014. Les administrations locales présentent une situation  
financière très dégradée (des statistiques précises sont difficiles à  
obtenir à ce sujet). Elles avaient bénéficié d’un renflouement du  
gouvernement fédéral en 2015, mais nombre d’entre elles  
présentent encore des arriérés de paiement. Les problèmes de  
corruption et d’inefficacité dans l’administration pèsent aussi sur les  
comptes publics. Enfin, le gouvernement a accumulé peu de  
réserves pendant la période de prix du pétrole élevés. Le fonds  
souverain nigérian est doté de USD 3 milliards, un montant qui ne  
représente que 0,8 mois d’importations.  
1
officiel est stabilisé depuis près d’un an autour de NGN/USD 310,  
le taux de change parallèle est passé de NGN/USD 520 en février à  
USD/NGN 370 au début du mois de juin.  
La banque centrale intervient pour stabiliser le taux de change. Elle  
effectue cependant des dévaluations lorsqu’elle n’est plus en  
mesure de défendre la parité, comme cela a été le cas à la mi-2016.  
D’autres dévaluations pourraient avoir lieu à la fin de 2017 ainsi que  
les années suivantes. Le risque de nouvelles dévaluations à court  
terme a diminué mais les pressions sur le taux de change parallèle  
pourraient s’intensifier de nouveau avec la hausse des importations.  
La dépréciation régulière du naira a attisé l’inflation qui a atteint  
15,7%. En 2017 la volonté du gouvernement de moins  
subventionner l’énergie devrait pousser l’inflation à 17,4%. Les mois  
de mars et avril soutiennent cette projection, l’inflation mensuelle  
ayant atteint 1,68% comparé à une moyenne de 0,89% au dernier  
trimestre 2016.  
Situation mitigée des finances publiques  
A première vue, la situation budgétaire du Nigéria n’est pas  
alarmante. La dette publique, bien qu’en augmentation, devrait  
atteindre seulement 23,3% du PIB en 2017 d’après le FMI. La dette  
externe est relativement faible (25% de la dette totale), sa maturité  
est longue (14 ans en moyenne) et elle est due, pour 85% environ,  
à des créanciers bilatéraux ou multilatéraux à des taux  
concessionnels (1,74% en moyenne en décembre 2015). Les  
principaux remboursements du gouvernement fédéral prévus à la fin  
de 2016 auront lieu en 2018, 2021 et 2023 et devraient représenter  
moins de USD 900 millions chacun (à peine 3% des réserves de  
A moyen terme, les finances publiques pâtiront d’une croissance  
faible et resteront dépendantes des hydrocarbures. Dynamiser la  
croissance et diversifier l’économie nécessiteraient de lourds  
investissements qui, à court terme, conduiraient à une hausse de  
l’endettement public.  
1
Le taux de change officiel indiqué ici est celui communiqué par la banque centrale.  
Il existe cependant des taux de change différents pour les échanges entre banques,  
les transferts de monnaie ou les pèlerinages à la Mecque, Rome ou Jérusalem.  
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Nigéria  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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