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Egypte  
Une reprise conditionnée par la poursuite des réformes  
L’année 2016/2017 pourrait marquer l’arrêt de la dégradation de l’économie égyptienne. Les réformes budgétaires en cours, le  
flottement de la monnaie, un soutien extérieur massif et des perspectives énergétiques favorables devraient permettre une  
réduction des déficits budgétaire et courant. Cependant, cette amélioration sera lente et vulnérable à des facteurs économiques et  
politiques extérieurs. Surtout, la forte hausse des prix introduit un risque de mécontentement social à court terme. C’est la capacité  
des autorités à restaurer la confiance auprès des investisseurs locaux et étrangers qui permettra le retour d’une croissance forte et  
durable.  
Une amélioration sensible de la liquidité en devises  
1- Prévisions  
Depuis novembre 2016, la décision de laisser flotter la livre et  
l’accord de prêt conclu avec le FMI ont significativement modifié les  
perspectives économiques à court terme. La livre s’est dépréciée de  
plus de 40% et une partie de la liquidité en devise est revenue dans  
le système bancaire, notamment grâce à la hausse sensible des  
taux d’intérêt (+300 pb pour le taux principal de la Banque centrale  
d’Egypte, ou BCE). Environ USD 4 mds sont revenus dans le  
système bancaire officiel et plus de USD 1,3 md sont entrés dans le  
pays sous forme d’investissements de portefeuille. Les flux de  
capitaux officiels, quant à eux, devraient s’élever à plus de USD 10  
mds en 2016/2017. Aux USD 2,8 mds prêtés par le FMI (sur un total  
de USD 12 mds sur trois ans) s’ajoutent : 1,5 md provenant de la  
Banque mondiale et de la Banque africaine de développement,  
environ 3 mds de dépôts de gouvernement du CCG, et un swap de  
change équivalant à environ USD 2,6 mds avec la Chine. Par  
ailleurs, une transaction avec un groupement de banques  
internationales a fourni USD 2 mds supplémentaires aux flux de  
capitaux entrants. Fin décembre 2016, les réserves de change de la  
BCE ont atteint USD 24,5 mds contre USD 19 mds fin octobre 2016.  
Si elle n’est pas encore confortable, la liquidité en devises a de  
nouveau atteint un niveau acceptable. Nous prévoyons que les  
réserves de change de la BCE atteindront USD 28 mds à fin  
2015 2016e 2017e 2018e  
4,1 4,3 3,8 4,5  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
11,5 10,2 20,2 14,5  
-11,4 -12,2 -10,0 -8,2  
90,0 94,0 93,0 87,0  
-3,8 -5,6 -4,5 -4,7  
17,0 18,0 32,0 31,0  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EGP/USD  
20  
18  
28  
30  
3,1  
2,9  
4,8  
4,9  
7,40 8,20 14,6 16,5  
*
année fiscale T-1/T (Juillet-Juin)  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Taux de change et taux d’intérêt  
T-Bills 91j (%)  CBE Deposit rate (%)  • • EGP : USD  
25  
20  
15  
10  
5
0
20  
18  
16  
14  
12  
2
016/17, équivalant à 4,8 mois d’importations de biens et services,  
1
8
6
4
2
0
0
contre moins de trois mois en 2015/16.  
Hausse de l’inflation et faible dynamisme de la  
croissance à court terme  
La forte dépréciation de la livre a des conséquences directes sur le  
niveau des prix domestiques étant donné le recours massif aux  
importations de nombreux biens de consommation. Depuis le mois  
de novembre, la hausse de prix des biens alimentaires (40% de  
l’indice des prix) a été le principal moteur de l’inflation. En moyenne  
annuelle, l’inflation totale devrait doubler cette année pour dépasser  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Sources : BCE, Macrobond  
un an, mais pourrait réapparaître à la faveur de résultats  
budgétaires moins bons qu’attendu. A court terme, le soutien des  
bailleurs internationaux devrait permettre de réduire ce risque.  
20%. Bien que nous attendions un repli d’environ 14% en moyenne  
en 2017/2018, certains éléments pourraient contribuer à un  
dépassement de cette prévision.  
La croissance économique a été soutenue en 2015/2016 (estimée à  
4,3%) grâce à la consommation privée (80% du PIB) et à  
l’investissement (immobilier, énergie et infrastructures). L’activité  
devrait être moins forte cette année (3,8% attendu) en raison de la  
baisse notable du pouvoir d’achat des ménages. Par ailleurs, même  
si les importations ont été contraintes durant la première moitié de  
l’année, la hausse des importations de gaz et les faibles  
conséquences à court terme de la dépréciation de la livre sur les  
exportations non pétrolières, ne devraient pas significativement  
améliorer la contribution nette des exportations à la croissance. En  
Dans une grande partie du secteur privé, les salaires devraient  
croître de 15-20%. Dans un contexte de baisse importante du  
pouvoir d’achat des ménages, la pression à la hausse sur les  
salaires restera forte et pourrait entretenir les pressions  
inflationnistes. La hausse modérée attendue des prix internationaux  
du pétrole à partir de 2017 est un élément inflationniste  
supplémentaire. Même si elle est difficile à estimer, une partie de  
l’inflation peut être liée au gonflement de la masse monétaire. La  
monétisation du déficit budgétaire est clairement en baisse depuis  
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Egypte  
1er trimestre 2017  
21  
raison de la hausse des coûts de construction et de la baisse du  
revenu disponible, la croissance du secteur de l’immobilier devrait  
être moindre cette année, et donc affecter négativement  
l’investissement.  
3
%
- Déficits budgétaire et courant  
du PIB  
Déficit courant  Déficit budgétaire  
0
2
4
6
8
Vers une réduction du déficit courant  
-
Les trois rentes traditionnelles sont actuellement sous pression. Les  
comptes externes énergétiques continuent de se dégrader étant  
donné le recours croissant aux importations de gaz à un prix  
relativement élevé. Le déficit des comptes énergétiques devrait  
atteindre le niveau record de USD 4,6 mds en 2017/2018. La mise  
en production du champ gazier Zohr devrait permettre d’atteindre  
l’autosuffisance en gaz d’ici 2019. Cependant, les importations de  
gaz ne représentant que 30% des importations d’hydrocarbures  
-
-
-
-10  
12  
-14  
-
(
hors pétrole brut), nous anticipons la persistance d’un déficit  
énergétique à moyen terme (2019/2020) d’au moins USD 1 md.  
Rappelons que les comptes énergétiques étaient excédentaires de  
plus de USD 5 mds en 2009/2010.  
09/10 10/11 11/12 12/13 13/14 14/15 15/16e 16/17p 17/18p  
Sources : ministère des Finances, BCE, BNP Paribas  
Le secteur du tourisme est sinistré. Depuis 2013, la fréquentation et  
les recettes se sont réduites de plus de moitié. La situation pourrait  
s’améliorer à court terme avec la levée des restrictions de voyage  
pour certains pays. La hausse de la fréquentation en provenance de  
Chine ainsi que la dépréciation de la livre devraient stimuler cette  
tendance. Cependant, la situation sécuritaire continue d’être difficile  
et la progression de l’activité du secteur devrait être très lente.  
hausse de certaines dépenses sociales) devrait apporter 2,9% de  
PIB de revenu net supplémentaire.  
Etant donné l’ampleur des déficits (11,8% du PIB en moyenne  
depuis cinq ans) et la rigidité de certaines dépenses, la baisse du  
déficit budgétaire sera lente. Les intérêts de la dette publique et les  
salaires représentent respectivement 49% et 43% du revenu  
budgétaire total. Le maintien de taux d’intérêt élevés et la nécessité  
de faire face à la demande sociale en période de forte inflation  
rendront difficile la maîtrise de ces deux postes de dépense. Malgré  
la mise en place des réformes, le solde budgétaire primaire devrait  
rester légèrement négatif à moyen terme (inférieur à 1% du PIB à  
partir de 2017/18).  
Les recettes du canal de Suez stagnent malgré le récent  
doublement de la capacité. Cela est principalement dû au fort  
ralentissement du commerce mondial en 2016 (+1,9% après 2,7%  
en 2015 selon le FMI). En 2017, les revenus du canal devraient  
progresser avec le commerce mondial (+3,9% attendu) même si  
une grande partie de la reprise concernera la zone asiatique.  
Concernant la balance commerciale hors hydrocarbures, les  
perspectives sont incertaines, au moins à court terme. Même à un  
coût plus élevé en monnaie locale, une part non négligeable des  
importations (notamment alimentaires) est difficilement  
compressible. Du côté des exportations, la hausse du coût des  
importations pourrait inciter les exportateurs à ne pas réduire leurs  
prix à l’export afin de maintenir un certain niveau de marge.  
Dans ce contexte, la dette publique devrait se réduire mais se  
maintenir à un niveau élevé. D’un niveau estimé à 94% du PIB en  
2015/2016, la dette publique devrait atteindre 87% du PIB en  
2017/2018. Dans le même temps, la part de la dette externe  
doublera pour atteindre environ 20% de la dette publique totale.  
Le flottement de la livre, l’amélioration de la liquidité en devises,  
l’accélération du rythme des réformes budgétaires et la mise en  
production du champ gazier Zohr auront indiscutablement des  
conséquences macroéconomiques positives. Cependant, les  
comptes publics et externes resteront déficitaires à moyen terme et  
les autorités devront faire face à une pression sociale grandissante  
dans un contexte fortement inflationniste. Seul le retour d’une  
croissance soutenue (notamment par des investissements créateurs  
d’emplois en dehors du secteur énergétique) pourrait permettre à  
l’économie égyptienne de sortir de cinq années de forte dégradation.  
Au total, le déficit de la balance du compte courant devrait se  
réduire mais rester supérieur à USD 12 mds jusqu’en 2017/2018.  
Ce sont donc les flux de capitaux privés et le soutien des bailleurs  
de fonds bi- et multilatéraux qui permettront de limiter la pression à  
la baisse sur la livre. Nous estimons que le soutien des bailleurs  
officiels et les émissions souveraines sur les marchés  
internationaux devraient couvrir environ les deux tiers du déficit  
courant à moyen terme. Le maintien d’un niveau de réserves de  
change acceptable dépendra donc de la capacité du pays à  
maintenir des conditions attractives pour les investisseurs (niveau  
des taux d’intérêt et anticipations sur le marché des changes).  
Pression sur les finances publiques  
L’accord de prêt signé avec le FMI permet au gouvernement de  
poursuivre sa politique de réforme budgétaire initiée en 2014. Les  
deux principales mesures sont la réforme et la hausse du taux de  
TVA, et la baisse des subventions à l’énergie (électricité et pétrole).  
Selon le FMI, l’ensemble des mesures budgétaires (incluant la  
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Egypte  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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