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Russie  
La reprise se confirme  
La situation macroéconomique en Russie s’est consolidée. Après deux années de récession, l’économie russe a renoué avec une  
croissance positive au quatrième trimestre 2016 ; les pressions inflationnistes ont fortement diminué, permettant à la banque centrale  
d’assouplir sa politique monétaire ; le rouble s’est apprécié significativement au cours des douze derniers mois et le gouvernement a  
mis en place un important programme de consolidation de ses finances publiques. Dans un tel environnement, l’agence de notation  
Standard & Poors a mis un outlook positif sur la note du souverain russe laissant envisager qu’il pourrait retrouver son investment  
grade si la situation macroéconomique du pays continuait à se renforcer.  
La sortie de récession est confirmée  
1- Prévisions  
Au quatrième trimestre 2016, l’économie russe est sortie de  
récession affichant un rebond de +0,3% en glissement annuel (g.a.).  
Sur l’ensemble de l’année 2016, l’activité économique s’est  
contractée de seulement 0,2% alors qu’elle enregistrait un recul de  
2
015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budg. des administrations  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
-2,8 -0,2  
15,5 7,1  
1,8  
4,9  
1,4  
4,5  
-3,4 -3,7 -2,7 -2,1  
13,6 14,3 15,6 15,2  
5,2 1,9 3,4 3,2  
38,9 38,1 32,2 30,6  
368 380 401 438  
2,8% en 2015 (après révisions). Toutefois, seules les exportations  
nettes ont affiché une contribution positive à la croissance (1,5 point  
de pourcentage) bien qu’en décélération par rapport à 2015. Pour la  
deuxième année consécutive, la consommation des ménages et les  
investissements ont baissé, mais à un rythme beaucoup plus  
modéré qu’en 2015.  
Dette externe, % du PIB  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change en mois d'imports  
Taux de change RUB/USD (fin d'année)  
11,9 13,3 12,9 12,9  
72,5 60,3 67,5 68,3  
Pour l’année 2017, les perspectives de croissance sont bien  
orientées. L’activité économique devrait rebondir sous l’impulsion i)  
d’une accélération de la consommation des ménages soutenue par  
une hausse des revenus en termes réels et ii) d’une reprise des  
investissements dans un contexte d’assouplissement monétaire. La  
forte baisse des pressions inflationnistes (les prix ont augmenté de  
seulement 4,5% en g.a. en mars contre 8% un an plus tôt) a permis  
à la banque centrale d’abaisser ses taux directeurs de 25 points de  
base en mars dernier ; elle pourrait poursuivre dans cette voie en  
procédant à des baisses cumulées de l’ordre de 150 à 200 points  
de base sur l’ensemble de l’année afin de soutenir la croissance.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- PIB et ses composantes  
En % ou points de pourcentage  
PIB (g.a.) Consommation des ménages (p.p.) Dépenses publiques  
Investissements  Exportations nettes  Erreurs statistiques  
8
6
4
2
0
Le potentiel de croissance à moyen terme reste faible à 1% voire  
-
2
4
6
8
1
,5%. Les contraintes structurelles qui pèsent sur l’économie russe1  
-
-
-
restent fortes et ont poussé le président Poutine à mettre en place  
en février un programme co-dirigé par le ministère des Finances et  
l’ex-ministre des Finances, Alexeï Kudrin, afin d’établir une nouvelle  
stratégie de développement à plus ou moins long terme afin de  
stimuler la croissance potentielle. Néanmoins, aucune réforme  
d’envergure ne devrait être mise en place avant les prochaines  
élections présidentielles en mars 2018.  
-10  
-12  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Source : Rosstat  
Baisse des risques sur les finances publiques  
baisse des recettes pétrolières. Ainsi, en deux ans le fonds de  
réserves avait diminué de près de USD 72 mds (-82%).  
Il y a un an, l’une des principales sources d’inquiétude portait sur les  
finances publiques du pays même si la dette du gouvernement et  
des administrations restait inférieure à 15% du PIB. Ce n’est pas  
tant le niveau du déficit que son financement qui inquiétait. En effet,  
avec la mise en place des sanctions internationales le  
gouvernement puisait ostensiblement dans son fonds de réserve  
pour financer son déficit budgétaire qui se creusait, grevé par la  
A ce jour, la situation est moins préoccupante et ce pour plusieurs  
raisons : i) les prix du pétrole se sont redressés, ii) le gouvernement  
a mis en place un programme d’austérité budgétaire visant à réduire  
de 1 point de PIB ses dépenses chaque année afin de baisser son  
déficit à seulement 1% du PIB d’ici 2019 (contre 3,4% du PIB en  
2016), iii) le ministère des Finances a adopté une loi « temporaire »  
visant à transférer les excès de recettes budgétaires au-delà de  
USD 40 le baril sur le fonds de réserve. Cette mesure adoptée en  
février est déterminante car elle devrait permettre de reconstituer  
suffisamment le fonds de réserve pour ne pas avoir à puiser dans le  
fonds de richesse nationale en 2017.  
1
La baisse de la démographie, la très forte dépendance aux prix du pétrole  
et la présence trop forte de l’Etat sont à l’origine d’une allocation sous-  
optimale des facteurs de production qui pèse sur la productivité.  
economic-research.bnpparibas.com  
Russie  
2ème trimestre 2017  
5
On estime que le fonds de réserve pourrait augmenter de  
USD 18 mds sur l’ensemble de l’année 2017 en supposant que les  
prix du pétrole atteignent en moyenne USD 52 le baril. Le ministre  
des Finances prévoit par ailleurs de financer plus de 30% du déficit  
en émettant de la dette, notamment, sur les marchés domestiques.  
Il espère pouvoir profiter d’une hausse de la liquidité dans le secteur  
bancaire.  
3
- Balance des paiements (somme glissante sur 4 trim. % PIB)  
Solde courant  IDE  Inv. portefeuille  Dérivés  Autres inv.  
6
4
2
En 2018, le fonds de réserve étant épuisé, le gouvernement  
envisage d’utiliser le fonds de richesse nationale à hauteur de  
USD 17mds sur USD 73 mds pour financer 57% du déficit. Le solde  
serait alors financé presque exclusivement par émission de dette  
sur le marché domestique. En 2019, près de 89% du déficit, estimé  
à 1,2% du PIB, serait financé de la sorte.  
0
-2  
-4  
-6  
-8  
La position extérieure nette reste solide  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Sur l’ensemble de l’année 2016, la balance des paiements russe a  
dégagé un excédent de l’ordre de 0,7% du PIB en hausse de 0,6  
point de PIB par rapport à 2015.  
Source : Banque centrale russe (CBR)  
La dette remboursable à un an est de l’ordre de USD 97,3 mds dont  
USD 67,5 mds pour les entreprises et USD 26,5 mds pour les  
banques.  
En effet, même si le surplus du solde courant a baissé, les  
investissements étrangers ont accéléré et les sorties de capitaux  
privés ont considérablement diminué (-67%).  
Les perspectives d’évolution de la balance des paiements sont  
favorables. Depuis le deuxième semestre 2016 les termes de  
l’échange se sont améliorés et le surplus du solde courant a  
augmenté de manière significative au premier trimestre 2017. Sur  
l’ensemble de l’année 2017, même si on anticipe un net  
ralentissement des entrées de capitaux (aucun projet de  
privatisation de grande ampleur n’est envisagé), les sorties de  
capitaux privés devraient continuer à diminuer en ligne avec la  
baisse des remboursements de dette. Les réserves de change  
devraient augmenter de plus de USD 20 mds.  
En 2016, le surplus courant a atteint 1,9% du PIB alors qu’il était de  
5,1% du PIB en 2015. Cette baisse s’explique notamment par la  
diminution de 2,7 points de l’excédent commercial, en raison du  
ralentissement des exportations en valeur.  
Dans le même temps, les investissements directs étrangers ont  
accéléré pour atteindre 0,8% du PIB sur l’année (contre -1,1% du  
PIB en 2015), reflet de la vente partielle de Rosneft, et les  
investissements de portefeuille ont augmenté sensiblement pour  
atteindre 0,2% du PIB. Par ailleurs, les remboursements de prêts de  
l’ensemble des agents du secteur privé ont augmenté à 2% du PIB  
en 2016, soit 0,4 point de plus qu’en 2015.  
Consolidation en cours du secteur bancaire  
Les dernières statistiques bancaires disponibles font état d’une  
légère amélioration de la situation dans le secteur bancaire russe au  
quatrième trimestre 2016. Le pire semble être passé.  
Sur l’ensemble de l’année 2016, les sorties nettes de capitaux ne se  
sont élevées qu’à USD 13 mds, soit l’équivalent de 1% du PIB, alors  
qu’elles avaient atteint USD 70 mds un an plus tôt.  
Selon les données du FMI, le ratio de créances douteuses s’est  
légèrement amélioré par rapport aux deux trimestres précédents en  
diminuant de 0,2 point à 9,4%. Les créances douteuses restent  
concentrées dans les secteurs exclusivement tournés vers le  
marché domestique, tels que la construction et le commerce de  
gros et de détail. Dans ces deux secteurs, les crédits avec des  
retards de paiement supérieurs à 90 jours représentaient  
respectivement 24,7% et 13,4% des crédits octroyés. Les prêts  
accordés représentaient, par ailleurs, 5,6% et 12,1% des prêts  
totaux. Au quatrième trimestre 2016, l’activité affichait toujours un  
recul dans ces deux secteurs.  
La Russie présente toujours un solde créditeur net en devises, bien  
qu’en forte baisse en 2016. Il s’élevait à USD 227 mds en fin  
d’année 2016, l’équivalent de 17,6% du PIB, soit près de 7 points  
de moins qu’il y a an. Cette baisse de 32% reflète la revalorisation à  
la hausse des actifs détenus par les étrangers et la privatisation de  
Rosneft.  
La dette extérieure de la Russie atteignait en fin d’année 2016  
USD 513,5 mds, soit l’équivalent de 39,7% du PIB, alors qu’elle  
s’élevait à 29% du PIB deux ans plus tôt. Néanmoins, cette forte  
hausse du ratio de dette rapportée au PIB n’est pas préoccupante  
car elle reflète la baisse du PIB en dollars (-37,8%), la dette en  
niveau ayant diminué de 14,4%. Depuis la mise en place des  
sanctions internationales, la dette du secteur privé a diminué de  
Dans le même temps, les ratios de solvabilité ont augmenté pour  
atteindre 13,1% (9,2% pour le Tier-1 en fin d’année) et la  
performance financière des banques s’est améliorée. Selon la  
banque centrale, le ROA et le ROE s’établissaient à 1,2% et 10,3%  
respectivement en janvier 2017.  
15,7%. En 2016, le secteur privé a poursuivi sa stratégie de  
désendettement. En revanche, la dette du gouvernement a  
augmenté car il a procédé à deux émissions de dette pour financer  
son déficit budgétaire.  
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Russie  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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