Perspectives

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Espagne  
Une reprise qui dure  
La reprise s’appuie sur des bases larges et solides. Elle se poursuit à un rythme relativement rapide, et ne donne pour l’instant pas  
de signes d’essoufflement. L’inflation sous-jacente se redresse lentement. Les créations d’emplois sont vives, mais, compte tenu des  
spécificités de la crise en Espagne, les défis restent immenses avant de ramener le taux de chômage et sa composante de long terme  
à des niveaux acceptables. Entraînées par la croissance, les finances publiques se rétablissent lentement. Le déficit sera ramené en  
deçà de 3% du PIB en 2018, au plus tard.  
L’Espagne entame une quatrième année consécutive de reprise  
vigoureuse. Sorti de récession en 2014, le pays a enregistré deux  
années de croissance très rapide, à hauteur de 3,2% en volume, en  
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- Croissance et inflation  
 Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
2015 comme en 2016. Cette année, un tassement était attendu,  
Prévision  
Prévision  
pour trois raisons. D’abord, simplement parce que la dynamique de  
rattrapage issue de la crise était susceptible de commencer à  
s’affaiblir un peu, en ligne avec la fermeture de l’écart de production  
3
.2 3.2  
2.8  
2.2  
2.1  
1.6  
(
output gap). Très négatif en 2013 (-8%), celui-ci est désormais  
proche de zéro selon les estimations de la Commission européenne  
0,2% en 2017) ou du FMI (-1% en 2017).  
1.4  
(
Ensuite, parce que la vive accélération des prix - ceux de l’énergie  
notamment mais pas seulement - allait peser sur la consommation  
des ménages, un des piliers de la reprise. Enfin parce qu’une fois  
entré en fonction, le gouvernement de Mariano Rajoy allait devoir  
rapidement s’atteler à la réduction du déficit budgétaire promise aux  
autorités européennes, l’Espagne restant, avec la France, l’un des  
deux seuls Etats membres de la zone euro à afficher un solde  
budgétaire inférieur à -3% du PIB (-4,5% en 2016).  
-
0.2  
-
0.3  
-0.6  
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4
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18  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas Recherche économique Groupe.  
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- Solide !  
Croissance du PIB  
% t/t, % g.a. (é.d.)  
Les bases de la reprise sont solides  
A ce stade, nos prévisions continuent de tabler sur un léger  
ralentissement de l’activité cette année. Cela dit, et compte tenu des  
résultats enregistrés pour le premier trimestre et d’un  
environnement qui reste extrêmement favorable, le risque associé à  
ces projections est clairement haussier.  
De fait, les comptes nationaux pour le premier trimestre n’ont pas  
vraiment signalé de ralentissement : le PIB était en hausse de 0,8%  
t/t au T1, soit exactement le niveau moyen de progression observé  
chaque trimestre depuis deux ans. Mesurée en glissement annuel,  
la progression de l’activité est de 3,0%, l’une des plus rapides de la  
zone euro.  
Source : INE  
Comme attendu, et en lien avec la vive augmentation de l’inflation  
au tournant de l’année, la consommation des ménages a toutefois  
montré des signes, sinon de faiblesse, du moins d’essoufflement.  
Elle était en hausse de +0,4% t/t, bien en dessous des rythmes  
généralement observés au cours des deux dernières années. A  
l’inverse toutefois, les dépenses d’investissement comme les  
exportations de biens et services ont vivement accéléré, suggérant  
que, dans un environnement européen très porteur, la demande  
extérieure et des entreprises était prête à prendre le relais d’un  
éventuel tassement de la consommation.  
accélère apparemment de nouveau depuis le début de l’année.  
Enfin, le redressement des activités dans la construction, entamé il  
y a environ un an, se poursuit et gagne lentement en vigueur.  
Compte tenu de l’ampleur de l’ajustement intervenu dans ce secteur  
ces dernières années (la production a chuté de 40% par rapport à  
début 2008), on peut espérer que le mouvement se poursuive.  
L’inflation sous-jacente au-dessus de 1%  
Chahutée par l’évolution des prix de l’énergie et de l’alimentation,  
l’inflation a enregistré des mouvements de très grande ampleur au  
cours des derniers mois de 2016. Elle a ainsi vivement accéléré fin  
2016 et début 2017. Nulle en septembre dernier, elle a atteint 1,4%  
dès le mois de décembre, avant de passer un pic à 3,0% en février  
Côté offre, les données de production comme les enquêtes  
confirment que la reprise s’appuie sur une base large : l’activité est  
dynamique dans le tourisme, le commerce, les services aux  
entreprises. Dans l’industrie, la production ralentissait fin 2016 mais  
economic-research.bnpparibas.com  
Espagne  
3ème trimestre 2017  
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017. Elle est depuis retombée à 1,6% en juin. L’évolution de  
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- L’inflation sous-jacente se redresse  
l’inflation sous-jacente est plus révélatrice des pressions, somme  
toute limitées, qu’exerce la reprise économique sur les prix. Elle se  
maintient sur une tendance légèrement haussière depuis le  
printemps 2015, et est passé au-dessus de 1% au mois de janvier  
dernier. Son redressement va se poursuivre lentement dans les  
mois à venir.  
Croissance des prix, en % g.a.  
Inflation totale, inflation sous-jacente  
Le chômage baisse mais les défis restent immenses  
Le marché du travail espagnol, même s’il bénéficie pleinement de la  
reprise, garde de lourdes traces de la crise.  
L’Espagne, qui a fortement réformé les règles de fonctionnement du  
marché du travail ces dernières années, a recommencé à créer des  
emplois de façon rapide (2,5% environ par an). Depuis le creux de  
fin 2013, près de 1,5 million d’emplois ont été créés selon les  
comptes nationaux. Couplées à l’érosion de la population active  
(
-0,6% g.a. fin 2016), ces créations ont permis au taux de chômage  
Source : Eurostat  
de reculer de plus de 7,5 points. Malgré cette baisse rapide, le taux  
de chômage reste l’un des plus élevés d’Europe, à 17,7% en mai  
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- Marché du travail : un défi considérable  
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017. Ainsi, même si la baisse se poursuivait au rythme actuel très  
En % de la population active et % g.a.  
favorable, le taux de chômage ne retrouverait pas son niveau  
d’avant-crise (environ 8% de la population active mi-2007) avant  
quatre ans.  
Taux de chômage, par durée du chômage : >2 ans, > 1 an, < 1 an ;  
croissance de l’emploi (é.d.)  
Le défi est d’autant plus grand que des difficultés sont massives,  
tant du côté de l’offre que de la demande de travail. D’une part, le  
pays doit s’efforcer de garder au cours des prochaines années une  
croissance suffisamment rapide pour accroître la demande de  
travail dans les secteurs les plus porteurs, essentiellement les  
services aux entreprises et touristiques, mais également, dans cette  
période de rattrapage, l’industrie manufacturière. D’autre part, il va  
probablement devoir fournir d’importants efforts pour favoriser le  
retour vers l’emploi des chômeurs.  
Héritage de la crise, l’ensemble des demandeurs d’emplois est en  
effet caractérisé par une forte concentration de chômeurs issus du  
secteur de la construction et/ou de chômeurs de longue durée. Ces  
derniers représentaient fin 2016 8,9% de la population active, soit  
plus de la moitié de l’ensemble des chômeurs, tandis que, entre  
l’éclatement de la bulle immobilière début 2007 et aujourd’hui, 1,7  
million d’emplois ont ainsi été détruits dans le secteur de la  
construction, soit l’équivalent de 7% de la population active.  
Source : Eurostat  
profite, comme les autres pays bénéficiant du programme d’achat  
de la BCE, d’une baisse des coûts de financement qui lui permet de  
voir sa charge d’intérêt diminuer alors même que ratio de dette  
publique décroît à peine (-0,5 point de pourcentage en 2016 à  
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9,6%, la baisse n’étant due qu’à l’effet dénominateur d’une  
Restaurer les équilibres sur le marché du travail nécessitera d’agir,  
dans la durée, sur l’employabilité et l’adéquation des compétences  
des chômeurs à la demande de travail. Une tâche de longue haleine,  
principal défi des autorités espagnoles pour les prochaines années.  
croissance rapide). Un peu supérieur à 3% du PIB cette année, le  
solde budgétaire espagnol devrait donc, comme convenu, revenir  
bien en deçà de ce niveau en 2018.  
Les finances publiques bénéficient d’une croissance  
forte  
Compte tenu des défis que nous venons de mentionner, pour  
lesquels des ressources sont nécessaires, et d’un contexte politique  
difficile 1 , le gouvernement s’efforce de limiter ses efforts  
d’ajustement budgétaire au minimum requis pour satisfaire ses  
engagements auprès des autorités européennes. Par chance,  
l’environnement économique est très porteur. En outre, l’Espagne  
1
Rappelons que le gouvernement de Mariano Rajoy, formé après de longs mois  
d’impasse, est minoritaire au Parlement.  
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Espagne  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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