Perspectives

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Editorial  
La reprise se poursuit, mais…  
Un vent d’optimisme souffle sur l’économie européenne, tout spécialement dans la zone euro, où la croissance accélère autant  
qu’elle se généralise à l’ensemble des pays. A l’abord de l’été 2017, tous les indices de la conjoncture sont au vert, les créations  
d’emplois se renforcent, la baisse du chômage s’accentue. L’horizon paraît dégagé… à cela près qu’en Chine, quelques nuages se  
forment. Pékin s’emploie à nouveau à freiner l’expansion du crédit, ce qui pèsera sur l’activité, notamment immobilière. L’industrie  
lourde manifeste déjà quelques signes de rechute, les prix mondiaux des matières premières se tassent.  
En 2017, l’économie de la zone euro devrait croître à un rythme  
Zone euro, reprise en ordre moins dispersé  
proche de 2%, le plus rapide depuis sept ans. La reprise apparaît à  
la fois bien ancrée et mieux répartie. Bien ancrée, dans la mesure  
où elle s’appuie sur la demande intérieure privée (consommation  
des ménages et investissement des entreprises). Mieux répartie,  
car tous les pays y participent. L’Allemagne n’est ainsi plus seule à  
tirer le convoi. Au premier trimestre, la hausse de son PIB s’est  
inscrite dans la moyenne européenne (+2,4% en rythme annualisé,  
r.a.). Le Portugal et l’Espagne ont continué d’afficher des taux de  
croissance remarquables (respectivement proches de 4% et 3%  
r.a.), tandis que l’activité cheminait sur une pente à 2% (r.a.) en  
France comme en Italie. Très marquée durant l’épisode de crise des  
dettes souveraines (2011-2012), la dispersion des taux de  
croissance au sein de l’Union économique et monétaire (UEM) a,  
depuis, tendance à se réduire (graphique 1).  
Taux de croissance du PIB en zone euro (vol., t/t-1, annualisé)  
Ecart-type  
.0%  
5
2
0
.5%  
.0%  
-
2.5%  
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
NB. Données hors Irlande, dont les statistiques du PIB ont été affectées en 2015 par  
des reclassifications comptables exceptionnelles et perturbent le profil de la série.  
Les indices de conjoncture disponibles jusqu’à la fin du printemps  
Source : Eurostat  
(
enquêtes auprès des directeurs d’achats, ventes au détail,  
confiance des consommateurs…) laissent peu de doutes quant à la  
poursuite de la reprise à court terme. Les intentions d’embauches  
restent fermes, en particulier dans le secteur de la construction ; en  
zone euro, la dynamique de l’emploi (2,3 millions de postes créés  
depuis un an) n’a plus grand-chose à envier à celle que l’on observe  
aux Etats-Unis.  
 Chine, au cœur du cycle mondial des matières premières  
Production chinoise de ciment (glissement annuel, é. g.)  
--- Cours des matières premières (glissement annuel, é. d.)  
3
0%  
5%  
0%  
70%  
35%  
0%  
1
Tout va mieux, à ceci près que la Chine freine (voir page 22). Celle  
qui est devenue la première économie mondiale et absorbe 12%  
des exportations extra-européennes apparaît de plus en plus  
fragilisée par une bulle de crédit monumentale, que les autorités de  
Pékin s’emploient à dégonfler. La banque centrale a récemment  
durci les conditions monétaires, ce qui freine la progression des  
prêts aux institutions financières non bancaires (shadow banking),  
le cœur du réacteur. Sur le marché obligataire -un autre segment  
très dynamique - les émissions marquent le pas. Un ralentissement  
de la progression de la dette interne, et donc de l’économie, est à  
prévoir ; il toucherait en premier lieu les secteurs de l’immobilier, de  
la construction et de l’industrie lourde.  
-15%  
-35%  
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
NB : L’indice de la production de ciment en Chine a fait l’objet d’un lissage. Celui du  
cours mondial des matières premières correspond à un panier de prix « spot »  
calculé par le Commodity Research Bureau (CRB).  
Sources : CRB, China National Bureau of Statistics  
2
). Si ces derniers plafonnent depuis quelques mois, c’est en partie  
parce que le plus grand chantier de tous les temps tourne un peu  
moins vite. Certes, la rechute des prix du pétrole sous la barre des  
Quelques signes d’assagissement apparaissent déjà. Dans  
l’immobilier résidentiel, la dynamique des ventes s’essouffle et,  
dans son sillage, celle des prix. En amont, des secteurs comme  
ceux de l’acier ou du ciment enregistrent un tassement de leur  
activité. Cela n’est pas anecdotique, puisque la production chinoise  
de béton, de loin la première au monde, équivaut à vingt-huit fois  
celle des Etats-Unis. Ses fluctuations ont des conséquences qui  
dépassent le cadre de l’économie nationale. Elles influencent  
notamment les cours mondiaux des matières premières (graphique  
50 dollars par baril peut être vue comme un facteur de soutien aux  
pays consommateurs, ceux d’Europe en particulier. Mais elle  
s’analyse moins favorablement dès lors qu’elle témoigne d’un  
infléchissement de la demande émergente. Pour les Etats-Unis, qui  
ont beaucoup misé sur les gaz et huiles de schiste, elle n’est pas  
forcément bienvenue.  
economic-research.bnpparibas.com  
Editorial  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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