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EcoEmerging// 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Angola  
Les rêves de guérison d’un pays malade  
La transition politique nourrit les attentes mais reste pleine d’inconnues. Le nouveau président, Joao Lourenço, devra relever de  
nombreux défis dans un contexte de pénurie de dollars. Les perspectives de croissance demeurent limitées malgré la hausse du  
cours du pétrole, du fait de l’insuffisance de l’investissement et d’un manque chronique de devises. Afin de préserver ses réserves  
de change, la banque centrale a renoncé à l’arrimage du kwanza au dollar en maintenant le contrôle des changes. Mais le kwanza  
reste toujours surévalué malgré les récentes dévaluations, ce qui alimente les pressions inflationnistes. Le secteur bancaire,  
affaibli, se réorganise, mais les créances douteuses s’accumulent.  
Les élections législatives d’août 2017 ont mis fin à 38 années de  
présidence de José Eduardo dos Santos, et permis l’accession au  
pouvoir de Joao Lourenço, l’ancien ministre de la Défense. Malgré  
l’étendue du réseau clientéliste de Dos Santos, le nouveau  
président cherche à s’imposer par des mesures drastiques et  
semble prêt à en finir avec la corruption. Les défis à relever sont  
nombreux et la transition économique devrait s'opérer en douceur.  
1-Prévisions  
2016 2017e 2018e 2019e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-0,7  
32,4  
-5,0  
75,8  
-3,0  
37,5  
20,8  
8,8  
-0,3  
30,9  
-6,3  
64,5  
-2,2  
35,7  
14,9  
5,8  
1,6  
37,0  
-6,2  
58,5  
-2,3  
39,3  
18,6  
6,9  
2,7  
35,0  
-6,2  
50,7  
-0,6  
43,9  
21,1  
7,3  
1
Dette publique, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Fin de l’arrimage au dollar : une pilule amère  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDAOA (fin d'année)  
Après avoir défendu l’arrimage du kwanza (AOA) au dollar, au  
détriment des réserves de change (estimées à USD 14,9 mds à fin  
novembre 2017), la Banque centrale d’Angola (BNA) a décidé, le 9  
janvier dernier, l'adoption d'un régime de change plus souple.  
USD 100 m ont ainsi été cédés au taux de USDAOA185, soit une  
dévaluation de 11,3 % du kwanza contre le dollar. Une nouvelle  
dévaluation une semaine plus tard a porté à 22 % la dévaluation  
cumulée depuis l'abandon du peg. Pour éviter une nouvelle  
dépréciation trop importante, la Banque centrale a annulé les deux  
sessions suivantes de vente de devises et établi à ±2% la bande de  
flottement du kwanza à partir du 22 janvier. La demande de dollars  
devrait ainsi être progressivement satisfaite mais, en l'absence de  
mesures additionnelles, les tensions sur la liquidité devraient  
persister en 2018.  
166  
166  
237  
263  
Source : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche économique Groupe  
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- Pénurie chronique et diminution des réserves de change  
Taux, USD mds  
Taux officiel USDAOA  
Marché noir  Réserves, é.d.  
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00  
00  
00  
00  
00  
00  
00  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
1
2
3
4
5
6
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Dans le même temps, la BNA a instauré une nouvelle politique  
d’attribution de devises pour les opérations internationales des  
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particuliers , même si la levée du contrôle des changes et dautres  
restrictions paraît peu probable dans l’immédiat.  
Si les pressions externes devraient faiblir en 2018 grâce à la hausse  
du prix du pétrole, l’Angola fait face au difficile équilibre entre  
préservation des réserves de change et approvisionnement  
suffisant de l’économie en dollars. Si le peg n’était pas une solution  
viable, ce changement de régime de change va dans la bonne  
direction, notamment dans la perspective d’une possible assistance  
0
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Sources : BNA, Kinguila, Bloomberg  
financière du FMI qui viendrait compenser la baisse des  
investissements de portefeuille. Toutefois, l’écart entre le taux  
officiel et celui du marché parallèle demeure toujours significatif  
USDAOA203 contre 470) et de nouvelles dévaluations ne sont pas  
à exclure à court terme. Une dévaluation globale de 30% serait  
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Moins de 5 mois après son accession à la présidence, il a écarté Isabel Dos Santos  
de la direction de Sonangol et chassé José Filomeno de la gestion du fonds  
souverain. Il a également remplacé le gouverneur de la banque centrale, le directeur  
de la société de diamants Endiama et les administrateurs des trois groupes de  
médias nationaux, résilié les contrats publics lucratifs des enfants de l’ancien  
président et licencié le chef de la police et le responsable du renseignement militaire,  
ainsi que d’autres responsables des services de sécurité. Plusieurs personnalités ont  
été arrêtées pour détournement de fonds publics et des enquêtes sont en cours  
(
nécessaire pour atténuer les tensions sur la liquidité des dollars.  
 La croissance toujours à la peine  
(
ministère des Finances, fisc, douanes).  
Attribution d’un minimum de USD 50 000 par mois aux banques commerciales pour  
L’économie n’a pas subi de nouveau choc externe jusqu’ici et le  
difficile ajustement au nouveau cours du pétrole se poursuit. La  
croissance réelle du PIB devrait être restée négative (-0,3 %) en  
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le paiement des transactions internationales des particuliers (déplacements, salaires  
envoyés à l’étranger, soutien familial, frais de santé et d’éducation).  
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- PIB pétrolier déprimé, PIB non pétrolier anémié (mais reprise)  
2017 sous l'impact, d’une part, d’une forte contraction du PIB  
Croissance réelle, en glissement annuel, en %  
pétrolier et, d’autre part, de la faible résistance du secteur hors  
pétrole, qui représente actuellement 87% du PIB. L’insuffisance des  
investissements et la politique restrictive de l’OPEP freinent la  
croissance du secteur pétrolier. En outre, la maturation des champs  
pétrolifères et le manque d’investissements aggravent les  
problèmes techniques (récurrents) sur les gisements en production.  
Les nouveaux investissements dans ce secteur demeurent faibles  
en raison de la lenteur du gouvernement à délivrer les autorisations.  
Le gisement de Kaombo exploité par Total (dont la production  
s’établit à 230 000 barils/jour) devrait être prêt en 2018, mais la  
production ne devrait décoller qu’en 2019, du fait de l’accord  
Pétrolier  Non pétrolier  PIB total  • • ICE, é.d.  
12  
30  
10  
2
1
0
0
8
6
4
2
0
2
4
6
8
0
-10  
-20  
-30  
-
-
-
-
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restrictif de l’OPEP . Le changement politique peut favoriser de  
nouveaux investissements, mais il pose aussi le risque de  
renégociation ou l’annulation de certains contrats existants.  
-40  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Les investissements hors pétrole restent limités par l’absence de  
réformes, tandis que la pénurie de devises et les restrictions aux  
importations freinent la croissance du PIB non pétrolier, en  
particulier dans le secteur du bâtiment et la distribution.  
Sources : Oxford Economics, BNA, BNP Paribas  
La santé financière des banques s’est détériorée dans un  
environnement macroéconomique morose. Le rationnement des  
devises et la disparition de services de banque correspondante pour  
le dollar (les transactions de change s’effectuent désormais  
principalement en EUR) ont engendré des contraintes de liquidité.  
Les banques sont également confrontées à la montée de leurs  
créances douteuses (estimées à 20% du total des prêts en juin  
2017), en particulier dans le secteur des banques privées qui  
pourrait connaître un mouvement de concentration à l’avenir. Les  
banques publiques, quant à elles, font actuellement l’objet de  
Toutefois, le sentiment économique s’est amélioré après les  
élections, même s’il reste dans le rouge. L’indicateur de conjoncture  
économique (ICE, Indicador de Clima Económico), publié par  
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l’institut de statistiques s'est légèrement redressé au troisième  
trimestre 2017 et jusqu’à novembre 2017. La production industrielle  
pourrait avoir rebondi, à la faveur de la réorientation par le  
gouvernement des lignes de crédit existantes (estimées à USD 5,47  
mds), auparavant affectées à des projets publics, vers le secteur  
privé (comme l’anticipait l’OCDE en juin 2017). Les nouveaux  
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restructurations ou de recapitalisations .  
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projets d’électricité ont augmenté la production et stimulé la  
L’État a créé Recredit, une société de gestion des actifs publics, qui  
rachète les créances douteuses des banques publiques et privées.  
Selon Fitch, en septembre 2016 une émission d’emprunts d’État  
d’un montant d’USD 1,4 md a servi à financer l’acquisition, par  
Recredit, des créances douteuses de la BPC. Il semblerait toutefois  
que les créances n’aient pas encore été transférées et peu  
d’informations filtrent sur les activités de Recredit.  
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croissance du secteur. De même, l’agriculture a été soutenue par  
le Fonds de développement agricole et les investissements planifiés  
dans les systèmes d’irrigation et d’amélioration des rendements.  
Cependant, le risque de dévaluation du kwanza constitue un  
obstacle à la croissance. Malgré des effets favorables sur les  
dépenses publiques (grâce à l'accroissement des recettes), la  
demande intérieure demeure faible, dans un contexte d’inflation  
élevée qui ampute le pouvoir d’achat.  
Malgré les mesures de relance de l’économie, les banques  
angolaises restent vulnérables au risque de taux de change, plus de  
30% de leurs dépôts étant libellé en devises. Par conséquent, les  
dévaluations augmenteront automatiquement le poids des créances  
douteuses et la valeur des actifs pondérés des risques en devises  
dans les ratios de fonds propres.  
Fragilité du secteur bancaire  
Malgré des progrès de la supervision et les importantes mesures de  
lutte contre la dollarisation de l’économie, le secteur bancaire  
angolais souffre et sa guérison pourrait prendre du temps.  
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Lors de la dernière réunion qui s’est tenue le 30 novembre, les producteurs  
membres ou non de l’OPEP, soutenus par la Russie, ont décidé de prolonger les  
coupes de production jusqu'à fin 2018. Le niveau de référence de l’Angola s’établit à  
1
751 tbj contre un niveau de production effectif de 1657 tbj en septembre 2017.  
L’indicateur du climat économique fournit des indications sur le niveau d’optimisme  
4
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des chefs d’entreprises quant à l’évolution actuelle et future de leur production,  
chiffre d’affaires, effectifs, stocks, etc. Pour chaque indicateur mesuré, on calcule  
l’écart net entre le nombre de réponses positives et le nombre de réponses négatives.  
Station hydroélectrique de Cambambe, centrale à gaz à cycle combiné située à  
Soyo, centrale hydroélectrique de 2 061 MW à Laúca dont la production a démarré  
Après la restructuration de BESA (Banco Espirito Santo Angola, devenue Banco  
Economico, actionnaire majoritaire Sonangol) en 2014, la recapitalisation de  
Poupanca e Credito (BPC) se poursuit (la direction générale a été remplacée et un  
examen approfondi du portefeuille de créances est en cours). Deux autres banques  
publiques sont en restructuration : la banque de développement Banco de  
Desenvolvimento de Angola et Banco de Comercio e Industria, une petite banque  
commerciale.  
5
fin 2016.  
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L’agriculture représente 12% du PIB et emploie près de 70% de la population.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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