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Philippines  
Le risque est politique  
Le président Duterte, en fonction depuis un an, a opté pour un style brutal et des méthodes radicales dans sa lutte contre la drogue,  
la criminalité et la corruption. L’environnement politique devient moins prévisible. Les performances sur le plan économique restent  
quant à elles solides. Le gouvernement envisage de réformer la fiscalité et d’accroître les dépenses pour combler le manque  
d’infrastructures et réduire la pauvreté. Les déficits budgétaires vont se creuser, ce qui devrait être gérable compte tenu des  
niveaux actuellement modérés des déséquilibres budgétaires et de la dette publique. Les autorités devront néanmoins veiller à ne  
pas mettre à mal la crédibilité de la politique économique qui s’est construite progressivement depuis le début des années 2000.  
Incertitudes politiques  
1- Prévisions  
Le Président Rodrigo Duterte, qui a succédé à Benigno Aquino  
2010-2016), a pris ses fonctions en juin 2016 pour un mandat de  
2014 2015 2016 2017e 2018e  
(
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,2  
4,2  
6,1  
1,4  
6,9  
1,8  
6,8  
3,6  
6,8  
3,5  
six ans. Ses promesses de campagne étaient principalement axées  
sur la lutte contre la criminalité et la corruption, la promotion d’une  
croissance économique plus inclusive et la réduction de la pauvreté.  
R. Duterte a depuis son élection déclaré la guerre à la criminalité, à  
la drogue et à la corruption, optant pour des méthodes radicales  
comme l’attribution de pouvoirs étendus aux forces de sécurité et  
l’autorisation d’exécutions extrajudiciaires de trafiquants et  
consommateurs de drogue. Son style « musclé » en politique  
intérieure comme extérieure et ses menaces de recourir à la loi  
martiale constituent un danger potentiel pour les institutions (encore  
fragiles) des Philippines. L’environnement politique du pays en  
devient moins prévisible.  
-0,6  
45,4  
3,8  
-0,9  
44,7  
2,5  
-2,4  
42,1  
0,2  
-3,0  
41,7  
-0,4  
25,3  
78,7  
8,6  
-3,0  
41,4  
-0,7  
24,5  
77,5  
8,0  
Dette du gouvernement , % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
27,3  
79,5  
10,8  
44,6  
26,5  
80,7  
10,7  
47,2  
25,4  
80,7  
9,5  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change PHP/USD (fin d'année)  
49,8  
52,0  
54,5  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche économique Groupe  
2- Croissance robuste tirée par la demande interne  
Glissement annuel en %, contributions en points de pourcentage (pp)  
PIB réel, g.a.  Consommation privée  Dépenses publiques  
Investissement  Exportations nettes  
Sur le plan économique, la croissance reste forte et les  
fondamentaux solides, et ladministration Duterte semble vouloir  
maintenir la rigueur budgétaire et monétaire. Depuis sa prise de  
fonctions, le président a donné la priorité à l’augmentation des  
dépenses en infrastructures et services sociaux. Une politique qui  
va, certes, creuser les déficits budgétaires mais qui permettra  
également de combler des lacunes compte tenu du mauvais état  
des infrastructures et de la faiblesse des niveaux de développement  
humain aux Philippines. R. Duterte prévoit également de réformer la  
fiscalité et d’attirer davantage d’investissements étrangers pour  
financer le développement des infrastructures. Autant de mesures  
qui pourraient contribuer à améliorer le potentiel de croissance  
économique du pays à moyen terme. Les incertitudes demeurent  
néanmoins élevées pour le moment. Pour être en mesure  
d’introduire les réformes et d’améliorer réellement les perspectives  
de développement économique du pays, le président Duterte devra  
aussi s’efforcer de modérer sa rhétorique et contenir les risques de  
détérioration des fondamentaux macro-économiques, afin de réussir  
à attirer les investisseurs privés.  
1
2
0
8
6
4
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-2  
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02  
03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Source : Office des statistiques des Philippines  
de confiance élevés, une faible inflation (1,8% en moyenne en  
2016), l’expansion des prêts à la consommation dans un contexte  
de taux d’intérêt bas, la baisse du chômage (4,7% à la fin de 2016  
contre 5,6% un an auparavant) et les transferts toujours importants  
de la main-d’œuvre émigrée (8% du PIB en 2016). Tous ces  
facteurs ont compensé les effets de la mauvaise performance de  
l’agriculture sur les revenus des ménages (le secteur primaire  
représente environ un quart de l’emploi total).  
Croissance économique robuste  
La croissance du PIB réel a enregistré une belle performance sur la  
période 2010-2016, s’inscrivant à 6,3% en moyenne annuelle dans  
un environnement macro-économique stable. En 2016, elle a atteint  
6
,9%, contre 6,1% en 2015. L’investissement a progressé de plus  
La contribution des exportations nettes à la croissance a été  
négative en 2016. Les volumes des importations, dopés par une  
demande interne dynamique, ont progressé plus vite (+19%) que  
ceux des exportations (+11%). Ces dernières ont été principalement  
portées par les exportations de services d’IT-BPO (information  
technology and business-process outsourcing). Les volumes  
de 25% en termes réels et est devenu le principal moteur de la  
croissance. Il est soutenu par les investissements privé et public  
dans le secteur de la construction, le programme de développement  
des infrastructures mis en œuvre par l’Etat et une politique  
monétaire accommodante. La croissance de la consommation  
privée est restée dynamique (+7% en 2016), portée par des niveaux  
economic-research.bnpparibas.com  
Philippines  
3ème trimestre 2017  
11  
d’exportation de marchandises ont été moins dynamiques, les  
exportations de composants électroniques ayant pâti de l’érosion de  
leur compétitivité et de la faiblesse de la demande mondiale.  
3
- Marge de manœuvre budgétaire  
Dette du gouvernement national et solde budgétaire, en % du PIB  
Dette (é.g.)  Solde budgétaire (é.d. inversée)  
La croissance du PIB réel devrait s’établir à 6,8% en 2017, un  
niveau inchangé par rapport à l’année dernière, et ce malgré le  
tassement du début de l’année (hausse du PIB réel de 6,4% en  
glissement annuel au T1 2017). Les exportations de marchandises  
ont rebondi au cours des six derniers mois et devraient enregistrer  
une meilleure performance en 2017 qu’en 2016 grâce au  
redressement de la demande mondiale. Malgré le ralentissement du  
premier trimestre, la progression de la demande intérieure devrait  
être robuste en 2017, toujours soutenue par les dépenses publiques,  
un niveau de confiance élevé et les transferts des émigrés.  
6
0
-5  
55  
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30  
25  
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-1  
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En revanche, la banque centrale devrait commencer à resserrer sa  
politique monétaire dans les prochains mois (les Philippines ont un  
régime de ciblage de l’inflation, la cible d’inflation fluctuant dans une  
fourchette comprise entre 2% et 4%). Les taux directeurs sont  
restés inchangés (à 3%) depuis juin 2016 mais l’inflation a accéléré.  
L’indice IPC a augmenté de 3,1% en g.a. en mai 2017 contre 1,1%  
au T1 2016, sous l’effet conjugué du redressement des prix  
internationaux des matières premières, du rebond des prix locaux  
du riz et de la vigueur de la demande intérieure (on estime la  
croissance économique proche de son potentiel, comme le  
rappellent les taux élevés d’utilisation des capacités dans le secteur  
manufacturier). Cette dynamique des prix devrait persister à court  
terme tandis que la politique budgétaire sera expansionniste. En  
outre, le relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale  
américaine et les incertitudes politiques pourraient alimenter des  
pressions à la baisse sur le peso, avec des répercussions sur  
l’inflation. Au final, un resserrement prudent de la politique  
monétaire est probable dans l’année à venir.  
2
008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Source : Bureau du Trésor  
exposition à la volatilité du taux de change et aux fluctuations de la  
confiance des investisseurs étrangers.  
Certains points faibles subsistent en matière de finances publiques,  
dont une base fiscale structurellement faible (les revenus du  
gouvernement représentaient 15% du PIB en 2016) et une sous-  
utilisation des crédits budgétaires. Le gouvernement Duterte prévoit  
d’agir sur ces deux plans. A court terme, les déficits budgétaires  
devraient se creuser. Le déficit public a déjà grimpé à 2,4% en 2016  
contre 0,9% en 2015 à cause de la hausse des dépenses et de  
recettes décevantes. Le budget 2017 prévoit un déficit de 3% du  
PIB, les dépenses en infrastructures publiques et en services  
sociaux étant appelées à continuer de grimper. Dans son plan  
budgétaire à moyen terme, le gouvernement conserve les mêmes  
priorités en matière de dépenses et table sur le maintien du déficit à  
Sur la période 2018-2022, la croissance du PIB réel devrait se situer  
autour de 7% en moyenne d’après les prévisions du FMI. Ce  
scénario positif suppose le maintien de la stabilité macro-  
économique et la hausse de la productivité dans l’industrie  
manufacturière, les services et l’agriculture, qui résulterait des  
réformes (destinées en particulier à attirer l’investissement étranger),  
de l’amélioration des infrastructures (transports, hôpitaux, écoles,  
tourisme, etc.) et d’investissements en capital humain (éducation,  
santé, etc.). La croissance démographique dynamique des  
Philippines sera un facteur supplémentaire de soutien à la  
croissance dans les prochaines années.  
3
% du PIB en 2017-2022. Il prévoit également d’introduire une  
vaste réforme fiscale. La première étape de ce programme de  
réforme, adoptée par la Chambre basse en mai 2017, comprend  
entre autres mesures l’élargissement de l’assiette de l’impôt, des  
augmentations des taux d’imposition indirecte et une simplification  
du système fiscal.  
Une légère détérioration de la performance budgétaire est gérable à  
court terme car : i) les déficits actuels sont modérés ; ii) la  
couverture des besoins de financement public ne devrait pas poser  
de problème eu égard aux niveaux de liquidité confortables des  
marchés financiers locaux (pour 2017, le gouvernement prévoit de  
se financer à 80% sur les marchés domestiques) ; iii) la forte  
croissance du PIB devrait compenser les effets de l’aggravation des  
déficits primaires sur la dynamique de la dette et la dette publique  
devrait rester modérée; iv) l’accroissement des dépenses a vocation  
à augmenter le potentiel de croissance du pays.  
Un creusement des déficits budgétaires est possible  
Les Philippines ont fait de solides progrès en matière  
d’assainissement macro-économique au cours des quinze dernières  
années. Sous le gouvernement Aquino, en particulier, la gestion des  
finances publiques a été renforcée et l’inflation jugulée, tandis que  
le solde de la balance des opérations courantes a enregistré de  
confortables excédents et les réserves de change ont augmenté  
pour atteindre des niveaux très confortables.  
Quoi qu’il en soit, les autorités devront continuer à faire preuve  
d’une détermination sans faille à contenir le dérapage budgétaire et  
à assurer une gestion rigoureuse des politiques économiques pour  
préserver la crédibilité progressivement construite depuis le début  
des années 2000 ; à défaut, la confiance des investisseurs pourrait  
se détériorer rapidement.  
Le déficit public est resté inférieur à 2,5% du PIB au cours des six  
dernières années et la dette publique a été ramenée à 42% du PIB  
à la fin de 2016, contre 52% en 2010. Dans l’intervalle, la part de la  
dette libellée en devises a reculé à 35% de la dette totale contre  
4
2% en 2010 grâce aux efforts du gouvernement pour réduire son  
economic-research.bnpparibas.com  
Philippines  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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