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Vietnam  
La transformation se poursuit  
La croissance économique est restée supérieure à 6% en 2016, soutenue par le secteur manufacturier exportateur et les secteurs  
tournés vers la demande interne tels que la construction et les services. A court terme, la base d’exportations devrait continuer à se  
développer grâce aux investissements étrangers, et la consommation privée devrait ré-accélérer notamment grâce à une meilleure  
performance du secteur agricole. Les perspectives de croissance restent donc bonnes, mais néanmoins assombries par la montée  
du risque protectionniste. En outre, les autorités seront certainement amenées à resserrer leur politique monétaire en 2017 et à  
accroître leurs efforts de consolidation budgétaire pour contenir les risques d’instabilité macroéconomique.  
Croissance dynamique  
1- Prévisions  
La croissance économique s’est établie à 6,2% en 2016, une  
performance en léger retrait par rapport à 2015 mais toujours solide.  
L’activité reste largement soutenue par le secteur manufacturier, qui  
a progressé de 11,9% en termes réels sur l’ensemble de l’année  
2015 2016e 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation IPC, moyenne, variation annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
6,7  
0,9  
6,2  
2,8  
6,5  
5,0  
7,0  
3,5  
-5,9  
62,2  
0,5  
-5,6  
63,7  
4,0  
-4,9  
65,1  
3,0  
-4,4  
64,6  
1,5  
(
contre 10,6% en 2015), toujours porté par les investissements  
Dette publique, % du PIB  
directs étrangers (IDE) et les ventes à l’exportation. Les entrées  
nettes d’IDE dépassaient USD 8 milliards sur les trois premiers  
trimestres de 2016 (et USD 10 mds en 2015), permettant à  
l’industrie vietnamienne de poursuivre l’expansion et la  
diversification de sa base d’exportations (graphique 1). Celles-ci ont  
ainsi pu profiter de l’amélioration du cycle électronique des derniers  
mois de 2016, et ce malgré le revers essuyé par le fabricant coréen  
Samsung (un des plus gros investisseurs au Vietnam) après la  
sortie de son dernier modèle de smartphones. La progression des  
exportations a accéléré de 5% en glissement annuel (g.a.) au T2  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
38,8  
28,3  
2,0  
38,0  
38,0  
2,6  
39,0  
42,3  
2,7  
38,0  
46,9  
2,8  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change VND/USD (spot, fin d'année) 22 456 22 756 23 300 24 200  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Exportations : performance solide et montée en gamme  
Principaux produits, % des exportations totales (é.g.) :  Téléphonie  
Electronique & informatique  Textile & chaussures  Pétrole  
2016 à 14,8% au T4, dépassant confortablement la performance  
• • Riz & café  Exportations totales, glissement annuel, % (é.d.)  
moyenne du reste de l’Asie.  
3
0
5
0
5
45  
40  
Les secteurs dépendants des matières premières ont quant à eux  
connu une année difficile : le secteur minier s’est contracté de 4%  
en 2016 après un redressement temporaire en 2015, et le secteur  
primaire a ralenti (à 1,4%) notamment à cause d’importants  
épisodes d’intrusion d’eau salée et de sécheresse. La mauvaise  
performance du secteur agricole a affecté le pouvoir d’achat des  
ménages et pesé sur la consommation privée via des effets négatifs  
à la fois sur les revenus des paysans et sur l’inflation. La hausse  
des prix des biens alimentaires a en effet accéléré ces derniers  
mois, tirant celle de l’indice des prix à la consommation.  
2
2
1
35  
30  
2
5
0
2
10  
5
15  
1
5
0
0
0
Les ventes au détail ont de fait légèrement fléchi en deuxième partie  
2010 2016  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
de l’année 2016 (+6% en g.a. en termes réels au T4 2016 contre  
Sources : General Statistics Office of Vietnam, CEIC, BNP Paribas  
7,7% au T2). La croissance des secteurs tournés vers la demande  
intérieure est néanmoins restée solide, s’établissant à 10% sur  
l’ensemble de l’année 2016 dans la construction, 11,6% dans le  
secteur de l’électricité et 7% dans les services. Dans ce contexte  
géographique), devraient continuer à affluer dans les prochains  
mois, à la fois dans l’industrie électronique et dans des secteurs à  
plus faible valeur ajoutée tels que le textile. En outre, la progression  
de la consommation privée devrait pouvoir ré-accélérer, notamment  
grâce au redressement des revenus dans le secteur agricole, qui a  
commencé à bénéficier de meilleures conditions météorologiques et  
de prix des matières premières plus élevés.  
(
dynamisme des IDE, redressement du secteur de la construction et  
du marché immobilier), la progression de l’investissement est  
également restée dynamique, estimée à 10% en 2016 (contre 9,4%  
en 2015).  
Les perspectives de croissance pour 2017 sont bonnes, toujours  
soutenues par l’expansion du secteur manufacturier exportateur et  
ses effets d’entraînement sur le reste de l’économie. La  
performance des exportations devrait rester robuste. Les IDE  
d’entreprises asiatiques, attirées par les solides avantages  
comparatifs du Vietnam (salaires, qualification de la main d’œuvre,  
processus continu d’ouverture aux capitaux étrangers, situation  
Les risques baissiers sont néanmoins particulièrement élevés. Les  
perspectives d’exportation, d’IDE et de croissance sont désormais  
dégradées par la montée du risque protectionniste et de tensions  
commerciales entre l’Asie et les Etats-Unis, ainsi que par la remise  
en cause de l’accord de Partenariat TransPacifique, dont le Vietnam  
aurait dû être un des grands bénéficiaires. En outre, les politiques  
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Vietnam  
1er trimestre 2017  
11  
monétaire et budgétaire pourraient être resserrées dans les  
prochains mois.  
3
- Réserves et taux de change  
Réserves de change, USD mds (é.g.)  Taux VND per USD (é.d.)  
Les difficultés de la politique économique  
4
3
3
2
2
1
1
0000  
5000  
0000  
5000  
0000  
5000  
0000  
24000  
22000  
20000  
18000  
16000  
Les autorités ont maintenu une politique économique globalement  
expansionniste en 2016 en dépit du dynamisme de la demande  
interne et de la remontée de l’inflation. La banque centrale a  
conservé son taux de refinancement à 6,5% (inchangé depuis mars  
2
014), les niveaux de liquidité dans le secteur bancaire ont continué  
de s’améliorer, et la croissance du crédit est restée vigoureuse. Son  
accélération, très soutenue en 2014-2015, a toutefois été stoppée  
en 2016. En termes réels, la progression du crédit bancaire au  
secteur privé est ainsi passée de 18,2% en 2015 (contre 12% en  
5
000  
2
014) à 17% en g.a. au mois de septembre 2016.  
0
Les autorités pourraient vouloir conserver une politique pro-cyclique  
étant donné les facteurs de risque externes qui pèsent sur les  
perspectives de croissance. Cependant, les sources internes de  
risque d’instabilité macroéconomique demeurent et la prudence  
devrait dicter aux autorités de resserrer leur politique économique  
en 2017. D’une part, le gouvernement devrait réduire ses déficits  
budgétaires puisque sa dette approche du plafond de 65% du PIB  
fixé par l’Assemblée nationale. D’autre part, la banque centrale doit  
veiller à la fois à : i) contenir l’accélération du crédit dans un secteur  
bancaire encore extrêmement fragile, à cause de risques de crédit  
toujours très élevés et de niveaux de capitalisation insuffisants, et  
ii) combattre les pressions inflationnistes, qui devraient être d’autant  
plus élevées à très court terme que certains prix administrés doivent  
être augmentés (coûts de l’éducation et de la santé). L’accélération  
de l’inflation pourrait entamer la confiance des Vietnamiens dans  
leur monnaie et les encourager à transférer leur épargne libellée en  
dongs vers l’or ou le dollar. Ceci aggraverait alors les pressions à la  
baisse sur le dong (VND), qui par ailleurs pourraient s’intensifier  
dans les prochains mois étant donné nos prévisions d’appréciation  
générale du dollar et de dépréciation du renminbi. Le VND a déjà  
perdu 2% contre le dollar au cours des deux derniers mois de 2016,  
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Sources : FMI, SBV  
 Consolidation budgétaire indispensable  
Le gouvernement a affiché des déficits budgétaires situés entre  
,5% et 7,5% du PIB depuis 2012. Cette mauvaise performance a  
surtout été liée au tassement des revenus budgétaires (réduction de  
l’impôt sur les sociétés, baisse des recettes pétrolières, etc.) alors  
que le gouvernement a contenu les dépenses budgétaires à 29%-  
5
3
0% du PIB. Ces larges déficits ont été le principal facteur de  
hausse de la dette publique, qui dépasse dorénavant 60% du PIB et  
approchera 65% au cours de l’année 2017. Le poids du service de  
la dette s’est d’autant plus alourdi que son profil a changé, avec une  
baisse de la part de la dette concessionnelle détenue par des  
créanciers officiels (qui représente encore plus de 80% de la dette  
en devises) et une hausse de la part de la dette en dongs financée  
sur les marchés locaux (57% de la dette totale en 2015, contre 52%  
en 2014). Cette évolution a réduit l’exposition du souverain au  
risque de change (qui reste néanmoins élevé) mais accru  
progressivement le taux d’intérêt moyen payé sur sa dette.  
1
après être resté quasi stable depuis juin (graphique 2).  
La dette publique approchant du plafond fixé par l’Assemblée  
nationale pour 2016-2020, le gouvernement semble déterminé à  
intensifier ses efforts de consolidation budgétaire pour atteindre un  
déficit d’environ 3% du PIB d’ici 2020. Outre l’augmentation des  
recettes fiscales et la réduction des dépenses, le gouvernement  
envisage de contenir le montant de ses garanties accordées aux  
institutions publiques et d’accélérer le processus de privatisation  
Les dynamiques des comptes externes devraient donc être moins  
favorables en 2017 qu’en 2016, avec une réduction de l’excédent  
courant et une augmentation des sorties de capitaux (notamment  
des résidents). La balance de base (solde courant + IDE nets) reste  
largement positive, ce qui limite les besoins d’endettement externe  
du Vietnam. Mais les épisodes de fortes pressions sur les réserves  
et le dong sont possibles. La banque centrale pourrait alors devoir  
recourir à un resserrement soudain de la politique monétaire, du fait  
de l’absence de « coussin » de réserves de change pouvant servir  
de protection contre les chocs et la marge de manœuvre limitée de  
la politique de change. En effet, les autorités devraient continuer à  
préférer des mouvements de dépréciation modérée du VND à  
cause de ses effets potentiels sur l’inflation et sur la dynamique de  
dette publique.  
(
partielle ou totale) des entreprises d’Etat. La capacité des autorités  
à atteindre ces objectifs est incertaine, mais l’amélioration de la  
discipline budgétaire et l’accélération de la réforme du secteur  
public sont de fait indispensables pour rassurer les créanciers  
privés, contenir la hausse des coûts de refinancement de la dette et  
améliorer la soutenabilité des finances publiques.  
1
Le Vietnam a un régime de change « flottant administré », dans lequel le dong  
fluctue autour d’un taux de référence déterminé, depuis le 1er janvier 2016, sur la  
base des huit monnaies des principaux partenaires commerciaux, dont les Etats-Unis  
et la Chine.  
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Vietnam  
1er trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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